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Obésité au Québec

L’obésité coûte 1,5 milliard de dollars par année en soins de santé au Québec, selon une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSP).

Ce montant représente 10% des coûts totaux pour les consultations médicales et les hospitalisations pour les adultes québécois en 2011.

C’est la première fois que le coût de l’obésité est calculé au Québec. « C’est un véritable fardeau économique sur le système de santé », soulignent à la fois l’INSP et la Coalition québécoise sur la problématique du poids, qui pressent le gouvernement d’agir.

L’INSP soutient que les personnes obèses ont 94 % plus de risque d’être hospitalisées que les Québécois ayant un poids normal. Elles ont aussi 13 % plus de risque de consulter un médecin.

Pour consulter ce graphique sur l’utilisation du réseau de la santé selon le poids sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Selon l’étude, plus de la moitié des Québécois souffraient d’obésité ou d’embonpoint, en 2011.

Pour consulter ce graphique sur le poids estimé de la population québécoise sur votre appareil mobile, cliquez ici.

L’Enquête nationale sur la santé de la population (ENSP) a été effectuée par Statistique Canada de 1994 à 2011, tous les deux ans, auprès des ménages des 10 provinces canadiennes. L’échantillon initial pour le Québec était de 2357 adultes. Les données sont autorapportées, donc les analystes estiment qu’elles peuvent être sous-estimées.

À la suite de ce constat, l’INSP, la Coalition québécoise sur la problématique du poids et les médecins ne peuvent que rappeler l’importance de favoriser et d’entretenir de saines habitudes de vie afin de lutter contre l’obésité.

« Le meilleur remède, c’est d’instruire les gens, de les éduquer et de leur faire prendre conscience du pourquoi ils surconsomment. Parce que le problème de l’obésité est lié à un problème de surconsommation et d’ignorance. »— Dr Paul Thomas
Suite sur Radio-Canada
Mais le DR Paul Thomas ignore sa propre ignorance. C’est plus complexe qu’une surconsommation ou une éducation: c’est tout un système polluant affectant les systèmes glandulaires autant chez les animaux que les humains.
L’obésité programmée 

Qu’est-ce qui cause l’obésité? Pourquoi le taux d’obésité a-t-il presque doublé en 30 ans? Et comment éviter la crise mondiale qui se profile à l’horizon en raison de la progression des taux de diabète associés à l’obésité? Les organismes de santé s’interrogent sur ces questions à plusieurs milliards de dollars, non seulement dans les pays riches, mais aussi dans les pays en développement – partout où l’on a adopté un mode de vie occidental.

Vraisemblablement à cause de notre alimentation déficiente et d’un manque d’exercice, l’obésité est en hausse dans tous les pays industrialisés. Toutefois, comment expliquer l’augmentation de 70% d’obésité chez les poupons au cours des 20 dernières années, alors que ceux-ci ne peuvent même pas mastiquer et encore moins jogger?

Selon une scientifique écossaise et une poignée d’autres chercheurs qui se rallient à sa thèse, la réponse se trouverait dans les produits chimiques qu’on ingère à notre insu. Le documentaire L’obésité programmée lève le voile sur une autre cause possible de l’épidémie planétaire d’obésité : les perturbateurs endocriniens.

L’obésité, une « maladie de civilisation » qui affecte les plus pauvres

PAR NOLWENN WEILER 7 JANVIER 2014

Le surpoids tue : plus de deux millions de personnes en meurent chaque année sur terre. Et le nombre de malades croît sans cesse : près de 1,5 milliard de personnes sont en surcharge pondérale à travers le monde. Les populations pauvres des pays riches sont les premières touchées. En France, on compte deux fois plus d’obèses chez les ouvriers que chez les cadres ! En cause : une alimentation trop riche, un manque chronique d’activité physique, mais également la nourriture industrielle low cost et les polluants chimiques. Enquête sur un sujet dont les politiques tardent à s’emparer.

Sept millions de personnes sont obèses en France, soit deux fois plus qu’il y a quinze ans. Mais alors qu’autrefois, le surpoids était le privilège des gens fortunés, nous sommes aujourd’hui dans la situation inverse : « Le tour de taille des individus augmente avec les difficultés financières déclarées », note la dernière enquête nationale sur l’obésité et le surpoids (Obepi) [1]. Profession, niveau d’éducation et revenus influent fortement sur la prévalence de l’obésité. 16,7 % des ouvriers sont touchés contre 8,7% des cadres supérieurs. « La carte du chômage et celle de l’obésité sont très semblables », insiste Marie Citrini, secrétaire générale du collectif national des associations d’obèses (Cnao). En métropole, le Nord est la région à la plus forte prévalence d’obésité (21,3%), suivie par le Bassin parisien (17,8%) et l’Est (17,1%). Les garçons et les filles appartenant aux groupes socioéconomiques les plus pauvres ont une probabilité d’obésité plus de deux fois supérieure aux enfants les plus riches, note de son côté l’OCDE. Les départements d’outre-mer, où le PIB par habitant est plus faible qu’en métropole enregistrent des taux d’obésité encore plus élevés.

Comment expliquer ces disparités ? « Les plus diplômés sont ceux qui ont l’alimentation la plus saine (avec plus de fruits et légumes, des apports plus élevés en nutriments, des meilleurs indices alimentaires…) parce que ce sont ceux qui s’intéressent le plus aux liens entre nutrition et santé », relevait une étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc). « La fragilité économique ne favorise pas une bonne consommation alimentaire », rappelle de son côté Marie Citrini. « Quand on a 50 euros en poche pour faire les courses, on compense les jouets que l’on ne peut pas acheter par l’achat de boissons sucrées, de frites, de pizzas. Parce que l’on veut faire plaisir à ses enfants et que ces plaisirs là ne coûtent pas très cher. »

« Maladie de civilisation »

Un plaisir qui risque cependant de se transformer en calvaire. « L’obésité est une maladie complexe, avec de nombreuses répercussions sur la santé. Et notamment une série de maladies métaboliques, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers (du sein, de l’utérus, du colon, du foie) », précise Karine Clément, professeur des universités-praticien hospitalier, spécialisée en nutrition et maladies métaboliques. Une véritable « maladie de civilisation » : 1,5 milliard de personnes (soit un adulte sur trois) sont obèses ou en surpoids à travers le monde [2].

L’obésité entraîne par ailleurs des problèmes au niveau de l’ossature et des articulations. Elle provoque une fatigue chronique et complique la vie quotidienne : nos trains, bus, avions et chaises de restaurants étant rarement « sur mesure » pour ne prendre que quelques exemples. « Être obèse confronte à d’importantes difficultés sociales, ajoute Marie Citrini. Ces personnes sont perçues comme incapables de se discipliner vis-à-vis de leur alimentation ou de leur activité physique. Il est notoirement plus difficile de trouver du travail quand on est obèse. Les employeurs pensent qu’on va tout le temps être arrêté. »

Pour les enfants, la vie n’est pas simple non plus : souvent ostracisés, « ils ont d’importants soucis psychologiques, et souffrent d’une mésestime d’eux-mêmes », souligne Amine Arsan, pédiatre et président du réseau de prévention et prise en charge de l’obésité pédiatrique en Ile-de-France (Repop IdF). Associée à un risque accru de décès prématuré et d’incapacité à l’âge adulte, l’obésité entraîne aussi chez l’enfant des difficultés respiratoires, un risque accru de fracture, une hypertension artérielle, l’apparition des premiers marqueurs de maladie cardiovasculaire et une résistance à l’insuline, souvent annonciatrice de diabète.

Trop d’huile de palme, de maïs et de soja

Premier coupable ? La nourriture industrielle. « Elle est la plus pauvre d’un point de vue nutritionnel, et est en général la moins onéreuse à l’achat pour le consommateur », pointe Pierre Weill, agronome et auteur de « Tous gros demain ? ». Pour lui, la responsabilité du cancer, du diabète et de l’obésité n’est pas seulement individuelle. « Il faut changer sa façon de manger, certes. Mais pas seulement. Il faut aussi se pencher très sérieusement sur la qualité des modes de production », avance-t-il, citant l’effet direct de l’alimentation des animaux d’élevages industriels sur la composition des produits dérivés et donc sur la qualité de ce que nous mangeons.

« On a par exemple une profusion d’oméga 6 au détriment des oméga 3, cellules graisseuses qui ont de puissantes fonctions anti-inflammatoires », détaille l’agronome. Toutes les plantes hyper-productives – maïs, soja, palme – que l’on met dans les auges des poules, vaches et cochons sont riches en oméga 6 et pauvres en oméga 3. « Alors que le rapport préconisé pour être en bonne santé, c’est cinq omégas 6 pour un oméga 3, nous sommes en moyenne à quinze pour un. Et la différence est parfois beaucoup plus élevée ! »

Les entreprises s’engagent… lentement

Autres coupables que l’on retrouve à toutes les sauces industrielles, ou presque : les huiles de palme. Elles sont devenues nos premières sources de lipides, ces matières grasses mais néanmoins indispensables à notre alimentation. Elles supplantent même les lipides animaux et autres huiles végétales, alors qu’elles sont extrêmement riches en graisses saturées, que l’on sait très mauvaises pour la santé. Pourquoi un tel succès ? « Ce sont simplement les plus productives et les moins chères du monde : pour produire dix tonnes de graisse, il faut 1,2 hectare de palmes contre six hectares de colza ou de tournesol et huit hectares d’oliviers, illustre Pierre Weill.L’évolution de nos chaines alimentaires a de solides moteurs économiques. »

Depuis 2001, le politique tente, via le programme national nutrition santé (PNNS), de faire cohabiter la santé publique avec le puissant secteur agro-alimentaire. Mais l’offensive reste polie. En 2007, apparaissent les « chartes d’engagement volontaire de progrès nutritionnel », qui visent notamment la réduction du contenu en sel, glucides simples, lipides, acides gras saturés des produits transformés. En cinq ans,34 chartes ont été signées. Mais sur le site dédié du ministère, seuls deux bilans sont disponibles.

Absence de régulation face à l’urgence sanitaire

Celui de Casino met en avant la création d’une gamme de produits pour les enfants, avec des réductions de 20% des quantités de sucre, et de 29% des teneurs en matières grasses. La chaine de supermarchés se félicite par ailleurs des efforts entrepris pour « rendre les rayons de fruits et légumes plus attractifs », et ainsi« faciliter leur achat et leur consommation ». L’autre bilan disponible est celui d’Uncle Ben’s, une marque de Mars Food, qui avait de son côté promis de réduire les quantités de sels saupoudrées dans ses riz et sauces. Dommage que le groupe Mars n’en ait pas profité pour améliorer la qualité nutritionnelle de ses « m&m’s », « snickers »,« twix », et autres merveilles chocolatées bourrées de calories…

« Des efforts sont entrepris du côté des industriels, estime Pierre Weill. J’ai pu constater que les taux de graisses et de sucre avaient diminué dans de nombreux produits transformés. Et le PNNS va à mon avis dans le bon sens, mais sans doute pas assez vite, au regard de l’urgence sanitaire. » Le caractère volontaire des engagements pris par les industriels poserait-il problème ? C’est l’avis du professeur Serge Hercberg, président du PNNS, pour qui « l’absence de régulation publique en matière de composition des aliments est l’un des obstacles qui empêchent la réalisation des progrès significatifs en matière de lutte contre l’obésité ». Laquelle s’avère particulièrement inefficace auprès des populations défavorisées. Il faudrait selon lui une intervention législative, notamment pour la diminution des taux de sucre [3].

La pollution, coresponsable du désastre ?

Cela dit, les changements de recettes ne résoudront pas tout. Puisque l’excès d’apports énergétiques et le manque d’activité physique ne suffisent pas à expliquer la prévalence de l’obésité. Des études, de plus en plus nombreuses pointent la responsabilité des perturbateurs endocriniens, tels que le bisphénol A (que l’on retrouve dans de nombreux contenants alimentaires) ou encore les polluants organiques persistants (POP), comme le DDT, qui n’est plus commercialisé mais qui sévit toujours. « On a découvert il y a quelques années que le tissu graisseux n’était pas qu’un organe de stockage, précise Karine Clément. Mais qu’il était en fait hormonal, ce qui fait de lui un interlocuteur privilégié du cerveau. » Et le rend particulièrement sensible aux perturbateurs endocriniens.

« L’exposition du fœtus à certaines substances pourrait avoir un effet sur le développement de certaines maladies à l’âge adulte, et notamment l’obésité », ajoute Jérémie Botton, chercheur en épidémiologie à l’Inserm. Un rapport publié par le réseau environnement santé (RES) en mars 2012 interroge par ailleurs la responsabilité du mercure et des métaux lourds, ingérés via la pollution atmosphérique. Le lien entre l’exposition professionnelle à la chimie de synthèse (qui concerne essentiellement des ouvriers) et l’obésité mériterait lui aussi d’être interrogé. Bref, si les progrès de la recherche laissent entrevoir de nouvelles pistes thérapeutiques, patients et médecins sont souvent démunis, tant les leviers de la maladie sont nombreux et complexes.

Pilules et chirurgie anti-obésité

Quelques pilules ont fait une brève apparition sur le marché avant d’être retirées, en raison de leurs effets secondaires catastrophiques. Et de ce côté-ci de l’Atlantique, les laboratoires ont pour le moment mis la pédale douce sur les médicaments anti-obésité, sans doute en partie refroidis par le scandale du médiator. En France, la « méthode » qui progresse, c’est la chirurgie de l’obésité, ou chirurgie bariatrique. Réservée aux formes d’obésité les plus sévères, elle englobe plusieurs types d’opération qui permettent de réduire le volume de nourriture absorbée, en diminuant les capacités digestives : pose d’un anneau gastrique, ablation d’une partie de l’estomac, dérivation du circuit alimentaire.

« La chirurgie de l’obésité aide à perdre du poids de manière durable, réduire les affections liées à l’obésité, améliorer la qualité de vie, notamment l’estime de soi, les possibilités d’activités physiques, les relations sociales, l’activité sexuelle… », affirme la Haute autorité de santé (HAS) dans ses recommandations de 2009. Effectuée après un protocole qui comprend une visite chez le psychiatre, ce genre d’opération est de plus en plus courant en France. « On est passé de 18 000 interventions par an en 2009 à plus de 36 000 cette année », relève Marie Citrini.

Triple peine : pauvre, obèse et endetté

Cette forme « ultime » de lutte contre l’obésité est largement sur-représentée parmi les catégories les moins favorisées. Les personnes opérées sont essentiellement des femmes et on compte 37,6% d’employés chez les obèses qui passent sur le billard contre 18,6% chez les obèses non opérés. « Certains s’endettent pour payer leur opération, se désole Marie Citrini. Sachant que les dépassements pratiqués par les chirurgiens, dans le secteur privé essentiellement, mais aussi parfois dans le public (!) peuvent atteindre 2000 euros. »

Autre souci : le coût du suivi post-opératoire, qui comprend (entre autres) des visites régulières chez un diététicien, et la prise de compléments alimentaires, souvent ad vitam. L’ablation d’une partie du système digestif complique, voire rend impossible, l’assimilation de certaines vitamines, qu’il faut donc ingérer sous forme de pilules. De très nombreux patients décident de ne pas faire ce suivi. Résultat ? Leur santé se dégrade : ils font des malaises, ils ont des atrophies musculaires et parfois ils reprennent du poids ! Se sentant coupables, et en échec, ils mettent beaucoup de temps à aller voir un médecin… Dans les conditions actuelles, on va au devant de catastrophes sanitaires, prédisent de nombreux médecins et membres d’associations.

Mis à part ces effets secondaires désastreux de la chirurgie bariatrique, « la prise en charge médicale des personnes obèses évolue », tempère Marie Citrini. Grâce auplan obésité, un solide réseau spécialisé a été mis en place, la formation des médecins s’est développée. Le dépistage est mieux organisé, les conditions d’accueil au niveau matériel se sont améliorées. « Ce qui nous manque, c’est une parole politique forte sur le sujet, et un programme éducatif ambitieux, sur l’importance et le plaisir d’une bonne alimentation », se désole Marie Citrini. « Le souci, c’est que le politique a cinq ans pour faire ses preuves alors qu’une bonne éducation récolte ses fruits au bout de 25 ans. » Est-ce pour cela que le sujet suscite peu d’intérêt ?

Nolwenn Weiler

@Nolwennweiler sur Twitter

Photo : CC Emiliano Labrador (Une) / CC Mike Smail

Notes

[1] Depuis 15 ans, l’enquête nationale Obepi, réalisée par Kantar-Health (société mondiale de consulting et d’études de marché spécialisée dans le domaine de la santé) en collaboration avec l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, analyse tous les trois ans la prévalence du surpoids et de l’obésité en France.

[2] Selon une toute récente étude de The overseas development institute, think tank britannique, le pourcentage de personnes obèses ou en surpoids est passé de 23 % à 34 % entre 1980 et 2008.

[3] Extraits du rapport d’Hélène Vainqueur-Christophe – députée membre du groupe socialiste, républicain et citoyen (SRC)- sur la proposition de loi tendant à prohiber la différence de taux de sucre entre la composition des produits manufacturés et vendus dans les régions d’outre-mer et celle des mêmes produits vendus dans l’hexagone. 20 mars 2013.

Comment on devient GROS….

Je vous fais un très court et non exhaustif résumé du livre Toxic (voir la page « Références » de ce blog).

Asseyez-vous une seconde parce qu’il y a une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, c’est que, selon la conclusion de l’enquête, le manque d’exercice physique n’est probablement pas la principale cause de l’obésité. Bon ça n’aide pas, on s’entend, mais c’est pas ça qui vous fait gonfler comme un pop-corn.

La mauvaise c’est qu’il y a une autre raison qui est cachée dans notre alimentation.

Pas le gras trans qui est, comme on sait, particulièrement mauvais pour le cholestérol (puisqu’il fait baisser le bon cholestérol et augmenter le mauvais). Pas le sucre en tant que tel même si ce n’est pas souhaitable de trop en consommer.

En réalité, selon l’auteur du livre, l’industrie agro-alimentaire a inventé un produit dans les années 70 dont personne ne parle mais qui est fortement suspecté – tests scientifiques à l’appui – d’être néfaste pour la santé et à l’origine de la crise d’obésité que connait le monde. Oui mais voilà, si personne n’en parle c’est que ce produit est protégé au plus haut niveau politique. Et ce n’est pas utile de préciser que c’est aux États-Unis que tout a commencé.

Flash back : début des années 70. Richard Nixon est président des États-Unis. La population est très mécontente car elle a connu un rationnement alimentaire en raison d’aléas de production. Nixon joue sa tête. Il veut en finir avec le risque de voir la production agricole jouer au yoyo et donc menacer sa carrière. Il appelle un certain Earl Butz au gouvernement pour régler le problème. Butz devient secrétaire à l’agriculture en 1971. Et grâce à lui, l’Amérique ne connaitra plus jamais la faim ou le rationnement. Seulement voilà, les décisions de Butz vont provoquer indirectement une épidémie : l’obésité qui va très vite devenir une pandémie car ce sont désormais les 5 continents qui sont touchés par ce fléau.

Bref, Butz veut rationaliser l’agriculture américaine. Ses décisions amènent à une formidable concentration des producteurs et donc une disparition des paysans. Conséquence : on passe à l’ère de l’élevage intensif (poulet, bœufs, vaches, porcs), de la production de masse, de l’utilisation massive d’herbicides, de pesticides, d’insecticides, d’antibiotiques, d’hormones, de farine animale, d’engrais chimiques et autres nitrites… Avec des conséquences désastreuses sur l’environnement et la santé humaine. Parallèlement, les consommateurs veulent du pas cher. La pression sur les prix est énorme et la concurrence est féroce. On exige un hamburger à 99 cents. McDo et Coca Cola se développent.

Les compagnies deviennent de puissants lobbys qui financent les partis politiques et notamment le parti républicain de Nixon. La politique de Butz est un succès. Trop même. Car la surproduction arrive. Le marketing et la pub se développent et s’acharnent pour faire avaler toujours plus de nourriture à l’Amérique. Un petit propriétaire de salle de cinéma du Texas trouve une autre solution : constatant la gêne des consommateurs à acheter deux portions de pop-corn, il décide d’augmenter la taille de la portion. Et ça marche ! C’est le « syndrome du glouton ». Si le péché de gourmandise était un frein à la consommation de l’Amérique puritaine, l’augmentation de la taille de la portion de base ne heurte pas la psychologie de l’Oncle Sam. L’homme est recruté par McDonald’s. La machine s’emballe. Nixon passe un accord secret avec l’Union Soviétique pour lui vendre 440 millions de boisseau de blé. Plus tard, la création du GATT puis de l’OMC devront permettre d’aider à trouver des débouchés extérieurs : il faut envahir les autres marchés pour écouler les stocks. Toutefois, la qualité des aliments n’est pas l’objectif : seul compte le profit.

C’est dans ce contexte que les producteurs de maïs réfléchissent à la manière d’écouler le surplus de leur production. Soutenus par le gouvernement républicain dont ils financent les campagnes, la solution arrive grâce à un nouveau procédé industriel : l’hydrolyse d’amidon de maïs. Ce procédé va permettre de transformer le maïs en sucre. On appelle ce sucre le HFCS (pour High Fructose Corn Syrup – Sirop de maïs à haute teneur en fructose) ou plus simplement sirop de maïs ou encore glucose-fructose, autant d’appellations que l’on peut aujourd’hui retrouver sur les étiquettes de nos produits alimentaires (si, si vérifiez !).

L’intérêt du HFCS est énorme : non seulement il permet d’écouler les stocks de maïs mais en plus il s’avère être un succédané bien moins cher à produire par rapport au sucre de canne ou au sucre de betterave.

Pour les compagnies, moins cher veut immédiatement dire : plus de profits. C’est Coca Cola qui va se laisser convaincre en premier. Son cola est moins doux que Pepsi qui séduit de plus en plus. Le sirop de glucose-fructose va lui permettre d’approcher la saveur de son concurrent. La riposte est foudroyante : le HFCS est adopté par Pepsi puis par toutes les compagnies qui utilisent du sucre dans leurs recettes (sodas, « soft drinks », boissons énergisantes, glaces, biscuits, céréales, chocolats, yaourts, friandises, barres chocolatées, plats préparés, conserves, etc.) Le produit s’internationalise rapidement.

Le plus étonnant, c’est que l’on a constaté, a posteriori, que la courbe de l’obésité mondiale suit la courbe de pénétration du HFCS dans l’alimentation. Il faut dire que le produit n’avait pas été testé puisque assimilé par l’agence américaine des aliments à du sucre.

Seulement voilà, les études scientifiques allaient mettre en évidence une particularité étonnante du produit : testé sur des rats, qui partagent 99% du patrimoine génétique de l’Homme, les rats devinrent obèses. On découvrait alors que le HFCS a un effet sur le cerveau. Plus exactement, le produit interagit avec certains neurotransmetteurs. Or, ces neurotransmetteurs sont précisément ceux qui informent le cerveau lorsque la limite de la consommation en sucre est atteinte ou lorsque l’appétit est rassasié. Pour dire les choses plus simplement, les consommateurs de sirop glucose-fructose finissent par avoir la même pathologie que les oies d’élevage gavées pour produire le foie gras.

En interagissant avec ces neurotransmetteurs, le HFCS brouille l’information voire l’empêche de se diffuser. Conséquence : la consommation de sirop de maïs permet l’absorption de sucre et de nourriture en grande quantité sans aucun message d’alerte du corps. Les consommateurs sont alors sujets à développer une ceinture abdominale proéminente dont les conséquences sur la santé peuvent s’avérer… mortelles (notamment par le développement du diabète de type 2 et les problèmes cardio-vasculaires). Quant aux plus jeunes consommateurs, ils exposent leur cerveau à des traces nuisibles, rendant l’obésité plus probable et plus difficile à contrôler.

Mais ce n’est pas tout. Aux États-Unis, le maïs est le premier consommateur d’engrais chimique, d’herbicides (57% de la production totale) et de pesticides (43% de la production totale), produits qui ont la particularité d’être cancérigènes. Or, le maïs ne sert pas uniquement à la production de HFCS mais d’abord à l’alimentation du bétail qui produira la viande bon marché de nos hamburgers. La farine animale, elle, n’est pas adaptée aux estomacs de la vache – qui est herbivore faut-il le rappeler. L’apparition de la salmonelle ou de la bactérie E.coli est le résultat de ce jeu d’apprenti sorcier, de l’élevage intensif et finalement la conséquence imprévue des stocks de maïs. D’où le recours massif au chlore et aux antibiotiques, ces derniers ayant pour conséquence de rendre les bactéries plus résistantes. Au passage : en 2001, 400.000 américains sont morts des conséquences de l’obésité soit 145 fois la chute du World Trade Center. Autre chose : E.coli 0157:H7 est potentiellement mortelle pour l’Homme et tue en rongeant les organes vitaux. Elle peut s’attraper par des hamburgers mal cuits.

Du coup, en dépit des grands sourires du clown Ronald McDonald, le menu McDo – un hamburger, un soda et des frites (dont l’huile hydrogénée qui les a cuites vous procurera votre dose de gras trans) – est le pire des régimes alimentaires. C’est enfoncer une porte ouverte que de le dire. Mais au moins, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.

Faites passer le message et n’oubliez pas : l’appétit vient en pensant. Bon appétit !

 

gp