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Le Combat De La Raison 13 – L’humiliation et la honte de l’Europe américaine

europe américaine

L’Europe vue par les États-Unis , Crédit image :  Topito

De Dieguez

1 – La psychobiologie de l’histoire
2 – Les premiers pas d’une métazoologie
3 –  » Nous ne sommes pas fiers de lui…  »
4 – La résurrection de M. Vladimir Poutine et la descente aux enfers de la France
5 – Le naufrage des civilisations américanisées
6 – Les naufrages du sens commun sont provisoires

1 – La psychobiologie de l’histoire

Pourquoi apprendre à observer notre espèce de l’extérieur ? Parce que la distinction entre le dedans et le dehors nous aide à cerner le singulier et le collectif. La psychobiologie nous aidera à situer le particulier d’un côté et l’universel de l’autre. Mais cette scission est trompeuse, tellement notre cerveau est demeuré plus collectif que jamais. Que vaut le regard que le plus grand nombre porte sur sa propre masse? Cet œil-là a seulement pris le relais de la cécité d’un ex-quadrumane à fourrure. Plus tard, son globe oculaire a accédé à un monothéisme schizoïde et greffé sur un paradis de sucreries. La politique des tribus, puis des Etats sera donc gravée à l’effigie de cerveaux d’une espèce biphasé sur ce modèle.

Aussi est-ce devenu un devoir politique, pour les nations éclairées, d’entrer en apprentissage du dédoublement de notre boîte osseuse, parce que personne ne saurait désormais exercer la fonction de chef d’Etat d’une grande nation sans porter sur l’histoire bipolaire de l’humanité le regard créateur des psycho biologistes d’une conque osseuse en devenir.

Un siècle et demi après Darwin, penser, donc peser les secrets de la politique de la bête cogitante, c’est placer jour après jour le bimane rêveur et tueur dans le laboratoire où bouillonne son évolution cérébrale, laquelle se révèle désespérément sporadique, donc vouée à subir d’un côté, des rechutes répétées et de l’autre, à bénéficier de sursauts fallacieux. Notre connaissance zoologique de nous-mêmes s’est lexicalisée. Elle nous permet, d’ores et déjà, de porter notre auto-examen à l’âge d’une science politique relativement prospective et quelque peu cérébralisée; mais cette science remonte à quelques millénaires seulement. J’en appelle donc aux phalanges macédoniennes de la raison de ce temps, j’en appelle aux anthropologues d’avant-garde, qui savent que nous sommes des animaux que la pratique d’un langage articulé a biphasés et voués à une bipolarité intellectuelle dangereuse. La géopolitique scientifique ressortit désormais à une métazoologie prospective. Cette discipline se demande quels sont les prémisses et les pièges de ce biphasage.

2 – Les premiers pas d’une métazoologie

Par chance, l’heure a également sonné où la vassalisation affective et mentale d’une Europe asservie pour longtemps à une puissance étrangère se trouve paradoxalement freinée un instant par une menace immédiate et concrète, celle qui pèse subitement sur le porte-monnaie des industriels, le gousset des agriculteurs et l’escarcelle des commerçants. Ces trois caissiers ne sont pas des spéléologues de l’abîme. Ils ignorent tout des progrès de l’anthropologie critique, mais ils se découvrent soudainement les otages et les pions d’un empire spectaculairement ambitieux d’étendre son territoire de Paris à Vladivostok.

Or, le César actuel de la démocratie mondiale ne saurait acheter son expansion censée vertueuse – tant politique que militaire et économique – qu’aux dépens des maigres finances de ses vassaux. C’est pour faire échouer la folle ambition de l’empire du dollar qu’il nous faudra en appeler aux citoyens dont le missel aura oublié les préceptes de la trilogie d’Alice au pays des merveilles, de Paul et Virginie et de la Nouvelle Héloïse.

3 –  » Nous ne sommes pas fiers de lui… « 

Le Département d’Etat américain tout entier et M. John Kerry, qui dirige le Ministère des affaires étrangères du Nouveau Monde depuis 2012, auraient-ils réussi à convaincre tout soudainement et en un tournemain l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et les vingt-huit ombres d’Etats de l’Union européenne de ce que les relations de la Russie avec l’Ukraine seraient devenues par miracle – et, pour ainsi dire, au cours de la nuit – le nouveau point d’équilibre des forces politiques sur les cinq continents?

Que serait-il arrivé si la pensée rationnelle de la France laïque s’était approfondie et si, cent soixante ans après Darwin, la réflexion du monde entier sur l’évolution du cerveau demeuré embryonnaire de l’humanité avait débarqué dans la géopolitique? Croyons-nous vraiment que la mascarade d’un salut politique messianisé dans l’arène du mythe démocratique, croyons-nous vraiment que les rubans et les dentelles de la Liberté, croyons-nous sérieusement que toute cette fantasmagorie verbifique s’accomplira sur la terre ou bien qu’elle sera nécessairement vouée à l’échec de ses fioritures si, par malheur, soixante dix-ans d’occupation militaire de l’Europe par les Etats-Unis n’auront pas suffi à enfanter une centaine de millions d’Européens aux yeux grand ouverts sur l’épicentre artificiel de la planète que l’Ukraine serait instantanément devenue?

Certes, la servitude cérébrale qui frappe soudainement les vaincus s’inscrit plus rapidement que nous ne le croyions sous leur os frontal, certes, la soumission des candidats aux verdicts du ciel de leur vainqueur semble devenir atavique en deux ou trois générations seulement. Mais rien de plus éphémère que le superficiel. Voyez la facilité, donc la fragilité avec laquelle le mythe américain des esclavagistes de la Liberté a enfanté le prodige international de paraître métamorphoser M. Vladimir Poutine en pestiféré aux yeux d’une Europe livrée aux contrefaçons les plus grossières des idéaux de 1789, voyez avec quelle aisance des dessinateurs à la cervelle d’oiseau et aux pattes éléphantesques sont entrés dans cette farandole internationale sans y entendre goutte et au seul profit des Etats-Unis!

Mais rien de moins durable que les jeux d’enfants. Notre Président de la République s’est révélé plus craintif que tous ses prédécesseurs; et nous ne sommes pas fiers de lui. Il n’a pas osé livrer le Mistral à ses acheteurs, bien qu’ils eussent payé leur commande d’avance et rubis sur l’ongle. Mais voyez avec quelle célérité l’humiliation de la Russie s’est retournée contre nous, voyez avec quelle rapidité l’abaissement des peuples est de courte durée! La Russie a grandi à l’école de nos déconfitures et le monde entier a commencé de tourner ses regards en direction du Kremlin. Quel spectacle qu’un chef d’Etat digne des responsabilités attachées à sa fonction!

4 – La résurrection de M. Vladimir Poutine et la descente aux enfers de la France

Même le Wall Street Journal écrit que M. Vladimir Poutine est le vrai gagnant des élections locales françaises des 22 et 29 mars parce que les deux partis de droite devenus majoritaires dans le pays, l’UMP et le Front nationale, jugent honteux qu’une Europe soi-disant ambitieuse de jouer à nouveau un rôle dans l’arène du monde se soit laissé entraîner en vassale à déclarer une guerre économique à la Russie, ce que, dans ses pires cauchemars, le Général de Gaulle n’avait jamais imaginé.

Et pourtant, il faut relever que le microbe de l’Elysée a osé se rendre à Moscou le 6 septembre 2014 pour y serrer solennellement et aux yeux du monde entier, le « nouveau Lucifer » dans ses bras; et ce nain a pris le risque de demander – en coulisses – à toute l’Europe de lever les sanctions saugrenues et stupides qui conduisent notre civilisation dans un asile d’aliénés. (L’Europe, un asile d’aliénés La modernité de l’Eloge de la folie d’Erasme, 5 décembre 2014)

Quant à l’Angleterre, elle se souvient de ce que les grands Etats ne sont réalistes que parce qu’ils sont audacieux, mais que la faculté de regarder la réalité n’est pas à la portée de tout le monde. Londres continue, néanmoins, et à l’instar des Etats-Unis eux-mêmes – d’exporter ses produits en Russie. Ce que voit clair comme le jour l’Angleterre des Churchill, c’est que la Russie et la Chine sont déjà les orchestrateurs de la chute prochaine de l’empire américain – même le Canada, l’Australie et la Corée du Sud ont adhéré à la banque monde pour l’investissement mise en place par Pékin et dont la Maison Blanche a dû solliciter les bonnes grâces aux conditions de l’Empire du Milieu.

Et pourtant, soixante dix-ans après la paix de 1945, une Allemagne occupée par deux cents bases militaires américaines et une Italie quadrillée par cent trente sept de ces forteresses depuis 1943 ne disposent plus d’une liberté politique suffisamment appuyée par le glaive pour qu’une France à nouveau placée dans l’étau de l’OTAN puisse, à elle seule, mettre à nouveau l’Occident en route vers sa souveraineté. Pour que la livraison des Mistral à la Russie fasse l’effet d’un coup de tonnerre à l’échelle du globe terrestre, il faudrait que le réalisme politique des hommes d’Etat de génie bouleversât la problématique et l’échiquier des médiocres C’est cela que la Chine a compris au quotidien: elle sait que la construction du canal trans-océanique du Nicaragua vaut une dizaine de porte-avions américains et qu’une rivale du FMI qui ne serait pas un instrument docile entre les mains d’un maître répond à l’attente du monde démocratique: la Suisse y a adhéré vingt-quatre heures seulement après l’Angleterre, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne. Mais, à force d’hésiter et d’attendre la neige au mois d’août, la France a perdu un gigantesque marché – celui de la vente des avions Rafale à l’Inde. La petite France ne voit même pas où courent les dés, tellement l’éphémère s’est déjà enclos dans l’ étroite enceinte d’un dépérissement de la nation.

5 – Le naufrage des civilisations américanisées

Qu’avons-nous à faire des dentelles et des broderies des démocraties verbales d’aujourd’hui? La preuve de leur défaite est dans la disqualification morale, politique et philosophique du mythe de la Liberté américaine. La fonction des citoyens instruits est devenue intellectuelle au premier chef, ce qui nous condamne à nous colleter avec les fondements parathéologiques, donc parazoologiques de la paralysie mentale qui menace l’Occident.

Exemple: toute la classe dirigeante de l’ Europe sait fort bien que les Etats-Unis sont venus dépenser sur place six milliards de dollars à seule fin de déclencher à Kiev un mouvement de foule artificiel; de même, tout le monde sait que Mme Victoria Nuland – Assistant Secretary for European and Eurasian Affairs – a stipendié des tireurs d’élite afin qu’ils ameutent la foule sur la place Maidan – il s’agissait de présenter un nombre suffisant de cadavres pour que des mouvements de foule locaux se métamorphosent en révolution. Depuis la Fronde, nos historiens connaissent sur le bout des doigts la technique du déclenchement des émeutes.

Mais croyez-vous que la France des chancelleries de cour aurait donné dans un panneau diplomatique d’une construction aussi grossière? Les historiens-et les anthropologues de demain porteront sur nous un regard de l’extérieur. Ils expliqueront aux générations futures et dans le détail les arcanes d’un siècle entier de servitude de l’Europe; et les hommes de la mémoire nous diront pourquoi Mme Merkel a tout subitement sacrifié un quart de siècle de bonnes relations de l’Allemagne avec la Russie – elles étaient au beau fixe depuis la chute du mur de Berlin en 1989. Ce sera dans l’ébahissement, l’éberluement et l’ahurissement que nos descendants découvriront les moyens rabougris, mais momentanément efficaces dont disposait le Département d’Etat américain pour amener à résipiscence les Etats interloqués et titubants de l’Europe des vassaux.

6 – Les naufrages du sens commun sont provisoires

La vassalisation des peuples modernes retrouve les chemins du Moyen-âge. En ces temps reculés, l’ignorance conjuguée des foules et des élites sacerdotales faisait toute la puissance des magiciens de l’autel et d’une nuée d’intellectuels voletants au-dessus des cierges et des ciboires. La raison est un bien fragile, parce que « tout ce qui est précieux est fragile » disaient les Romains. Mais la rapidité avec laquelle la raison, un instant suffoquée, ressuscite à l’école même de ses effondrements successifs résulte de ce que le naufrage des civilisations stupéfaites entraîne toujours une courte débâcle des évidences les plus connues et les plus irréfutablement démontrées, de sorte qu’elles renaissent de leur hébétude de seulement s’ancrer de nouveau dans le sens commun. Ne vous y trompez pas, si l’évidence capitule, c’est seulement pour se réveiller en sursaut.

Nous avons momentanément renoncé à former des citoyens en mesure de démonter les sortilèges verbaux d’une démocratie d’illettrés. Mais puisque le capitalisme moderne se révèle plus barbare et plus sot que celui du siècle de Karl Marx, puisque nous savons que le machinisme moderne fait danser l’anse d’un système économique suicidaire, puisque nous savons que le rêve évangélique du genre humain est décédé en 1989, il est redevenu clair comme le jour que si nous ne perçons pas les secrets anthropologiques du naufrage des civilisations, notre espèce se divisera à nouveaux frais entre ses auréoles verbales et ses prédateurs aux dents longues.

Nous nous trouvons immergés dans un monde d’idéalités totémisées. Tentons de remettre le cerveau d’autrefois de la France en état de marche, tentons de retrouver la cervelle logicienne d’une nation en position de force. Ce sera à ce prix que nous parviendrons à reconstituer les phalanges de la pensée politique du siècle des Lumière, ce sera à ce prix que nous arracherons à l’abîme une Europe à la cervelle en déroute. Ne nous y trompons pas: si tout serf est l’otage de sa propre sottise, la sottise des serfs est la plus contagieuse des pathologies politiques. Mais le temps presse: ou bien nous parviendrons à percer les secrets cérébraux de l’animal eschatologisé, ou bien il sera trop tard pour recourir aux sacrilèges sauveurs.

La semaine prochaine je reviendrai sur l’art de combattre la double ignorance des peuples et des élites de la démocratie mondiale.

Le 3 avril 2015

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

La déraison du monde

1 – Le niveau culturel de l’élite politique des démocraties
2 – Comment Athènes pensait-elle de travers ?
3 – De quelle raison l’expérience apporte-t-elle la preuve ?
4 – La cécité de la raison moderne 
5 – Qu’est-ce qu’un philosophe ? 
6 – Le naufrage de la raison laïque
7 – La régression de la raison démocratique 
8 – La scolastique de la vassalité
9 – L’inconscient théologique de la géopolitique moderne
10 – Un trou de serrure
11 – Les Prodicos de la démocratie
12 – Le bûcheron d’Isaïe

1 – Le niveau culturel de l’élite politique des démocraties 

 

La conque osseuse qui couronne les classes dirigeantes de la civilisation des droits de l’homme est-elle devenue dramatiquement infirme? Soulever la question de la qualité de la tiare cérébrale des élites en des termes aussi irrespectueux semble renvoyer à une polémique superficielle, donc vaine, alors que la question de la pesée du crâne des démocraties occidentales se trouve vigoureusement posée au monde entier depuis le 16 janvier 1872, date de la première des six conférences qu’un professeur de grec nommé à l’Université de Bâle en 1869, un certain Frédéric Nietzsche, tint à ses « honorables auditeurs » de la « Société académique » de la ville. Car ces conférences iconoclastes, intitulées Sur l’avenir de nos institutions culturelles ne concernaient que par malentendu toute l’éducation nationale allemande. Il s’agissait seulement de l’essentiel, à savoir de l’initiation de la jeunesse universitaire à l’esprit des grands fécondateurs de la raison du monde.

Depuis lors, nous avons appris que l’apprentissage des rudiments de la pensée rationnelle est une entreprise périlleuse aux yeux de tous les Etats d’hier et d’aujourd’hui et qu’au XXIe siècle encore, les écoles anglo-saxonnes n’enseignent la philosophie que dans les Universités – les bacheliers anglais de notre temps n’ont jamais seulement entendu prononcer les noms de Platon, de Descartes ou de Kant.

Quant à la France, elle n’a pas tardé à réduire les ambitions de la philosophie sommitale à l’exercice de la disputatio d’usage dans les facultés de théologie du Moyen-âge – les Socrate salariés de la République ont été rendus aussi respectueux à l’égard du pouvoir temporel qu’autrefois à l’égard de la monarchie de droit divin. Ecoutez-les vous exposer du bout des lèvres le pour et le contre de thèses rabâchées depuis des générations: le service public invite ses serviteurs à sa table. Il leur demande de formuler une synthèse toujours optimisante et censée couronner un débat roboratif, ce qui exclut d’avance l’analyse des englobants anthropologiques qui enchâssent les savoirs officiels. Les présupposés sont systématiquement soustraits à l’examen. Comme dans la théologie, il serait sacrilège d’étaler à tous les regards les prémisses de la connaissance scientifique.

2 – Comment Athènes pensait-elle de travers ? 

Et pourtant, Socrate observait qu’Athènes et les Athéniens pensaient de travers; et Nietzsche nous enseigne que tout le XXIe siècle illustrera la distanciation nouvelle de la raison que le monde attend de la philosophie moderne. Car, pour la première fois depuis la chute du monde antique, la mise en doute de la valeur de l’éducation officielle de la jeunesse au sein des Etats censés être devenus rationnels ne concerne plus la critique, réputée obsolète, de la formation religieuse des populations, mais la critique de la pensée insuffisamment scientifique, ce qui exige l’initiation de la jeunesse studieuse à une rationalité du savoir plus profonde que la précédente.

Mais quelle est la nature du recul nouveau de l’intelligence? Nietzsche nous rappelle que les faits ne sont nullement rendus rationnels par le constat de leur existence et par la vérification qu’ils sont bien là, parce que le rationnel est un signifiant. Comment rendre signifiant un monde muet par nature et par définition, comment faire tenir un discours de l’intelligence à la nature si tous les signifiants du monde renvoient à l’humain? Comment la nature va-t-elle nous adresser une parole qui serait la sienne? Est-il possible de spectrographier à son tour la distanciation supérieure qui caractérise la philosophie si, en tant que tels, les signifiants ne sauraient s’incarner?

3 – De quelle raison l’expérience apporte-t-elle la preuve ? 

La pédagogie religieuse se voulait et se savait de type précautionneusement dogmatique et doctrinal. Mais maintenant, seule la pesée d’un échiquier mental encore à conquérir conduira l’humanité à soumettre la notion toujours provisoire de raison à l’examen. Car, depuis des siècles, les sots évadés de la zoologie se sont naïvement ahanés à se construire une balance capable de peser leur embryon de pensée – mais celle-ci est demeurée obstinément semi-animale.

Du coup, la vraie difficulté philosophique sera de conquérir les instruments de la réflexion critique transscolaire qui autorisera la pensée socratique, donc suspensive, à déposer l’entendement simiohumain d’hier et d’aujourd’hui sur les plateaux d’un appareil de pesée des signifiants aussi insultant à l’égard de l’université laïque actuelle qu’à l’égard de la Sorbonne de Rabelais. Car, votre éducation nationale se trouve fatalement ligotée à l’Etat démocratique par des liens étroitement calqués sur ceux des théocraties.

Mais si les Etats mal émancipés des présupposés de la logique interne qui pilotait les « cités de Dieu », si les Etats républicains, dis-je, rencontrent des obstacles infiniment plus difficiles à franchir que ceux dont les tâtonnements des cosmologies mythiques des peuples sous-développés illustraient les apories, quels vices inconnus faudra-t-il apprendre à détecter? Ceux qui infectaient l’encéphale des siècles écoulés rongeraient-ils désormais l’enseignement officialisé d’une « reine des sciences » tombée derechef dans une scolastique cancérigène? Car, pour la première fois dans l’histoire du monde, ce n’est plus une théologie gangrenée, mais la science expérimentale elle-même qu’il faudra soumettre à la critique, tellement les faux triomphes de la raison classique souffrent des carences épistémologiques d’un second Moyen-Age. L’expérience prononcerait-elle des signifiants tout autres que ceux que les savants prétendent leur faire énoncer?

4 – La cécité de la raison moderne 

Observez de plus près les comportements prétendument rationnels qu’affichent les élites cérébrales censées gouverner les démocraties « avancées ». Elles souffrent visiblement des maux désormais sécrétés par une pensée laïque truffée des mêmes présupposés qui cancérisaient la théologie essoufflée du Moyen-Age, ce que Nietzsche proclamait par la bouche de son prophète, un certain Zarathoustra. On sait que ce héros de la pensée vivante dénonçait, il y a près d’un siècle et demi, une maladie de l’esprit liée à la chute des théologies dans une scolastique pourrissante. Or cette nosologie se révèle précisément de nature à nous renvoyer aux enseignements de l’anthropologie abyssale dont s’inspirait la médecine des grands mystiques. Car, dit Zarathoustra, les prophètes parlent « pour tous et pour personne« . Comment allons-nous tenter de décrypter le type de pathologie dont souffrent les descendants actuels d’un quadrumane à fourrure?

On sait que la nature ne les a détoisonnés que depuis quelque cent mille ans et que nos psychanalystes des putréfactions, à commencer Karl Gustav Jung, ont échoué à descendre dans l’abîme de la mystique du Zarathoustra de Nietzsche. Car une universalité de type laïc a remplacé l’universalité de type théologique. Toutes deux seraient-elles de pacotille? Quand le Président Hollande universalise des abstractions pseudo séraphiques, quand Ségolène Royal croit que les Suédois ou les Iraniens sont des Français vocalisés à l’école d’une autre langue que la nôtre, quand les Tziganes passent pour des pauvres sur lesquels étendre le manteau d’un évangélisme de confection, c’est toujours et partout le regard d’une raison auréolée par des concepts décorporés qui se porte sur les évadés partiels de la zoologie et qui rend quadriplégique la pensée soi-disant rationnelle des démocraties modernes – et cela précisément à l’image de l’entendement infirme d’un mythe de la Liberté étranger au génie prospectif des grands mystiques.

5 – Qu’est-ce qu’un philosophe ? 

Nietzsche demandait froidement à la jeunesse allemande de 1872 si les professeurs de philosophie de son pays méritaient le titre de philosophes, alors qu’ils l’ont reçu des mains des Etats qui les paient ou si la tournure d’esprit des fonctionnaires de la pensée est incompatible avec l’audace à couper le souffle de la haute discipline trans-confessionnelle qu’on appelle la philosophie. J’ai déjà dit que, depuis Nietzsche, cette discipline se montre ambitieuse de peser la valeur non plus seulement d’une vulgate chrétienne périmée, mais de la pauvreté d’une raison tremblante de peur et péniblement élaborée au cours des millénaires par un animal en évolution, donc inachevé par définition et qui ne découvre ses carences cérébrales qu’avec une grande lenteur.

Du coup, une question digne de la théologie mystique se réintroduit dans le débat; car si l’on sait, depuis le Théétète de Platon, que Socrate renvoyait au sophiste Prodicos les jeunes gens dont l’âme n’était « grosse de rien« , la question de l’élévation ou de la putréfaction des âmes retrouve toute sa place dans une philosophie digne de ce nom; et il faut se demander en quoi les grands mystiques détenaient, sans s’en douter, les secrets d’un enseignement ascensionnel. Quel était-il et comment le dispensera-t-on aux philosophes de la raison laïque?

Car enfin, comment Nietzsche a-t-il ridiculisé David Strauss, un théologien protestant dont la Vie de Jésus, publiée en 1835 avait partiellement inspiré son Jésus à Renan et qui avait donc pris près de trois décennies d’avance sur son temps? Et pourtant, le Nietzsche des Considérations inactuelles de 1873 ne saluait le Nazaréen ni au nom de la mythologie ecclésiale des catholiques, ni au nom de la philosophie hégélienne de David Strauss, mais déjà à l’école de son futur Zarathoustra, c’est-à-dire au nom de la transcendance dont seuls bénéficient les vrais « sujets de conscience« . On les appelle des prophètes. Ceux-là parlent « pour personne », avec des mots que le monde entier croit comprendre.

Mais si les mystiques réfutent d’une seule voix la « théologie administrative » des Etats et des Eglises, comment se fait-il que Husserl pourfendait la « philosophie constructiviste »? Qui sont les « constructivistes » de la raison dont usaient les physiciens classiques? On sait que ces animaux miraculés ou ces aveugles-nés s’imaginaient que la nature serait rendue rationnelle de seulement se répéter sans relâche, donc de se rendre prévisible, c’est-à-dire profitable. Quelle était la psychophysiologie de la bête qui sous-tendait une physique tridimensionnelle et qui rendait éloquents les calculs que cette discipline déposait sur ses autels?

Le premier, Nietzsche a déplacé l’échiquier inconsciemment oraculaire de la pensée interrogative mondiale. Sa postérité en fait l’inaugurateur d’une raison dont le « feu spirituel » jugera ridicule de réfuter les miracles et les prodiges que le polythéisme et le christianisme ecclésial se partageaient, mais également la sorcellerie qui fait donner un « sens rationnel » en soi aux redites du cosmos.

6 – Le naufrage de la raison laïque 

Mais si la raison des Prodicos de la philosophie se change en une arme de la platitude d’esprit au sein des universités et de leur sophistique, comment, encore une fois, initier la jeunesse étudiante aux ascensions qui transcenderont les théologies truffées d’images enfantines? Cent quatorze ans après la mort de Nietzsche, la question se pose à toute la classe dirigeante de la planète des magiciens de la démocratie, tellement le XXIe siècle souffre des mêmes maux cérébraux que les théologies pourrissantes: un rationalisme au petit pied et qui ignore ses propres composantes psychiques a seulement quitté les amphithéâtres des Facultés de théologie pour débarquer tambour battant dans une société civile délivrée à trop peu de frais des missels et des prie-Dieu. Quels sont les cierges, l’encens, les ciboires et les goupillons de l’Eglise de la Liberté?

Car si les plaies saignantes dont souffrent les deux enseignements mythiques, celles des croyances magiques des religions d’une part et d’autre part, celles qui affectent les droits attribués à une raison infirme, si ces plaies ouvertes, dis-je, sont communes aux deux pathologies, les démocraties rationnelles n’étaient-elles pas, de leur côté, censées, étendre bien davantage le regard de la pensée sur tout le genre humain que les théologies dogmatiques et gestionnaires d’autrefois? Les oracles que le suffrage universel allait proférer ne se promettaient-ils pas de scruter les secrets de l‘animal rationale avec une hauteur et une pénétration d’esprit à clouer le bec aux catéchismes empoussiérés? On s’imaginait que l’intelligence panoramique et rieuse du XVIIIe siècle éduquerait des peuples tout subitement élevés au rang de souverains dans l’ordre d’une raison enfin libérée de la superstition ; et l’infaillibilité du jugement des foules inspirées pour le ciel de la Liberté permettrait non seulement aux Etats éduqués de rivaliser avec la boîte osseuse autrefois attribuée à un créateur mythique du cosmos, mais de surpasser les exploits de la cervelle du regardant suprême que consultaient les ancêtres.

7 – La régression de la raison démocratique 

Mais Rousseau avait aussitôt habillé l’écologie évangélisante de son temps du bucolisme théologique d’un vicaire savoyard; et seul le Voltaire de Candide s’était révélé un théologien de la finitude simiohumaine plus abyssal que le jardinier sommital qui traquait un pécheur blotti tout tremblant sous les bosquets de l’Eden et dont Erasme se moquait déjà dans sa Ratio verae theologiae (1518).

Puis, peu à peu, l’intelligentsia des démocraties a régressé. Dès le milieu du XIXe siècle, elle est devenue aussi superficielle qu’une théologie dont la bêche et le rateau s’appelaient la scolastique. Le ratatinement du regard de l’intelligence sur le pommier maléfique de là-haut est d’autant plus saisissant que l’arbre n’a pas tardé à étendre ses ramures feuillues au sein des hautes écoles de la République.

Prenez l’exemple de la géopolitique pseudo rationnelle actuellement enseignée au CNRS, prenez le repoussoir des sciences politiques superficielles, donc aveugles qu’on enseigne de nos jours rue saint Guillaume. S’il est une discipline qui, à l’instar de la plus haute théologie mystique, devrait traiter du parfum de la liberté et de la puanteur de la servitude de l’humanité à une profondeur abyssale, s’il est une science des odeurs qui devrait plonger son pif dans l’abîme de la vassalisation actuelle des nations européennes pourrissantes sous la poigne de fer d’un maître malodorant – celui de la pseudo démocratie mondiale – c’est bel et bien une géopolitique des hauteurs et des bassesses des évadés de la zoologie.

8 – La scolastique de la vassalité 

Ce n’est pas l’appendice nasal d’un diocèse qui détectera les pestilences de la politique démocratique de la planète. Et pourtant, le 17 avril 2014, France-Inter a demandé à l’organe olfactif d’une « chercheuse » au CNRS de commenter la crise ukrainienne. Et qu’a-t-on entendu? A l’instar de l’enseignement catéchétique du XVIe siècle, la prétendue « chercheuse » ignorait, la pauvresse, que la géopolitique n’est pas une discipline paroissiale – du moins si l’on en croit l’étymologie du terme. Personne ne lui avait appris que cette science requiert le plus logiquement du monde la conquête d’un regard plongeant, donc trans-ecclésial sur l’humanité en tant que telle.

Notre « chercheuse » pré-cléricalisée par le mythe de la Liberté ne traçait que les sentiers qui lui permettaient de ne pas traiter du sujet. De plus, elle confondait allègrement la géopolitique en tant que science avec la pratique médicale, dont j’ai déjà souligné dans un texte précédent (- Les poulets sacrés de la démocratie12 avril 2014 ) qu’elle ressortit nécessairement à une discipline panoramique et englobante, mais qu’elle trouve de grands avantages, et à bon droit, à tronçonner son cadastre – car il n’est pas nécessaire, écrivais-je, au spécialiste du nez et des oreilles de rivaliser avec le spécialiste du tube digestif, des poumons ou du cœur.

En revanche, pourquoi personne n’enseigne-t-il au CNRS ou rue saint Guillaume que la géopolitique ne saurait se prétendre une science de la vassalité ou de la Liberté des peuples et, dans le même temps, passer outre au fait qu’il existe deux cents bases militaires américaines stationnées en Allemagne – et cela soixante-dix ans après la paix de 1945 – et cent trente sept dont les bivouacs s’éternisent en Italie, puis cinq cents en Europe, dont le quartier général américain est campé à Mons? Si la géopolitique scientifique n’était en rien concernée par l’offensive américaine sur l’Ukraine de l’Ouest, alors il faut que notre système d’enseignement, comme disait Nietzsche, commence par définir la notion de science applicable à telle ou telle discipline de la connaissance. Ne faut-il pas exclure par décret de l’enseignement public les « chercheurs » et les « chercheuses » dont la fausse science répand seulement de vaines fioritures dans le jardinet d’une idéologie?

9 – L’inconscient théologique de la géopolitique moderne 

Pis encore: comme il se trouve que les bases militaires américaines sont censées protéger la civilisation de la raison contre un adversaire redoutable, mais tout imaginaire, il est impossible d’élever la géopolitique au rang d’une science, donc d’une connaissance des têtes et des âmes si vous ne disposez d’aucune connaissance anthropologique des poumons et de la respiration du genre humain. Car cette espèce volète dans la moyenne ou la basse région de l’atmosphère; et la politique des idéalités dont elle se grise entretient des relations étroites avec la vie religieuse de la bête. Quelle est la psychobiologie de la piété qu’illustrent les concepts dévots de la démocratie? Les voyez-vous traverser à tire d’ailes le ciel des abstractions dont le mythe de la Liberté s’auréole?

Nul ne doutait autrefois de l’existence de Dieu et de la sagesse de son programme d’administration et de sauvetage de l’univers: les Etats et les Eglises ne peinaient côte à côte que pour aménager les modalités de la gestion d’un créateur du cosmos aussi omniscient qu’omnipotent. Aujourd’hui, nul ne doute de la droiture d’esprit du nouveau souverain du monde – il s’agit seulement de savoir comment son éthique ahane au gré des temps et des lieux. Pour l’apprendre, observez que le nouveau détenteur du sceptre de la délivrance a expédié en Ukraine trois de ses apôtres, son ministre des affaires étrangères en personne, M. John Kerry, puis son vice-roi, M. Joseph Biden et enfin, sous un nom d’emprunt, le missionnaire le plus symbolique de son ciel et de sa justice, qu’il a placé en sandwich entre les deux précédents – le chef de saCentral Intelligence Agency, M. John Brennan.

On voit que les infirmités dont souffre l’esprit simiohumain passent de la chute des théologies dans la superstition et la magie à la chute des civilisations décadentes dans les mêmes maux que les religions d’école – ceux du rabougrissement et du ratatinement des intelligences. Mais les miroirs aux illusions sont diversement construits. Comment se fait-il que la science politique officialisée par l’enseignement superficiel que dispensent les Etats laïcs reproduise le même rétrécissement de l’entendement que les mythologies sacrées, sinon parce que les mêmes causes sont à l’œuvre dans les deux sorcelleries mentales? Partout le « sujet de conscience » se cache dans une spécularité de la connaissance qui le protège du regard que la pensée philosophique porte sur le tragique et la solitude de la bête.

10 – Un trou de serrure 

Quand un Président de la République française dûment élu par le peuple souverain se permet de rabrouer la Russie sur le ton d’un instituteur qui admonesterait un garçonnet sur le préau de l’école du village; et quand, deux jours plus tard, le même porte-parole du peuple de la raison républicaine s’adressant à des ouvriers leur confie, sur un ton bonasse: « L’idée de ce déplacement, elle est venue d’une visite que j’avais faite avec le ministre du Redressement productif au Salon de l’auto. Le président Senard (PDG de Michelin, NDLR) m’avait pris… enfin, tout à fait correctement et avec beaucoup d’égards… « , faut-il se coller l’œil œil au trou d’une serrure pour rapporter cette anecdote, à l’exemple du duc de Saint-Simon, qui racontait les maitresses du roi Soleil dans ses Mémoires, ou bien faut-il déclarer incurable tout citoyen qui ne jugera pas malade une République dont le Président élève publiquement une plaisanterie graveleuse au comique de la sodomie?

C’est de l’histoire véritable de la planète de ce siècle que vous vous êtes offert le spectacle, tellement la question de fond, celle qui se pose au même instant, et sur la planète tout entière, n’est autre que celle de savoir si le simianthrope actuel appartient à une espèce ascensionnelle, stationnaire ou régressive ou si cet animal en est réduit à osciller sans relâche entre des progrès toujours locaux de sa raison et de longues périodes de dissolution de ses civilisations.

Si vous doutez d’assister au déroulement d’un drame titanesque et visible en tous lieux, sachez que le même Président a découvert que le scribe enflammé qui lui avait rédigé un discours de grand patriote possède une galerie de chaussures de luxe qu’il fait cirer et reluire dans les murs du palais. Mais si votre penchant naturel vous fait pratiquer le doute cartésien et si, à l’instar de l’auteur du Discours de la méthode, vous vous demandez sérieusement si vous existez en chair et en os ou si vous vous trompez sur ce point, soumettez au banc de l’expérience scientifique les preuves les plus irréfutables que vous ne vous réduisez pas à une ombre.

Pour cela, mettez deux faits avérés sur les plateaux de la balance à peser la raison du monde. Avez-vous vu de vos yeux une Ukrainienne arrêter de la main un char d’assaut couvert de guerriers en armes, avez-vous entendu de vos oreilles le chef du « gouvernement » de Kiev, issu d’un coup d’Etat, déclarer le lendemain à un peuple de cinquante millions d’habitants que les soldats coupables de n’avoir pas écrasé l’héroïne « passeraient en jugement » et seraient « sévèrement châtiés« ? Avez-vous vu tout cela par le trou de la serrure des petits historiographes d’autrefois ou bien êtes-vous convaincus que l’histoire réelle de notre astéroïde se déroule maintenant sous la lentille du microscope qu’on appelle la raison démocratique et que cette raison-là n’est pas celle de Zarathoustra?

11 – Les Prodicos de la démocratie 

Et maintenant, les quadrumanes détoisonnés que vous savez se voient assis jour et nuit au balcon de l’histoire du mythe de la Liberté; et maintenant la question posée à leur cervelle est celle de découvrir s’ils appartiennent à une espèce en ascension ou en cours de dissolution cérébrale; et maintenant, les civilisations savent qu’elles peuvent pourrir des pieds à la tête en quelques années, mais qu’il leur est impossible de se transporter plus loin sur un astéroïde devenu trop petit. Du coup, le trou de serrure logé dans les demeures sert de lanterne magique à tous les simianthropes de la planète; et cette espèce s’est si bien enfermée dans l’universalité de son mythe de la Liberté qu’elle doit se demander quel est l’avenir d’un animal divisé entre l’héroïsme de quelques-uns et la débandade générale. Les évadés de la zoologie sont-ils à eux-mêmes leur mont Carmel ou leur pourrissoir?

Décidément, la laïcité se montre aussi « théologisée » en sous main que les Prodicos du christianisme. Mais alors qu’en est-il du « totalitarisme de l’universel » qu’évoquait Pierre Bourdieu? Si vous ne savez pas que l’universel dont il est question est celui des mots mythifiés à l’école des broderies de la démocratie mondiale, si vous ne savez pas comment le « sujet de conscience » s’enrubanne d’un langage auréolé, si vous n’avez pas la rétine sur laquelle se réfléchit une bête hissée sur le piédestal de son langage faussement ascensionnel, si vous n’avez pas l’œil de Zarathoustra pour apercevoir l’animal à la recherche de ses dentelles, si vous ne disposez pas du globe oculaire nécessaire pour regarder les Etats et les empires droit dans les yeux, si vous ne voyez pas le mythe de la Liberté sous les traits d’un carnassier évadé de la zoologie et dont les mâchoires se font une proie de l’ « animal rationale« , alors il ne sert de rien que Pierre Bourdieu vous dise que le monde moderne est celui du « totalitarisme de l’universel ». Initiez-vous à la parole des prophètes qui connaissent l’animal réfléchi dans le miroir qui le flatte.

12 – Le bûcheron d’Isaïe 

Il faut, disait Nietzsche, initier la jeunesse allemande à une psychobiologie abyssale, donc articulée avec une connaissance anthropologique de la finitude simiohumaine. Mais, la vraie théologie n’est-elle pas une spéléologie en avance sur la cécité des petits philosophes? Le regard d’Isaïe sur l’idolâtre laisse encore sur place nos premiers psychanalystes prospectifs, qui commencent seulement d’observer la double vie de la bête oscillante entre le rêve et le fantastique.

Voyons comment, au XXe siècle, la classe dirigeante des « démocraties » dites rationnelles a sécrété une intelligentsia frappée d’une cécité hallucinante. Le mythe marxiste ne reproduisait-il pas fidèlement le christianisme des utopies voraces du premier siècle de notre ère? On ne trouvait plus un seul  » intellectuel  » occidental qui ne fût un théologien ivre de la nouvelle abolition du péché, celle du capitalisme et de la suppression de l’instinct satanique de propriété. Puis l’effondrement de la rédemption politique marxiste et du chapeautage de l’univers par un messianisme de l’abstrait a fait place aux idéalités gloutonnes de l’atlantisme actuel, dont vous connaissez la sotériologie et la catéchèse à seulement écouter France-Inter. Mais, cette fois-ci, la cécité volontaire de la géopolitique des aveugles qu’on enseigne au CNRS ou rue saint Guillaume reconduit à la lecture du Traité de la servitude volontaire de La Boétie. Cette fois-ci, le bandeau de la vassalité atlantiste est tellement serré qu’il est impossible de le retirer des Sorbonne d’aujourd’hui.

Pour comprendre ce prodige de la servitude cérébrale de la bête, observez que le mythe théologique de la transsubstantiation eucharistique n’était pas moins stupéfactoire que celui de l’invisibilité béatifiante dont bénéficie l’empire américain aux yeux des nouveaux sorbonagres et sorbonicoles de l’eucharistie démocratique. Mais, depuis Platon, la philosophie est une anthropologie critique dont la plongée dans l’inconscient cérébral de la bête conduit Socrate à une spéléologie de la raison embryonnaire du détoisonné des forêts. A ce titre, cette discipline s’attache à féconder les relations que la sottise de cet animal entretient avec son ignorance – car la sottise enfante l’ignorance comme le pommier ses pommes, tandis que l’ignorance présente l’avantage d’offrir le spectacle des exercices que la bête dépose sur les autels de son langage.

Mais, ici encore, voyez sur quels chemins de la postérité de Nietzsche la décadence de la raison des modernes copie les déconfitures de la théologie du Moyen-Age, voyez comment, trois siècles après Voltaire, ces deux disciplines se statufient ensemble, se minusculisent ensemble, perdent ensemble leur âme, leur souffle et leur élan! Mais voyez aussi le regard de Zarathoustra et celui d’Isaïe se porter ensemble sur la cervelle du bûcheron qui se chauffait avec la moitié du bois qu’il avait ramassé le matin dans le forêt et qui se taillait, dans l’après-midi, une idole avec l’autre moitié de sa récolte. Pourquoi se prosternait-il devant un objet sorti de ses propres mains? Si vous voulez l’apprendre, observez nos agenouillement devant la statuette que vous avez taillée et qui est devenue votre maître, observez vos génuflexions devant le bois dans lequel vous avez taillé votre empire de la liberté du monde!

Comment se fait-il que la théologie agonisante et la raison émiettée se barricadent ensemble dans le même champ visuel resserré, celui de l’esprit de servitude de la bête? Et pourtant, votre planète d’idolâtres disparaît tout subitement du champ de votre regard si vous lisez Nietzsche ou Isaïe. Comment se fait-il que l’empire américain fasse place au bois du bucheron?

Du coup, demandons aux mystiques de l’abîme de nous instruire de la généalogie et de la psychobiologie qui président à la sécrétion des idoles mentales propres aux démocraties de bois sec. Nous sommes tombés en panne d’une anthropologie des idoles du langage qu’enfante le mythe racorni de la Liberté? Demandons à Freud et à Isaïe de nous instruire des paniques d’entrailles de l’animal prosterné devant le bois de ses idoles et souvenons-nous que Socrate et Isaïe se partagent la même vocation, celle des guérisseurs de la bête malade de ses idoles.

le 26 avril 2014

http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/philosopher/deraison.htm

Peut-on fuir le pouvoir ?

Peut-on fuir le pouvoir ?

LE 01 MARS, 2014 DANS ASSERVISSEMENT MODERNE PAR 

Il n’y a que deux moyens  pour assujettir le peuple: le contraindre ou le tromper.

La contrainte abuse toujours de sa violence. Elle franchit donc à terme la limite et finit par réveiller en nous des instincts de contestation capables de freiner l’efflorescence de son pouvoir.

La duperie jouit de l’invisibilité de pouvoirs plus efficaces: ceux que le marché polit méthodiquement pour mieux prospérer.

L’économie est une politique travestie. La consommation y structure le lien et le statut social. Ce ne sont ni les dieux ni les rois, encore moins les députés, qui font les lois. Ce sont les marchés. Les vrais tyrans sont lesactionnaires. En outre nous devrions écrire: les marchés font le crime…

L’argent nous aveugle par l’éclat de sa dictature.
Celui qui  la refuse ne peut le faire qu’en se marginalisant ou en s’isolant. Et je reste convaincu que la majorité des désoeuvrés, des sans logis, des miséreux le sont devenus non par résistance au système, mais parce que celui mis en place par le marché n’a pas voulu d’eux et les a ainsi mis au banc. Ce sont les non rentables, les maillons faibles.

Quant aux autres, comme l’a si bien dit Coluche transfigurant La Boétie : «Il suffit qu’ils n’achètent plus pour que ça ne se vende pas». Mais, de même que les gouvernés préfèrent obéir pour exister, les consommateurs préfèrent avoir pour être. Preuve en est qu’ils ne leur en coûtent rien d’appeler « démocratie » une dictature financière leur offrant l’illusion du confort…Illusion préférée désormais au désir de liberté. La vie à crédit nous conviendra ainsi tant que nous pourrons consommer un bien-être supposé.

Renoncer à sa servitude reviendrait à refuser la vie en société. Très peu en sont capables et le prix de cettesolitude se dépense dans l’anonymat le plus austère, pour ne pas dire le plus inhumain. Car ceux, comme nosindignés d’estrade, qui clament haut et fort qu’ils résistent ou qu’ils ne consentent pas,  ne sont certainement pas ces anonymes qui ont su s’épanouir dans l’exil volontaire, loin de toute société, de tout pouvoir

Les mains propres

Les Mains Propres

 PAR 

Qui, de l’Amérique alors en guerre contre le Japon, de son PrésidentTruman, des généraux Handy et Spaatz, du pilote Tibbets, du viseurFerebee ou de l’amorceur Parsons est responsable de l’explosion surHiroshima ?

Peut-on interagir sans pour autant être responsable ? La morale peut-elle effacer la nécessité ?

La pensée dominante désigne toujours les grands tyrans comme des maillons déterminants de l’Histoire. Leurs noms peuvent à eux seuls y envelopper un chapitre entier. Comment la responsabilité d’un dirigeant se libère-t-elle de celle de ses sujets ? Et pourquoi semble-t-elle plus répréhensible dans son ordonnance que dans ses actes ? Pourquoi Hitler,MaoBagosoraSharon ou Ben Laden endossent-ils plus la présomption des crimes qu’ils ont ordonné que lesSS, les gardes rouges, le Hutu Power, le Tsahal ou Al Qaïda qui les ont réalisés ? D’ailleurs, combien de juifsont été exterminés directement des mains du Führer ? Combien d’irakiens par Bush en personne ? Et combien delibyens par notre ancien Président ?

Pourquoi faut-il un responsable que l’on puisse emblématiquement nommer au détriment des vrais acteurs qui sévissent d’autant plus facilement, qu’ils prolifèrent dans l’ivresse de la meute ?

Pourquoi incrimine-t-on davantage la volonté nuisible d’un tyran que le consentement aveugle mais criminelde ses serviteurs ? Doit-on considérer un déterminisme si puissant chez le despote qu’il devient impossible à ses domestiques de refuser l’obéissance et la barbarie ? Est-il si difficile de résister à notre instinct de servitude ? Et ne peut-on pas réprimer nos pulsions agressives ?

Il semblerait qu’en régiment nous soyons immunisés contre tout préjudice, à la différence de nos capitaines de route, devenus dans l’incrimination les seuls responsables.

Nos fureurs barbares s’effacent ainsi derrière le nom de ceux qui les orchestrent. Et comme l’a si bien écrit La Rochefoucauld : « Il n’y a guère d’homme assez habile pour connaître tout le mal qu’il fait ».

http://diktacratie.com/mains-propres/

La capiteuse histoire de l’outil pensant

La vie est belle, mais elle a une odeur de hareng qui a passé trop de temps dans un bureau. Ouvrez les fenêtres. Nous sommes des épongés de l’âme et des poissons fumés et enfumés aux théories fumeuses.

Étonnamment, nos dirigeants ont pris la même route du virtuel que Face de Book: ils nourrissent de grands projets électroniques. Nous sommes des « emplois « , pas des humains. Des emplois. Et ils sont tous amis, d’amis qu’ils ne connaissent pas. Fondue chinoise et abracadabrante.

On ne mange pas de téléphones intelligents pour déjeuner. Alors, quand l’oubli – et il est déjà présent – aura court-circuité toute la base de l’économie RÉELLE, il ne nous restera qu’à bouffer de l’électronique, du High-Tech, et toute autre naïveté de ces « laïcs » qui sont victimes d’une nouvelle religion: l’invisible. Ils ont ça en commun: l’invisible. Et ils nous refilent leur maladie par le « système ».

C’est « capiteux » d’être déclaré intelligent. La diplomation permet de vous saupoudrer d’une couche de vernis vraisemblablement résistant au vernis de l’insignifiance.

Mais non…

Il n’y a  pas de gens plus intelligents: L’augmentation exponentielle des imbéciles a souillé la réalité de cette dite « intelligence » en faisant flâner la belle partie du cerveau : l’instinct, l’intuition. Le GBS ( Gros Bon Sens).

À côté du laïcisme d’État courant les ors des peuples, comme on l’a fait jadis, dans l’ère des grandes puissances Espagnoles, Françaises, et Anglaises, la nouvelle et « récente » ingénierie sociale a sculpté l’humain robotisé. Ce n’est plus un humain, c’est un outil.

Un outil pensant.

Une clef à mollette. Un monde à squelettes.

Nous sommes la pâte, ils sont le pain. Et dans la grande cacophonie du livresque, des rapports, des études, des mensonges.  Vous leur donnez de l’argent pour des services? Ils s’en vont ailleurs. Nous sommes SDF Alzheimer.

Quand votre pays achète des armes avec votre sueur, elles s’en vont tuer ailleurs. Mais « ailleurs » paye de ses sueurs l’achat d’armes pour un autre ailleurs. Votre enfant n’est pas un « ailleurs ». Sauf aux USA…

Dansons! Dansez! Dans les tours à bureaux. C’est si beau d’être délivré du travail acharné de la terre, du pousse-patate, des légumes racines.

Pendant ce temps, au pays de l’Agonisie , nous sommes le grand LOL. Nous agonisons.

Rongés jusqu’à l’os…

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Gaëtan Pelletier

7 novembre 2013

Le Pow Wow hypothermique occidental

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Un pow-wow est un rassemblement de Nord-Amérindiens. Il s’agissait traditionnellement d’un événement religieux (chamanisme) ou de la célébration d’exploits guerriers. Aujourd’hui, il existe un véritable « circuit » des pow-wow qui sont devenus des manifestations festives et une occasion pour les Amérindiens de faire vivre leur héritage culturel. Le pow-wow représente une fête de la rencontre et est vu par les Amérindiens comme un moment privilégié pour chacun de se rapprocher du noyau et d’échanger en famille. /Pow wow

Survivre

Tout le monde devrait visionner le film Le naufrage , dans lequel un marin Islandais nage pendant six heures dans des eaux glacés, à 5 degrés C. Une histoire vraie des années 80… On tente de trouver un explication « scientifique » au phénomène… La seule: sa graisse est ressemblante à celle des phoques. Ce qui n’explique rien. Mais dû au fait que nous vivons dans un monde dans lequel tout s’explique, c’est une « bonne » explication.

Le naufrage de Lampedusa  n’est que le « fruit » du progrès, des guerres falsifiées, concoctées par le « Paon-tagone ». Les migrants ne sont pas seulement extérieurs aux pays, ils sont maintenant à l’intérieur des pays. L’acier a « remplacé » la peau. « Business » est le gouvernail affolé au gré de l’avoir … Les enfants s’en vont, quittent leur petit village – on dirait une chanson de Ferrat – et vont là où décident les empoisonneurs mondiaux du « libre marchés » qui menottent les citoyens. Le travail est là où nous déciderons où il sera.

Et les pays se défibrent par des guerres « classiques » ou économiques les tissus sociaux.

Équilibre 

On a totalement déséquilibré les petites cellules humaines. Déséquilibré l’essence même de ce « petit  dieu » enfermé dans un corps malmené. Le beau désamour de la frigidité. Là où « comprendre » n’est qu’expliquer. Plus rien pour l’amour des vaches, des pissenlits, des feuilles d’automne. Non. Le carriérisme et la culture du culmen. 

Dans le grand brasier, en nageant dans cette eau trouble, notre lambda finira par s’habituer au déséquilibre. Tout le monde doit faire une pirouette pour le cirque des élus et des conglomérats avec son nouveau fouet: la peur de manquer de tout. Mais elle est réelle: on lui a tout enlevé de primaire. Plusieurs  se cassent  la gueule dans son nouveau rôle d’intello qui n’est en fait que l’image du film de Chaplin Les temps moderne.

Simplement dit: tout être humain a le droit de perpétuer sa culture dans le pays où il vit. La pauvreté le déménage là où une autre forme d’indigence l’attend.

La vie est une soupe constituée de 99%  de nouilles qui nagent en surface et de quelques légumes qui bricolent le fond. Et les fonds…

C’est la dérive et l’affolement, autant intérieur qu’extérieur.

Rien ne va plus, faites vos Zeus.

Il reste la parade du « réussisme » social, laissant de côté tous les travailleurs,  petits salariés de Walmart ou autre serviteur certifié « inférieurs » par les métiers qu’ils accomplissent.

À force de nager dans la froideur et en parallèle au réel, on finira par créer la crise de la 2025: les supermarchés seront là, mais les champs n’y seront plus. Et tout le monde se demandera ce qui se passe.

C’est tordu. Tu lance une bombe sur une maison, mais tu te dis que c’est bien de la détruire pour « créer de l’emploi ». Le « génie » des hypodermiques est de nous faire avaler le serpent en le rétrécissant en couleuvre.

On a tellement aimé comprendre qu’on ne peut plus s’en passer. C’est une drogue bien pire que celles vendues dans les rues.  C’est une drogue qui nous fait oublier que la diversité des cultures humaines est la richesse ultime. Le reste est un plat de cuisinier fêlé.

Élu.

Élu.

Élu.

Chef.

« Nous sommes ce que nous mangeons ». Notre nourriture « intellectuelle » a fait de nous des  anémiés mondiaux. Je dis « nourriture intellectuelle »… C’est une formulation délirante. La spiritualité est sous le tapis, la poussière au dessus, et l’humain « sandwiché » entre les deux.

Souvenirs d’enfance 

vivre avec les abeilles

danser dans un carré de terre

se rappeler la grosse poitrine de nos tantes

voir nos amis mourir à dix ans

fêter l’automne et l’arrivée de la fraîcheur

avoir 50 cousins et cousines vivants

pouvoir réciter une fable de Lafontaine

nager dans une rivière  ( sans chlore)

faire des arbres des cabanes oubliées au fond des bois

regarder les éclairs pendant les orages

frémir à la première fille rencontrée à 13 ans, sans trop savoir ce qui se passe

lire le plus beau livre du monde: Robinson Crusoé 

manger de la neige

embrasser la petite dodue, là où le réverbère s’est éteint

écouter brasiller les feux de camps

écouter à en frémir une première chanson des Beatles

n’avoir pas de montres

dormir sans penser que la vie est un agenda de 10o ans

s’aimer en sachant que s’aimer est également aimer les autres

L’eau froide 

La planète se réchauffe, mais les sociétés nous refroidissent.

C’est bien le progrès, le vrai… Mais je n’échangerais pas une bonne cueillette de fraises sauvages  par un jour de juillet, ni les jeux dans la neige, ni mes orteils gelés. Rien, rien , rien.

Je me souviens des vieilles maisons dans lesquelles nous gelions en hiver et crevions de chaleur en été. Le progrès a réparé tout ça… Il nous a donné une certaine forme de liberté mais l’a reprise plus tard. Le « progrès », le seul maintenant réel, est l’énorme bulldozer de l’ère du gigantisme.

Heureusement, ou malheureusement, il y a la grande capacité d’adaptation de l’être humain. Parfois pour son bien, parfois pour les figurines sataniques qui sont au pouvoir: les nouveaux dieux sont nés.

Que la « dé-fête » finisse au plus vite…

Gaëtan Pelletier

Octobre 2013

Travailler c’est se constituer prisonnier

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« Un édifice basé sur des siècles d’histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d’explosifs »
Pierre Kropotkine.

Nous sommes tous à un moment ou un autre de notre vie des prisonniers, car travailler c’est se constituer prisonnier. Pourtant le travail tue bien plus que la prison, c’est même le plus grand meurtrier de masse de l’histoire. Il l’a toujours été, certes, mais le mode de production capitaliste et son organisation du travail ont largement participé à intensifier violemment les rapports d’exploitation au sein des entreprises, dans les usines et les commerces. Concrètement, il faut produire toujours plus, toujours plus vite, faire du chiffre, donner de sa personne. Mais toute cette machinerie ne pourrait pas tourner sans l’idéologie qui accompagne le Travail, et qui est souvent forcée d’employer la menace et la contrainte pour s’imposer.

Un peu partout, des individus sont aux prises avec des conditions de vie plus que merdiques et inacceptables, la pauvreté gagne du terrain parmi toujours plus de gens, et même chez ceux qui se croyaient à l’abri. Cette misère qui s’impose de guerre lasse est aujourd’hui l’une des raisons qui poussent beaucoup d’employeurs, des grands patrons qui jonglent avec les millions aux petits commerçants de quartier, à serrer drastiquement la vis sur les diverses latitudes de l’exploitation de leurs salariés. Dans ce serrage de vis général, certains abusent plus que d’autres et certains, même, se permettent de dépasser les cadres légaux et le code du travail. Parfois au JT, certains sont épinglés sur des cibles de jeu de fléchettes pour que la foule puisse se défouler, et oublier par ailleurs ce qui constitue le vrai problème : que le travail et l’exploitation sont en eux-mêmes des abus, que notre dignité ne sera pas retrouvée tant que nous n’en aurons pas fini avec l’économie, le capitalisme et la marchandisation.

Du grand patron de la finance qui a gratté des milliards sur le dos de pauvres endettés et expulsés de leurs logements au petit gérant de supérette, de restaurant ou du bâtiment qui a licencié à tour de bras, qui s’est rendu responsable d’humiliations et de traitements dégueulasses sur ses employés, qui a employé des sans-papiers en les payant moins qu’il ne payerait un âne, tous peuvent du jour au lendemain se retrouver sous les feux de la rampe. On les appelle, de façon bien commode, les « patrons voyous », et les racailles politiciennes des partis et organisations de gauche et d’extrême-gauche comme de droite et d’extrême-droite font leur beurre électoral dessus tandis que les charognards médiatiques en font leur quatre-heure dans leurs pages « sociales ». On peut maintenant tous se défouler sur quelques salauds désignés par la vindicte populaire et oublier tous nos problèmes.

Cependant, la notion de « patron voyou » nous semble bien superficielle. Certes, certains patrons outrepassent leurs droits, en cela, ils sont des voyous vis-à-vis de la loi, mais cela ne nous intéresse pas. Notre problème est plus épineux, c’est qu’il existe encore des patrons et des employés, des maitres et des esclaves, des riches et des pauvres, la hiérarchie et l’argent. Il faut refuser d’accepter la catégorie des « patrons voyous », parce que celle-ci créé une autre catégorie, celle des « bons patrons », des « bons gérants ». Cela est inacceptable, parce qu’endosser les habits du patron, c’est accepter les règles d’un jeu qui n’a d’autres conséquences que l’avilissement de l’humain par l’humain. Le « bon patron » aura beau éclairer le monde de sa beauté intérieure, il reste celui qui donne des ordres. De plus, la notion de « patron voyou » impliquerait que l’exploitation ne serait que le fait d’un petit nombre de patrons abusifs dans un monde qui respire la joie au travail, alors que non, nous vivons dans une société de merde qui est elle-même le produit du travail, et qui en est profondément malade.

C’est aussi le mensonge qui affirme que la souffrance du travail n’est imputable qu’à quelques individus facilement isolables et pas à un mode d’organisation de la vie, qui la soumet à des impératifs de production et qui transforme tout ce qui est, vivant ou non, en marchandise. Et même si demain une bande de justiciers avant-gardistes exécutait chaque patron voyou d’une balle dans la tête en pleine rue, le problème resterait là, dans les marques laissées sur nos corps par des années de turbin, dans l’état de léthargie dans lequel se trouve le travailleur après une journée de travail.

Aussi vrai qu’un édifice basé sur des siècles d’histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d’explosifs, le travail ne sera pas détruit par la simple critique de l’exploitation.

Pour la destruction totale du travail.

Extrait de Lucioles N°2, Bulletin anarchiste du Nord-Est de Paris, lisible sur le site du bulletin.

L’agonie tourmentée du progrès

Fethi GHARBI

L’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude

Paul Valéry

La crise à laquelle nous faisons face aujourd’hui est au-delà de sa composante économique une crise de civilisation. En effet, depuis quelques années le capitalisme semble engager un combat insensé. La crise financière de 2008 a constitué la preuve irréfutable que cette divinité factice appelée capital était dans l’incapacité de se reproduire automatiquement et de créer de la valeur par elle-même . Si la plupart des économistes s’accordent sur le fait que le système s’est totalement grippé depuis les années soixante dix, certains considèrent que la financiarisation de l’économie ne constitue qu’un combat d’arrière garde, un palliatif servant à prolonger artificiellement la vie d’un mode de production en complète décomposition. Cependant, un bon nombre de penseurs voient le phénomène sous un autre angle. Pour eux la généralisation de la spéculation financière constitue un système subtil de transfert massif du capital par le biais de la dette. Dans l’incapacité de se reproduire, le capital joue son va-tout et lance un hold-up à l’échelle mondiale pour s’accaparer de l’ensemble des biens publics et privés. C’est cette fuite en avant qui depuis deux décennies plonge l’hyperclasse dans une paraphrénie fantastique, un délire mégalomaniaque fait d’obsession accumulatrice et de tentation totalitaire.

Voila que le système s’affole de nouveau. Des relents fascistes emplissent de plus en plus l’atmosphère et nous replongent dans le cauchemar des années trente. Voila qu’encore une fois un avatar de l’utopisme totalitaire né des Lumières envahit la planète. A l’image du jacobinisme ou encore du nazisme, le néoconservatisme s’inscrit dans une pensée chiliaste. il se croit ainsi investi d’une mission universelle qui assurera à l’humanité paix et prospérité au terme d’une bataille apocalyptique contre les forces du mal. Presque tous les philosophes de l’histoire du 19ème siècle ont succombé au charme de cette marche triomphaliste de l’histoire sous la férule de l’homme blanc. Marx et Engels se sont laissé prendre eux aussi au piège de la mission civilisatrice d’un Occident impérialiste, considérant que le colonialisme permettait aux sociétés précapitalistes de sortir de leur inertie et de rejoindre l’histoire. On ne peut qu’être scandalisé par la teneur des écrits d’Engels à propos de la guerre coloniale menée contre l’Algérie de l’émir Abdelkader. Son discours n’avait rien à envier aux thèses racistes d’un Gobineau. Il faut cependant rendre justice à Marx qui à la fin de sa vie a complètement changé de point de vue et s’est élevé contre la barbarie du colonialisme. Toutefois, cette prétention à vouloir réaliser la fin de l’Histoire dans l’Histoire en en forçant le sens, a pris des formes terrifiantes et a produit les pires des totalitarismes tout au long du XXème siècle. Le rationalisme né des Lumières, en substituant la transcendance de la raison à la transcendance du divin, a fini par édifier à son tour sa propre Église. Nietzsche fustigeait déjà toutes ces « religions de substitution » que sont le culte de l’État, l’adoration de l’Histoire et la religion de la science. Délivré du joug de l’église, le sujet au lieu de se libérer tombe dans l’auto-adoration avec ses différentes manifestations : individualiste, anthropocentriste, nationaliste et ethnocentriste. C’est cet égo démesuré s’appuyant sur une avancée technique de l’Europe qui alimentera toutes les formes de spoliations, d’exactions et de mépris exercés contre le reste de l’humanité et qui atteint aujourd’hui son stade paroxystique. La pensée européenne reste dominée dans toutes ses nuances par ce rationalisme subjectif et égocentré. L’authenticité allemande si chère à Thomas Mann ou à Oswald Spengler et la modernité conquérante romane et anglo-saxonne étaient malgré leur divergences prises dans le tourbillon de cette même auto-adoration. Il est à remarquer cependant que la thématique de « l’authenticité » totalement disparue pendant la guerre froide refait aujourd’hui surface même dans des pays à tradition universaliste tels que la France. Elle ne cesse de se propager en réaction à l’agressivité du mondialisme unipolaire anglo-saxon.

Ayant conquis son statut démiurgique, l’homme blanc guidera et s’il le faut traînera les humains vers cette fin heureuse et sécularisée de l’histoire. C’est le mythe du progrès, érigé en dogme, qui va constituer le moteur de ce mouvement linéaire de l’histoire. Pierre angulaire de l’édifice de la modernité, le progrès entame une chevauchée éperdue, à la poursuite d’un futur plein de promesses mais irrémédiablement insaisissable. Or ce mirage enivrant n’est en réalité que la figure euphémique de « la croissance à l’infini » nécessaire à la survie de l’économie de marché. C’est bien cette confusion de sens qui a servi à positiver l’aspect purement cumulatif de la croissance. Plus on s’enfonce dans le mode de production capitaliste, plus progrès et croissance s’imbriquent de telle sorte qu’on a fini par confondre totalement l’aspect qualitatif de l’un et celui quantitatif de l’autre. S’inspirant de l’eschatologie religieuse, l’eschatologie séculière née des Lumières assimile sa fuite en avant sur la ligne du temps à une élévation spirituelle. Le mythe du progrès, en octroyant à l’accroissement des produits une signification quasi-spirituelle constituera la plus grande mystification de l’histoire moderne. La fétichisation de la marchandise et du capital seront la conséquence directe de cette perversion et serviront principalement à éluder les rapports de production. Être magique, médiateur entre le capital investi et le capital reproduit, la marchandise se trouve ainsi élevée au rang de divinité au pieds de laquelle se prosterne toute une société de consommateurs idolâtres en manque, hypnotisés par le roucoulement de la publicité et les leurres de la mode. Le consumérisme, une religion sans transcendance, s’empare du monde et fera les beaux jours d’un productivisme effréné, générateur de plus-value. Telle est la perversion initiée par le mythe du progrès . C’est sans doute la première fois dans l’histoire que l’obsession de croissance fait que la production crée les besoins et non l’inverse.

Le mythe de la croissance exponentielle, un non sens qui ne cesse de désorienter l’humanité depuis deux siècles est en complète contradiction avec l’ordre immuable de la nature où toute croissance est suivie de déclin. C’est ce mouvement cyclique assurant à la fois l’équilibre et la régénération du vivant qui a toujours guidé la sagesse des civilisations anciennes . Or la fureur productiviste dont le parcours endiablé s’accompagne régulièrement de crises de surproduction ne cesse de pousser les nations vers les conflits les plus meurtriers de l’histoire. La dernière crise ne semble pas déroger à la règle.

En vérité, la crise financière de 2008 a été plutôt celle de la politique néolibérale venue au secours de la crise de l’économie réelle de la fin des années soixante dix. A cette époque, pour lutter contre la dégradation des conditions de profitabilité du capital, la solution a été d’intensifier la productivité du travail, tout en freinant voire en bloquant la croissance des salaires réels. En temps de crise, c’est toujours !e recours le plus courant pour maintenir à flot le taux de la plus-value. Une stratégie de démobilisation des travailleurs a alors été mise en œuvre. La hausse du chômage , à quoi s’est ajouté le développement du travail précaire et contractuel en brisant les solidarités auront définitivement affaibli la combativité des travailleurs. Mais cette mise en concurrence des salariés atteindra son comble lorsqu’elle s’internationalise grâce à la libre circulation du capital. Ainsi, dressés les uns contre les autres, les pays du centre et ceux de la périphérie se lancent dans la course au moins disant salarial, fiscal et écologique au profit des banques et des transnationales. Les profits ainsi amassés, faute de pouvoir se transformer en capital productif s’orienteront vers la périphérie ouvrant de nouveaux marchés dans les pays dits <<émergents>>. On assiste en parallèle au développant d’une industrie de luxe destinée à satisfaire une classe privilégiée de plus en plus cossue et en mesure de dilapider une partie de la plus-value qu’elle ne peut investir. Mais l’ultime recours de cette politique néolibérale aura été le développement de la spéculation financière. La plus-value non dépensée tentera alors de se valoriser sous forme de capital fictif. Il s’agit tout simplement de parier sur les variations de la valeur de produits financiers tels que les titres de crédit ou de propriétés, les actions, la monnaie, etc. Cela aboutit à la formation d’une accumulation de capital purement fictifcomposé de produits dérivés de plus en plus sophistiqués et dont la valeur fictive se gonfle au gré d’anticipations souvent délirantes. Aujourd’hui ces transactions sur les marchés financiers sont colossales et leur volume est plus de vingt fois supérieur au PIB mondial. Cette expansion vertigineuse n’est pas comme on a souvent tendance à le croire seulement le fait d’organismes bancaires mais aussi des multinationales dont 40% des profits proviennent de ce type de transactions.

La dérégulation financière impulsée par les États-Unis et leurs vassaux européens à la faveur de l’OMC, mais aussi à la faveur des machiavéliques « plans d’ajustement structurels » du FMI et de la Banque Mondiale à permis en définitive de concentrer le capital entre les mains d’une ploutocratie mondiale organisée en oligopoles. Géants bancaires, géants de l’industrie et géants de la distribution travaillent souvent en bonne entente et préfèrent parier sur des produits dérivés au grand casino des places financières au lieu d’ investir dans l’économie réelle. La crise actuelle montre cependant que l’enjeu politique majeur du néolibéralisme est celui de la dette ; celle-ci a envahi depuis un quart de siècle tous les recoins de la planète. Des sommes énormes sont transférées des débiteurs aux créditeurs à travers le mécanisme d’accumulation des intérêts. A titre d’exemple, la dette des pays du Sud est passé de 70 milliards de dollars en 1970 à 3545 milliards en 2009. Ces pays avaient pourtant remboursé l’équivalent de cent dix fois ce qu’ils devaient initialement. En Europe, le Traité de Maastricht, interdisant aux Banques centrales d’accorder tout type de crédit à leurs propres États, offre par la même occasion ce privilège aux banques privées. Celles-ci rétrocèdent ces mêmes crédits aux trésors publics à des taux beaucoup plus élevés. C’est à partir de ce moment là que le surendettement public entame son escalade vertigineuse partout dans les pays de l’UE. En France, la dette publique avoisine les 2000 milliards d’euros, ce qui représente plus de 90% du PIB alors qu’en 1978 elle atteignait à peine 20% de ce même PIB. L’objectif de cette financiarisation méthodique de l’économie est tout simplement le démantèlement systématique du secteur public que ce soit dans les pays du centre ou dans ceux de la périphérie. La classe politique complice, étranglée par la dette et le service de la dette s’empresse de vendre à ses créanciers les biens publics tout en appliquant une politique d’austérité jetant à la rue des millions de chômeurs. Mais ce capitalisme usuraire ne se limite pas à vampiriser les États. Assoiffé de profit mais cherchant en même temps à stimuler la consommation, il en vient à oublier toute prudence en prêtant à des salariés démunis l’argent qu’il a refusé de leur avancer sous forme de salaires. La crise des prêts hypothécaires subprimes a certes ébranlé le système mais elle est loin de l’avoir désarçonné. La marche en rangs serrés de cette armée d’usuriers dédaigne aujourd’hui de s’engraisser uniquement en exploitant le travail immédiat, elle préfère hypothéquer l’avenir en s’appropriant le futur des peuples et des hommes accablés et culpabilisés par l’accumulation des intérêts de la dette. Victime lui-même de l’illusion qu’il n’a cessé d’entretenir, le capital en position de quasi-monopole se met à croire en son autogamie. De moins en moins productif, il ne vit qu’en parasitant une économie réelle qui n’arrête pas de se désagréger. L’ illusion de la profitabilité crue vient de supplanter le mythe du progrès, cette autre illusion de la croissance exponentielle propre au capitalisme productif. Toutes ces pratiques usuraires érigées en système constituent-elles simplement une fuite en avant d’un capitalisme aux abois ou alors sont-elles les prémisses d’une stratégie concertée visant l’appropriation du monde par une minorité de ploutocrates avares et avides de pouvoir absolu ?

Si on jette un regard rétrospectif sur la fin du XIXème siècle on s’étonne des similitudes que cette époque avait avec la notre. La ritournelle mondialiste qui n’arrête pas d’agresser nos sens n’est en réalité que la réplique d’une vieille chanson de ces temps révolus. Tout en fredonnant paix et prospérité universelle, elle rythmait la marche des bidasses en route vers les colonies. Seuls les carnages de la première guerre mondiale ont su la faire taire. Guerre impérialiste par excellence, celle-ci a permis d’effacer les deux vieux empires ottoman et austro-hongrois et de les offrir découpés en petits morceaux aux empires coloniaux. Pendant la deuxième guerre mondiale le rouleau compresseur mondialiste n’a pas réussi malgré l’aide précieuse apportée par l’Allemagne nazie à effacer l’Union Soviétique. Néanmoins cela a permis quand même l’implosion des empires coloniaux français et britannique. Il a fallu patienter encore quelques décennies pour qu’une fois son dernier rival éliminé apparaisse enfin dans toute sa magnificence l’empire unipolaire. Le mondialisme néolibéral n’est donc pas un incident de parcours mais l’aboutissement sinon la continuation d’une logique implacable suivie à la lettre depuis le 19ème siècle mais initiée depuis le siècle des « lumières ».

Rien n’arrête le progrès qui, imperturbable, poursuit sa quête même si des prophètes de l’envergure de Francis Fukuyama nous ont annoncé depuis quelques années déjà le « happy end » de l’histoire. Une fois les empires défaits, Il s’agit maintenant de parachever la dislocation ou alors l’homogénéisation du monde en s’attaquant aux Etats-nations. A l’Union Européenne, on applique la méthode de la mort douce au moyen du surendettement public, provoquant ainsi la faillite des États et la destruction du tissu social. Si la Grèce ouvre la marche, un nombre de plus en plus grandissant de pays de la communauté européenne sont en train de lui emboîter le pas. En Europe de l’Est, la main de l’Empire a été un peu plus lourde lorsqu’il s’est agi de démanteler la Yougoslavie que les accords de Dayton de 1995 ont fini par morceler en six nouveaux Etats. La tentative de déstabilisation de la Russie par la mise en scène des révolutions colorées n’a cependant pas eu l’effet escompté.

Dans le monde arabe et islamique, on aura recours à une recette qui de tout temps a prouvé son efficacité : l’instrumentalisation systématique du religieux ou pour être plus précis du fanatisme religieux. Les britanniques bien avant leurs héritiers étasuniens sont passés maîtres dans l’art de la manipulation. C’est bien en jouant sur le fanatisme sioniste qu’ils ont réussi à implanter cette entité israélienne en plein cœur du monde arabe. Ce sont eux aussi qui de peur des velléités nationalistes arabes du Chérif de la Mecque ont choisi d’installer les Saoud et les wahhabites à la tête de l’Arabie. Depuis, voilà maintenant près d’un siècle, britanniques et étasuniens n’ont eu aucun souci à contrôler les gisements de pétrole et de gaz de la région. L’islam politique qui depuis la fin de la première guerre mondiale rêve du retour du Califat s’est toujours dressé contre tout courant politique nationaliste arabe ou de sensibilité socialiste. Une aubaine pour l’Empire qui va exploiter à fond la naïveté des wahhabites et des frères musulmans pour déstabiliser les régimes baasistes et nasséristes et stopper l’activité des mouvements de gauche au sein du monde arabe. A partir des années 70, l’enseignement puis l’instrumentalisation d’un islam radical est devenue systématique partout dans le monde arabo-islamique grâce aux deniers saoudiens et à la diabolisation de l’URSS qui n’a pas manqué de tomber dans le piège afghan finement dressé par la CIA. La figure emblématique des « moudjahidines » afghans mais surtout arabes défendant l’islam face aux mécréants communistes est glorifiée par tous les médias occidentaux et arabes. Tout un montage médiatique usant des procédés théâtraux de l’identification vont servir à galvaniser les foules enflammées de jeunes islamistes prêts à mourir pour l’Afghanistan. Après l’implosion de l’Union Soviétique l’empire allait disposer d’un corps de combattants fanatisés, une nébuleuse islamiste malléable et manipulable à souhait qu’il s’empressa d’utiliser en Bosnie et en Tchétchénie. Mais le djihad va progressivement assumer un autre rôle, celui de la mise en œuvre de la théorie du « choc des civilisations » si chère aux néoconservateurs. Par un jeu subtil d’identification/distanciation, on creuse encore plus profondément le fossé séparant Occident et monde musulman. Actions terroristes par ci, dénigrements du prophète par là, le tout surmédiatisé et le tour est joué. L’Islam diabolisé vient ainsi remplir le vide laissé par le péril rouge et redonner sa cohésion à un Occident en mal d’identité. Voila que le décor est définitivement planté. Il s’agit alors de partir en croisade contre ce mal plein de menaces. Le coup de World Trad Center tombe à point nommé pour sonner le départ d’une campagne coloniale d’envergure digne du 19ème siècle.

Dans cette mise en scène du « choc des civilisations » Al-Qaïda assure le rôle d’opposant diabolique lorsqu’il s’agit de justifier des invasions comme celle de l’Afghanistan par exemple. Avec l’avènement du « printemps arabe » les « terroristes » ont vite fait de troquer leurs habits d’antihéros contre ceux de révolutionnaires au service de la démocratie. Ils partent avec la bénédiction d’El Karadhaoui et de Bernard Henri Lévy à l’assaut des « mauvaises dictatures », n’hésitant pas à mettre à feu et à sang des pays comme la Libye et la Syrie … le reste ne saura tarder. Ces rôles contradictoires et souvent concomitants prouvent que ces combattants ne sont que des exécutants agissant selon les besoins du moment de l’Empire unipolaire dans sa conquête précipitée du monde. Si le rôle de terroriste sert à apeurer les peuples occidentaux et légitimer de la sorte les invasions, celui de révolutionnaire de « l’hiver arabe » sert à la destruction systématique des États et du tissu social dans ces pays pris dans le tourbillon de toutes ces révoltes immédiatement récupérées. Aujourd’hui, il n’est plus besoin d’engager toute une armée de fantassins pour détruire un pays comme ce fut le cas en Irak. Il est plus subtil et plus rentable d’appliquer une stratégie d’autodestruction en montant les extrémistes sunnites contre les nationalistes arabes, la gauche, les chiites, les alaouites, les coptes et le reste des minorités religieuses. L’objectif est d’instaurer un état de guerre civile permanent s’étendant de l’Afrique du Nord au Golf. Luttes tribales mais aussi conflits religieux et ethniques finiront bien par décomposer et somaliser l’ensemble du monde arabe. Les frères musulmans, bien structurés et financés par les pays du Golf n’ont eu aucune peine à se hisser au pouvoir en Tunisie et en Égypte. Ils sont de plus en plus contestés par la rue et les syndicats mais également par une opposition majoritairement ultralibérale et toute aussi compradore, lèche-bottes d’une modernité occidentale à l’agonie. Une fois au pouvoir, les islamistes ont vite oublié leurs beaux discours rassembleurs et tentent par tous les moyens de reconstituer l’absolutisme des dictatures précédentes. Les couches pauvres de la populations de plus en plus misérables se sentant trahies se révoltent alors que les islamistes, aplatis face à l’Occident, sont sommés de poursuivre la même politique néolibérale débridée et de se soumettre aux injonctions de la Banque Mondiale. Alliés objectifs de l’Empire, ils n’hésitent pas à soutenir sa politique dévastatrice au Proche Orient et en Syrie plus particulièrement. Leur attitude sans cesse provocatrice et agressive à l’égard de tous ceux qui s’opposent à eux dans les pays où ils exercent le pouvoir n’arrête pas de faire monter dangereusement la pression et d’instaurer un climat de désordre permanent laissant planer le doute quant à leurs véritables intentions…

Cependant, cette instrumentalisation de l’extrémisme religieux lorsqu’elle embrasse une étendue géographique allant du Maroc jusqu’au Tatarstan au cœur même de la fédération de Russie, elle se transforme tout simplement en arme d’autodestruction massive. Circonscrit au Caucase du Nord, le djihadisme, commence à s’étendre à d’autres régions de la fédération. Il y a quelques jours, La police russe a arrêté à Moscou six membres du parti Hizb al-Tahrir al-Islami. Accusés de prosélytisme radical dans plusieurs mosquées de la capitale, ces derniers étaient en possession d’armes et d’une grosse somme d’argent. Fin août, au Daguestan, le cheikh Saïd Afandi Atsaev, pilier de la confrérie soufie des Naqshabandi a été tué avec six autres personnes par une femme kamikaze. Le 19 juillet dernier, à Kazan, deux leaders musulmans modérés ont été victimes d’une double attaque revendiquée sur YouTube par un certain Marat Khalimov, émir des moudjahidins du Tatarstan. Il semble que l’effet domino si cher aux néoconservateurs a commencé à porter ses fruits après tant d’années de préparation. La mèche allumée en Tunisie et en Egypte, après avoir embrasé la Libye et la Syrie fait saliver l’Empire qui rêve d’étendre l’incendie à l’Asie centrale, à l’Oural et jusqu’au Xinjiang chinois. Zbigniew Brzezinski, dans son livre « Le Grand Échiquier » n’affirme-t-il pas que celui qui tiendrait l’Eurasie serait le maître du monde…pour ajouter ensuite que les États-Unis doivent veiller au respect légitime de la primauté américaine sur cette Eurasie. Tout est dit…

Les islamistes qui en incendiant leurs propres pays contribuent sans hésiter à la réalisation de ce nouvel âge de l’après nationalisme sont-ils assez niais pour croire que cet empire unipolaire va leur permettre de restaurer le califat ? Comptent-ils sur les protestants évangéliques et sur les néoconservateurs pour les aider à réunifier le monde islamique ? Faut-il rappeler à ceux qui l’ont oublié ce qui est arrivé aux « ikhwan » wahhabites, massacrés par les britanniques et les Saoud une fois leur mission remplie ! Cependant l’instrumentalisation du religieux ne concerne pas que l’islam radical. Il semble en effet que les anciens masques idéologiques (civilisateur, humanitaire, démocratique) sont irrémédiablement tombés en désuétude. La manipulation des vieux démons des haines religieuses a beaucoup plus d’impact et forme l’écran idéal derrière lequel s’opère cette nouvelle vague colonialiste globalisante. Ce que nous vivons aujourd’hui, ce n’est nullement « un choc des civilisations » mais « un pseudo-choc des fondamentalismes » islamiste, sioniste et protestant évangélique, tous alliés objectifs de l’Empire en construction. Si les islamistes ont pour mission de détruire les résistances et d’aplanir le terrain, ouvrant ainsi toutes grandes les portes de l’Eurasie aux envahisseurs, les sionistes juifs et chrétiens contribuent quant à eux financièrement à asseoir une gouvernance globale qui si l’on se tient aux divagations d’un Jacques Attali aurait pour capitale mondiale Jérusalem. Il semble que le mythe du progrès en tant que mythe fondateur de l’économie de marché s’est totalement effiloché et qu’il n’est plus en mesure d’entretenir l’illusion de la croissance infinie. On préfère aujourd’hui se réfugier dans des mythes religieux qui privilégient l’élitisme obsessionnel propre au protestantisme et au sionisme. L’oligarchie ploutocratique consciente de l’incapacité du capitalisme productif à lui assurer une quelconque plus-value fait en sorte que les états et les salariés croulent sous le poids des dettes lui permettant ainsi de faire main basse sur l’essentiel des biens publics et privés. Depuis plusieurs décennies des groupes d’influence plus ou moins occultes pilotent discrètement l’économie mondiale(1). Le groupe Bilderberg, la commission Trilatérale, le C.F.R étasunien, la Franc-maçonnerie Internationale et les Illuminatis coopèrent en vue de parachever la formation de blocs continentaux débarrassés de leurs États, nécessaires à la constitution d’une gouvernance mondiale. Le bloc Euro-Atlantique ayant à sa tête le couple germano-étasunien tente d’intégrer Israël et les pays arabes tout en débarrassant ces derniers de toute forme de résistance nationaliste et religieuse. Il s’agit d’affaiblir et de diviser ces sociétés pour leur imposer ensuite une sorte d’islam soft compatible avec les règles du mondialisme. C’est aux frères musulmans qu’échoit cette lourde tâche qu’ils doivent impérativement mener à bien. Après le Vatican II catholique on tente d’imposer un « Vatican II » de l’Islam comme le préconise l’officier étasunien Ralph Peters. Ainsi les deux religions formeront avec le judaïsme une sorte de panthéisme inspiré des lois noachides (2). Cette uniformité spirituelle permettra aux « gentils », une fois les hordes de Gog et Magog anéanties, d’être pris sous l’aile du peuple élu dans le royaume de la fin des temps (3). C’est de cette manière que s’est tissé progressivement cette toile d’araignée idéologique que l’empire exploite machiavéliquement pour parachever ses desseins totalitaires . Le projet sioniste-protestant de conquête de l’Eurasie s’emboite si parfaitement avec le messianisme sioniste et engage les peuples dans une folle confrontation alimentée par les agissements de fanatiques de tout bord sponsorisés par les tenants du mondialisme. Actions terroristes, exacerbation du communautarisme, luttes fratricides dans les pays arabes servent à justifier des guerre prétendument défensives que mène l’empire du bien judéo-chrétien contre les forces du mal. L’offensive qui a commencé avec le déclenchement du « printemps arabe » culmine actuellement en Syrie. Mais à la différence de la Libye, ce pays constitue ce nœud gordien que l’Occident se doit de trancher pour s’emparer de l’Eurasie face à la Russie et à la Chine résolues à s’opposer aux visées unipolaires du bloc Euro-atlantique. Cette contradiction insurmontable est en train d’entrainer imperturbablement le monde vers une quatrième guerre mondiale. Ayant emporté les trois précédentes, l’Occident, sûr de sa bonne étoile, semble être tenté encore une fois par l’aventure. Les majorités silencieuses occidentales abusés par une prétendue méga-identité judéo-chrétienne, manipulées par des minorités agissantes, n’ayant plus subi les affres de la guerre depuis 1945, sommeillent paisiblement, convaincus que ça n’arrive qu’aux autres.

Il importe de rappeler que la Deuxième Guerre mondiale, partie d’Europe, a effacé d’un coup la puissante machine de guerre européenne et a amené toutes les nations dominées d’Asie et d’Afrique à se rebeller et à se libérer du joug colonial européen. Cette nouvelle crise néocoloniale prouve une fois de plus que le capitalisme occidental est incapable de se départir de sa nature prédatrice, Sa cupidité aveugle l’a poussé à se séparer de ce qui a fait sa force et consacré sa domination : le travail. Aujourd’hui, il ne lui reste que ses tonnes de fausse monnaie et une armada juste bonne à répandre la terreur et la désolation à travers la planète. Face à une économie asiatique en pleine expansion grâce à l’appropriation du travail et à la coopération qui unit de plus en plus les pays de ce continent, l’Occident, en poursuivant le projet chimérique Sioniste-Euro-Atlantique s’enfonce dans la violence, ne récoltant que de la violence. Le mal né au 18ème siècle, s’étant transformé en fléau à partir du 19ème, entre aujourd’hui en transe parano-mégalomaniaque. Nemrod, intraitable, n’en démord pas : « Nous arrivons vers l’émergence d’une transformation globale. Tout ce dont nous avons besoin, c’est de LA CRISE MAJEURE et le peuple acceptera le nouvel ordre mondial » dixit David Rockefeller.

Fethi GHARBI

1) http://www.conspirovniscience.com/bilder.php

2) Les 7 lois Noachides :

d’établir des tribunaux, de l’interdiction de blasphémer, de l’interdiction de l’idolâtrie, de l’interdiction desunions illicites, de l’interdiction de l’assassinat, de l’interdiction du vol, de l’interdiction de manger la chair arrachée à un animal vivant.

Selon le judaïsme, tout non-Juif vivant en accord avec ces sept lois est considéré comme un Gentil Vertueux et a, par l’observance de ces lois, sa part au monde à venir. Les adhérents à ces lois sont souvent appelés B’nei Noah (Enfants de Noé) ou Noahides, et peuvent souvent se retrouver dans dessynagogues juives.

Il est intéressant de savoir qu’en 1991, le congrès américain a voté la loi 102-14 consacrant ces lois noachides sorties tout droit du Talmud de Babylone et non de l’ancien testament . Il importe cependant de préciser que dans la religion hébraïque les croyants en Jésus sont considérés comme des idolâtres.

3) Appréciez les élucubrations messianiques sionistes qui pullulent sur la toile, ils parait que ces exégètes sont en mesure de nous fournir une carte géographique précise situant Gog et Magog, même si celle-ci sent un peu le gaz et le pétrole. Très instructif :

http://messianique.forumpro.fr/t809-la-bataille-de-gog-et-magog-apres-le-millenium

Le bramement des Éloïs

les Éloïs, descendants des oisifs, hédonistes et décérébrés de la « surface », et les Morlocks, avatars dégénérés des esclaves désormais adaptés à leur habitat souterrain. Dans les deux cas, l’humanité paie l’immoralité de la structure sociale d’une régression intellectuelle et morale irréversible. Les deux races côtoient dans l’indifférence de somptueux édifices publics en ruine, métaphore classique (on pense à Gibbons) de la décadence de la civilisation.

On voit là un écho de ce que l’élite littéraire de gauche d’alors déplorait dans cette Angleterre en plein essor économique : fortes inégalités sociales, mécanisation croissante des grandes villes, entassement de l’habitat, villes souterraines, architecture métallique, etc. Le film de George Pal a imaginé, pour les décors du futur, un style de construction et une décoration contemporains de l’époque, c’est-à-dire très « années 60 ». Une plus grande fidélité à la pensée de Wells aurait consisté à s’inspirer d’édifices tels que leGrand Palais, la coupole du Printemps Haussmann ou la verrière du siège de la Société Générale. La machine à explorer le temps 

Les serviles des serviles des serviles des serviles… La chaîne et ses maillons délirants 

Réunions des Morlocks du Management . L’homo-cravatus.

Dans un monde où l’économie n’est plus au service de l’homme mais l’homme au service de l’économie, les objectifs de productivité et les méthodes de management poussent les salariés jusqu’au bout de leurs limites. Jamais maladies, accidents du travail, souffrances physiques et psychologiques n’ont atteint un tel niveau.
Des histoires d’hommes et de femmes chez les psychologues ou les médecins du travail, à l’Inspection du Travail ou au conseil des prud’hommes qui nous révèlent combien il est urgent de repenser l’organisation du travail.  Jean-Robert Viallet

Travail 1

Travail 2

Source : Psychanalyse; management et dépendance au sein des organisations 

L’homme robotisé, contrôlé, déchiré, cherche dans le travail « les valeurs » qui vont faire qu’il  « se réalise ». Le travail valorisé et valorisant est une invention du 20e siècle en accordant à ce nouvel esclave une fausse participation au pouvoir. Car le pouvoir réel des occidentaux, ayant été, pendant un certain temps, un pouvoir politique gangrené, il est passé au deuxième rang derrière la grande armée des cravatés.

Les dirigeants – et ce principe de « tête dirigeante » des compagnies privées a été repris par les états dans leur formule de rangs semblables à ceux des forces armées.

Mais personne ne participe réellement à la production, au travail « réel ». Car les sommes dites investies ou réinvesties le sont davantage au profit des petits et grands investisseurs. La persistances des « petits » est due à la volonté et à la foi de pouvoir passer  à un rang supérieur … pour ne plus avoir à travailler.

Et leur « réussite » est montrée en exemple.

Ils se pavanent, affichent leur richesses, pendant que les autres, tentant de suivre le troupeau s’endettent et deviennent de plus en plus esclaves.

Gaëtan Pelletier

30 novembre 2012

À l’usine de Papiers White Birch, les retraités ont notamment dû encaisser des pertes de 30 % à 40 % de leurs régimes de retraite.

Les ex-travailleurs d’AbitibiBowater et de Papiers White Birch à Québec, Saguenay, Donnacona et Clermont ont également amorcé la formation d’une coalition pour sensibiliser les politiciens à leur situation. Source: Radio-Canada