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Réjean Ducharme ou la peau à fleur d’âme

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« Dans les livres, les enfants cherchent les secrets des adultes »

Le nez qui voque 

Réjean Ducharme est décédé hier. 76 ans. C’est probablement le seul écrivain qui a su créer un univers entre l’enfant et l’adulte dans une rébellion qui était la sienne. Comme dans une colère « interne », en déchirant les mots et les clichés. Il y a de la souffrance dans l’oeuvre de Ducharme. S’il n’a jamais voulu donner d’entrevues, c’est que son oeuvre était publique, mais pas lui. C’est banal, tout ça. Car Ducharme c’est la vie en une poésie difficile à déchiffrer. Aussi caché dans ses mots que dans sa vie.

Je ne pense pas qu’un écrivain ait pu mieux exprimer la douleur de tous. Il savait simplement la dire et, pour nous, il fallait simplement l’entendre et, parfois, la déchiffrer.

L’étiquette « d’écrivain » était vraiment trop petite pour lui. Un artiste « Jeanne-D’arc », toujours brûlant sans jamais mourir. Les mots le tenaient en vie comme ils nous tiennent parfois dans des lectures.   « En grandissant, un enfant s’use », a-t-il écrit. Cette seule phrase est significative pour qui veut écouter.

J’avais écrit un texte il y a je ne sais combien de temps, parce que je note mal le temps.

L’adultarium

À partir du moment où l’on croit connaître quelque chose de la vie, on l’étreint, comme pour le garder en trésor. On l’étouffe pour s’en nourrir. Car ce qui ne vit pas, ne nourrit personne. Les idées n’ont rien de différent de l’argent, de l’avoir. Les couards saisissent au vol un oiseau, une idée, pour l’enfermer. Ça les rassure.

C’est ça un adulte: c’est un enfant séché. Séché parce que souvent nous aimerions revenir à cette pureté de l’enfance, cette période ou l’on avale sans être avalés. Mais toute nos vies se déroulent dans une constante de formatage pour nous soumettre à la « grandeur » des adultes.

Il n’y a pas plus système qui puisse mener au bonheur. Il n’y en a jamais eu. Il n’y a eu, dans l’Histoire, qu’une série de mégalomanes, d’esclaves volontaires, et il y en aura toujours. Les diables dansent sur la poussière de tous les esclaves ensevelis de l’Histoire. Ils ne connaissent qu’un seul jardin; celui de la fragilité humaine. Ils les font dansotter en ricanant. ( L’adulatarium)

On ne se souvient pas de Réjean Ducharme, on est Ducharme. Madame Bovary c’était Flaubert, mais Ducharme c’est nous. Nous, les révoltés écrasés qui n’avons que les mots pour changer le monde sachant bien que c’est une oeuvre impossible. De là réside le beau mystère de l’oeuvre de Ducharme: je te révèle mon âme, c’est la tienne.

Gaëtan Pelletier

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La machine à dé-penser

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« On n’a pas éteint pour si peu la TV. Quand il n’y a plus rien, elle joue encore : son vide crie. C’est un cri aigu qui ne monte ni ne baisse : il est droit. C’est un appel qui nous tire, un vecteur irrésistible, comme un train ininterrompu qui nous passerait sous le nez. On résiste puis on suit. Ça exaspère puis excite. Ça nous rend fous, mais si fous que gais, que soûls, qu’on n’a plus peur de rien, qu’à tue-tête on met au défi Dieu, Diable, Homme, Bête, Minéral, Végétal, de nous faire fermer jamais notre TV. » 

Réjean Ducharme, L’Hiver de force