Archives de Tag: Science fiction

L’opération « Christmas »

coca-cola_online

 

Chapitre 1: la mise en place 

Ce soir-là, en 2039, toute ma famille et moi, vers 10 heures, attendions fébrilement la nuit de Noël… et les cadeaux. Avec le réchauffement climatique, il ne pleuvait plus dans les villages le long du Fleuve Saint-Laurent.  Mais un plan mondial avait été établi pour stabiliser le système économique mal en point et recréer une véritable atmosphère de fêtes. Dû à l’absence ce neige, des avions Dseries de Bombardier avaient été envoyés à l’aéroport de Rivière-du-Loup ,tous  étaient équipés de canons à neige pour bombarder tous les villages le long du Fleuve Saint Laurent.  Un père Noël robotisé Made in MexiChina parcourait la ville pour livrer les cadeaux. Des haut-parleurs crépitaient des messages de paix et de joie en des HO! OH ! joviaux dans un vacarme quasi assourdissant. Huit modèles tous gréés de rennes intelligents et souriants s’arrêtaient aux maisons.

La magie totale… Les enfants étaient émerveillés. Les adultes également, je dois l’avouer…

***

Marie-Sarah, avec ses grands yeux bleus, attendait le père Noël avec le cadeau que nous lui avions promis: un mini laboratoire d’apprentissage de la chimie. Elle n’avait que 14 ans, mais l’État, de par sa panoplie de tests,  l’avait déjà désignée comme une candidate aux changements à venir concernant le climat de la planète.   Coraçon, issu de mon deuxième mariage,  devait recevoir en cadeau un job  dans une usine cybernétique  de Californie où s’effectuaient des recherches pour créer  un robot unique qui allait réglementer le Nouvel Ordre Mondial II vers les années  2050.

Comme ce fut le cas dans les années 1930, 40 et 50 au Québec, chaque famille devait fournir aux dirigeants du Vatican un prêtre, une religieuse, un missionnaire pour transmettre la « parole de dieu » et convertir les païens sur toute la surface de la Terre,  en ces temps d’hyper matérialisme,  chaque famille devait fournir un économiste, un administrateur, un gérant, un intendant, ou un gestionnaire  peu importe. Fallah était le désigné. Bien qu’il adorait  écrire des poèmes et des livres dits d’amusement, il s’était présenté en candidat volontaire pour l’opération Christmas. C’était là une obligation à laquelle personne ne pouvait se soustraire sous peine d’emprisonnement. Dû aux difficultés financières des États, les prisons n’existaient plus: On avait trouvé le moyen de financer le système carcéral en congelant les condamnés dans une filière métallique en attendant qu’ils meurent ou qu’ils se réveillent au bout de 10 ans , selon leur sentence. Donc, ni nourriture, ni gardiens, mais par un système entièrement automatisé.

***

La crise économique s’était accentuée,  mais cette fois pour une survie planétaire on travaillait  depuis six ans  à l’opération Christmas.   Cette opération en provenance du G69 stipulait que chaque famille devait dépenser 2,500 $ pour acheter des cadeaux. En fait quelque chose de matériel pour faire rouler les usines. Mais cet « apport » à l’opération était établi  selon les revenus de chacun. La base étant de 839$. Le projet avait été nommé:REMF. La Reprise Économique Mondiale Finale. Chacun d’entre nous avait un job consistant à surveiller des robots. Même les restaurants étaient équipés de cuisiniers robots, de caissières et de serveuses qui quelquefois défaillaient  . Certains travailleurs devaient alors remplacer le robot tout en s’excusant du service. Un robot baptisé EX pour excuses.  Pour ceux qui travaillaient dans les usines, un système de cryptage avait été établi pour ne pas trouver les sources des matières premières. Apparut alors une nouvelle génération de complotistes qui voulaient prouver que certains pays étaient carrément disparus de la carte et que toute information sur leur situation avait été fabriquée  par quelques États encore en « action ». Le matin, on pouvait se réveiller et se faire dire que 6 millions d’habitants d’une ville n’existaient plus parce qu’on avait trouvé en dessous suffisamment de minerais pour les 20 années à venir et qu’on avait déplacé les populations par nécessité. Les « déplacements » de populations étaient maintenant si nombreux que personne ne les filmaient.

Noël-là fut de toute beauté. Nous avons eu droit à un spectacle étonnant : des milliers de sapins de Noël, tout illuminés et scintillants, traversaient le ciel , s’emmêlant aux étoiles.  La foule rassemblée au Parc Ernest-Ouellet était fascinée. Un DJ avait fait un montage de centaines de chansons dont les notes multicolores flottaient dans l’espace  sur ne portée lumineuse. Tout cela entremêlés  à des visages  projetés en trois dimensions de  chanteurs et de musiciens qui avaient marqué l’art musical sous toutes ses formes. Entre autres John Lennon, que l’on avait ressuscité. Et ce n’est pas une image: il y avait des John Lennon partout qui vous serrait la main et vous parlait avec son accent scouse de Liverpool. Tous les messages de paix et d’amour avaient en quelque sorte été récupérés. On trouva même un Bill Gates, lui aussi ressuscité,  qui donnait de l’argent ici et là en guise de cadeaux.

De larges banderoles flottaient dans   le ciel:

THIS WORLD IS YOURS

THIS COUNTRY IS YOURS

OPERATION CHRISTMAS WILL DESTROY THE POVERTY

Nous avions des larmes aux yeux. Et chacun se présentait devant le micro pour chanter, et quand il chantait faux, un programme réglait automatiquement la note.  Et parfois, il /elle  la rendait vibrante et chaude au point que certains,  qui n’avaient jamais chanté de leur vie pleuraient de joie en trouvant en eux un talent factice mais troublant: les robots avaient enfin pu reproduire de profondes émotions.

Puis quand vint l’heure du repas, nous avions l’obligation d’avaler dix comprimés anticancer, vendus  au coût de 1$ par la firme Phaizer et ses représentants en blouses blanches. Tous des robots. Certains étaient tellement sophistiqués qu’on leur listait  nos symptômes et le robot, transmettant ceux-ci en temps réel à une énorme usine mobile qui fabriquait un médicament sur mesure. Plus tard, plusieurs se rendirent compte que le médicament était une formule unique sous diverses appellations et formats.

***

Cela se passa le 24 décembre 2039 dans la petite ville nommée Cruciville, au nord de la province de Québec, là où plusieurs avaient déménagé pour quitter les chaleurs insupportables des étés du long Fleuve Saint-Laurent.   Le lendemain, nous avions l’intention d’aller piqueniquer au parc. Nous étions choyés. Il restait encore des lacs quasiment en eaux pures que tentaient de rejoindre certains groupes de « survivalistes. »

Pendant les décennies suivant le célèbre COP21  Montréal s’était étendu vers Québec et l’Ontario, avec ses 22 millions d’habitants  sans capacité de respecter les règles élémentaires d’hygiène. De sorte que le Fleuve Saint-Laurent, là où étaient entrés Cartier et Frontenac,  était depuis longtemps déclaré zone sinistrée. Des poissons échappés des bateaux en provenance de l’Asie avaient infesté le fleuve de créatures  bizarroïdes  qui se multipliaient à un rythme alarmant, l’eau s’étant réchauffée.  De plus, ces poissons  n’étaient pas comestibles tant la pollution les avaient affectés. Mais plusieurs, tenaillés par la faim, capturaient de ces créatures parfois difformes, sans autres  alternatives.

Mais l’exubérance et l’espoir  qui nous envahissaient t  était d’en finir  cette ère d’austérité qui régnait depuis près de 30 ans. Jamais opération d’une telle envergure n’avait eu lieu. Il était temps…

Chapitre 2: l’accalmie

Le GMP ( Gouvernement Mondial Planétaire) avait inclus dans son plan la fermeture des bourses et annoncé un congé d’une semaine, que l’on nomma en rappel au film des années 50,   » Le jour où la Terre s’arrêta ». Ont voulu désarmer l’arme la plus fatale de l’histoire de l’humanité: l’économie parallèle qui avait détruit presque tous les pays à commencer par la Grèce, cette « première réussite » d’une oligarchie mafieuse invisible.

Durant la période du 26 décembre au premier janvier, jour de la réouverture des marchés, le climat de repos fut l’un des plus surprenants de l’histoire: personne ne travaillait, personne ne se levait au son d’un cadran le matin, et les gens, souriants, vivaient enfin une période de tranquillité qui tranchait avec ce rythme effarant des années précédant l’opération Christmas.

Le 6 janvier au matin, toutefois, le réveil fut plus que brutal: pour se renflouer, les banques saisirent 80 % des demeures et des commerces et toutes les PME furent englouties dans quelques compagnies sans provenance traçables .  Ce fut le commencement du plus grand spectacle jamais vu sur Terre. Pendant une semaine on tenta de comprendre ce qui c’était passé et,  à force de recoller les morceaux, on se rendit compte que la planète avait sans douté été la victime de la plus puissante et dernière fraude « globalisée »:  Les milliers de milliards de dollars amassés disparurent des comptes des pays, des banques nouvellement formées.  Les auteurs de l’opération disparurent.

Là où les populations étaient denses, le prix du litre d’eau grimpa . On tria alors les qualités de l’eau en trois « formats »:

L’eau pure     ( sans plomb, 1.49$ le litre )

L’eau potable  ( traitée, mais supposément sans danger: 1.39$ le litre).

L’eau LN ( L’ Eau Nocive, servant aux lavages et douches vaporisantes: 99 cents le litre)

On découvrit plus tard que cette  , d’une arnaque sans précédent, longuement préparée,   avait acheté la majeure partie de la Sibérie et le lac Baïkal, la plus énorme réserve d’eau douce de la planète que l’on qualifiait de « Perle de Sibérie ». Toux ceux qui y habitaient furent déplacés plus au sud par des armées de robots sans pitié. Des  centaines  de millions d’humains migrèrent ainsi  à la recherche de nourriture et d’eau. Dans des climats insupportables, des marées d’humains périrent. Certains eurent l’idée de creuser la terre et d’y créer des habitats avec ce qui restait des réserves d’eau souterraine, hors de la lumière du jour, comme des rats.

Ma famille et moi avons simplement migré à quelques centaines de kilomètres, au nord du Canada, là où j’allais chasser, là où il y avait de l’eau, dans une forêt encore vierge qui,  curieusement,  s’était de nouveau peuplée d’animaux migrants.

J’ai su, quelques années plus tard, que les hommes du Sud avaient entrepris une guerre avec les armes abandonnées par les dirigeants du GMP. Je n’ai rien su de leurs réussites, mais je savais qu’au sein même de ce GMP s’ourdissaient des complots, des conflits internes qui feraient en sorte qu’en 30 ans, voire moins, leur « système » allait probablement s’effondrer.

Il avaient créé le chaos, car ils étaient les acteurs du chaos.

Nous avons alors compris que pendant des millénaires, par diverses classes dirigeantes , leurs « jouets » c’étaient nous…

*********************

Gaëtan Pelletier

 

Les derniers travailleurs

robots

 

En l’an 2075, les derniers travailleurs quittèrent la dernière usine du monde: l’usine à fabriquer des robots.

Ce qu’ils ignoraient c’est qu’ils avaient fabriqué la dernière voltige en matière de « génie humain… » la fabrication d’un robot qui fabriquerait tous les robots nécessaires à la marche de ce monde.

S’imposa – par un régiment lent et vicieux- l’ère nouvelle des dirigeants ayant enfin parvenu à leur fin par l’accaparement des terres, le tressage lent en louvoiements hypocrites des multiples crises monétaires et la concentration des richesses en quelques conglomérats qui n’eurent plus que pour jeu: la lutte monétaire.

Le dernier travail: polir et nettoyer les robots. Servir cette nouvelle race de seigneurs et travailler sous terre à des projets intra-planétaires  et extra-planétaires.

Tous avaient le droit de voter, mais tous avaient le droit de ne pas voter.

Tous avaient le droit de se taire, mais tous avaient le droit de parler dans une machine pour exprimer et analyser aux fins d’amélioration de leur monde sur une plateforme virtuelle leur désagrément. En gros, tous avaient le droit de gerber en format électronique.

Tous DEVAIENT transmettre un rapport de 20 pages, journalièrement,  dans le but de parfaire leur statut de travailleur-progrès.

Tous avaient le droit de se parler entre eux par des voies de communications à distance.

Tous avaient le droit de se faire des amis.

Tous avaient le droit d’écrire dans un commentaire d’échanges qu’ils n’étaient pas un robot.

Une machine, au service de LETACMOA, dirigée par une firme indépendante de robots avait pour tâche d’analyser et de transmettre un rapport aux plaignants. Mais le plaignants devait répondre au robot sous peine de sanction(s).

Tous devaient étudier -et ce gratuitement – afin de ne pas être des serviteurs, mais des critiques instruits, libres, et au parfum du système dans lequel il vivait pour parfaire ce système.

Tous avaient le droit de se plaindre de quelconque injustice. On lui attribuait alors un avocat-robot pour la défense.

Deux mois par an, tous les non-robots avaient le droit de voyager sur une île, à l’équateur, pour des festivités arrosées d’alcool, de bains, de soleil.

Tous avaient le droit de demander aux robots-serviteurs  de suivre ses ordres.

Tous avaient le droit d’être créatifs: il y avait alors un concours du meilleur robot à construire lors des cérémonies vacancières.

En l’an 2075, Robert et Camomilla remportèrent le prix en créant un robot féminin,  à la peau noire, et qui pouvait répéter toutes les citations célèbres écrites par les artistes de jadis. Mais sa principale qualité était de former un travailleur en l’espace de 39 secondes. C’était un record.

Il y eut une fête foraine avec des feux d’artifices énormes constituées de fusées qui explosaient dans l’espaces.

Et l’on hurlait, les dents grandes ouvertes:

Yeah! Yeah! YES!

Gaëtan Pelletier

3 janvier 20XX

L’énergie Omélia

Transformer un model en cyborg avec Photoshop

Ce matin-là, on pouvait lire dans le journal en format montre projeté sur le mur de la rame de métro que 200 millions de ce nouveau produit pouvant vous nourrir pendant 120 jours par dégradations lentes  avait été vendus.

C’était la désolation totale, car l’essence avait disparu de la planète et les autos rouillés faisaient toutefois l’envie d’éventreurs de ferrailles. On pouvait voir, entremêlés aux ordures rendues depuis longtemps impossibles à enterrer,  des masses énormes et difformes, des montagnes de détritus, des lierres de fabrication par les firmes Masantéo, un drôle de paysage semblables à des serpents verts, rigides saisir la tôle. Cette mauvaise herbe, issue d’expériences antérieures s’était répandue et multiplié par millions dans une progression inimaginable. Des céleris géants, de près de 30 mètres, pointaient le ciel. Bien qu’il était défendu d’en manger, les pauvres, affamés les découpaient à la tronçonneuse pour se nourrir. Des arbres fruitiers, dont des pommiers tout aussi énormes s’étaient répandues dans les champs au point d’enlacer les quelques demeures bâties parfois des tiges de maïs qui en séchant formaient un matériau sec qui pouvait remplacer les matériaux de bois d’antan disparus depuis longtemps.

Le ciel était assombri par un couche noirâtre qui cachait le soleil. Des appareils sillonnaient le ciel afin de creuser cette masse noire pour créer des tunnels de lumière afin que la Terre puisse faire la différence entre le jour et la nuit.

Une dame s’approcha de moi. Je fus charmé.  Non seulement elle était belle, mais elle avait ce charme  discret que j’adorais. Et nous finîmes par parler littérature. Elle avait mis la main sur quelques oeuvres marquantes du 21 e siècle, format papier, dissimulé dans des sacs à ordures que chacun avait la tâche de transporter d’un endroit à un autre afin d’éliminer ou du moins atténuer toute forme de pollution.

Le trajet étant long, après quelques 30 minutes de discussion, je tombai sous le charme. J’attribuai à tout ce qu’elle connaissait de moi à nos similitudes de cette civilisation décadente qui s’éteignait lentement. Elle disait se nommer Omélia et se méfier des autres. Son regard affichait une peur visible et un doute sur qui j’étais.

Nous louâmes une cabine privée afin de nous entretenir d’un endroit qui avait été épargné de ce monde affreux qui nous éteignait lentement.

Fuir. Trouver un endroit paisible ou vivre, élever des enfants, fabriquer cette vieille nourriture de nos ancêtres afin d’éviter tout cet empoisonnement continu et créer une civilisation renouée avec la nature offerte et non celle créée par une masse de technocrates et de politiciens agenouillés.

Nous étions tous les deux épuisés. Nous devions nous lever chaque matin vers 03H30 pour nous rendre au travail: Montréal- San Francisco. Pour « tenir le coup », chacun devait avaler des comprimés d’une nouvelle molécule qui permettait de dormir d’un sommeil réparateur en trois heures au lieu de six. Mais les effets secondaire étaient parfois désastreux sur certains humains ambitieux: on pouvait choisir entre la formule 1, 2, ou 3. La formule 1 permettait une récupération rapide et un cumul de deux emplois. Cette récompense écourtait toutefois la vie. Ceux qui dépassaient la quarantaine avaient bien de la chance.

Omélia me montra les photos de ses enfants qui étaient décédés vers l’âge de six ans, incapables d’avaler les doses de connaissances répétitives et en comprimés, modifiant les cellules du cerveau. La chimio-école était une trouvaille de deux décennies seulement. L’État offrait une compensation de quelques milliers de dollars US pour la perte des êtres chers.

Après deux heures de discussion concernant le « monde actuel », les rires, les ébats, elle m’offrit un nouveau  « support » qui permettait de dormir 5 minutes pour deux heures de sommeil. Format électronique.

Omélia possédait une grande culture. Une culture qui remontait à quelque 200 ans sur l’évolution de l’humanité. Tout était détaillé. Si détaillé qu’elle pouvait de parler des Beatles, de toutes leurs chansons, des accords de guitare, des montages, etc. Tout, ou enfin presque…

Elle se colla à moi pour m’injecter le petit sérum électronique qui allait nous endormir pendant 5 minutes. Mais lorsque nous passâmes devant un énorme pylône, sa voix se fit hachée bizarrement et je compris que j’avais affaire à une pub ambulante qui tentait de m’inculquer le désir  à jamais effacé de bouffer la nourriture qui pouvait me nourrir pendant 120 jours.

Lorsqu’elle m’étreignit, je vis ses yeux tourner au vert vitreux et sa poigne ferme de cyborg me saisir la colonne vertébrale pour me paralyser.  Tous avaient été avertis de porter une arme sur eux: un pistolet à eau. Comme on éteint un clavier…  Il fallait toutefois trouver l’interstice qui permettait de glisser l’eau dans ce robot publicitaire pour le faire vaciller. Les nouveaux modèles étaient étanches et difficiles à percer. J’avais donc fabriqué une nouvelle arme pour me prémunir au cas ou… Un simple jet à capsule de la grosseur d’un stylo. Mais pour transpercer sa « chair » de plastique, il me fallait la dissoudre. Mais l’autre moyen était de lui enfoncer dans les narines un produit qui allait faire défaillir son système.    Toutefois, à chaque semaine, un nouveau modèle encore plus performant de pub apparaissait.

Comme en tout, on nous contrôlait par le bruit: celui de la parole, des discours, des entretiens, des musiques, radios, appareils portables vieillots, montres-téléphones, etc. Bref, tout ce qui nous faisait « vivre » nous tuait. tout ce bruit environnant, de plus en plus  continu, permanent, était la source de nos malheurs. Alors, l’énergie qui activait cette machine à pubs n’était autre que le bruit transformé en une source d’énergie inépuisable puisque nous n’avions plus aucun silence pour nous reposer. Tout était bruit. Tout était discours. Et tout nous apparaissait normal puisque nous sommes faits pour écouter aux fins d’apprendre, nous étions piégés dans un forme d’apprentissage qui était à la fois notre vie et notre mort.

Il faut observer pour vivre… J’avais remarqué que plus je parlais, plus elle « vivait ». Plus le bruit ambiant s’amplifiait, plus elle était agitée et « performante ».  J’avais trouvé la faille.

Alors, je lui parlai tout bas en lui disant:

– Laisse-moi t’embrasser tendrement, sans bruit. Cette bête de pub ignorait que son énergie provenait de tout environnement sonore. Elle n’avait pas été fabriquée pour savoir comment elle fonctionnait, mais dans le seul but ou mission d’intégrer une pub dans un humain.

Elle se radoucit et sa poigne devint moins ferme… Comme pour me …conquérir.

Je l’ai embrassée. Étant donné qu’elle s’était déguisée en format des années 40 de l’autre siècle, elle portait deux attaches à cheveux qui me charmaient. J’ai caressé sa chevelure pendant quelques secondes, saisit ses attaches et lui ai enfoncé dans les oreilles pour détruire son système d’énergie.

Elle se leva d’un bond, titubant, le regard révulsé, les yeux hagards. Mais ce n’était pas terminé. Des capteurs d’énergie d’appoint avaient été installés sur ce modèle. Elle tentait alors de reprendre de l’énergie sonore par d’autres sources.

Elle ouvrit la bouche et écarquilla les jambes. Je lui flanqua une main sur la bouche et me lança sur elle en lui serrant les jambes. Elle cessa de fonctionne un moment, puis parut résister au silence qui devait être programmé pour un court moment.

Elle resta figée sur le sol, son mécanisme étouffé, et bien … morte. Je n’avais pas le temps de saisir les informations à ce nouveau modèle de pub.

En sortant, je claquai la porte…

Ses yeux s’ouvrirent… Elle semblait chercher la lumière. Je fermai le plafonnier et jetai mon manteau sur ses eux.

***

Gaëtan Pelletier

Mai 2014

Enbridge BBQuébec : L’histoire d’Adam et et crève

BBQ 2

Enbridge Pipeline

La science fiction, c’est quand les nuls calculent le futur et qu’il n’arrive jamais selon les données. Mais il arrive toujours… Avec ou sans données…

John Smith

Barils

Il poursuit en qualifiant l’approche d’Enbridge, concernant le système de détection des fuites et les plans d’intervention «d’inadéquats ». Selon lui, il faudrait jusqu’à «quatre heures pour l’amorce d’une intervention d’urgence pour les régions métropolitaines de Toronto et de Montréal». La Presse

***

En 2029, le pipeline de la Cie Enbridge qui passait près de Montréal, Henri et Noah étaient en train de cuire un magnifique BBQ. La bière coulait à flot. Les enfants jouaient, criaient, et s’arrosaient. C’était le 31 juillet et le mercure indiquait 31 degrés.

 Pendant ce temps, un employé de la compagnie, qui devait vérifier le pipeline fora un trou pour y insérer une caméra d’inspection. Se trompant dans ses calculs, il perça le pipeline. Sous une chaleur qui lui donnait le tournis, il ne rendit pas compte que la mèche utilisée était la plus grosse,  étant donné qu’il avait placé la boîte à l’envers et que ses lunettes étaient accrochées à son cou.

Les enfants jouaient, criaient, s’arrosaient. Et le poulet grésillait…

Les 40 pigeons qui habitaient la maison de Marcel partirent dans une volée affolée dans un bruit d’applaudissements dans l’air : Clap! Clap! Clap! Clap.

–          Sales oiseaux, se lamenta Henri.

Une dizaine de rats cachés dans les égouts virent passer le grand filet noir. Ils s’enfuirent à griffes ouvertes.  Les rats avaient un langage que ne comprenaient pas les humains. Mais dans une hâte soudaine, 1 50,000 rats se mirent à quitter les bas-fonds de la ville pour échapper au massacre.

Et les enfants s’arrosaient, criaient, chantaient.

***

L’employé qui avait émis un message à la compagnie était affalé sur le gazon,  regardant son émission préférée sur sa télé imbriquée dans le panneau du camion, Il  s’impatientait. Il sortit alors, en soupirant, un paquet de cigarettes et scruta l’image des poumons noircis , puis, poussant un soupir, décida d’en griller une.

Au moment où il alluma sa clope, des milliers de rats, tous couverts de pétroles bruts, sortirent des égouts. À travers la file de voitures électriques branchées pour être chargées, le troupeau de rats se mit  à se trémousser pour se débarrasser du pétrole. Ils se secouaient comme des chats mouillés.

L’employé échappa sa clope, écarquillant les yeux, tenta de l’éteindre et émit un gémissement. En une fraction de seconde, il entendit dans son Walkie-Talkie un message : « Nous partons ».

Il paniqua, courut vers son costume « antibrûlure », l’enfila au même moment qu’eût lieu l’explosion.

Les Chinois n’auraient pas fait mieux : Tous les rats de la ville se mirent à voler et se mêlèrent à tous les pigeons du quartier. On entendait pétarader les voitures électriques, rapidement carbonisées explosaient en laissant l’acide des batteries se répandre dans l’atmosphère.

Un peu avant que l’employé fermât les yeux, les rats carbonisés, les pigeons, et un nombre incroyables d’humains eux aussi noircis, étaient devenus volants. Il lui apparut alors qu’ils demeurèrent pendant longtemps en suspend. Si longtemps que la dernière image qu’il pût voir fut celle d’un brasier de flammes sur lequel dansaient des cadavres dans un mouvement circulaire comme celle des BBQ.

***

Pendant ce temps, au Parc des SDF, parmi les 250,000 encore vivants depuis la crise 2008, 25, 000 se faisaient une soupe avec les restes de poubelle des restaurants chics de la ville et s’arrosaient de l’eau qu’on leur avait donnée, en geyser, par pitié. De l’’eau sortie de l’asphalte quand le système automatisé de la ville les démarrait au moment où la température atteignait 30 degrés Celsius.

Armand, Roland, Jean-Marc, Thierry, Arnold, priaient pour qu’un jour Dieu intervienne, levèrent les yeux vers le ciel en guise de désespoir.

Les lèvres gercées, les yeux bouffis par la misère, ils restèrent bouche bée : du ciel arrivait  le plus beau, le plus gigantesque  BBQ du monde, enfin un repas envoyé du ciel : volaille, porcelet, cuisses, poitrines, pattes de grenouilles, jambons,  jarrets, etc. Le festin…

Ils criaient, s’arrosaient et chantaient.

Un déchu ayant fait faillite, se dit qu’il était venu le moment de s’enrichir : au lieu de manger, il ramassa tout ce qu’il put et les accrocha aux arbres pour les vendre par la suite.

On vit au loin de grandes lueurs rouges, des camions d’incendie et des autos pétarader dans le ciel en feux d’artifice agrémentant la fête.

Hourra!

Et des centaines de SDF revinrent des quartiers riches avec des milliers de bouteilles de vin et de bière.

Tard dans la nuit, une équipe de sauvetage de la Compagnie retrouva le corps de l’employé : le corps, à moitié immergé dans son habit de protection était quasiment intact.

Il ne manquait que la tête.

Gaëtan Pelletier

13 décembre 2013

 Article en relation: La prophétie de Meyrink 

Français, voici votre pouvoir!

Démo

Cratie