Archives de Tag: Psychologie

Prohibé

picasso

La femme qui pleure – Picasso

Il y a cette dame qui lutte contre chacune de ses rides en étalant le rayon des cosmétiques sur chaque cellule de sa peau, confiante que ses chaussures tendances et ses vêtements dernier cri (le même qu’a eu son conjoint en la voyant) lui épargnent l’outrage d’être elle-même.

ENFANT ORDINATEUR

Il y a ces enfants qui avant de grimper aux arbres savent formater un ordinateur, installer Windows et contourner le contrôle parental.

Il y a ces polliticailleux tous mus par une soif d’atteindre une rente viagère confortable, confiant l’honneur et le mérite à un distributeur de médailles qui une fois l’an pique la curiosité des médias et la poitrine des récipiendaires en les marquant du sceau: Government approveed!.

 

pancartes1

La rue, la butte de terre, le poteau électrique sont autant de vitrines de propagande pour les rois de la pub munis de cloueuses électriques et de contrats juteux: on va te la vendre l’idée! Squatage de biens publics pour la gloire des «un-jour-je-régnerai». Foi de poteau!

bourse tokyo

La finance n’en finit plus de tenir les statistiques de ses statistiques et d’émettre quelques communiqués sur sa progression aux effets rouleau compresseur sur l’économie: des trimestres tous plus chiffrés que les précédents, statistiquement à la hausse, inversement proportionnels à la réalité commune.

Les publicités sont toujours plus efficaces: 89% des gens utilisent un produit et sont satisfaits. On ne dit pas que 100% croient qu’ils sont dans le 11% qui l’ignoraient. Le syndrome du bonnet d’âne effraie. On peut miser sur ses effets.

Il y a le courant social qu’un vent de folie rythmée au « bling bling tchiqua ching » scande. Appuyez sur F1 pour dérégler l’harmonie et s’entame le karaoké des esclaves qui chantent pour oublier leurs chaînes.

Que penser de la tendance mots-clefs:  rôle social. Mieux que la conscience qui demeure un choix de libre-arbitre, le rôle social peut pour sa part s’armer contre lui-même, faire le travail ingrat des décideurs à court d’idées et de volonté. Si on lui laisse l’illusion qu’il est puissant, ces derniers s’embêteront moins à devoir sauver les apparences, l’important étant d’avoir l’air de collaborer jusqu’à ce qu’un autre puissant rôle social aille butiner ailleurs et que les choses reprennent la même place inchangée. On aura greffé deux ou trois nouveaux intervenants et autant en emporte le vent.  On dirait presque du home staging et le camion qui ramasse le décor attend prêt à partir en tournée ailleurs. Sale p’tin d’banques et clowns riches au QI ravagé par des pirouettes mentales devront suivre la foule qui les réclame vers d’autres lieux, d’autres vents.

Il y a cette lubie de citoyens soucieux que les travailleurs qui se promènent sur le trottoir (ils précisent le rôle des gens lésés car on ne peut pas être simple promeneur dans l’histoire) devraient pouvoir respirer autre chose que la fumée de cigarette provenant des terrasses. Peut-être sont-ils en manque d’émanation d’essence, le prix de cette dernière ne permettant plus que les effluves soient aussi perceptibles et enivrantes qu’aux jours d’antan.  Quoi qu’il en soit, si le rôle social parvient à brimer ses propres droits, on ne saurait ne pas l’y encourager.  Il y aura moins de boulot à  faire pour empiéter sur les droits et libertés.

La charte des droits et liberté, qui sera bientôt imprimée sur les rouleaux de «PQ» aura toujours son utilité. Il suffira de savoir par quel bout la consulter. D’ailleurs je m’étonne que ces fameux outils promotionnels incontournables n’aient pas été plus exploités. Je lance l’idée. Je sais j’aurais pu devenir riche en la faisant moi-même. Riche à rien, comme il y en a beaucoup: un brassage d’inutile et un rinçage d’inutilisable. On alterne.

 

les labours

La Leçon de labourage (1793-98) – François-André Vincent

Quand tout est prohibitif peut-on dire qu’il y a prohibition? Il y aurait donc des effets sans cause: Il faudra une médecine pointue pour soigner tout ça. La médecine de profil client a de l’avenir.

Lorsque l’habitant tirait la charrue et le boeuf et que le tout basculait dans une ornière, il n’y avait pas de puissante machine pour les en extirper. Elle n’était pas inventée et à l’époque où elle le fut l’habitant n’a plus eu besoin d’elle. A croire qu’il faille toujours courir après le progrès au cas où un jour nous serions en parfaite synchronicité, pas derrière ni devant mais dedans. Et roule l’inutile dans un désordre alarmant où se côtoient folie et développement durable dans une cacophonie bling bling digne de Picasso IV. Personne n’a les moyens d’y échapper.  Esprit censuré, volonté prohibée.

Un chausson aux pommes avec ça?

ELYAN

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La rage identitaire ou le règne de l’anomie

Image: Le vieil homme triste, de Van Gogh

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« Chers djihadistes, l’Occident s’achève en bermuda […] Craignez le courroux de l’homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien,nous lutterons comme des lions pour lprotéger notre ramollissement […]Chers djihadistes, nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. »

                                                               Philippe Muray

La crise que nous traversons en ce début de millénaire va au-delà de l’économique, c’est une crise de valeurs qui remet en cause les fondements mêmes de cette civilisation marchande à l’agonie.. Les individus dédaignant toute transcendance religieuse et toute utopie se trouvent livrés à eux-mêmes, soumis au règne de l’éphémère. Leurs identités en perpétuelle redéfinition n’étant plus cadrées par un moule collectif deviennent volatiles. Cette identité éclatée née avec ce qu’on s’accorde à appeler la seconde modernité pousse l’individu à se chercher sans cesse de nouveaux repères. Chacun se crée son propre récit auquel il adhère et qui lui donne cet élan vital si nécessaire. Or cette quête permanente et ce flottement des repères sont si épuisants qu’ils se traduisent par ce que le sociologue Alain Ehrenberg nomme la fatigue d’être soi (1). Cette difficulté à se définir, à se donner un sens se traduit chez un bon nombre de personnes par un déficit de l’estime de soi. Une faille identitaire qui sera vite récupérée par le management. En effet, dans le monde du travail, c’est la performance qui vient combler ce vide existentiel. Des travailleurs totalement désolidarisés, ayant rompu tout lien avec le collectif entrent en compétition. Les plus fragiles, incapables de répondre aux exigences et aux normes imposées, sont systématiquement marginalisés et culpabilisés. Ce qui était traditionnellement vécu comme un rapport de force entre groupes sociaux est actuellement vécu comme une tare personnelle. Cette psychologisation de la vie sociale débouche sur ce que Claude Dubar (2) appelle des individualisations négatives. Des désespérés dont le nombre ne cesse de gonfler en ce temps de crise, totalement désorientés ayant perdu tout repère, plongent dans une angoisse existentielle insupportable conduisant souvent au suicide. Selon une étude faite par des chercheurs de l’université de Zurich, publiée par The Lancet Psychiatry, 45000 suicides dus au chômage ont lieu annuellement dans 63 pays. La mort physique se présente comme une concrétisation d’une mort sociale devenue insoutenable. Mais la haine de soi à vite fait de se muer en haine de l’autre. Qui ne se souvient de la tuerie de Nanterre survenue en 2002. Avant de commettre son forfait, Richard Durn écrit une lettre-testament dans laquelle il dit en substance ; « Je vais devenir un serial killer, un forcené qui tue. Pourquoi ? Parce que le frustré que je suis ne veut pas mourir seul, alors que j’ai eu une vie de merde, je veux me sentir une fois puissant et libre ». La mort, ultime remède, se présente comme un acte libérateur, une réminiscence en quelque sorte d’un idéal romantique morbide. Suicides et crimes de masse se multiplient de manière alarmante. Une tuerie de masse par jour aux États-Unis, plus de morts que par le terrorisme un affirme le Nouvel Observateur (3). D’après la chaîne de télévision NBC, 3.046 Américains sont morts dans des attaques terroristes entre 2001 et 2014, alors que pour la même periode 153.000 ont été victimes d’homicides commis gratuitement par des forcenés. Or les médias ne focalisent que sur les attentats terroristes islamistes, une manière comme une autre de conjurer magiquement le mal en l’imputant à une lointaine barbarie. Non, Thanatos est omniprésent, tapi dans le moindre recoin de nos êtres. Le massacre d’Oklahoma City en 1995 et celui d’Oslo en 2011, pour ne parler que de ceux-là, sont bien là pour nous rappeler qu’une folie meurtrière semble s’emparer sans distinction de l’ensemble de la planète. Ce déni de soi et du monde est la manifestation extrême d’une crise identitaire généralisée. De telles failles identitaires insupportables seront toutefois colmatées dans la précipitation par un mouvement régressif vers les origines. Régionalisme, confessionnalisme, ethnocentrisme sont autant de refuges illusoires où viennent s’engouffrer tous ces laissés pour compte d’un monde complètement déboussolé. L’éclatement est tel que les nations risquent à tout moment d’imploser, ébranlées par la multiplication des revendications séparatistes : écossais au Royaume-Uni, flamands en Belgique, catalans en Espagne, kurdes en Irak… Les clivages ne s’inscrivent plus dans une logique d’antagonisme de classes centré sur « l’avoir » (salaires/plus-value) mais dans une logique d’exclusion où l’affirmation de soi ne vaut que par la négation sinon l’élimination de l’autre en raison de son ethnie ou de sa confession. C’est dans cet ordre d’idées que des  foyers néofascistes éclosent un peu partout en Europe Occidentale et en Europe de l’Est.

Dans le monde arabe, la crise identitaire est d’autant plus profonde qu’elle associe aux effets de l’hypermodernité un sentiment persistant d’humiliation lié à la décomposition et au dépeçage de l’Empire ottoman par les armées coloniales européennes.  Les formations islamistes ont été au départ des mouvements de contestation luttant contre la sécularisation envahissante imposée par l’Occident colonial. Elles revendiquaient principalement le rétablissement du califat et de la juridiction de la Charia. Mais ce mouvement finira par être récupéré par l’empire naissant étasunien au nom d’une « sainte alliance » monothéiste contre un prétendu athéisme bolchevique. En1953, une délégation de notables musulmans est invitée aux États-Unis. Elle est reçue par le président Dwight Eisenhower. Celui-ci s’adresse à ses invités en ces termes : « notre foi en Dieu devrait nous donner un objectif commun : la lutte contre le communisme et son athéisme ». Saïd Ramadan, gendre de Hassan Al-Banna, fondateur du mouvement des « frères musulmans » faisait partie de la délégation. Il sera désormais l’acteur principal de la guerre d’usure menée contre le régime nassérien et contre tous les régimes et courants politiques progressistes du monde arabe. Mais l’embrigadement ne s’arrêta pas là. États-uniens et saoudiens s’emploieront à partir des années 70 à répandre l’extrémisme wahhabite partout dans le monde arabo-musulman. Du Pakistan au Maroc, écoles coraniques, associations caritatives, mosquées, chaînes de télévision se consacraient à coups de milliards de dollars à l’endoctrinement et au recrutement des jeunes djihadistes qui iraient se battre contre les soviétiques en Afghanistan, puis contre les serbes en Bosnie. Une stratégie qui s’avère payante. Une armée sous fausse bannière déterminée et fanatique a pu ainsi provoquer l’implosion de l’URSS et la mise au pas de la Serbie à moindre coût. Il n’en fallut pas plus pour qu’une pareille stratégie ne soit adoptée de manière systématique dans les guerres menées actuellement contre le monde arabe par les Etats-Unis et leurs vassaux. Après l’invasion de l’Irak et l’avènement du « printemps arabe », les djihadistes cessent de diriger leurs armes contre des ennemis extérieurs pour les retourner contre leurs propres pays, leurs propres populations. L’objectif des commanditaires ne se limite plus à ébranler les fondements d’un etat mais consiste à pousser ostensiblement des sociétés entières à l’autodestruction. Ce nouvel art de faire la guerre n’eût été possible sans la conjugaison d’un ensemble de facteurs qui ont aidé à sa mise en oeuvre. En effet, la radicalisation n’aurait jamais atteint de nos jours une telle ampleur n’étant le mal existentiel endémique qui frappe une partie de la jeunesse mondiale associé au développement vertigineux des moyens de communication. A l’opposé des djihadistes des annees 80, formés idéologiquement et militairement, aujourd’hui des jeunes de tout bord se radicalisent en quelques jours, en privé, hypnotisés par leurs écrans. Leur rapide conversion ne se fonde que sur quelques rudiments religieux ; une génération spontanée de terroristes que favorise le terreau fertile des réseaux sociaux sur internet. Le psychanalyste Fethi Benslama (4) pense que les analyses sociologiques globalisantes ne sont pas en mesure de rendre tout à fait compte de la complexité d’un tel phénomène. Il précise que les recruteurs ciblent principalement des jeunes dépressifs souffrant d’un profond déficit narcissique. L’offre de radicalisation, car c’est bien une offre, propose à ces derniers une mission héroïque au service d’une cause sacrée, leurs failles sont alors colmatées comme par magie. Armés d’une pareille prothèse identitaire, ils franchissent le Rubicon… Or, ce vernis islamique dont se griment toutes ces âmes perdues a vite fait de s’écailler, laissant transparaître la pulsion de mort qui n’a cessé de les tourmenter. Le chant de sirène des gourous de la secte wahhabite n’a fait en réalité que décupler leur haine de soi et du monde. Des dizaines de milliers de combattants mi-mercenaires mi-fanatiques venus de plus de quatre-vingt pays dévastent depuis 2011 la partie la moins conciliante du monde arabe. Déferlant de tous les coins et recoins de la planète, de langues et de cultures différentes, ils sont mus par un furieux désir de sacrifice. La mort de soi et des autres se présente comme l’ultime réponse à l’inanité de leur existence. Ce culte de la mort est essentiellement l’expression d’un nihilisme hypermoderne. Selon Bernard Stiegler, cette vague de haine qui secoue le monde est à mettre sur le compte de la disruption (5). Celle-ci consiste en une rupture brutale provoquée par le rythme insoutenable des innovations apportées par les nouvelles technologies. En effet, à chaque fois que dans l’histoire s’opère une révolution technologique, elle s’accompagne de sérieux bouleversements sociaux. Le World Wide Web avec son milliard de sites internet, ses cinq milliards de smartphones et ses réseaux sociaux vient parachever le travail de désindividuation et de massification entamé depuis quelque décennies par le cinéma et la télévision. C’est dans ce Far West virtuel que le capital, complètement désinhibé, va élire domicile, piétinant sans vergogne les règles sociales les plus élémentaires. Envoûté par ses fétiches évanescents, infantilisé, uniformisé, grégaire, l’individu croule sous le poids d’une double faillite économique et symbolique. Stimulé par un marketing de plus en plus agressif qui vise son inconscient, il s’oriente vers toujours plus de consommation compulsive.  La libido en tant que mécanisme de sublimation et donc d’investissement social cède la place à l’hégémonie des pulsions. C’est ce processus de désublimation qui plonge ainsi le sujet contemporain dans les illusions d’une immédiateté pulsionnelle balançant entre manque et ennui. Tout se passe en effet comme si le consommateur cherchait désespérément à combler une béance qui ne cesse de s’approfondir.  Une totale addiction qui finit par tuer le désir .  Il n’y a rien de plus dangereux que la destruction du désir affirme Bernard Stiegler : c’est la psychose comme fait social massif. Des gens qui souffrent de leur désir, c’est la névrose, des gens qui souffrent de ne plus avoir de désir, c’est la psychose. C’est aujourd’hui un phénomène mondial et de masse, compensé par l’hyperconsommation. Plus cette consommation addictive compense la perte de désir, plus elle entretient cette perte. Un cercle vicieux qui conduit de plus en plus de gens à un total désespoir. Quand l’immédiateté pulsionnelle exclue toute forme d’investissement social que permet la libido, elle ouvre la voie à la pulsion de mort. Quand il n’y a plus rien, ni modèle politique, ni utopie, ni espoir, ni solution, et  que les représentations du possible s’arrêtent, on s’achemine inéluctablement vers la destruction de soi et des autres. Comment expliquer sinon cette obsession du suicide et du massacre qui caractérise notre époque ? Quand le norvégien Adreas Bri trucide de sang froid 76 jeunes, quand l’allemand Andreas Lubitz s’écrase avec son avion entraînant avec lui la mort de 149 personnes, quand un sexagénaire américain se donne la mort après avoir ,massacré à Las Vegas une soixantaine de ses compatriotes et en avoir blessé plus de cinq cents, quand les tueries perpétrés par l’armée birmane provoquent l’exode massif de la minorité musulmane des Rohingya, quand de jeunes européens de souche ou d’origine maghrébine se transforment soudainement en coupeurs de têtes, on est frappé par la convergence des obsessions mortifères qui animent des gens aussi différents. Cette hantise morbide de l’épuration vise non seulement l’ethnique et le confessionnel, mais cible l’ensemble de la société et prend l’allure d’une guerre de tous contre tous. Cette aspiration à la destruction de tout, autant par haine de l’autre que par dégoût de soi ne peut avoir pour nom que le nihilisme.

Ce désespoir généralisé, reflet d’un monde en plein désordre économique, social et symbolique marque l’échec cuisant de l’idéologie du progrès et de l’économie néolibérale (7). Nous nous trouvons aujourd’hui pris dans le tourbillon d’une crise du sens où tous les repères semblent perdus. La mise à mort du salariat due à l’introduction des nouvelles technologies dans les circuits de production pousse des masses de plus en plus importantes de chômeurs au désespoir le plus total. En même temps, face à la réduction de leur part de la plus-value, les investisseurs préfèrent se tourner vers la spéculation financière. Ils ne font en fait qu’ajourner la crise par toutes sortes de subterfuges qu’offre l’économie fictive. Incapable de reconnaître sa stérilité, le capital invente la chimère du crédit et de l’endettement, s’adonnant ainsi à une autophagie délirante. La crise de 2008 n’a finalement servi à rien et l’automate poursuit malgré tout sa course insensée. A l’anomie hypermoderne de ce début de siècle répond le nihilisme dévastateur de tous ces laissés pour compte d’un ultraliberalisme de plus en plus envahissant. Ainsi nihilisme et néolibéralisme ne cessent de soumettre le monde à leur furie anomique. Cette descente aux enfers devient d’autant plus préoccupante lorsque de toute part, des scientifiques affirment que la Terre est entrée depuis un bon moment dans une nouvelle ère géologique : l’anthropocène. En effet, l’homme a modifié son environnement à un point où il ne lui serait prochainement plus possible de survivre. Or, selon le sociologue Andeas Malm, ce ne serait pas l’activité humaine en soi qui menace de détruire notre planète, mais bien l’activité humaine telle que mise en forme par le mode de production capitaliste. Nous ne serions donc pas à « l’âge de l’homme » comme le sous-tend le concept d’Anthropocène, mais bien à « l’âge du capital » (8). Pour de nombreux spécialistes, l’humanité doit impérativement sortir au plus vite du capitalocène, si elle tient à sa pérennité.

Face à toutes ces impasses, le monde s’engage dans un mouvement régressif généralisé. C’est comme si depuis l’implosion de l’URSS la nature reprenait tous ses droits. Le dépérissement de l’tat-Providence et le retour progressif du capitalisme sauvage du 19ème siècle constituent une tentative désespérée de remettre sur pied une économie de marché chancelante. Le démantèlement de la Yougoslavie pendant les années quatre vingt dix ouvre un nouveau cycle de guerres sanglantes mettant à feu et à sang les Balkans, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yemen et le reste suivra probablement… Le dépeçage de l’ex-URSS a permis de son côté l’encerclement de la Russie alors que les intrusions de plus en plus hasardeuses, de plus en plus risquées de l’armée américaine en mer de Chine méridionale visent l’étranglement de l’Empire du Milieu. Une ruée vers l’Est qui s’inscrit dans la continuité des 200 guerres livrées depuis 1945 par l’Occident afin de maintenir son hégémonie sur l’ensemble planétaire avec près de 41 millions de morts et des centaines de millions de blessés et de déplacés. Cette ruée vers l’Est fait penser aux théories géopolitiques d’un Mackinder ou d’un Spykman, le premier croyait que celui qui contrôlerait le Heartland (l’Eurasie) dominerait le monde, le second pensait au contraire que le contrôle du Rimland (Europe Occidentale, Moyen Orient, Chine) permettrait cette domination. Si Hitler en envahissant l’Union Soviétique pendant la deuxième guerre mondiale s’inspirait de la théorie de Mackinder, Roosevelt adhérait quant à lui à la thèse de Spykman. Les stratèges états-uniens actuels, plus gourmands, visent à la fois le Heartland et le Rimland. Une pareille fureur expansionniste s’inscrit dans le continuum historique d’une modernité conquérante dont les Lumières ne cessent depuis deux siècles d’embraser le monde.

En ce début de millénaire une guerre mondiale qui ne dit pas son nom est en train de ravager le Moyen-Orient. Alors que les guerres inter-étatiques européennes avaient pour objectif la consolidation des États-Nations, les conflits intraétatiques actuels visent au contraire la dislocation des nations. Des guerres fratricides déchirent depuis des années des régions entières de l’Asie et de l’Afrique. En Europe, après l’implosion de  l’URSS et de la Yougoslavie le phénomène semble toucher même des pays occidentaux tels que l’Espagne ou encore l’Ecosse. L’État-Nation que Hegel plaçait au summum de l’Histoire serait-il donc tombé en désuétude sous les coups de boutoir de la mondialisation ? Il faut dire que la globalisation d’un côté et le dépérissement de l’État-Providence de l’autre ont fini par ébranler ce modèle politique. Or, pour le politologue J. F. Bayart (9) croire que les États-Nations sont de plus en plus repliés sur eux-mêmes, se désagrégeant face à une mondialisation envahissante n’est que pure illusion. Au contraire, depuis deux siècles les États-Nations ne font que proliférer au fur et à mesure de l’extension du marché mondial. Cette universalisation de l’état-nation résulte de la décomposition de l’empire austro-hongrois, de l’empire ottoman ainsi que des empires coloniaux britannique et français. Le passage d’un monde d’empires tolérant la diversité à un système international d’états-nations imposant aux peuples l’unité culturelle a complètement bouleversé les relations internationales. Du Printemps des Peuples au 19ème siècle au Printemps Arabe actuel, la globalisation se présente comme une triangulation entre trois processus synergiques : l’intégration d’un certain nombre de marchés, l’universalisation de l’état-nation et la montée des identitarismes. L’État n’est nullement la victime de la globalisation, il en est plutôt le produit et l’outil répressif, la définition ethno-confessionnelle de la citoyenneté dont la purification ethnique est le mode opératoire en est l’expression idéologique majeure. Bayart qualifie cette triangulation de matrice nationale-libérale, nationale pour le petit peuple, libérale pour les riches. C’est au moyen d’un tel oxymore que les élites réussissent à mystifier et à manipuler les masses en exaltant leurs fantasmes identitaires. Tel était le cas du peuple allemand sous le règne du national-socialisme. Fragilisés par leur ethnocentrisme séculaire, abusés par une Armada de médias-mensonges, une partie de plus en plus importante des peuples occidentaux se laisse encore une fois prendre au piège. Après un répit de quelques décennies marquées par des clivages sociaux et politiques autour de valeurs de liberté et d’égalité, voilà que ressurgissent les vieux démons du fascisme. Pour l’historien Enzo Traverso, les nouveaux visages du fascisme sont une réponse régressive dans un monde désenchanté en panne d’utopies, qui se nourrit de promesses fantasmées d’un passé mythifié. C’est selon cette logique que Sionisme chrétien, sionisme religieux juif et wahhabisme ne cessent depuis des décennies d’incarner cette régression mythifiée en promouvant l’idéologie de la fin des temps. De plus en plus d’adeptes de l’eschatologie ont tendance à se considérer comme le dernier bastion des témoins de Dieu dans une humanité en perdition. Seul le retour du Messie est en mesure de faire régner la paix et la prospérité une fois le monde purifié du mal qui l’habite. C’est ainsi que sortis tout droit des Écritures, les cavaliers de l’apocalypse s’emparent avec fracas du réel et partent chacun de son coté à la chasse de son antéchrist. Si les sionistes juifs et chrétiens s’emploient depuis plusieurs décennies à vider La Palestine de ses habitants pour créer leur « Terre Promise », Daech et ses avatars massacrent de leur côté irakiens, syriens, yéménites et libyens pour préparer à l’avènement de l’apocalypse. L’idéologie de l’épuration ethnoreligieuse s’empare par ailleurs des néo-fascistes européens qui font du musulman leur bouc émissaire du moment. On est en réalité en présence d’une sorte de  front uni sioniste-wahhabite-néo-fasciste qui vise tout simplement  la dislocation du monde arabe, les quelques attentats perpétrés  en Europe ne sont là que pour mieux brouiller les pistes et susciter la peur. Cette stratégie du chaos que l’Occident n’a cessé d’asseoir semble aujourd’hui atteindre son point culminant. En effet, le catastrophisme apocalyptique ne cesse de prendre de l’ampleur avec la montée en puissance de la nébuleuse évangélique. C’est la religion qui connaît la plus forte progression dans le monde. Le nombre des adeptes dépasse actuellement le demi-milliard. Dans un pays comme la France, les évangéliques sont passés de 50 000 fidèles en 1950 à 600 000 aujourd’hui. Prosélytes, ils n’hésitent pas à utiliser les techniques du marketing pour convaincre, leurs cultes aux allures de show galvanisent la foule et rapprochent des gens qui fuient  leur solitude et leur vide existentiel. Le phénomène semble gagner le monde entier et s’implante même dans des contrées lointaines telles que l’Afrique, le Moyen-Orient, la Chine et l’Inde, si bien que certains penseurs n’hésitent pas à parler d’un réenchantement du monde. Or, lorsqu’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que cette communion avec l’Eternel à travers la musique, la danse et la fraternité joyeuse n’est là que pour mieux cacher la nature ô combien sombre de ce courant religieux. Un prosélytisme virulent anime cette secte pressée d’évangéliser le maximum d’humains avant la bataille finale  d’Armageddon. Après avoir eu raison des théologiens de la libération en Amérique latine, les évangéliques conduisent aujourd’hui une double offensive contre les catholiques et contre les musulmans. Ils fournissent désormais le principal encadrement politique aux États-Unis et étendent leur influence dans le monde via leur armada de missionnaires. Une véritable multinationale de la manipulation religieuse qui en tant que telle développe des stratégies de marketing et de conquête. L’instrumentalisation de l’évangélisme au côté du wahhabisme constitue actuellement l’élément central de la politique étasunienne au Proche-Orient. Les médias occidentaux qui ne cessent d’accuser les islamistes de tous les maux, restent absolument discrets sur les agissements sordides des missionnaires évangéliques dans le monde arabe.  Les évangéliques, qui s’inscrivent dans le mouvement des Chrétiens sionistes, prétendent que la création d’Israel est l’accomplissement de la prophétie biblique annonçant le retour du Messie. Ils se donnent ainsi pour mission l’épuration ethno-confessionnelle de la Palestine historique pour la repeupler de juifs ramenés des quatre coins de la planète à coups de milliards de dollars.  Pour ces adeptes de la fin des temps il n’y a ni solution à deux États, ni même l’ombre d’un palestinien foulant leur prétendue « Terre Promise ». Ils continuent au mépris de tous d’injecter des sommes colossales pour poursuivre la colonisation de la Cisjordanie. Leurs tentatives d’évangélisation du monde arabe vise en particulier les minorités chrétiennes mais aussi certaines communautés musulmanes dont les origines ethniques pourraient servir à des projets sécessionnistes et anti-arabes : c’est le cas avec les kurdes d’Irak et de Syrie, mais aussi avec les Kabyles et les Berbères en Algérie et au Maroc. Bien entendu, cette action de prétendue évangélisation encouragée, financée et protégée par le gouvernement de Washington, ne vise en réalité que la déstabilisation et l’affaiblissement des pays arabes. Ainsi derrière ce rideau de fumée fait d’émotions, de miracles et d’exorcisme, le messianisme des évangéliques ne cesse  de prospérer, multipliant  le nombre de ses adeptes, tous ces laissés pour compte d’un néolibéralisme. en plein délire.

En ces temps du réenchantement factice, messianisme kabbalistique et évangélisme, tous les deux apocalyptiques, s’en vont en guerre contre arabes et musulmans pour hâter la venue du Messie. Il faut cependant préciser qu’au moment de la création d’Israel, le sionisme était politique, c’est seulement après la guerre des 6 jours que le sionisme religieux juif, en sommeil depuis le début du 19ème siècle, s’est subitement réveillé entraînant à sa suite l’éveil du sionisme chrétien. C’est ainsi que pendant le premier congrès sioniste chrétien qui a eu lieu à Bâle en 1985, 600 délégués chrétiens de vingt pays différents ont appelé à reconnaître l’aspect prophétique de la création de l’état d’Israel. Le congrès a appelé par ailleurs à reconnaître Jérusalem comme ville éternelle offerte par Dieu au peuple juif. Ainsi fut scellée la sainte alliance des deux peuples élus, annonçant le commencement de la nouvelle ère judéo-chrétienne. Aujourd’hui, l’AIPAC et les églises évangéliques sont si puissants qu’ils tiennent toute la classe politique étasunienne en otage. La situation est telle qu’on finit par se demander si vraiment on a affaire à une démocratie ou alors à une théocratie déguisée. À partir des années soixante-dix le poids de l’électorat évangélique est tel que des présidents comme Reagan, Bush ou alors Trump n’auraient jamais atteint la magistrature suprême sans le soutien de ce mouvement sioniste chrétien. Reconnaissant ou alors par crainte, défiant le monde entier, Trump reconnaît Jérusalem comme capitale éternelle de l’état d’Israel ! Et pourquoi pas comme capitale planétaire du nouvel ordre mondial comme le propose Jacques Attali !  Comme pour narguer les palestiniens, le président étasunien choisit de transférer son ambassade à Jérusalem le 14 mai, jour anniversaire de la Nakba.  Et pour fêter l’heureux événement, la soldatesque sioniste s’est amusée à tirer comme des lapins de jeunes manifestants à Gaza, tuant plus de soixante personnes et blessant plus de 2700. Un vrai carnage ! Il faut dire que depuis plus de trente ans, la géopolitique occidentale semble s’embourber jusqu’au cou dans les mythes messianiques. Le choc de civilisations n’est en fait que la concrétisation des prophéties messianiques où sionistes juifs et sionistes chrétiens tiennent le beau rôle. Il ne reste alors qu’à donner corps à l’antéchrist. C’est le wahhabisme, cette hérésie schismatique devenue l’idéologie des égorgeurs de Daech qui a été choisi pour remplir cette sale tâche. Sa mission principale est d’éclabousser l’islam. Depuis les années soixante-dix, des troupes wahhabites formées, encadrées, financées et armées par les Etats-Unis et leurs vassaux du Golf constituent l’armée sous fausse bannière qui a servi à précipiter la chute de  l’Union Soviétique  et qui ne cesse de dévaster depuis 2011 l’Irak, la Libye, la Syrie et le Yemen. Le wahhabisme qui a enfanté les Ikhwan,vAl-qaïda et Daech n’est pas un simple rigorisme ni un puritanisme ni même une pétrification de la foi musulmane, mais une dogmatique exclusiviste, dénué de toute spiritualité, qui fait de  la violence une dimension structurelle. Ceux qui s’écartent de la doctrine sont accusés soit de mécréance  soit d’apostasie,  donc passible de mort.  Cette idéologie rappelle à bien des égards la réforme protestante. Cromwell, au 17ème siècle, l’Ancien Testament à la main, massacrait catholiques irlandais et écossais, détruit les églises et assassine les prélarts pour imposer sa nouvelle religion. Les deux courants se rejoignent par ailleurs sur un certain nombre de croyances : littéralité du texte sacré, iconoclasme, destruction des vestiges, rejet des traditions et même des institutions. Le wahhabisme tout comme le protestantisme s’inscrivent sans doute dans ces soubresauts que connaît l’humanité à chaque fois qu’elle se trouve confrontée à une crise de sens. L’idéologie wahhabite, loin d’être une radicalisation de l’islam, en est au contraire la négation. Ce violent mouvement nihiliste religieux a été  instrumentalisé par les britanniques pour mener une guerre d’usure contre un empire  ottoman à l’agonie. Les wahhabites passeront ensuite sous contrôle étasunien à la fin de la première guerre mondiale avec la création de l’état arabe-saoudien.

Djihadistes, c’est avec ce qualificatif que les occidentaux gratifiaient les wahhabites pendant la guerre sovieto-afghane. Aujourd’hui, ces mêmes wahhabites sont chargés de tout une autre mission, celle de dévaster à la fois le monde arabe et de pervertir l’image que le monde occidental se fait de l’Islam, une image déjà suffisamment ternie par plus d’un siècle de colonisation et par les fantasmes dégradants des orientalistes. C’est ainsi que les preux djihadistes se sont subitement métamorphosés en criminels pervers : lapidations, décapitations, immolations par le feu, égorgements…autant de raffinements puisés dans leur livre de chevet : « La gestion de la barbarie ». Voilà que se concrétise enfin ce fameux choc des civilisations : d’un côté une armée de tueurs sous fausse bannière islamique, de l’autre toute l’armada médiatique que les puissances occidentales ont consacrée au dénigrement et à la diabolisation de l’Islam.  Or, pour le politologue Olivier Roy (10), toute cette cruauté n’est nullement la conséquence d’une radicalisation de l’Islam comme on le laisse souvent entendre mais plutôt d’une islamisation de la radicalité. Victimes d’un nihilisme générationnel, des jeunes en rupture totale avec leurs familles et leur milieu, souffrent de ce que l’historien François Hartog (11) nomme le Présentisme, ce régime d’historicité qui abolit tout lien avec le passé et toute projection dans le futur, enfermant ainsi l’individu dans un présent sans issue. Face à un monde stérile, incapable de produire du sens, de plus en plus de jeunes plongent dans un nihilisme destructeur.  Des crimes insensés ponctuent notre quotidien un peu partout sur la planète. Lorsqu’on regarde du côté des États-Unis, on est frappé par la fréquence des crimes de masse qui ensanglantent ce pays. Des attentats tout aussi absurdes qu’odieux visent écoles, universités, boîtes de nuit… mais que les médias ont vite fait de jeter dans les oubliettes des faits divers. A ce nihilisme générationnel fait écho un nihilisme encore plus destructeur, le nihilisme millénariste. C’est parmi les nihilistes générationnels que les sectes sioniste, évangélique et wahhabite, toutes millénaristes, viennent recruter leurs adeptes.  DAECH, devenu EI (Etat Islamique) n’a en fait rien d’un état et rien d’islamique, ce n’est qu’un conglomérat de mercenaires et de nihilistes qui pensent que leur propre mort est un signe avant-coureur de l’apocalypse, un présage de la fin des temps. Fasciné par la mort de soi et des autres, l’EI n’est pas comme l’insinuent les médias occidentaux, un projet de restauration du califat mais une entreprise de démolition, d’anéantissement du monde arabe simplement parce qu’il s’est trouvé là où il ne fallait pas, tout comme d’ailleurs les peaux rouges ou encore les aborigènes … Mais ne dit-on pas que l’arrivée du Machiah sera nécessairement précédée des douleurs de l’enfantement ! Il semble que la fin des grands récits a complètement déboussolé une humanité qui n’a rien trouvé d’autre que de replonger dans les profondeurs abyssales de ses mythes. Nous voilà donc témoins de la renaissance de l’homme véritable longtemps enfoui sous la modernité, un homme rendu à son essence première d’Homo religiosus comme le souligne Georges Corm (12). L’identitarisme ethno-confessionnel, plutôt ethnique avec le national-socialisme, vire actuellement au confessionnel avec le national-libéralisme. En instrumentalisant des sectes extrémistes, apocalyptiques, tous ces marchands d’illusions identitaires seront les premiers surpris par l’ampleur catastrophique de leur choc des civilisations. Si pendant la deuxième guerre mondiale les russes ont mis fin à la démence nazie, qui saura arrêter aujourd’hui cette folie messianique qui incendie le monde arabe mais qui ne manquera pas de s’étendre. Les risques d’une déflagration généralisée sont grands surtout lorsqu’on sait qu’ Israël, dirigé par des sionistes religieux fanatiques, est en possession  de plus de 150 bombes nucléaires et de 6 sous-marins nucléaires.

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaitre, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres disait Gramsci. Or avec des Donald Trump,  des John Bolton, des Mike Pompéo ce nouveau monde risque bien de ne jamais voir le jour. En moins de deux ans de pouvoir le président étasunien a quitté de manière unilatérale des accords internationaux relatifs au climat, au commerce, au nucléaire iranien ou encore au statut de Jerusalem, mettant ainsi en péril le fragile équilibre mondial. Trump n’est au fait ni un original ni un déviant comme on peut l’imaginer, il s’inscrit plutôt dans le continuum de cette stratégie du choc qui a fait les beaux jours du néolibéralisme et qui atteint aujourd’hui son stade ultime. Les Etats-Unis qui ne cessent de fantasmer à propos de leur empire unipolaire ne sont en réalité qu’un état-nation, un gros état-nation qui se débat dans ses contradictions d’état-nation et qui possède suffisamment de force et de violence pour dominer et pour détruire mais rien pour rassembler.

Fethi Gharbi

1) Alain Ehrenberg , La fatigue d’être soi. Dépression et société.

2) Claude Dubar : La crise des identités

3)http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20151002.OBS6923/une-tuerie-de-masse-par-jour-aux-etatis-unis-plus-de-morts-que-par-le-terrorisme.html

4) Fethi Benslama : Un furieux désir de sacrifice

5) Bernard Stiegler : Dans la disruption, comment ne pas devenir fou!

6) Grandeur thermodynamique exprimant le degré de désordre de la matière

7) voir l’article : De l’art de gouuverner le monde https://www.legrandsoir.info/de-l-art-de-gouverner-le-monde.html

8) http://revuelespritlibre.org/anthropocene-ou-capitalocene-quelques-pistes-de-reflexion

9)  Jean François Bayart :  L’immpasse national-libérale

10) Olivier Roy : Le Djihâd et la mort

11) François Hartog :  Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps

12)  Georges Corm : La question religieuse au XXI ème siècle

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Fethi Gharbi

Le totalitarisme menace le monde, selon le neuropsychiatre Boris Cyrulnik

« Je suis un peu triste de voir que j’ai commencé ma vie en subissant un langage totalitaire, et que j’arrive au dernier chapitre de mon existence en voyant réapparaître un autre langage totalitaire », dit Boris Cyrulnik, 80 ans, au micro de Stéphan Bureau. Ayant échappé à l’horreur nazie pendant l’Occupation, le neuropsychiatre français regarde avec une certaine inquiétude l’état actuel du monde, dont les dérives lui rappellent le « langage totalitaire » des années 1940.

« Le langage totalitaire est tragiquement bien accepté par la plupart des cultures et actuellement, on le voit réapparaître au Proche-Orient, en Europe et même en Amérique du Nord », note Boris Cyrulnik.

Bien qu’il soit pour le moment minoritaire sur la planète, ce langage totalitaire, que le neuropsychiatre définit comme la « pensée paresseuse et celle qui donne des certitudes », se développe extrêmement vite et de façon épidémique.

Ce n’est pas l’idéologie imaginaire des nazis, c’est un autre langage totalitaire. Mais si on le laisse se développer, il sera aussi cruel que le nazisme ou le communisme. […] Il y a péril, absolument.

 Boris Cyrulnik, neuropsychiatre

Je suis KOUACHI

De nombreux savants musulmans interprètent le jihâd comme une lutte dans un sens spirituel

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À chaque fois qu’un fou tue et qu’il hurla « Allah », il est classé djihadiste ou plutôt terroriste. Mais est-ce si simple?

On devrait se pencher sur la psychologie des « loups solitaires » qui  se hâtent de fournir un alibi à leur acte. Et sans pitié… Voire discernement.

Les djihadiste ne serait-il pas un suicidaire à la recherche d’un cause pour son acte? Les notions juridiques, dans les « cas de folies », tranchent avec le couperet de la « préparation ». Mais ce n’est pas si simple dans le cas des combattants à qui on fournit toute la préparation mentale aux fins de combat.   En premier lieu, c’est un profil de tendance au suicide.

Dans un monde où personne ne veut être « quelconque », les voies sont nombreuses pour mener à la « réussite » de sa vie.

« Je ne veux pas être oublié », m’a déclaré quelqu’un un jour.

Tout le monde est oublié… Et dans un monde de moins en moins « spirituel », -mais ancré dans toutes les arnaques de la réussite technologique – nous devenons de plus en plus « robotique ». Dans un monde prônant l’individualisme et la « réussite », Goebbels est un nain  si on le compare à toute l’armée actuelle des moyens de sculpter les « quelconques ».

Nous sommes tous élevés par la masse – l’éducation, l’environnement dit culturel, la famille, l’État, etc. Mais voilà que le branle bas « international » a embrouillé les pistes, et cela volontairement.

Il n’y a pas plus difficile en ce moment que de demeurer distant et intact. À vivre  un peu éloignés des « vérités » vendues et martelées par les États, les banques, le mouvements cacophoniques mondiaux pour se… perdre.

 

La radicalisation  

Confondu avec l’Islam… Car la radicalisation des états-uniens à la suite des attentats du 9/11 était aussi …radicale: on ne touche pas aux États-Unis d’Amérique. Cette grandeur!

Dans un monde qui prône l’individualisme et la réussite…  » Ne te demande pas ce que ton  pays peut faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour ton pays ».  ( cité de mémoire).

Comme l’hypocrisie de la pollution, la faute est rejetée sur le petit citoyen fouetté de pratiquer  son petit geste pour l’environnement … tout en laissant les pays continuer de produire sans réellement appliquer des solutions qui sont à la racine du problème. On demandera au citoyen d’arracher une à une les feuilles de l’arbre pourri pendant que les pays continueront à en produire des milliards, à saccager pour des principes dits de survie alors qu’ils ne sont en réalité que des principes de « nourriture » pour les investisseurs soit-disant nécessaires à la survie et à la richesse. Tout est économie…

Dans les pays occidentaux, les enfants deviennent rapidement des djihadistes « purs » sous les masses d’informations faussées du phénomène de l’environnement. Ils doivent nettoyer ce pauvre pays sali par le citoyen, empoisonné par le citoyen, et qui doit donc être nettoyé par le citoyen.

Mais dans la misère engendrée par les luttes sociales, les différences, la « volonté » de garder un certain monolithisme social et pleurnicheur d’antan, il est nécessaire de s’ouvrir au changement et d’accepter que la soupe sociale actuelle ne sera jamais celle que… l’on croyait si tendre et si belle. La fraternité a foutu le camp avec les familles-esclaves obligées de satisfaire les appétits des grandes manœuvres économiques mondialisées.

Alors, notre « combat » pour la « liberté » est devenu celui d’une croyance en un monde qui ne changera pas. Résistance au changement… Et une foi en des sociétés parfaites.

Bref, nous sommes tous des radicaux inconscients pour une firme d’hypocrites affairistes.

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Non, le monde ne changera pas… Il est déjà changé. Et c’est notre résistance à ce changement, jumelé à la fausse représentation des dirigeants-Goebbels, fait en sorte que nous avons peine à survivre dans cette absence d’acceptation d’un monde nouveau habitué à régler ses conflits par les guerres. Comme si les guerres réglaient les conflits.

On appelle cela : le syndrome de la nostalgie ou refus de la réalité. On nous a appris la guerre pour des motifs économiques. Et c’est raté… On a l’austérité et la guerre sur deux fronts: contre des ennemis trompés, nourris par des États vendeurs d’armes et d’idées.

Quand ils auront engrangé leurs profits pour le profit, il ne restera rien de nous.

C’est assez étonnant: on a prolongé l’espérance de vie, mais en terme de qualité, on a tellement secoué le pommier que la pomme a hâte de mourir. Et si elle a hâte, les armées de Big Pharma sont à la rescousse.

À se demander si les frères KOUACHI  ont réussi une mission qui – espérons-le – saura durer.

Celle de dire que je suis juif, je suis noir, je suis musulman, je suis athée, je suis un poète, je suis un raté, je suis un travailleur acharné, je suis en chômage, et je suis un « quelconque » qui désire simplement vivre en paix.

Il ne vaut pas la peine de se suicider pour une cause…

Déjà qu’on nous fait mourir au travail qui n’avait jamais tué personne…

Gaëtan Pelletier

11 janvier 2015

https://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/10/11/travailler-cest-se-constituer-prisonnier/

 

Le poêle à moules

 

Je ne pense pas que l’on puisse comprendre quelque chose à la vie si on n’a pas une petite idée de l’Histoire. On l’enseigne si peu qu’un élève était certain que l’internet existait en 1973… C’était écrit dans le livre d’Émile Ajar,  La vie devant soi . Il a dû lire le livre plusieurs fois…. La vie est toujours devant soi. Mais pour en faire quelque chose de bien, il faut la voir à travers la vie derrière soi. Dans la culture de l’instantanéité, rien n’a de sens, sinon les ego bombés, torsadés,

Mieux encore, ma grand-mère n’avait pas l’électricité, mais son internet fonctionnait au bois… Elle devait allumer le poêle pour parler à quelqu’un sur Skype… En fait, c’était si compliqué qu’elle préférait aller chez le voisin jouer aux cartes.

Mais à quoi sert-il de dire ça? Ce qu’on aime, c’est le présent. L’ignorance c’est de croire que tout a changé. Oui, tout a changé… Les connaissances, les vraies, servaient à la vie. Elles étaient concrètes et utiles. Le progrès, c’est d’avoir passé à une belle et colorée culture de l’inutile, de la consommation de ce qui passe. Bref, la culture du fugitif.

Une maison sans fondation…

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Moult moules 

Ce  que la plupart des gens sont en train de devenir est  « subtilement », un moule. Oui un moule. Ils achètent un moule de « personnalité ». Un moule de carrière. Un moule… Pressés comme des citrons. Robotisés. Le moule, c’est l’avenir… Alors, le passé ne sert plus à rien. Le passé, c’est comme les vieux: il n’a plus de valeurs. C’est un déchet… C’est une bibliothèque, mais une bibliothèque comme celle des nazis: à brûler, à cendrer.

 Jadis, l’artisan fabriquait de ses mains, avec lenteur, dans sorte de « paisibilité » quasi religieuse,  là  où le temps et les respires est proche de la  méditation. Il  vivait dans une  prière liée à son travail. Travailler était un acte spirituel… Un acte difficile, dur physiquement…  Ce n’était pas paradisiaque. Mais dans un certain sens, c’était au rythme des saisons, des vents, du matin, du soir, et l’on savait dormir sans avoir appris…

Ce que j’essaie de tenter de faire saisir, de prendre conscience, est que ces sociétés soi-disant évoluées sont revenus à un esclavage astucieux, mais bien camouflé. Autrement dit: la civilisation actuelle ne peut pas produire de citoyens dans lequel les valeurs seraient supérieures et « profondes ». Au contraire, le but d’un monde strictement livré à la marchandisation ne peut produire qu’un citoyen teinté de marchandisation.  Il est marchandise sans le savoir…

Le moule est le chemin le plus court pour « réussir » sa vie dans un monde totalitaire, dans lequel on ameublit et fige tout citoyen dans le but seul du profit pour le profit. Le credo martelé est de vous faire croire que vous allez réussir selon la recette de LEUR réussite.

Dans un environnement psychosocial falsifié et martelant la valeur de l’individualisme, ce bain social et planétaire, le liquide amniotique dans lequel baignent les « futurs » citoyens, ne peut produire un individu d’une certaine « qualité ». Car l’environnement n’est plus de qualité.  La horde des barbares raffinés ne peut et ne veut pas d’un citoyen « pensant » mais d’un citoyen pensé.

Dès lors, même dans le meilleur des mondes et des intentions, puisqu’on se nourrit de cet étang barbouillé et brassé de plus en plus chaque jour, c’est un art que d’échapper à l’appel du moule.

La facilité…

Le syndrome du moule c’est de se fier à l’État pour faire quelqu’un de vous.

Et plus le « monde » bouille, plus la marmite a tendance à sauter. C’est triste et navrant de se rendre compte que nous payons une famille de sculpteurs qui n’on rien  à voir avec la Vie.

Mais nous sommes lâche d’acheter les moules.

L’État n’est pas un artisan, c’est une usine…

Gaëtan Pelletier

2 novembre 2014

Quand la différence est cataloguée comme déviance

Apparu il y a un demi-siècle, l’usage des neuroleptiques, en dépit de ses piètres résultats, est devenu massif dans la médecine psychiatrique américaine. Il repose sur une vision particulièrement fruste de la maladie mentale, que propage également, au niveau mondial, le répertoire des pathologies le plus souvent utilisé par la profession.

 

Créée en 2008 à Denver (Colorado), l’entreprise d’imagerie médicale CereScan prétend diagnostiquer les troubles mentaux à partir d’images du cerveau. Diffusé sur la chaîne Public Broadcasting Service (PBS) (1), un documentaire montre le mode opératoire. Assis entre ses parents, un garçon de 11 ans attend, silencieux, le résultat de son IRM (2) du cerveau. L’assistante sociale lui demande s’il est nerveux. « Non », répond-il. Elle montre alors les images à la famille : « Vous voyez, là c’est rouge, ici orangé. Or, ça aurait dû être vert et bleu. » Telle couleur signale la dépression, telle autre les troubles bipolaires ou les formes pathologiques de l’angoisse.

CereScan satisfait aux demandes croissantes d’une société américaine qui semble de plus en plus mal supporter les signes de déviance.

L’entreprise affirme qu’un Américain sur sept âgé de 18 à 54 ans souffre d’un « “désordre” ou “trouble” pathologique lié à l’angoisse », soit dix-neuf millions de personnes (3). Un marché pour lequel elle voit un brillant avenir : CereScan compte ouvrir vingt nouveaux centres à travers les Etats-Unis. Avant de partir à la conquête des cerveaux du reste du monde ?

Les normes qui définissent le comportement attendu ne sont pas clairement établies, mais les critères de diagnostic des déviances ou des troubles considérés comme pathologiques, tel le « déficit d’attention », sont, eux, très précisément énoncés et classés par le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM). Référence absolue des praticiens aux Etats-Unis — et de plus en plus ailleurs dans le monde —, ce manuel leur permet d’identifier les « troubles pathologiques » à des âges de plus en plus précoces (lire « La bible américaine de la santé mentale »). Aux Etats-Unis, depuis le début des années 2000, des « troubles bipolaires » ont été diagnostiqués chez un million d’enfants. D’un peu moins de 16 000 en 1992, le nombre d’autistes chez les 6-22 ans est ainsi passé à 293 000 en 2008, et même à 338 000 si on inclut les enfants de 3 à 6 ans — une catégorie d’âge apparue en 2000 dans les statistiques.

Dans la population générale, chaque jour 1 100 personnes (850 adultes et 250 enfants) s’ajoutent à la liste des bénéficiaires de l’aide financière fédérale pour cause de trouble mental sévère. Les mailles du filet se resserrent sans cesse. Pourtant, les essais cliniques réalisés chez les adultes se révèlent assez peu concluants quant aux bénéfices à long terme de la réponse pharmacothérapeutique aux affections mentales. Si, pendant quelques semaines, des réactions positives peuvent apparaître (généralement équivalentes, toutefois, à celles provoquées par des placebos), les effets sur une plus longue période incluent des altérations irréversibles du cerveau et des dyskinésies tardives (4).

La réponse pharmacothérapeutique aux affections mentales est apparue dans les années 1950, à partir des travaux d’Henri Laborit sur le paludisme, la tuberculose et la maladie du sommeil. Le médecin français constate la « quiétude euphorique » provoquée par la prométhazine. En 1951, il parle de « lobotomie médicinale », en référence à l’intervention chirurgicale qui détruit les connexions du cortex préfrontal (5) inventée par le neurologue portugais Egas Moniz, Prix Nobel de médecine-physiologie en 1949.
L’usage du premier neuroleptique (nommé plus tard Thorazine) se répand bientôt dans les asiles psychiatriques, puis franchit l’Atlantique, de même que la lobotomie. On introduit alors l’idée que les troubles mentaux résultent d’un déséquilibre chimique du cerveau. Dès lors, les effets « miraculeux » du lithium et des formulations qui lui succèdent, du Prozac (mis sur le marché en 1988) au Zoloft en passant par le Zyprexa, sont chantés par l’ensemble des médias.

L’apparition des neuroleptiques donne aux psychiatres, puis aux personnels d’infirmerie et d’assistance sociale, un statut de prescripteurs de médicaments dont ils étaient encore largement dépourvus, marginalisant la réponse psychothérapeutique et les nombreuses autres solutions possibles : exercice, meilleure nutrition, socialisation, etc. Depuis, c’est l’escalade pharmacologique. On étend et on densifie le champ de la pathologie avec le DSM, et on intensifie la réponse pharmaceutique, avec la bénédiction des autorités sanitaires.

Passés maîtres dans l’art de communiquer, les laboratoires ne révèlent souvent pas tout ce qu’ils savent des effets des médicaments. Le message adressé aux parents, aux enfants ou aux jeunes adultes affectés par un épisode de « trouble mental » se résume à ceci : « Vous avez besoin de médicaments, comme le diabétique a besoin de l’insuline. »
Ayant bénéficié pendant des années des largesses de l’industrie pharmaceutique, dont il a été l’un des plus fidèles promoteurs, le docteur Daniel Carlat dénonce à présent son emprise (6) : « On dit aux patients qu’ils ont un déséquilibre chimique dans le cerveau, parce qu’il faut bien accréditer médicalement à leurs yeux le fait qu’ils sont malades. Mais on sait que ce n’est pas prouvé (7). »

Chercheurs critiques mis à l’écart

Toutes les études longitudinales (qui ne sont pas menées par les laboratoires) montrent que les effets des neuroleptiques s’estompent avec le temps, que les crises réapparaissent, souvent plus fortes, et que les symptômes s’aggravent, plus encore que chez les patients traités avec des placebos. Les praticiens en concluent que les doses sont… insuffisantes, ou la thérapie inappropriée ; on passe donc à quelque chose de plus fort. Les troubles s’aggravent et le handicap s’approfondit. Des millions de personnes aux Etats-Unis subissent cet engrenage infernal, qui s’apparente souvent à ces « lobotomies médicinales » décrites par Laborit dès 1951.

Face à ces constats qui dérangent, laboratoires et chercheurs n’hésitent parfois pas à biaiser les essais cliniques ou la présentation de leurs résultats, voire à mentir par omission. Une équipe de l’université du Texas a ainsi publié de faux résultats sur le médicament Paxil, administré à des adolescents, en omettant de rapporter la très forte augmentation du risque de suicide des patients étudiés. La profession a suivi, louant la tolérance du médicament par les adolescents. Glaxo SmithKline, le fabricant, avait pourtant reconnu dans un document interne que son médicament ne valait pas mieux qu’un placebo. Assignée en justice pour promotion frauduleuse, l’entreprise a préféré s’acquitter d’un dédommagement : un procès risquait de nuire fortement à son image et à ses profits (8). Une pratique courante dans cette industrie, qui rappelle en cela celle du tabac. Certains chercheurs ont démontré l’inefficacité des neuroleptiques ou même leur contribution à l’augmentation des taux de suicide chez les personnes traitées ; ils ont été marginalisés (9). En grande partie financés par les laboratoires, les départements universitaires de psychiatrie vivent un conflit d’intérêts patent, et risquent de pâtir du discrédit jeté sur les médicaments et leurs fabricants.

Ainsi, entre 2000 et 2007, le chef du département de psychiatrie à l’école de médecine de l’université Emory (Atlanta) avait perçu — sans les déclarer — plus de 2,8 millions de dollars en tant que consultant pour les compagnies pharmaceutiques, en rétribution de centaines de conférences. Un ancien directeur de l’Institut américain de la santé mentale (National Institute of Mental Health, NIMH) avait, lui, perçu 1,3 million de dollars entre 2000 et 2008 pour promouvoir les « stabilisateurs d’humeur » pour le compte de GlaxoSmithKline. Il animait aussi une émission de radio très populaire sur la radio publique (National Public Radio, NPR). Interrogé sur ces pratiques, il avait répondu au New York Times que « tout le monde [dans sa spécialité] fait pareil (10) ». Si la déclaration des sources de financement et des montants reçus est obligatoire, du moins pour les scientifiques, les fraudes sont nombreuses.

Meilleurs résultats sans médicaments

Les laboratoires, et à leur suite bon nombre de prescripteurs, encouragent une consommation toujours plus intense, prolongée et diversifiée de psychotropes et autres neuroleptiques. Novartis a ainsi été condamné à verser une amende de 422,5 millions de dollars pour avoir, entre 2000 et 2004, poussé à recourir au Trileptal, un médicament contre l’épilepsie, pour le traitement des troubles bipolaires et des douleurs nerveuses — des applications non approuvées par la Food and Drug Administration (FDA).
Les conférences où des médecins prescrivant beaucoup un certain médicament sont grassement payés pour discourir devant des parterres de collègues eux-mêmes payés pour écouter la bonne parole sont monnaie courante. Le coût astronomique de ce marketing est, in fine, répercuté sur celui des médicaments, et donc sur les malades.

Comment fixer les frontières de ce qui est considéré comme pathologique ? La modalité de la réponse illustre les excès d’un système de santé qui pousse à la surconsommation médicale et même au surdiagnostic, avec la multiplication des catégories de « troubles ». Il encourage en outre une prise en charge moins personnalisée (on « fait du chiffre », particulièrement dans les systèmes de paiement à l’acte), le recours à des tests de diagnostic lourds et à une réponse chimique automatique.

Pourtant, les études longitudinales s’accumulent pour établir la supériorité du traitement des affections mentales sans produits pharmaceutiques, y compris de la schizophrénie — sauf dans des cas très minoritaires et de façon limitée dans le temps (11). A la longue, l’exercice, la socialisation, le travail rendent la vie des personnes affectées par des troubles mentaux bien plus supportable. La rupture du lien social, la discrimination au sein de la famille ou de la communauté sont les premières causes de folie. Des études transculturelles menées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans les années 1970 à 1990 sur la schizophrénie et la dépression à travers le monde ont montré que les personnes non soumises à une pharmacothérapie bénéficiaient d’un « meilleur état de santé général » à moyen terme comme à long terme (12).

Mais les neuroleptiques ont très largement contribué à la croissance faramineuse des ventes et des profits des compagnies pharmaceutiques. Ce secteur est l’un des plus rentables aux Etats-Unis depuis cinquante ans. Les législations en place lui sont très favorables. Lors de la discussion du projet de loi de réforme du système de santé en 2009, 544 millions de dollars ont été dépensés pour assurer auprès des législateurs les intérêts des assureurs, des entreprises pharmaceutiques et des fournisseurs de soins. Ceux qui gagnent bien leur vie voient d’un très mauvais œil l’intervention de la puissance publique dans leur chasse gardée. La santé mentale représente le premier poste des dépenses de santé, avec 170 milliards de dollars en 2009. Un chiffre qui devrait s’élever à 280 milliards de dollars en 2015  (13).

Paradoxalement, si la pharmacothérapie des troubles mentaux se massifie, des centaines de milliers de personnes souffrant de ces troubles ne bénéficient d’aucune sorte de prise en charge : celles qui n’ont pas de couverture médicale (16 % de la population) — l’obligation d’en contracter une ne sera effective qu’en 2014 — et celles qui sont incarcérées. On estime qu’un demi-million de détenus auraient besoin d’aide, d’autant que l’enfermement et les conditions d’incarcération aggravent les affections. Mais les institutions n’y sont absolument pas préparées. Une fois libérés, ces prisonniers se tournent vers l’usage de drogues en guise de thérapie, et, dans un cercle vicieux, retombent souvent dans la délinquance.

Olivier Appaix
Economiste de la santé et du développement. – SOURCE

(1) The Medicated Child, documentaire de l’émission «  Frontline  », janvier 2008.

(2) Imagerie par résonance magnétique. Aux Etats-Unis, une IRM du cerveau coûte de 1 500 dollars à plus de 3 000 dollars pour une procédure qui dure de quarante à soixante minutes.

(3) «  Anxiety disorder  », CereScan Imaging, 2009.

(4) La dyskinésie se caractérise par des mouvements incontrôlables du visage.

(5) La lobotomie visait à soigner les patients souffrant de certaines maladies mentales, comme la schizophrénie. Elle est désormais interdite dans la plupart des pays.

(6) Daniel J. Carlat, Unhinged. The Trouble with Psychiatry. A Doctor’s Revelations about a Profession in Crisis, Free Press, New York, 2010.

(7) Interview de Daniel Carlat dans «  Fresh air  », National Public Radio, 13 juillet 2010.

(8) «  When drug companies hide data  », The New York Times, 6 juin 2004. La même entreprise vient de payer 3 milliards de dollars pour mettre fin à une série de procès concernant ses produits, dont Paxil. Cf. «  Glaxo settles cases with US for $ 3 billion  », The New York Times, 3 novembre 2011.

(9) Robert Whitaker, Anatomy of an Epidemic. Magic Bullets, Psychiatric Drugs, and the Astonishing Rise of Mental Illness in America, Crown, New York, 2010.

(10) «  Radio host has drug company ties  », The New York Times, 21 novembre 2008.

(11) Robert Whitaker, op. cit.

(12) Etudes citées par Whitaker. L’état de santé selon l’OMS inclut la santé physique, mentale et sociale.

(13) Centers for Medicare and Medicaid Services.

Marc Lafontan, Au bout de la route 

Comment je suis devenue folle !

(Source : Ready Chimp – Traduction État du Monde, État d’Être)

 

Anne Wolf

Voilà comment on s’endort saine d’esprit pour se réveiller folle. Ce n’est pas que vous ayez changé non, c’est la société qui est devenue encore un peu plus répressive et a étendu son contrôle. Pour les uns la prison, pour les autres les cachetons,

FINIES LES DÉVIATIONS

Créativité et non-conformisme désormais une maladie mentale

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Qu’arrive-t-il à une société lorsque « pensée à l’extérieur du cadre établi » ou être (avec raison) enragé contre votre gouvernement – allant visiblement dans la mauvaise direction – devient une raison pour être médicamenté et « rééduqué »?

L’Union Soviétique utilisait de nouvelles maladies mentales pour les répressions politiques.

Les gens qui n’acceptaient pas les croyances du Parti communiste développaient donc une nouvelle forme de schizophrénie.

Ils souffraient d’une forme de désillusionnement croyant que le communisme n’était pas une bonne chose. Ils ont été isolés, médicamentés de force et ont subi une thérapie répressive pour les ramener à la raison.

Maintenant, nous devons remercier les polices de la pensée étatsuniennes, l’American Psychiatric Association, pour les derniers ajouts au DSM-IV (Manuel de diagnostic et statistiques des troubles mentaux) qui mettent en place des diagnostics arbitraires pour n’importe quel « dissident ». 

Listé comme une nouvelle maladie mentale : une créativité et un cynisme au-dessus de la moyenne. Le manuel identifie cette maladie mentale comme « ODD », « désordre oppositionnel défiant » [Ndt : « oppositional defiant disorder »].

Défini comme « un comportement soutenu d’hostilité et de désobéissance », les symptômes incluent la remise en question de l’autorité, la négativité, la défiance, l’argumentaire et le fait d’être aisément irrité.

Un article du Washington Post observe que si Mozart était né aujourd’hui il serait diagnostiqué comme ayant un syndrome de déficit de l’attention et serait médicamenté jusqu’à ce qu’il redevienne « normal ». Ce que nous appelions des traits de personnalité sont dorénavant des maladies mentales. Et bien sûr, un traitement existe.

Lorsque la dernière édition du DSM-IV a été publiée, elle identifiait des symptômes de diverses maladies mentales chez les enfants et le résultat fut une augmentation significative de la médication de ces derniers. Certains états américains ont même des lois qui permettent aux agences de santé d’obliger une médicamentation sous peine d’amende ou d’emprisonnement.

Faites attention aux gens qui ont une forte individualité! Bien que les auteurs dudit manuel disent ne pas avoir d’agenda caché, étiqueter la liberté de pensée et la non-conformité en tant que maladie mentale est une bombe à retardement d’abus en tout genre. En tant qu’arme dans l’arsenal d’une société répressive, la réalité sociale semble se métamorphoser en un conte de fées pour autocrates tiré tout droit d’un roman de Phillip K. Dick.

http://etat-du-monde-etat-d-etre.net/de-la-societe/science-du-controle/creativite-et-non-conformisme-desormais-une-maladie-mentale

Via Les états d’Anne 

Le monde en GIF

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« Sommes-nous en train de « fumer » la Terre? » Blaster QuitOn 

La Terre est une ronde bombe. Intra-bombes et extra-bombes.  Vu la capacité de tuer à coups de de largages de bombes, les moustique, eux-mêmes, ne résisteront plus. Qui donc veut  raser la Terre?

Le vinaigre ou vin-aigre 

Les bulletins télévisés, ce sont les fast-foods  de notre intellect: plus on en mange, plus notre peur grossit. Et plus nous sommes emmêlés dans notre jargon de disséquer  les aberrations quotidiennes. Le poison n’est plus seulement dans notre assiette, il est dans nos esprits controuvés, « délicatement » transformés en éponges. Et comme à Jésus, quand il eu soif, on lui a servi du vinaigre.

Les industries et le culte de l’argent sont en couleur, mais la politique est en noir et blanc. Ça fait de belles photos, c’est bien rigolo, mais rien n’avance. La politique est en fauteuil roulant pendant que le développement des énormes corporations mondialistes roulent en formule 1 sur une piste ronde, déchirant les champs d’OGN, de tubulures transporteuses d’or noir, etc. Qui plus est, Nestlé puise l’eau partout et le vend en bouteilles. Ce qui nécessite, pour le transport, autant de pétrole que d’eau.

Face à ces critiques, Nestlé tente de laver son image. Dans le camp de Kebribeyah, en Ethiopie, 20 000 réfugiés bénéficient gratuitement d’un système d’alimentation en eau potable. Ils attendent simplement qu’il soit réparé. Autre exemple édifiant, à Lahore, au Pakistan. Hier, l’eau y était gratuite. Aujourd’hui, on ne sert plus que Pure Life, la nouvelle gamme de Nestlé. Purifiée et enrichie en minéraux, c’est l’eau en bouteille la plus vendue au monde. Les classes privilégiées du Pakistan ont servi de marché test. Mais, près des bidonvilles, les sources s’épuisent et sont de plus en plus insalubres. Désormais inaccessible pour des dizaines de milliers d’habitants, à Lahore comme ailleurs, l’eau potable n’existe plus qu’en bouteille. Le monde 

INF-EAU KARASHI, PAKISTAN 

La télé, l’internet, et le reste en format papier, c’est comme l’eau. Au Pakistan, l’eau coûte une journée de travail, mais si vous la puisez à les quelques sources qui restent, on y trouve des vers, des saletés, et il faut la faire bouillir. Et les enfants souffrent de problèmes intestinaux. Mais Nestlé vide les nappes souterraines, défendant aux habitants de creuser un puits sous la nappe « appartenant » à Nestlé. 

Karashi

Sher Shah est l’un des principaux marchés d’occasion de matériel obsolète. Ici, les ordinateurs, les téléphones et tous les autres objets électroniques non utilisables sont compactés sous forme de cubes. Ces derniers sont ensuite laissés le long des routes et des rivières, menaçant ainsi l’environnement. Des planches affichées à l’extérieur d’une clinique de rue de Karachi montrent les maladies qu’encourent les recycleurs : brûlures provoquées par le mercure, lésions du système respiratoire causées par le plomb, malformations fœtales dues à l’acide chlorhydrique. Selon les scientifiques, à partir du moment où les ouvriers travaillent dans ces décharges, leur espérance de vie n’excède pas dix ans7.  (Wiki) 

La schizophrénie des mélanges bizarres de savoirs et d’ignorance en boucle 

La schizophrénie est une maladie mentale se développant généralement au début de la vie adulte. Elle est caractérisée par des difficultés à partager une interprétation du réel avec les autres, ce qui entraîne des comportements et des discours bizarres, parfois délirants. (Wiki) 

C’est comme ça. À force d’analyser, de vouloir comprendre mais, surtout, de vouloir corriger les sociétés, nous voilà dans un monde en format GIF qui ne permet qu’avoir accès à une partie du film qui se déroule devant nous et EN nous. Tout va si vite et tout est si complexe,  que même sur la toile nous sommes devenus les schizophrènes les plus savants et les plus en santé jamais apparus sur la planète.  Nous avons l’illusion de pouvoir cerner une réalité. En fait, nous ne tournons qu’en rond.

La vie est un film, mais la politique et les organisations sociales sont en format GIF.

INF-EAU, VERSION OCCIDENTALE 

Si nous sommes ce que nous buvons et mangeons, dans ce mitraillage dit d’informations, nous avalons et tentons de refaire le puzzle des mouvements de société – Venezuela, France, USA, Canada- peu importe, car le format d’info est fait de la même manière. On a mondialisé l’information dans un format étriqué pouvant convenir à la plupart des spectateurs.  Pour ce qui est de l’International, la plupart des chaînes n’offrent que quelques minutes. Mais la machine à fabriquer des « coups d’État », elle, fonctionne 24 heures sur 24, avec des moyens payés par les travailleurs de tous les pays.

Information, surinformation, sous-information, information trafiquée, tronquée, c’est la nourriture « intellectuelle » que nous mangeons. Même découpée en morceaux, plus facile à avaler, la rapidité des mouvements des marchands de bonheurs qui concentrent tout en un mot- économie- est une menace voilée de vous enlever vos petits avoirs: terres, emplois, vies, etc. Tout est désormais plongé et centrifugé vers la peur et l’ignorance.

C’est l’eau des occidentaux, bien tranquilles, allant voter, sûr de changer l’Histoire, mais complètement dépassés par les remous frelatés par cette accélération soudaine de la différence entre ce que nous pouvons percevoir, contrôler.

Nous buvons aux puits de ce qui nous est offert. Mais cette effervescence, perçue comme la vitesse du progrès, est sans doute la plus architecturale construction néfaste et empoisonnante,  non pas seulement de l’ignorance, mais surtout de la capacité d’agir sur le développement de nos vies, de nos sociétés, et pire encore, d’une planète entière.

L’obsession du progrès – ce  à quoi nous croyons -, est un énorme subterfuge de celle de la science bouturée à la vie simple. En fait de toutes les activités humaines sous couvert de « science ». Une appellation « contrôlée »…

Nous avons vendu nos âmes à des  machinistes magiciens, des mécanos numérisés.

Mais le plus grand problème reste le suivant: comment le prisonnier peut-il sortir de la prison à laquelle il s’est inscrit et à laquelle il croit?

Le prisonnier peut-il changer la prison?

 Gaëtan Pelletier 

15 mars 2014

Les émotions peuvent-elles affecter notre système immunitaire?

Les pensées et les émotions.

Bien des gens s’imaginent que, quelle que soit la qualité de leur alimentation, mais aussi de leurs pensées et de leurs sentiments, ils parviendront, avec un peu de chance, à préserver leur santé.

La santé physique est bien sûr en étroite relation avec la qualité de nos aliments, mais notre mode de vie ainsi que notre manière de penser et les émotions qui en découlent l’affectent tout autant.

Une expérience à été faite aux États-Unis sur un groupe de 200 adolescents qui avaient été choisis pour tester leur système immunitaire, selon le protocole suivant :

• Première étape : Sélectionner un groupe de jeunes ayant un système immunitaire correct, évalué entres autres selon la vivacité des globules blancs, et possédant un nombre suffisant de toutes les catégories de cellules immunitaires. Une analyse d’échantillon sanguin a donc été effectuée sur chaque individu.

• Deuxième étape : Visionner un film sur Mère Teresa en train d’aider et de soigner des miséreux en Inde, ainsi que des lépreux. Avant la projection du film, les enfants qui faisaient partie de l’expérience étaient relativement peu intéressés par ce sujet.

• Troisième étape : Après que le film eut été visionné, une nouvelle analyse sanguine a été effectuée. Les chercheurs ont observé un renforcement très net du système immunitaire de tous les participants, sans exception.

• Quatrième étape : Visionner un autre film de nature complètement différente et comportant de nombreuses scènes de violence.

• Cinquième étape : Nouvelle analyse sanguine : le système immunitaire de l’ensemble des participants accusait alors une forte immunodépression (amoindrissement des capacités immunitaires). Il était devenu encore nettement moins fort que lors du premier test, effectué avant la projection du premier film.

Cette expérience laisse à penser que la qualité des émotions que nous suggèrent les films mais aussi les jeux vidéo, les livres, revues, journaux télévisés, etc. peut affecter nos défenses immunitaires, de manière aussi certaine qu’une alimentation dénaturée et déséquilibrée.

NOTA : la paroi du tube digestif abrite environ 70 % des cellules immunitaires de l’organisme, ainsi que 100 millions de neurones répartis sur toute sa longueur. Ceci explique entre autres, comment les émotions peuvent altérer les fonctions digestives ainsi que la performance du système immunitaire.

Eric Darche Naturopathe
Spécialisé en Nutrition.
Auteur, Conférencier, Formateur.

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Imparfaits, libres et heureux

Imparfaits, libres et heureux (Christophe André)

 

Les morceaux choisis

Introduction : Comment allez-vous ?
(…) L’autosatisfaction sympathique est bien connue en psychologie sociale : la plupart d’entre nous se sentent toujours « un peu mieux que la moyenne. » (…) Et cela en toute inconscience (…) : on ne les dévalorise pas, on se surévalue, simplement.
(…) Tout va bien, mais seulement lorsque la mer est calme …(…) davantage face aux tâches aisées que face aux tâches difficiles. (…) plutôt tendance à nous estimer un peu au-dessous de la moyenne. Mais alors, que vaut une estime de soi qui s’effrite face aux difficultés ?
(…) Lien important entre les problèmes d’estime de soi et la plupart des troubles psychiques (manifestations dépressives et anxieuses, recours à l’alcool, prise de drogue à l’adolescence, troubles des conduites alimentaires).
(…) Si l’on en croit les philosophes, les sociologues et autres politologues, nous étouffons peu à peu sous notre ego. L’individualisme toujours croisant de l’individu moderne nous conduirait à toujours plus de paresse, d’incivisme, de laxisme, de complaisance envers nous-mêmes. (…) Si vous pensez trop à vous, c’est que vous y pensez mal.
(…) Trois fléaux de nos sociétés et de nos psychismes : la performance, l’abondance et l’apparence.

Première partie : L’estime de soi, c’est tout ça

Chapitre 1 : Une liste de 33 indicateurs

Chapitre 2 : L’essentiel sur l’estime de soi
(…) Ce que je pense de moi, comment je me sens avec ces pensées, ce que je fais de ma vie avec tout ça … : mélange des regards et des jugements que je porte sur moi (…) et sous le regard des autres.
(…) D’abord, l’estime de soi est indissociable de la conscience de soi : du recul, s’observer, s’améliorer // se détester, se mépriser, se critiquer
(…) Ensuite, animal social, existence en groupe, nous sommes naturellement dotés d’un « sens de l’autre » : supposer ce que pense autrui est une chance // si cette fonction de détection devient fonction d’imagination, supposer plus qu’observer
(…) Douter de soi a pour fonction de nous inciter à modifier notre façon d’être. (…) Savourer lorsque tout va bien, s’activer en cas inverse. 
(…) Les carburants de l’estime de soi : les signes de reconnaissance sociale (affection, sympathie, amour, admiration, estime reçues) et les signes de performance (réussites, actions couronnées de succès).
(…) L’estime de soi est surtout sensible aux échecs et aux rejets.
(…) La construction de soi est devenue indispensable dans des périodes comme la nôtre, fondées sur l’autonomie et la performance individuelle. (…) Contrairement à jadis, aujourd’hui, nous choisissons notre conjoint, notre famille, notre destinée, notre place dans la société. (…) Il est vain de regretter les anciennes sociétés, où l’individu était soumis au groupe de manière écrasante : l’estime de soi y dépendait de la conformité aux normes. Il s’agissait, en gros, de rester à sa place. (…) Mieux vaut avoir la possibilité de travailler à « l’invention de soi ».
(…) L’estime de soi est l’outil de notre liberté et de notre autonomie psychologique. Elle est un avatar moderne du concept de dignité des philosophes. (…) C’est ce qui nous permet de résister aux pressions et aux manipulations. Sans elle, nous ne serons que le produit limité et prévisible de deux grandes familles d’influences. Influences de notre passé et influences de notre société

Chapitre 3 : Qu’est-ce qu’une bonne estime de soi ?
(…) Hauteur : 
discours sur soi : parler positivement de soi, accepter les compliments sans gêne
action : entreprendre, persévérer, renoncer sans se sentir humilié ni chercher d’excuses
attentes & ambitions : ajuster ses prétentions à sa valeur 
(…) Stabilité : 
réactivité aux événements de vie : amortisseur face aux réussites et aux échecs, aux approbations ou aux critiques
constance du comportement et du discours quel que soit le public ou les interlocuteurs
(…) Harmonie : polyculture est préférable, plus les domaines sont nombreux, plus ils permettront des réparations croisées : apparence physique et conformité, acceptabilité et popularité, succès et statut, force et habileté physique
multiplicité des intérêts de la personne
capacité de réparer dans un domaine si on est en échec dans un autre
ne pas sombrer dans l’amertume
(…) Autonomie : par rapport aux pressions sociales, capacité de supporter le rejet ou le désaveu, les « traversées du désert » : selon dépendance à des facteurs externes ou à des objectifs internes d’atteinte de valeurs, de pratique de vertus
(…) Coût en énergies psychologique : dans les stratégies de maintien, de développement, de protection : peu de stress, de justifications, de crispations, plutôt se nourrir tranquillement des critiques.
(…) Place de l’estime de soi dans sa vie : amour-propre, narcissisme, agir gratuitement
(…) Les bénéfices d’une bonne estime de soi : motivation interne, résistance aux influences sociales, protection de son identité et autoréparation
(…) Intelligence de soi : statique (connaître et comprendre) et dynamique (s’adapter et découvrir des solutions)

Chapitre 4 : Les boiteries de l’estime de soi
(…) légitimes et utiles, en fonction de ses nourritures quotidiennes en reconnaissance sociale et en sentiment d’efficacité personnelle
(…) performance sans reconnaissance : sentiment de vide
(…) reconnaissance sans performance : frustration
(…) ce qu’il faut faire : avoir une vision globale, se juger de façon réaliste, apprendre en observant autrui, en ne se focalisant pas sur le regard et le jugement des autres
(…) les symptômes de souffrance : l’obsession de soi, la tension intérieure, le sentiment de solitude, le sentiment d’imposture, les comportements inadéquats par rapport à nos intérêts, tendance à l’auto-aggravation lorsqu’on va mal, procéder à des choix de vie contraires à nos envies, difficulté à demander de l’aide, dépendance excessive envers les normes, faire semblant, tentation du négativisme, problèmes avec la remise en question, caractère excessif des émotions négatives

Chapitre 5 : les estimes de soi vulnérables : les basses et les fausses : 
(…) sentiment de vulnérabilité, de fragilité : l’estime de soi devient obsédante, l’attitude offensive ou bien défensive
(…) se sous-positionner : l’art de la dérobade : comparaisons sociales douloureuses, actions qu’à coup sûr, relations que dans l’acceptation, éviter les conflits
(…) se surpositionner : mensonges et crispations : arrogance, dominance, obsession de reconnaissance et de performance, narcissisme (autrui que comme faire-valoir, adversaire ou obstacle)
(…) Les attitudes surdéfensives de l’estime de soi bloquent tous les apprentissages, les évolutions, les constructions de soi. Tous les efforts sont consacrés à l’autodéfense plus qu’à la croissance; On sacrifie son développement à sa sécurité.

Chapitre 6 : le développement durable de l’estime de soi
(…) La démarche de changement comporte de bien comprendre ce qui ne dépend plus de nous (comme notre passé, ses souffrances et ses carences), et ce qui dépend de nous (le rapport à ce passé, et la conduite de notre quotidien).
(…) Il faut agir pour changer, et plus précisément procéder à d’incessants allers-retours entre action et réflexion. On ne change que dans l’action intelligente.
(…) Changer, cela s’apprend. (…) ressemble à un apprentissage musical (…) pratique régulière (…) discernement et flexibilité
(…) le but, être moi, en mieux
(…) développer son estime de soi, ce n’est pas seulement s’occuper de soi, c’est aussi progresser dans son rapport aux autres. (…) Le devenir de l’estime de soi, c’est de se faire oublier, comme une respiration à laquelle on ne prête plus attention, mais qui est toujours là. (…) S’estimer comme on respire.
(…) Créer une ambiance psychologique propice au changement sur la durée : régularité et continuité (…) Il y a une nécessité absolue, et sur la durée, d’un climat de tolérance à ses difficultés. (…) Il faut apprendre le respect de soi. Cela aussi s’apprend et porte un nom : l’acceptation.

Chapitre 7 : l’estime de soi commence par l’acceptation de soi
(…) s’accepter pour s’estimer (…) être capable de tolérer et d’accepter ses imperfections (…) construit et intégré une bonne image globale (…) nous ne prenons jamais de risques face à ceux qui nous apprécient. Mais aucun risque, ni aucun triomphe, ne sera suffisant face à ceux qui ne nous apprécient pas.
(…) s’accepter pour changer (…) regarder le problème en face
(…) accepter, c’est lâcher prise (…) le concept d’acceptation est difficile à comprendre et à admettre pour les Occidentaux habitués à nous battre contre la réalité et à avoir le réflexe immédiat de la changer si elle nous heurte. Ou encore à être amers et tristes si nous ne pouvons la changer. Nous nous méfions de tout ce qui ressemble à nos yeux à de la passivité. Pourtant, l’acceptation ne renvoie en rien à une soumission, à une démission, à un renoncement à l’action. 
(…) la non-acceptation consiste à vous dire : »Il a tort. » (…) Le fait que vous ne soyez pas d’accord et que (peut-être) vous ayez raison n’empêche pas cette réalité d’exister : il ne pense pas comme vous, comme vous le voudriez. (…) Et au lieu de lui dénier le droit à penser ainsi, commencez à vous poser des questions plus intéressantes : pourquoi pense-t-il cela ? comment lui faire mieux écouter ma position ? (…) Accepter, c’est ici tenter de comprendre. Ce qui ne veut pas dire, en matière de débat d’idées, donner raison à l’autre.
(…) L’acceptation ne consiste pas forcément à tolérer ou à approuver (…) La question est : dans quel état d’esprit combattre ? Quelle attitude sera la plus efficace ? (…) On changera mieux le monde en acceptant auparavant qu’il soit ce qu’il est (…) accepter qu’il existe des assassins et des voleurs permet de rendre la justice et non d’appliquer la loi du talion. (…) Ou de réaction brutale : accepter par exemple que les enfants soient des enfants évite la tentation de la colère ou de la violence.
(…) Le but de l’acceptation n’est pas de se substituer à l’action mais d’éviter la gesticulation.
(…) l’on change plus facilement dans une ambiance de calme émotionnel et de respect de soi

Chapitre 8 : le coffre de mon scooter
(…) être aimable avec soi-même

Deuxième partie : Prendre soin de soi

Chapitre 9 : Pratique de l’acceptation de soi
(…) le plus important, ce n’est pas de chercher à rectifier ce que l’on me dit, mais de l’accepter pour ne pas me sentir remis en question par ça
(…) le travail d’acceptation de soi doit se situer aux instants de ruminations, de pensées gênantes
(…) les situations à risque sont celles où l’on se trouve confronté à ses limites (…) pourquoi ne nous donnons-nous pas le droit de dire tout simplement : « je ne sais pas », « je n’y connais rien », « désolé, je n’y arrive pas », « je n’ai rien compris » (…) On ne s’accepte pas parce que l’on est persuadé qu’il y a un danger à le faire
(…) Pistes à travailler régulièrement : 
– rester conscient que nous nous disons non
– dire oui c’est comme ça même si ça m’ennuie
– demeurer dans la situation présente, ne pas ruminer, se dire « prends soin de toi »
– travailler à accepter l’idée du pire, ce qui n’est ni le souhaiter ni s’y résigner, de quoi ai-je peur ?
– accepter aussi le passé, nécessaire de pouvoir se repasser le film sans trembler, pleurer, être parcouru de colère, pardonner
(…) Craintes sous-jacentes signes de mauvaise estime de soi : devenir complaisant envers soi-même, mou et résigné, devenir terne, sans saveur, sans couleurs

Chapitre 10 : Ne plus se juger
(…) Le fantôme du regard des autres nous pousse à nous juger, et nous met la pression. 
(…) Au lieu de nous analyser et de nous comprendre.
(…) Attention à l’autocritique constante et féroce, caricature du recul et de l’exigence, sans la bienveillance et la flexibilité
(…) Discours parental intériorisé reproduit par les enseignants, les hiérarchiques … enseignant toujours l’insatisfaction de soi. (…) Discours dissuasif et limitant, qui nous pousse à craindre, à redouter, à trembler, à ne jamais nous satisfaire. (…) discours critique constant tire vers plus de stress, plus d’inhibitions, plus d’insatisfactions et plus de tensions. Et vers moins d’estime de soi.
(…) Pratiquer l’autocritique utile : acceptation inconditionnelle globale et capacité d’autocritique sur des points précis et de façon constructive (la prochaine fois, essaie de faire comme ça)

Chapitre 11 : Se parler
(…) Parler à soi-même, réfléchir sur soi, méditer, écrire
(…) OMDM : tous les soirs : Oui pour acceptation, Maintenant pour m’apaiser, Demain pour ce que je souhaite faire de la situation, Merci pour un moment, geste, parole agréable
(…) La méthode Coué repose sur la conviction suivante que « toute pensée occupant uniquement notre esprit devient vraie pour nous et a tendance à se transformer en acte. » Les pensées positives favorisent les bonnes ambiances mentales et les contenus de pensée négatifs sont toxiques.
(…) Inutile de célébrer, il suffit de reconnaître ce que l’on fait de bien. Il vaut mieux un « Tu as bien joué » que « Tu es le meilleur, tu as gagné ».

Chapitre 12 : Non-violence avec soi-même : cesse de te faire du mal !
(…) Doutes et insatisfactions chroniques sont des injustices, donc des violences
(…) Autodévalorisation intime, échouer et renchérir
(…) Conduites d’échec, ne pas se préparer à un examen, se saborder
(…) Autoagressivité, détestation de soi (…) fréquente chez les carencés en affection (…) ou victime de ses idéaux
(…) Que cherche-t-on : se punir ou se changer ? (…) La punition n’apprend qu’une chose : à éviter la punition (…) La punition sert – éventuellement – au maintien de l’ordre, non à créer une ambiance psychologique de motivation au changement personnel. (…) La violence, même tournée vers soi-même, n’est qu’un détestable usage abusif de la force.
(…) Logique de la double peine : à celle de l’échec s’ajoute celle de la punition. Mais souffrir ne fait pas progresser.
(…) Le contraire de la violence, ce n’est pas la faiblesse, mais la douceur.

Chapitre 13 : Lutter contre ses complexes
(…) Un complexe, c’est un doute qui se transforme en douleur. (…) va perturber notre bien-être moral et notre comportement social.
(…) Ils témoignent de la certitude, obscure et douloureuse, d’une « insuffisance de soi ».
(…) Ce qu’il faut éviter : 
. Obéir au complexe
. Ne s’exposer qu’une fois le complexe « compensé » et sous contrôle
. Sacrifier sa liberté ou sa dignité pour se faire accepter (les souffre-douleur)
(…) Ce qui marche : 
. Comprendre d’où viennent nos complexes
. Observer les autres
. Parler avec les autres
. Ecouter plus attentivement l’avis des autres
. Lutter contre la « paranoïa du complexe »
. Faire l’expérience de se confronter
. Elargir le regard sur soi

Chapitre 14 : Protéger l’estime de soi des influences toxiques de la publicité et des pressions sociales
(…) normes sociales pas tout à fait absurdes (…) avantages concrets
(…) accélération technologique (…) omniprésence d’images
(…) dans les sociétés traditionnelles, fortes inégalités liées au rang de naissance, peu de mobilité sociale. Occuper sa place, être conforme. Noblesse du travail modeste bien fait. Tenir sa place sur l’échiquier social. Pour les nés pauvres et opprimés, le christianisme rappelait que les gagnants du jeu social perdaient leur place dans l’au-delà, que les derniers seraient les premiers.
(…) avec les grandes révolutions politiques et intellectuelles nées du XVIIé, les sociétés traditionnelles reculent au profit de sociétés plus mobiles, où il est possible de changer de place : des pauvres arrivent à faire fortune, des nobles tombent dans la misère.
(…) Il y a aussi un revers à la médaille : si l’on échoue dans cette compétition sociale, ce n’est plus un problème de destin, mais un problème de manque de valeur personnelle. (…) Ces nouvelles règles du jeu social, prétendument méritocratiques, restaient toujours intéressantes pour les classes dominantes (héritage de la fortune et de la bonne éducation). Mais les pauvres se trouvaient maintenant en situation d’être accusés de leur pauvreté.
(…) En réalité, toute société sécrète ses propres normes et ses propres pressions
(…) Mensonges de la pub : pressions du marché et de la pub allant exactement dans le sens opposé : soyez minces, mais mangez beaucoup
(…) Sur la durée, le combat consistera à internaliser les sources de l’estime de soi : progresser dans sa pratique de la musique, d’un sport, d’un art. Moins s’énerver, ou moins fort, ou moins souvent. Davantage écouter les autres.

Chapitre 15 : S’écouter, se respecter et s’affirmer
(…) S’affirmer, c’est pouvoir exprimer ses besoins, pensées, émotions : c’est-à-dire ne pas devoir s’inhiber. Tout en tenant compte de l’autre : c’est-à-dire sans avoir à le faire de manière agressive.
(…) Education adaptée qui nous encourage à nous exprimer librement, sans nous punir de nous être exprimés.
(…) Les manifestations du déficit assertif sont multiples : comportementales, émotionnelles, psychologiques
(…) L’affirmation de soi : une façon d’être au monde : 
. S’écouter au lieu de se mentir
. Se respecter, respecter ses attentes, le droit de dire non, de décevoir, de s’occuper de soi, …
. S’affirmer pour faire sa place, mais non contre les autres. Objectifs matériels, émotionnels, relationnels
. La pratique conduit à un véritable changement

Chapitre 16 : Vivre imparfait : le courage d’être faible
(…) sentiment d’imposture : simplement la complication des stratégies défensives inadaptées de l’estime de soi
(…) Ne pas toujours révéler ses faiblesses, mais toujours s’en sentir capable.
(…) Plus quelqu’un a une bonne estime de soi, plus il est libéré du besoin de performance.

Chapitre 17 : S’occuper de son moral
(…) Corrélation nette entre notre humeur et notre estime de soi. 
(…) Une bonne estime de soi semble aussi de nature à faciliter l’intelligence émotionnelle : la capacité à percevoir, décoder et réguler l’ensemble de ses émotions et de celles des autres.
(…) Les personnes ayant des problèmes d’estime de soi ne savent pas se remonter le moral. Si elles se sentent mal aimées, elles vont avoir tendance à se replier, si elles se sentent en échec, s’autoaccuser et s’autodévaloriser
(…) Les états d’âme négatifs ne provoquent pas seulement de l’inconfort. Ils semblent diminuer les capacités à agir, créer, résoudre des problèmes, etc …
(…) Les progrès de la neuro-imagerie (voir les zones du cerveau en action) : tous les phénomènes psychiques, pensées ou émotions, sont reliés à des manifestations psychobiologiques, perturbations cérébrales.
(…) Cette tendance à la personnalisation des informations, surtout négatives (« C’est ma faute », « C’est toujours sur moi que cela tombe »), caractérise la maladie dépressive.
(…) Travailler l’estime de soi
. L’observation régulière de ses mouvements émotionnels : évaluer régulièrement son humeur et établir le lien avec les pensées et événements
. Le travail sur ses contenus de pensée (ne pas confondre avec la réalité)
. La pratique régulière d’exercices de méditation
. L’effort délibéré pour susciter ou accueillir en soi toutes les occasions d’émotions positives, légitimes et sincères

Chapitre 18 : Etre son meilleur ami
(…) Ne pas confondre estime et admiration (rend l’estime dépendante)
(…) Modifier le discours que l’on se tient comme si l’on devait le tenir à son meilleur ami

Chapitre 19 : « Assise entre deux stars »
(…) As-tu passé une bonne soirée ? – Oui !
(…) Lui, a-t-il passé une bonne soirée ? – Probablement, puisqu’il te le dit et te le montre ! Et s’il le dit sans le penser, alors là, cela devient son problème. Mais ce n’est plus vraiment le mien !

Troisième partie : Vivre avec les autres

Chapitre 20 : La douleur insoutenable du rejet social
(…) Contexte d’événements subtils, insignifiants ou inaperçus aux yeux des autres, finit par entraîner une hypersensibilité au rejet, dont les effets sont délétères.
(…) Il est infiniment plus douloureux – et révoltant – d’être rejeté pour ce qu’on est que pour ce qu’on a fait.
(…) Les perturbations liées au rejet : 
. Se comporter envers autrui de manière agressive, désagréable par anticipation
. S’isoler, repli sur soi
. Abîmer les liens existants avec les personnes proches, mécontentement et ressentiment
. Se faire du mal (alcool, boulimie)
. Gripper l’intelligence
. Perte de son autocontrôle (attendre un peu pour une plus forte récompense)
. Envie de faire des efforts annihilée
(…) Les borderline : peu aptes à établir des liens satisfaisants et à vivre sans ces liens
(…) Faire face au rejet : 
. Se trouver motivé par des tâches simples
. Rechercher le lien social
. Cultiver un réseau social diversifié, apprécier des qualités sans attendre autre chose

Chapitre 21 : La lutte contre la peur du rejet (et ses excès)
(…) La peur du rejet et ses dérapages : le besoin de lien, d’appartenance et d’acceptation est l’un des plus fondamentaux chez l’être humain. (…) En revanche, il est capital de prêter aussi attention non plus seulement au rejet, mais à notre système de détection du rejet. (…) Se sentir rejeté ne signifie pas qu’on le soit vraiment, c’est l’hypersensibilité, un système d’alerte détraqué. (…) En psychologie d’estime de soi, il y a souvent de la fumée sans feu.
(…) Le raisonnement émotionnel et ses risques : comme on se sent mal à l’aise, on est persuadé qu’on est mal à l’aise. Et que tout le monde nous voit mal à l’aise. (…) Il faut prêter grande attention à cette tendance à la lecture de pensée et à l’auto-intoxication. (…) tendance à interpréter tous les détails sur le mode de la suspicion : souffrent d’une sorte de « paranoïa relationnelle ».
(…) Faire face à la peur du rejet : « Ne te fais pas si petit, tu n’es pas si grand! ». Stratégies face à la peur du rejet : 
. Bien connaître les situations starter de notre anxiété d’évaluation (observation, compétition, performance, …)
. Se rappeler que les autres pensent aussi majoritairement à eux-mêmes !
. Accepter éventuellement d’être jugé. Oui il existe des personnes jugeant sur les marqueurs sociaux. Et il existe des personnes plus acceptantes et intéressantes.
. Adopter des comportements sociaux proactifs, c’est-à-dire aller vers les gens. Aller tout de suite se présenter et parler aux personnes que je ne connais pas. Le poids des regrets est parfois plus lourd à porter que celui d’un rejet.

Chapitre 22 : La peur de l’indifférence et le désir de reconnaissance : exister dans le regard des autres
(…) Le désir de reconnaissance : besoin différent du besoin d’approbation ou d’amour, et qui le précède. C’est le fait d’être regardé par les autres comme un être humain à part entière. (…) Il est normal de se sentir rassuré par le fait que l’on nous connaisse. (…) absolue nécessité pour l’être humain de disposer d’un capital social autour de lui
(…) étude sur le stress des chauffeurs de bus parisiens de la RATP : (…) le fait que les voyageurs montent sans les saluer, sans même les regarder (« Comme si nous étions des robots ».), leur était douloureux, les rabaissait, les humiliait, les néantisait (« Lorsqu’on me traite ainsi, j’ai l’impression de n’être qu’une pièce de mon autobus, interchangeable, anonyme. Pas grand-chose …)
(…) Se sentir reconnu confère tout simplement un sentiment d’existence tout court. La reconnaissance n’a pas forcément à être positive, d’ailleurs. (…) La détestation est un lien et une validation, contrairement à l’indifférence.
(…) Reconnaissance de conformité : être comme les autres : recherche plus fortement présente chez l’enfant et la personne âgée. Garantie d’acceptation sociale. Reconnaissance associée à un sentiment de relative fragilité.
(…) Reconnaissance de distinction : se différencier des autres : plus fréquente chez les adolescents et les sujets jeunes : sert à affirmer et à construire leur identité. D’où l’importance chez eux du look, présenté comme un choix de vie global.
(…) On peut s’amuser de ce que la reconnaissance par distinction ne soit finalement rien d’autre qu’une reconnaissance par conformité, qui fonctionne seulement au sein d’un petit groupe auquel on a choisi (ou on essaie) d’appartenir. Mais au fond il s’agit toujours d’un besoin de reconnaissance par un groupe, c’est à dire d’un besoin d’affiliation. 
(…) La vraie reconnaissance par distinction existe-t-elle vraiment ?
(…) Se conformer aux codes d’une majorité est plus souvent le choix des basses estimes de soi. S’en distinguer ou se conformer à ceux d’une minorité, celui des hautes fragiles. Et s’en ficher plus ou moins, celui des bonnes estimes de soi.
(…) Les risques et les erreurs de la recherche de reconnaissance : 
. pour les basses : hyperconformité, au risque de l’aliénation
. pour les hautes fragiles : compensant leurs doutes par la recherche de valorisation : rupture avec la masse, risque de provocations gratuites et inutiles
. pour tous : erreur de ne pas se sentir reconnu alors qu’on l’est, en réalité / erreur de ne pas accorder d’importance aux signes de reconnaissance que l’on reçoit, de ne pas se sentir valorisé par le groupe et les personnes qui nous reconnaissent / erreur de confondre le désir de reconnaissance avec le désir d’amour, et d’attendre du premier qu’il satisfasse le second
(…) Solitude et sentiment de solitude : comme si on évitait de s’occuper de soi. La solitude perçue : le fait de se sentir seul est une source de perturbations, avec notamment un impact sur la fonction cardiaque et la tension artérielle. La quantité de contacts sociaux chez les personnes souffrant de sentiment de solitude est souvent à peu près la même que chez celles qui ne s’en plaignent pas : question d’attitude sociale et d’attitude mentale (se vivre comme différent et incompris ferme la porte aux échanges ou à leurs capacités nourrissantes).
(…) La seule solitude qui vaille, c’est celle que l’on choisit, non celle que l’on subit.

Chapitre 23 : La quête d’amour, d’affection, d’amitié, de sympathie : la recherche de l’estime des autres
(…) Les formes de la reconnaissance positive, « chaude » : sympathie, amitié, affection, amour même : nourritures affectives indispensables à l’humain.
(…) Notre mémoire émotionnelle se montre très exigeante sur les preuves d’amour. En revanche, ce sont les cultures qui modèlent les objets valorisés d’amour.
(…) Jusqu’où aller dans le besoin d’être aimé ? : 
. les « trop gentils » : « plus je doute de l’estime que l’on me porte, plus le cadeau est gros ».
. l’abandonnisme : les personnes réagissent de manière très violente (intérieurement par la souffrance, ou extérieurement par les reproches ou les larmes) à tout ce qui leur paraîtra une forme de recul ou de prise de distance.
. hyperappétence affective : les personnes vont « chauffer » la relation, la faire passer sur un mode affectif
(…) Besoin illimité de reconnaissance et d’affection, on ne revendique pas l’exclusivité (pas assez d’estime de soi pour cela), on attend que les autres fassent d’eux-mêmes « comme si » il n’y avait que nous.
(…) Comment la quête d’affection s’active ou non en cas de rejet social : 
. pour les basses et les fragiles : les personnes, après un échec, auront globalement tendance à se montrer plus agréables, plus aimables, plus gentilles. Mauvaise chose si c’est une stratégie de survie et de prévention.
. pour les hautes : se montreront plutôt moins agréables avec les autres si elles ont été remises en question : moins dépendantes du besoin d’approbation sociale comme réparation et consolation
(…) Amour et estime de soi : pour les basses : tendance à globalement sous-estimer le regard positif porté sur eux par leurs partenaires sentimentaux, à ne pas « assez » se servir de leur couple pour se remettre de leurs sentiments d’inadéquation et d’incompétence. 
(…) On observe aussi en amour le désir de fusion des personnalités dépendantes. Avec hélas à la clé un risque d’aliénation dans le couple.
(…) Un médicamant pour l’estime de soi … : une des vertus de l’amour sur les blessures de l’estime de soi, c’est qu’il nous entraîne, lorsqu’il est réciproque, à nous décentrer : nous ne pensons plus à nous mais à l’autre.

Chapitre 24 : La présentation de soi : quel visage offrir ?
(…) Jusqu’où peut-on et doit-on faire des efforts pour être bien perçu ? : à partir de quand des efforts légitimes deviennent-ils des contraintes ou des dissimulations ? Il existe des règles explicites et implicites qui président aux interactions sociales. Elles évoluent selon les époques, les milieux, les âges de la vie, mais elles existent. 
(…) Les chercheurs en sciences sociales parlent de compétences sociales pour désigner l’ensemble de ces savoir-faire invisibles mais utiles en matière d’acceptabilité et de présence sociales. Leur apprentissage est une stratégie largement utilisée, et avec succès, en psychothérapie et en développement personnel. 
(…) Ces compétences consistent à prendre sa place, mais pas toute la place : 
. versant expressif : l’affirmation de soi : ne pas attendre que l’on nous laisse de la place (basses), ne pas toujours vouloir prendre toute la place (hautes)
. versant réceptif : l’écoute active : écoute, reformulation, questionnement : se décentrer, accepter, approuver et valider ou non, comprendre et connaître
(…) Les bénéfices de la sincérité sont relationnels, mais aussi internes. Coût épuisant du « faire semblant » en effets adverses intellectuels et émotionnels.
(…) Les études montrent que nous ne serions pas modestes spontanément, mais par choix stratégique (rappel à l’ordre des autres).

Chapitre 25 : La peur du ridicule et le combat contre la honte et les blessures d’amour-propre
(…) Les blessures de l’amour-propre sont souvent liées à l’hypersensibilité de la personne qu’à la gravité ou à la réalité des « attaques »
(…) Les émotions de l’estime de soi qui souffre : « les émotions de la conscience de soi » : les états internes sont la conséquence de nos valeurs et de nos croyances, issues de nos vies et de nos cultures.
(…) L’embarras ou la gêne peuvent être liés à une évaluation positive ou négative sur soi, à une erreur ou à une inadéquation de notre comportement.
(…) Le ridicule est associé à la conviction d’avoir abîmé son image sociale, ou suscité des regards moqueurs ou ironiques.
(…) La culpabilité est un sentiment d’inconfort douloureux lié à la conviction intime d’avoir commis une faute « morale ». Elle peut n’être que verbale (on se fait des reproches).
(…) La honte est un sentiment plus ravageur encore, car elle est liée à la personne, et non seulement au comportement. On se culpabilise de ce que l’on a fait, mais on a honte de ce que l’on est : le dommage est plus grave : c’est soi-même que l’on rejette tout entier. (…) Autre caractéristique de la honte : elle est activée par la notion de jugement public sur nos actes. C’est une émotion très visuelle (on se représente inlassablement la scène en imagination) (…) Enfin, la honte ne nécessite pas de « faute morale » pour survenir. Un simple sentiment d’avoir failli, de ne pas avoir été à la hauteur peut suffire. Elle dépend de nos convictions personnelles sur ce qu’est « être à la hauteur » ou « ne pas décevoir ».
(…) Se sentir offensé peut ainsi pousser à vouloir se venger. C’est hélas ce qui se passe dans les cultures dites « de l’honneur », et qui sont en fait des cultures de la honte, violentes et archaïques.
(…) Fonction « sociale » de la honte : comme toutes les émotions, la honte a une fonction : ne pas oublier que pour avoir sa place dans un groupe humain, il y a des règles et des standards à respecter. Comme la peur rend plus prudent, la honte me fait anticiper les rejets.
(…) Les sociétés traditionnelles s’en accommodaient (pilori d’exposition des criminels au Moyen Age, bonnet d’âne jusqu’aux années 1950) : la honte est un bon moyen de faire tenir les gens tranquilles.
(…) La solitude et l’isolement sont les vitamines de la honte.

Chapitre 26 : Mettre les rapports sociaux sur les bons rails : se méfier de l’irrésistible réflexe des comparaisons et refuser les compétitions inutiles
(…) Ce n’est pas parce que certaines de nos attitudes s’enracinent dans un lointain passé psychobiologique que nous avons à les respecter passivement.
(…) Les comparaisons sociales d’abord pour se consoler puis pour se désoler enfin pour transformer la vie quotidienne en lutte pour la prééminence : 
. L’activation se fait par la simple utilisation des mots de la compétition (gagner, se surpasser, bataille, rivalité, compétition) ou de la coopération (coopérer, travailler ensemble, collaborer, amitié).
. De même, la fréquentation régulière de certaines personnes obsédées par la compétition sociale peut s’avérer toxique.
(…) Néanmoins, la plupart de nos apprentissages se font par l’observation des autres, nous nous construisons par l’imitation, ce qui amène des comparaisons :
. pour les hautes : modèles sociaux de comparaison « positifs » : comment réussir à surmonter telle ou telle difficulté
. pour les basses : modèles sociaux de comparaison « négatifs » : comment il ne faut pas faire
(…) Au bout du compte, nous serons seulement jugés sur qui nous avons imité et sur ce que nous en avons fait.
(…) Après avoir beaucoup observé, beaucoup comparé, on en arrive un jour à ce qui ressemble à une forme de sagesse de l’estime de soi : la capacité de se comparer aussi à soi-même (il y a quelques mois, quelques années, les bons jours, les mauvais, …)

Chapitre 27 : Envie et jalousie : les émotions du doute de soi et leurs remèdes
(…) L’apparition de l’envie ou de la jalousie signe l’un des échecs de l’estime de soi, lorsqu’elle cède à la tentation des comparaisons et de la compétition. Ces deux émotions témoignent du doute de soi.
(…) L’envie renvoie au sentiment désagréable que nous éprouvons face à ce que possède une autre personne, que nous n’avons pas, et que nous aimerions bien avoir.
(…) La jalousie désigne, elle, la crainte de perdre quelque chose que nous avons déjà.
(…) Pourquoi je ressens de l’envie ? : deux conditions : comparaison sociale défavorable puis sentiment d’impuissance à obtenir ce que l’autre possède (sinon motivation à obtenir la même chose). Issue des problèmes d’estime de soi, l’envie créé hélas ensuite un véritable cercle vicieux (impuissance, ratage personnel, rationalisation d’injustice sociale, amertume).
(…) Le besoin de médire est largement corrélé à l’envie et au sentiment de faible contrôle sur sa vie et son environnement. Le mépris des autres aussi. 
(…) Comment arriver à se réjouir de la réussite des autres, surtout si elle ne nous retire rien ?.
(…) Reconnaître et transformer l’envie agressive (« c’est injuste que ce nul ait cela ») ou dépressive (« je suis minable de ne pas l’avoir ») en envie émulative (« comment m’y prendre pour obtenir, moi aussi, ce qui déclenche mon envie ? »). Car la fonction originelle, naturelle et bénéfique de l’envie est la stimulation à agir.
(…) Les jaloux : ont une conception erronée d’aimer, qui serait posséder. Cette souffrance provoque de l’anxiété par la baisse d’estime de soi et par l’anticipation de la perte de liens privilégiés. Jamais les jaloux ne savourent leur bonheur : ils ne font que le surveiller. Ils ont peur que leurs qualités ne suffisent pas à retenir leur partenaire. D’où leurs efforts pour scruter, intimider, emprisonner : au lieu de donner envie à l’autre de rester, ils cherchent par tous les moyens à l’empêcher de partir. L’autre étant ligoté, il est impossible de savoir s’il est vraiment attaché à nous. La jalousie aggrave donc le problème. C’est un échec complet du lien de réciprocité.
(…) Travailler sur la jalousie : nécessite de travailler sur toutes les bases de la psychologie de l’attachement depuis l’enfance (vrais traumatismes liés à des séparations ou abandons précoces, tempéraments d’emblée hypersensibles à l’éloignement).

Chapitre 28 : Ne plus se méfier des autres et faire confiance : les bénéfices sont supérieurs aux inconvénients
(…) La confiance : l’attente que notre désir de collaboration ne sera pas déçu et que nos vulnérabilités ne seront pas exploitées par autrui. La confiance est une intuition, parfois une décision et une espérance. Une forme d’optimisme, centré sur les relations sociales : comme l’optimisme, elle n’est pas un aveuglement face aux difficultés (en cas de vrais problèmes, optimistes et pessimistes réagissent de la même manière). Alors que l’optimisme ne modifie pas forcément les situations matérielles, la confiance accordée à quelqu’un peut le faire.
(…) Sources de la capacité à faire confiance : 
. le passé : parents fiables, pas de trahisons douloureuses
. le présent : confiance par fragilité personnelle (faiblesse, dépendance), confiance par conviction de sa supériorité et de sa solidité (« donner une chance »)
. l’hormone d’ocytocine (à l’origine du comportement maternel, qui facilite aussi les rapports sexuels)
. la vie émotionnelle : la confiance est facilitée par les émotions positives et entravée par les négatives (pessimisme et dépression, peur et phobie sociale, grincheux, coléreux, ressentiment, les toujours déçus par les autres, pathologie psychiatrique et paranoïa)
(…) La confiance suppose évidemment d’accepter un risque social relatif, celui de la tromperie ou de la duplicité de nos interlocuteurs, pour un bénéfice palpable, qui est celui de la qualité de vie. La solution réside dans notre capacité à faire à autrui une confiance non pas aveugle, mais éveillée, lucide : c’est-à-dire ne pas se mettre en position de dépendre et de souffrir des imperfections des autres.

Chapitre 29 : Ne plus juger : les bénéfices à accepter les autres
(…) Juger ou connaître : nous ne pouvons voir chez les autres que ce que nous avons appris à voir, en général chez nous … le pire des cas étant la projection, mécanisme qui nous fait attribuer à autrui des sentiments ou des intentions qui nous appartiennent. La tendance à juger contient celle de fermeture à l’expérience. On remplit le monde de soi-même au lieu de se laisser emplir, informer, éduquer par lui.
(…) L’effet d’étiquetage est bien connu en psychologie. Nous aurons tendance à mémoriser ce qui confirmera notre étiquetage, et à refouler ce qui ne le confirmera pas. On choisit de préférence les informations qui confirment nos croyances et nos préférences.
(…) Exercices d’empathie : 
. Passer du global au spécifique (les + et les –)
. Passer de la tentation à juger la personne (c’est un vantard) à l’effort de ne décrire que son comportement (il s’est vanté hier soir)
. Passer d’un point de vue permanent (elle est comme ça) à un point de vue relationnel (elle est comme ça dans telle situation)
. Passer du jugemental (elle est pénible) au compréhensif et au fonctionnel (à quoi cela lui sert ?)
. Passer du ressentiment (seul dans son coin ou en médisance) à la discussion (pour lever les malentendus)
. Entrer dans l’univers de quelqu’un (romans, films)
(…) Les objectifs de l’approche empathique : 
. se faire du bien et donc faire du bien, cercle vertueux
. éviter de fausses manœuvres ou des opinions erronées
. apprendre peu à peu à faire pareil avec soi
(…) L’estime de soi est un facteur d’ « activisme psychologique », un outil de « bonification du réel ».
(…) Aller jusqu’au pardon ? : pardonner, c’est renoncer à juger et à punir. Ce n’est pas oublier … C’est décider que l’on ne veut plus dépendre de la haine et du ressentiment envers ceux qui nous ont blessé. C’est décider de se libérer d’eux. C’est une forme supérieure d’acceptation, ou plutôt de réacceptation après une forte blessure. Ce n’est pas renoncer à affronter ceux qui ont commis l’offense, l’injustice ou l’agression, ou à s’affirmer face à eux. Il ne suppose pas forcément une réconciliation. Par contre, il permet d’entrer à nouveau en contact avec l’agresseur-offenseur sans détresse émotionnelle excessive. Il est aussi un moyen d’éviter l’embrasement de violence ambiante universelle enclenché par la loi du talion si elle est appliquée par tous.
(…) La non-violence est un acte de courage. S’attaquer aux idées, et non pas aux personnes. Toujours repenser à la reconstruction après le conflit.

Chapitre 30 : Gentillesse, gratitude, admiration : le lien aux autres renforce le lien à soi
(…) Gentillesse : attention bienveillante à autrui, a priori inconditionnelle. Vouloir du bien à autrui sans qu’il l’ait demandé, sans savoir s’il le mérite, sans savoir qui il est. La gentillesse, c’est un don. Différent de la simple écoute ou de l’empathie, dans la gentillesse, on prend l’initiative. 
(…) A laquelle il faut ajouter la capacité de dire « non », « je ne suis pas d’accord », « je ne suis pas content », …
(…) Générosité : la vertu du don, assurance antimalentendu et antibrouillage de relations, capacité à faire une place à des individus non directement « utiles » comme le voudrait une lecture simpliste des lois de l’évolution et de la sélection naturelle.
(…) Gratitude : reconnaître le bien que l’on doit aux autres. Et plus encore à se réjouir de ce que l’on doit, au lieu de chercher à l’oublier. La gratitude est bénéfique au bien-être psychique et à l’estime de soi, car elle augmente le sentiment d’appartenance à un groupe, une lignée, une collectivité humaine. 
. Penser nos succès en termes de gratitude
. Au-delà des succès matériels, cultiver les sentiments de gratitude pour les gestes de gentillesse reçus
. S’endormir chaque soir sur une pensée de gratitude
. Pratiquer l’étrange plaisir de l’extension de la gratitude
(…) Admiration : sentiment agréable devant ce qui nous dépasse, sans adulation ni fanatisme, sans soumission. Admirer, ce n’est pas renoncer à agir, écrasé par la perfection, mais agir pour s’en rapprocher. L’admiration est un ressort puissant.
(…) Tous ces petits gestes de psychologie positive sont l’équivalent des pratiques écologiques à l’échelle de la planète : chaque geste isolé est insignifiant, mais leur addition a un effet.

Chapitre 31 : Poser différemment la question de l’estime de soi : trouver sa place au milieu des autres
(…) L’humain est un animal social : pas de bonne estime de soi sans bon lien aux autres : nous sentons toujours au plus profond de nous-mêmes que faire souffrir autrui, le mépriser, l’agresser au-delà de ce qui est nécessaire, est une violation de nos lois morales intimes. Ne pas confondre estime de soi avec fierté ou orgueil.
(…) La culture occidentale, prodigieusement amplifiée par la société de consommation, nous pousse à sentir notre existence dans la différence plus que dans l’appartenance. Cette démarche a du bon : nos ancêtres étaient étouffés par des appartenances sociales rigides. Mais aujourd’hui la course à l’ego semble avoir dépassé les limites de ce qui nous est favorable.
(…) Cultiver l’estime de soi en renforçant l’appartenance plutôt que la différence
(…) Rechercher l’harmonie plutôt que la suprématie
(…) Les relations hiérarchiques, de type patriarcal, sont perçues comme archaïques et étouffantes.
(…) Il est parfois utile de ne pas se chercher soi, mais de simplement chercher sa place, c’est-à-dire le lieu, l’activité, les liens qui nous donnent le mieux le sentiment d’exister.

Chapitre 32 : Narcisse

Quatrième partie : Agir, ça change tout !

Chapitre 33 : Action et estime de soi : se bouger pour s’estimer
(…) L’action est l’oxygène de l’estime de soi : la véritable estime de soi ne se révèle que dans l’action et la confrontation à la réalité, et l’action est facilitée par l’estime de soi, enfin l’action nourrit, façonne, construit l’estime de soi. 
(…) Les capacités d’autocontrôle : l’aptitude à s’engager dans la poursuite d’un objectif sans en être immédiatement récompensé
(…) L’action enseigne l’humilité. Ne pas agir peut nous rendre orgueilleux, entretient l’illusion que si nous nous étions donné la peine, nous aurions peut-être connu le succès. L’évitement n’apprend rien.
. Ne pas agir, typique des basses estimes de soi
. Agir et ne pas tirer les enseignements de l’action, typique des hautes

Chapitre 34 : L’action, non la pression : les règles de l’action sereine
. Avant l’action : se tourmenter, l’anxiété d’anticipation
. Pendant l’action, agir de manière inquiète, tendue, obsédé par le risque d’échec, pas de plaisir
. Après l’action, soulagement et re-anxiété, ….
(…) Il faut donc multiplier les actions pour banaliser la peur de l’action. Penser global, agir local. L’autocontrôle donne de meilleurs résultats que le contrôle externe.
(…) L’action flexible : savoir s’engager ET savoir s’arrêter : capacité à renoncer et à se désengager (droit de se tromper, droit de s’arrêter, droit de changer d’avis, droit de décevoir, droit d’arriver à un résultat imparfait, …)
(…) Le leurre du perfectionnisme : se protéger par l’excellence, cela ne marche pas : n’agir que si l’on est sûr de réussir ? Tout maîtriser pour ne rien risquer ? Cycle pression-dépression. Pratiquer le lâcher-prise pour déstabiliser ses croyances, sans renoncer à l’essentiel : faire simple, il ne se passera rien de grave.
(…) Les actes et les attitudes simples ne sont pas l’expression de la simplicité d’esprit, mais celle de la clarté.

Chapitre 35 : Ecouter le feed-back
(…) Informations sur nous-même que nous obtenons de notre environnement : le feed-back permet d’ajuster peu à peu sa manière de penser et d’agir.
(…) Les obstacles à la bonne utilisation du feed-back : 
. recherche impérieuse de réassurance ou de flatterie, qui pousse à l’évitement des informations déplaisantes
. tentation permanente de supposer que tout feed-back est inexact
. conviction que tout feed-back ne peut être que douteux
. spirale du déprimé en recherche de feed-back négatif
(…) Les caractéristiques du feed-back utile : 
. plus le feed-back est global, plus il a un impact émotionnel important
. un feed-back précis et factuel est plus facile à intégrer : « regarde tout ce que tu as fait de bien »
. le meilleur feed-back est souvent donné par les personnes pas trop proches de nous
. demande de feed-back informatif : comment j’étais ? : recherche d’une évaluation pour progresser, s’améliorer
. demande de feed-back positif : c’était bien ? : recherche d’une approbation « d’amour »
. ne donner un feed-back QUE SI on nous le demande
(…) Les réactions au feed-back : après une situation menaçante pour leur ego : 
. sujets à bonne estime : vont se montrer moins aimables, se concentrant sur leur souci
. sujets à médiocre estime : vont redoubler de gentillesse, cherchant à ne pas perdre l’affection des autres alors qu’ils sont déjà en échec
(…) Le feed-back est un cadeau : 
. l’écouter (en se taisant, sans se justifier)
. le solliciter
. ne pas le rejeter à 100% (retour sur nos actes et non sur notre personnalité)
. ne pas « punir » l’émetteur (colère, larmes) mais demander de la précision
(…) Le feed-back et les influences sociales : 
. ne plus avoir peur de déplaire mais en sachant écouter et comprendre pourquoi nous déplaisons
. oser être différent en sachant écouter et comprendre ce que cette différence inspire aux autre

Chapitre 36 : Peut-on se débarrasser de la peur de l’échec ?
(…) La peur de l’échec est normale : elle nous pousse à ne pas être indifférents aux conséquences matérielles et sociales de nos actes. Elle est souhaitable jusqu’à un certain point. Au-delà, c’est la honte qui est au cœur du problème, cette émotion violente qui nous amène à nous percevoir non pas seulement incompétents mais globalement déficients et indignes.
(…) L’autopsie de l’échec : y revenir pour le comprendre : 
. réfléchir tout de suite et activement (éviter les ruminations)
. essayer d’avoir une vision balancée (aspects positifs)
. ne pas y réfléchir indéfiniment, conclure et repasser à ‘action 
(…) Le regarder en face : imagerie mentale : garder à la conscience, avec le maximum de détails et d’intensité émotionnelle, les événements traumatisants : l’intensité réaliste de l’évocation permet de désactiver l’excès de charge émotionnelle.
(…) Faire l’effort de nuancer sa lecture de l’échec : qui n’est jamais complet, global et général
(…) Ne pas rester seul : le regard des autres est plus sage et mesuré que le nôtre. Si la compréhension n’est pas au RV, ce sera pour d’autres raisons : autrui a des comptes à régler avec nous ou avec lui-même. Et alors notre échec n’est qu’un prétexte.
(…) Améliorer sa mémoire : attention à la sélection
(…) L’échec est une étape dans l’apprentissage, dont les conséquences sont moindres que celles que l’on redoute sur le moment.
(…) L’acceptable est ce qui suffit aux autres. Le parfait est ce à quoi nous aspirons. Le perfectionnisme et la quête de l’excellence sont des choix personnels ou des obligations extérieures, mais un dérèglement de l’estime de soi. L’imperfection n’est pas toujours preuve de laisser-aller ou de médiocrité. Accepter l’imperfection, c’est aussi la preuve que le goût de la vie, l’intelligence de vie l’a emporté sur l’obsession de l’image de soi, sur l’excellence.

Chapitre 37 : L’autonomie envers les succès, réussites et consécrations : jusqu’où aller dans l’indifférence ? Ou dans la liberté ?
(…) Le besoin de connaître des succès relève d’un besoin élémentaire de contrôler, ou d’en avoir l’illusion bénéfique, notre environnement.
(…) Les estimes de soi « externes », reposant sur l’atteinte d’objectifs concrets, sont beaucoup plus fragiles que celles dites « internes », qui se centrent sur le développement personnel et la poursuite de capacités psychologiques (vertus) : ne pas faire dépendre le contentement de soi de ses succès.

Chapitre 38 : Psychologie des regrets
(…) Le temps fait évoluer nos regrets. 
. Les regrets chauds, les plus intenses : ce que nous avons tendance à regretter dans l’immédiat, ce sont surtout les choses que nous avons faites, nos actions (lorsqu’elles ont échoué). Réalité.
. Les regrets mélancoliques, plus durables : ce que nous avons tendance à regretter le plus sur le long terme, et avec du recul, ce sont plutôt les choses que nous n’avons pas faites, nos inactions et nos intentions d’actions non concrétisées. Virtualité.
(…) Les sujets à estime de soi fragile obéissent à une logique de prévention anticipée des regrets.
(…) Les sujets à bonne estime de soi : se sentent plus proches de leurs succès et plus éloignés de leurs échecs. C’est l’inverse chez les sujets à basse estime.
(…) Evitons de voir notre vie comme une suite de moments décisifs, où tout ce qui se joue serait définitif.

Chapitre 39 : L’action qui nous change et qui change le monde
(…) Développement personnel : prendre toute expérience de vie comme une occasion d’apprentissage. L’estime de soi bénéficie davantage de la comparaison avec soi-même.
. L’action nous change : devenir l’artisan de soi-même
. L’action change notre regard : modifier le rapport intime que nous avons avec nous-même transforme notre vision du monde
. L’action change les autres : contagion sociale des émotions
. L’action change la société : l’action déterminée mais exemplaire d’un seul homme pouvait entraîner tous les autres (le philosophe Thoreau, auteur du Traité de désobéissance civile, fondateur de l’action civique non violente, qui inspira Gandhi et Martin Luther King)

Chapitre 40 : Petit Ours brun est fier de lui

Cinquième partie : L’oubli de soi
S’oublier en travaillant sa présence à l’instant, en cultivant une humilité qui ne soit pas punitive, en cherchant sa place plus que sa gloire, en découvrant les sens possibles des plus petits de nos actes.

Chapitre 41 : Le silence de l’estime de soi
(…) Ambiance psychologique sereine, estime de soi plus stable face aux événements de la vie, plus autonome face aux sollicitations toxiques : nous pensons de moins en moins à nous-même et de plus en plus à ce que nous vivons.
(…) Mieux ça va, moins je pense à moi, mieux j’aide les autres. Le moi qui se rappelle à nous, c’est le moi qui va mal : douleur, peur, erreur.
(…) Les composantes du bien-être : 
. avoir des buts dans l’existence
. disposer d’une relative maîtrise de son environnement
. avoir des relations positives avec les autres
. bénéficier d’un minimum d’autonomie
. pouvoir consacrer du temps à son développement personnel (apprendre, évoluer) 
. s’accepter et s’estimer

Chapitre 42 : Intensifier sa présence à l’instant
(…) Vivre est une chance. Et en prendre conscience peut être bouleversant.
(…) Les pollutions de l’attention : nous vivons dans un monde dense, riche et stimulant. Cela nécessite que nous soyons résistants pour en pas voir nos capacités de concentration et d’attention voler en éclats sous la déferlante de ces sollicitations.
(…) L’overthinking : la rationalisation permanente, le recours au raisonnement logique qui peut finir par étouffer l’intuition.
(…) C’est pourquoi les techniques de méditation de type pleine conscience connaissent un succès croissant dans le monde de la psychothérapie mais aussi du développement personnel. L’entraînement de l’esprit vers davantage de liberté, pour choisir sur quoi porter et maintenir son attention. Etre libre, c’est être maître de soi-même et des mouvements de son âme. (…) Ces techniques de méditation peuvent évidemment se développer et s’apprendre, et elles correspondent à une réalité de modifications cérébrales fonctionnelles tangibles, que l’on commence à observer par des études de neuro-imagerie.
(…) L’entraînement à la méditation facilite les capacités d’autorégulation psychologique et améliore l’équilibre de la balance émotionnelle positive, facilite le sentiment de cohérence personnelle qui consiste à améliorer la continuité entre ce que l’on ressent et ce qu’on exprime. C’est aussi une façon d’être au monde (…) : ne faire qu’une chose à la fois, rien qu’une chose

Chapitre 43 : S’effacer derrière le sens donné à ce que l’on fait
(…) Chercher et donner du sens à nos actes comme à nos pensées
(…) Ressentir que nous avons une valeur et une place dans la communauté humaine

Chapitre 44 : Humilité : jusqu’où s’alléger de soi ?
(…) L’acceptation tranquille de ses limites et de ses insuffisances.
(…) Facteur de lien social.
(…) Lucidité dans l’acceptation de ses limites et la reconnaissance du besoin d’être aidé.

Chapitre 45 : L’estime de soi, le sens de la vie et la peur de la mort
(…) La peur de la mort augmente les besoins en estime de soi. Renforcer l’estime de soi abaisse le niveau d’anxiété globale.
(…) Réactions diverses dans la vie quotidienne : 
. plus grande réceptivité au feed-back positif, besoin de compliments
. désir accru de certitudes sur sa personnalité, plus autoritaire, plus tranché
. augmentation des comportements à risque
. stimulation du besoin de luxe et de possessions matérielles
. accroissement de l’intérêt pour le corps, le sexe, l’apparence physique
. élévation de la générosité et des comportements altruistes
(…) L’existence n’est qu’un sursis permanent, un passage.

Chapitre 46 : Le vieux monsieur arabe et la télévision

© Editions Odile Jacob, 2006

Source: 

http://connivencelitteraire.typepad.fr/photos/extraits/11_imparfaits_libres_et_heureux_christop.html