Archives de Tag: RELIGION

Pour vivre, appuyez sur la détente…

« Nos yeux écoutent trop le téléphone pour voir ce qu’ils regardent »

Réjean Ducharme, L’hiver de force

***

Le petit engrais de l’art 

L’art   transporte. Quelque part sans aller nulle part que dans la profondeur de son âme. Avec quelques notes de musique,  nous grimpons d’un octave,  vers quelque chose de céleste, tout vibrés. Avec quelques phrases, nous pouvons marcher un peu plus haut que la terre, frôler  d’un cheveu la petite célestitude enterrée en nous par tant de servitude matérielle.  Il en est qui survivent par les mots, d’autres par les  sons et certains par les images. Mais c’est en vivant de ces formes d’art que l’on arrive à recoller les petits morceaux que nous sommes. C’est là la source de l’échec « continu » de la civilisation actuelle:  Travailler n’a jamais tué personne, sauf si on est soldat. 

Le délavé citoyen 

Nous sommes agité, barattés,   comme des T-shirts dans le vrillant tordeur de la laveuse politico-affairiste qui règne. Le roi est invisible. Le travail, c’est la gifle-griffe de la déchirure. Le gros coup de patte des petits ours qu’on couche avec nous dans le lit de nos pays.  C’est la « vie » des  » occidentards »: avec une bonne rasades de « nouvelles » télévisées d’un monde apo »caca »lyptique, nous finissons avec les nerfs en boules de neige:  Plus on roule dans la vie, plus on ramasse l’infecte culture de la nouvelle la plus rouge en ville. Ou ailleurs… Le sang sans soi… La berlue totale! On peinture l’Histoire avec le sang des enfants de Gaza, d’Afghanistan, et pourquoi pas de partout sur la planète?  Car de l’intérieur, nos enfants saignent de la petite lumière qu’on éteint.  L’argent n’a pas d’odeur, malgré la putrescence des cadavres. L’argent n’a pas d’âme:  Quand un de ces petits rois occidentaux vieillit, il est déjà une image. Mort de sa laide mort. Mais restés vivant chez les persistants adorateurs. Il en est qui courent les jupons, d’autres des dieux.

Il faut à tout prix se détendre 

Les gens veulent tant se détendre qu’ils sont tendus rien qu’à penser à ce qu’ils vont devoir se détendre. Quand les ancêtres chassaient ou cueillaient,  ils dormaient d’un sommeil de plomb. Le misérabilisme à la Zola est maintenant une cassure d’âme invisible. Alors, ça ressemble  à un gros trou Grand-Canyon indiscernable.   De honte, on le cache. C’est un péché tout nouveau. Un péché de société. Un péché que d’être incapable de s’adapter à cette folie du monde.

Nous avons droit à une industrie de la détente. Florissante des investisseurs, ces fausses fleurs d’humanisme. Un tout petit peu chimio-thérapeutique, mais consolante. La « science » a raison. La science consiste maintenant à jeter dans ses éprouvettes les petits humains toujours en labo. Dire qu’on se plaignait du nazisme et du célèbre Josef Mengele  . Depuis, le progrès a fait des citoyens des rats de laboratoires.

Dormir, c’est un peu se pratiquer à mourir

.Dormir, c’est un peu se pratiquer à mourir… Alors, on ressuscite chaque matin, mais parfois au son du cadran. Cette cravache sonore qui vous fouette les oreilles jusqu’au fielleux filament.

Mais voilà que dans un monde pourri nous trempons déjà dans  un sachet d’apocalypses infusé  dans des eaux boueuses. La tisane de la vie est devenue un mignon  poison aux millions d’abonnés.   Tout simplement parce que l’on cultive le cauchemar au point de se tordre le jour, tout en douleurs  et ensuite passer des nuits à se rappeler le jour.

En quelques décennies, la petite vie tranquille du citoyen est charcutée   au tordeur de la mondialisation. Les emplois ont la durée des roses. Et dans la course au bonheur, il faut marathonner  pour être « heureux ». C’est la loi du saccadisme! Tout est saccadé, énervé, désernigé, … On arrive à bout de souffle à 40 ans pour mourir à 80 avec un peu de chance et beaucoup de cette pompeuse pharmacologie.  On  boîte son pèlerinage de la vie dans le doucereux magma de Big Pharma. Si c’est bon pour souris, c’est bon pour nous, les rats réels raëliens.

La vente de paysages

C’est risible de voir ce  petit bourgeois qui, un fois la peau  séchée, s’achète des paysages, des fleurs, des jardins, des flaques d’eau, des couchers de soleil à des prix d’or. Il se déclare contemplatif,  alors qu’il a passé une vie agitée pour tout cet attirail de « bien-être » à la mode.

Le bourgeois du 21 ième siècle a besoin de remplir la cavité de son âme. Comme tous ses semblables  qui sont passés avant lui. Mais à la différence qu’aujourd’hui, ils sont victimes d’une sorte de propagande sournoise, insidieuse, captive comme dans deses bateaux de négriers modernes et invisibles:  celle des écrans de télévisions polluées par des bandes passantes et des pubs qui pulsent les écrans. Cible: subconscient. La sale culture du parfait délavé.

Il est passé, nous sommes passés, de la caverne au bureau  astiqué et fade. Des fleurs, des étoiles, des eaux, de la beauté, à la cruauté des « sans paysages » libres. Les usines étouffoirs. Les tours étouffoirs. Les projets étouffoirs. Ainsi que la petite chaîne strangulaire du citoyen « austérisé ». On s’y habitue…

L’humain est baratiné comme une crème pour en faire du beurre-serviteur. Il faut acheter ce que nous avons perdu et acheter ce que nous n’avions pas.

Beau progrès!

La cuisine du Dr cuistot  

On a jamais autant vendu de livres pour accéder au « bonheur »:  Yoga. peinture, d course,  bicyclette,  art de bouffer,  art d’acheter, de placer son argent, de se projeter dans le futur. Tout est art dans une diarrhée de produits à vendre.   Des parfums, des massages, des recettes, du zen, des pensées positives, et la sublime respiration  par le nez… La liste est si trop longue, mais quelqu’un y gagne à l’allonger.

IL FAUT SE DÉTENDRE! S’il faut autant se détendre, c’est que la vie que nous menons est une duplicité cryptique qu’on ne verra pas en écoutant les « nouvelles ». Et que l’on ne vivra pas dans un décor intérieur accidenté. Nous sommes des accidentés en miettes d’un accident de parcours.

On lit sans savoir lire. Pressés. On lit sans apaisement.  Les hémorroïdes des neurones. En feu! Irrités d’impatience.

Après 50 livres, vous savez tout, mais vous ne savez pas comment le faire, mais surtout vous n’avez pas le temps de le faire.  Alors, vous cherchez un autre livre.

Le livre, c’est comme le Big Pharma de l’esprit.

Comme disait Ghandi: « Il faut faire le tour de soi dix fois ». On se rend compte que quelqu’un veut vous offrir un fleuve… Mais nous sommes tous une petite source qui doit apprendre à grandir pour retourner à la fraîcheur de la source. Si on laisse les États continuer de s’allier autant au « marché », à la bourse.

Il est anormal d’essayer autant de se détendre. Et c’est là le constat de l’échec des sociétés occidentales: on a tout, mais il ne nous appartient pas vraiment. C’est le siècle de l’éphémère. Tout nous échappe, même la tranquillité promise, la paix promise.

Les promesses s’en vont à la vitesse des politiciens….

Détendons nous… Il y en y en aura d’autres pour « passer au suivant » la méthode du menteur.

Un seul artiste, un vrai, peut donner à l’humanité plus que l’ensemble des politiciens, des hommes d’affaires, et des artificieuses organisations planétaires se disant au service de l’Homme…

Gaëtan Pelletier

Août 2014

 

 

Les dieux sont des boîtes vocales

2000-lightyearsfromhome: William Klein

******************************************

Même si tu pries quand le boucher abat le cochon, ça ne donne rien. 

Même si tu pries quand un guerrier troue la tête d’un autre, ça ne donne rien. 

Même si tu pries pour faire régner la paix sur Terre, ça ne donne rien. 

Même si tu pries pour faire pousser les carottes, ça ne donne rien. 

Même si tu pries pour aller à la guerre, ça ne donne rien. Tu tues ou te fait tuer. 

Depuis le début de l’humanité, la prière n’a servie qu’à parler à soi pour trouver la petite étincelle de dieu caché. 

Les dieux sont des boîtes vocales. 

Aujourd’hui, c’est pire: on parle à soi à travers des boîtes vocales. Ils disent que ce sont des réseaux sociaux. C’est assez pour nous effrayer. Déjà qu’on était loin du petit dieu en nous, nous voilà encore plus loin. 

Le diable existe: c’est de parler à « dieu » avant de parler à son voisin. C’est falsifier les textes des grands de ceux qui ont trouvé une certaine vérité dans la culture de l’humilité.  

On apprend maintenant si rapidement aux enfants à être grands qu’ils finissent par être petits alors qu’ils étaient en voie de devenir grands. 

Gaëtan Pelletier 

Ce qui a un sens…

thereminsoul:</p><br /><br />
<p>Δημήτρης Λέτσιος<br /><br /><br />

 

Ce ne sont pas les mots, ce sont les choses simples de la vie. Le sens du monde dans une vaine recherche ne mène pas au bonheur, mais à disséquer un ensemble pour tenter de le reconstituer. Comme s’il fallait comprendre pour être heureux… Comme s’il fallait tailler un TOUT  en morceaux  et reconstituer.

Il faut seulement être simple. E t c’est de plus en plus difficile, parce que nous avons appris à disséquer nos malheur, à nous faire disséquer comme si la simplicité était une maladie de la Vie.  Comme si ce n’était que le moyen « d’être heureux ».

Nous accordons tant d’importance à l’intellect et à ceux qui croient que l’intellect peut régler nos « problèmes » c’est que notre ignorance provient justement du fait que c’est cette accentuation de l’importance de l’intellect qui a détruit et qui continue de détruire nos vies.

Il n’existe pas de science du bonheur… Il existe une philosophie de vie qui consiste à accepter l’incompréhension et le mystère, les misères, le travail, et si vous trouvez que le Hamburger de McDo est empoisonnant, les analyses, les débats, les guerres, les faux-culs élus, sont bien plus terribles et davantage  tueurs cachés sous un amas de simagrées. 

Et je passe la croûte sèche des arnaqueurs qui s’amusent avec la sueur des peuples, menteurs et trafiquants de vérité.

Un X est une croix trafiquée…

Le pire poison est bien la complexité de ce que nous avons créé au nom du « savoir » qui est une ignorance abyssale. Entre vivre vivre pour le savoir se trouve un volcan qui va nous anéantir. 

Nous en sommes à refaire le coup du dinosaure mais par suicide collectif.

Nous sommes des mailles qui semblent n’avoir pas  su tricoter un tissus humaniste. On peut bien se glorifier de nos « sciences », des lobes du cerveau, mais notre anéantissement sera le fait d’un labeur oublié de nos âmes et du « tout ensemble » pour les semailles.  On ne défriche pas une terre et la cultivons un par un.

Celui qui est nourrit doit  porter un peu de cette « misère » qui – hélas – fait partie de nos vies. On aura bien tenté d’y échapper. Même par la robotisation – vite achetée par les « moneymakers ».

Gaëtan Pelletier

Mai 2014

L’immonde du travail

Le monde est bien conçu: après avoir « étudé » les coûts de la vie et l’inflation galopante, j’en ai conclus que lorsque je mourrai, je serai de toute manière trop pauvre pour vivre. 

Ce qui se nomme de la planification organisationnelle des sociétés.

 

GP

Avant, ils disaient que le travail n’a jamais fait mourir personne. Maintenant il est en train de faire mourir tout le monde. Étant donné que tout le monde a la langue dans sa poche, qu’il est étranglé du mimétisme de ladite « évolution », cambré et en apparence heureux de participer au grand défilé de têtes enflés du vide des sociétés – meneurs de claques et automates élus -, la parole est au suivant. Comme dirait Sieur Proust: après que le premier eusse mourut.

Le travail c’est comme l’armée: tu trouves un imbécile placide, religieusement « paysagiste » de son pays, qui fait l’amour à son drapeau et qui l’accroche à la sortie de sa maison… Quand il en a une. Il n’y a pas de drapeaux dans les bidonvilles. On utilise les manches pour chauffer et la bouse de vache. Ailleurs, ça gaze.

Le plus grand plaisir du travail est d’en sortir. Et vivant… Parce qu’une fois « mourut », t’as ta pension qui s’en ira fabriquer des douilles de balles.

Bon! Passons au bureau: moi y en a vouloir des soûls… 

Dans le domaine de la santé, l’autre jour, une dame à bout de force, pour se requinquer, se mit à voler des médicaments pour persévérer dans sa belle carrière, élever ses enfants, mais surtout être « heureuse ». Qui donc peut-être malheureux dans cette charmante et délirante parades de rameurs acculés à l’austérité? Avant, quand un galérien souffrait du corps, épuisé, on le fouettait. Maintenant, il se fouette en dedans avec les restes des outils pour « guérir les malades ». Avec les mêmes outils… Alors, comment distinguer un malade d’un travailleur? L’un fait semblant de ne pas l’être…

La joufflue tomate du frère Armand 

J’avais 14 ans et j’avais fait un sale coup: j’étais allé frappé à la porte de la l’école des Frères du Sacré Coeur pour les réveiller. À 21h00… C’est en cognant dans la porte que je vis la tête du directeur de l’école, soutané, me faire signe: À demain. C’est difficile de dormir sur ses deux oreilles sauf si on a un lit placé dans un espace de 33 cm avec deux oreillers au mur…

Nous étions tellement pauvres: pas de Facebook pour cracher sur le gros bonhomme noir, en robe… Et enrobé…

***

Bureau.

Il sort sa strap pour châtiment corporel. Sorte de bande en cuir Made in Vache et non In China. 10 coups. À mesure que ma main rougie, son teint rougit. Il s’écarlate tellement que je finis par penser qu’il s’accorde un plaisir inconscient qui frôle les états de grâce du célèbre Marquis de Sade.

Mais je ne lâche pas des yeux. J’ai peur que son visage éclate. Boum! Du sang partout sur les murs. Un frère éclaboussé… Les murs deviendront des toiles célèbres.

Les artisans de la morale 

Le fanatisme, tout comme la foi religieuse, sont pour Nietzsche un aveu de faiblesse chez tous ceux qui y adhèrent. En qualité de représentant de l’humanité, l’homme est bien plus ce qu’il est dans la création que dans l’obéissance. Nietzsche  

Chacun ses vaches et les états seront bien gardés…  Les nouveaux prêtres de la religion du matérialisme sont inconscients de tout ce qu’ils « dirigent » et de tout les soubassements psychopathologiques de leurs rôles de moralisateurs face à un monde en déconfiture de totalitarisme et de fascisme souterrain. Tant et tant que l’Histoire, vue à la loupe, pourrait aisément démontrer que les « meilleurs » de ce monde ont fait plus de ravages que le petit rameur vitement jeté à la mer par manque de VOLONTÉ.

Les dépossédés, une fois dépossédés de leur bateau, ne peuvent aller pêcher. Ils deviennent rameur par obligation. Peu importe les titre et les sous-titres que l’orgueil et la vanité avalent goulûment. Et qui a le bateau a les poissons…

La Terre est devenue un lupanar mondialiste. Pour vivre, il faut se vendre. La cravache est une privation d’emploi et une transmission vers le travailleur de sa culpabilité de « son » chômage.

Comprenons que les corporations, visibles et invisibles, ont mainmise sur les pays, et les élus, religieusement pieux, s’évertuent dans leur ignorance à accepter leur perte de pouvoir. Leur perte de pouvoir, on s’en fout, car c’est nous qui perdons au jeu de l’austérité « nécessaire ».

Ce sont de ces faux Christ qui multiplient les dettes pour nous faire marcher sur l’eau. Et aux noces des canots, ne manquez pas le bateau: soyons tous vertueux et kapos.

Les États ont toujours une livraison d’armes et de fouets pour les brutes et les éponges à propagandes déguisées.

Soyons fiers de participer à déconstruction du monde!  Bref, sans trop le savoir, à la nôtre, un par un, mais en groupes.

Quelle belle trouvaille! Diviser pour rayer…

Gaëtan Pelletier

11 mai 2014

 

 

 

 

Image

Eh! Oui! « Dieu » est partout….

tumblr_n0xkonOIrK1qlt6bfo1_1280

Quelle place pour le facteur religieux dans le monde ?

Leonardo Boff

Aussi séculière et, sous bien des aspects, matérialiste que soit désormais la société, on ne peut nier qu’elle connaît aujourd’hui un grand retour vers le religieux, vers le mysticisme et l’ésotérisme. Les gens, semble-t-il, sont profondément désabusés par la rationalité et l’utilitarisme excessifs des sociétés complexes dans lesquels ils vivent. Le retour vers le religieux révèle seulement que l’être humain aspire à quelque chose de plus grand. Il y a derrière le visible, un monde invisible qu’on veut découvrir.

Qui sait si là ne se trouve pas un sens caché qui satisferait notre quête incessante de ce que nous n’arrivons pas à identifier. Dans cet horizon libéré des appartenances confessionnelles, il est peut-être bon de parler du religieux ou, autrement dit, du spirituel qui, en dépit de toutes les attaques qu’il a subi, a réussi à se maintenir. Les premiers penseurs modernes le considéraient comme une survivance des âges pré-modernes, le produit d’un imaginaire archaïque débridé condamné à céder la place à la pensée critique et à la science positive (Comte). Peu de temps après, il fut considéré comme une maladie, un opium fait d’aliénation et de fausse conscience chez un humain qui cherche encore ce qu’il est ou bien un humain qui, ayant fait la découverte de ce qu’il est, a vite fait de la perdre (Marx). Plus tard, il fut interprété comme une illusion de l’esprit névrosé qui cherche à pacifier le besoin de protection dans le but de rendre supportable le monde contradictoire dans lequel il vit (Freud). Quelque temps après, il fut compris comme une réalité qui, du fait du processus de rationalisation et de désenchantement du monde, était appelée à disparaître (Max Weber). Enfin, certains en firent une chose qui n’avait aucun sens puisqu’elle qu’elle ne pouvait être ni prouvée ni réfutée (Karl Popper et Rudolph Carnap).

Je crois que la grande erreur de ces diverses conceptions est d’avoir assigné à la religion une place qui n’était pas la sienne, à savoir dans le sein même de la raison. Une faute qui commence avec la raison. La raison elle-même n’est pas un fait à la disposition de la raison. Elle appartient à l’inconnu. La sagesse des Upanishad faisait déjà cette prière vers « ce par quoi toute pensée pense et qui ne peut lui-même être pensé ». Peut-être que le berceau du religieux est dans ce « non-pensé », dans ces choses que la rationalité moderne a exorcisé, dans la fantaisie et l’imaginaire, dans ce fond de désir duquel émergent les rêves et les utopies qui peuplent nos esprits et emplissent nos cœurs d’enthousiasme, ce fond duquel jaillissent les étincelles qui déclenchent les grandes transformations de l’histoire. La place du religieux est dans ce que le philosophe Ernst Bloch appelait le principe espérance.

Le propre de ces instances – l’utopie, la fantaisie et l’imaginaire- est de ne pas se satisfaire de données rationnelles. Plus encore, elles les contestent parce qu’elles soupçonnent que les données sont toujours des faits ; faits et données eux- même n’englobent pas tout ce qui est réel. Le réel est plus grand. Au réel appartient aussi le potentiel, c’est-à dire ce qui n’est pas encore mais pourrait être. Dans ce sens, l’utopie ne contredit pas la réalité, elle révèle la dimension idéale et potentielle de cette réalité. Comme le disait le très avisé Durkheim dans la conclusion de son fameux livre, Les Formes Elémentaires de la Vie Religieuse : «La société idéale n’est pas en-dehors de la société réelle, elle en fait partie. » Et il conclut « Seul l’homme a la faculté de concevoir l’idéal et d’ajouter au réel. » On pourrait ajouter « à le déceler dans le cœur du réel, afin que ce réel qui contient l’idéal soit toujours plus grand que les données que nous avons en main ».

C’est dans l’expérience du potentiel, de l’utopique, que le religieux prend naissance. C’est dans ce sens que Rubem Alves qui fit la meilleure étude au Brésil sur « l’énigme de la religion » (le titre de son livre) a écrit : « La raison d’être de la religion n’est pas d’expliquer le monde. Elle est en fait née de la protestation contre ce monde que la science peut expliquer et décrire. La description scientifique, en se cantonnant dans la réalité telle qu’elle est donnée, consacre l’ordre établi des choses. La religion, à l’opposé, est la voix d’une conscience qui, n’arrivant pas à trouver la quiétude dans le monde tel qu’il est, veut le transcender ».

Pour cette raison, le religieux est l’organisation la plus ancienne et la plus systématique de la dimension utopique inhérente à l’être humain. Comme le dit si bien Bloch : « Là où il y a religion, il y a de l’espérance », il y a l’espoir que tout n’est pas perdu. Cette espérance est amour pour ce qui n’est pas encore, « la certitude qu’existent des réalités qu’on ne voit pas», comme le dit l’Épître aux Hébreux (11, 1), des réalités invisibles mais qui constituent le fondement de ce qui est espéré.

Le philosophe et mathématicien Ludwig Wittgenstein est parmi ceux qui ont compris le mieux cette caractéristique propre au religieux en disant : chez l’être humain, il n’ y a pas que cette attitude rationnelle et scientifique, attitude qui se pose constamment la question de savoircomment sont les choses et exige toujours des réponses. Il y’a aussi la capacité d’aller vers l’extase, « entrer dans l’extase ne peut être exprimé par une question, aucune réponse donc n’existe ». La dimension mystique existe : « la dimension mystique ne repose pas sur la question de savoir comment le monde existe mais sur le fait que le monde existe ». Les limites de la raison et de l’esprit scientifique consistent dans le fait que pour ceux-ci, il n’y a rien qui commande le silence.

Le religieux et le mystique trouvent toujours leur accomplissement dans un silence noble qu’aucun dictionnaire au monde ne peut définir.

Jusqu’à présent, nous avons parlé du religieux dans ce qu’il a de bon et de sain. Mais il peut devenir morbide et ouvrir la voie à la maladie de l’intégrisme, du dogmatisme et de la prétention à être seul à détenir la vérité. Et comme toute maladie ne se définit que par rapport à l’état de santé, l’analyse du religieux doit commencer par son état premier de santé, pas par ses maladies. Ainsi, il pourra nous aider à devenir plus sensible et humain. Un retour du religieux dans son état premier de santé est urgent, parce que sa raison d’être est de nous aider à aimer l’invisible et à rendre réel ce qui ne l’est pas encore mais peut le devenir.

tlaxcala-int.org

Le mur

Une jeune journaliste de CNN avait entendu parler d’un très, très vieux juif qui se rendait deux fois par jour prier au mur des lamentations, depuis toujours.
Pensant tenir un sujet, elle se rend sur place et voit un très vieil homme marchant lentement vers le mur.
Après trois quarts d’heure de prière et alors qu’il s’éloigne lentement, appuyé sur sa canne, elle s’approche pour l’interviewer: « Excusez-moi, monsieur, je suis Rebecca Smith de CNN. Quel est votre nom ? » « Morris Zilberstein » répond-t-il..
« Depuis combien de temps venez-vous prier ici ? » « Plus de 60 ans » répond-t-il.
« 60 ans ! C’est incroyable ! Et pour quoi priez-vous ? »
« Je prie pour la paix entre les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans. Je prie pour la fin de toutes les guerres et de la haine. Je prie pour que nos enfants grandissent en sécurité et deviennent des adultes responsables, qui aiment leur prochain. »
« Et que ressentez-vous après 60 ans de prières ? »
« J’ai l’impression de parler à un mur. »

Cliquez pour agrandir.