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Le Dépotoirium, Chapitre 20

Chapitre 20

 

Comment chier dans les bois

Comment creuser votre trou

Désormais, nous voilà arrivés aux choses sérieuses. Les gens – les avocats d’affaires, les femmes de séducteurs, les candidats à la présidence des États-Unis – veulent tous savoir comment enterrer leur merde. Ce chapitre décrit précisément où et comment creuser ces trous qui favorisent une rapide décomposition des fèces tout en prévenant la contamination des cours d’eau, fournissant par là même la meilleure protection possible à la bonne santé des hommes, du royaume animal et de la planète. Car avant même de bien saisir l’importance qu’il y a à creuser ce petit trou individuel dans la nature (également dénommé trou de chat), il est nécessaire d’envisager notre merde dans son sens global. Essayer de l’envisager, c’est là toute la difficulté de l’exercice…

Comment chier dans les bois, Chapitre II, Kathleen Meyer, 1989

Il faudrait mettre le livre à jour. Nous ne chions plus que de petits cacas de sentiers, mais nous déféquons du caoutchouc, du C02,des milliards de bouteilles et de sacs de plastiques, shampoing, boissons, etc. Et même des humains…

Carl, ( anticipation sur le monde à venir, version bêta)

***

Le facteur nous a apporté une belle lettre : une invitation sur papier épais et lustré 3X. Du papier pareil à celui que l’on reçoit de la compagnie qui vend des autos. Les autos sont déjà cirées sur papier. Un jour la voiture intelligente prendra le contrôle des usines. Ils réclameront encore plus d’asphalte. Cinq kilomètres d’asphalte peuvent tuer des milliers d’arbre et tout ce qui y habite. Même la beauté des arbres est dans les arbres. On ne peut pas garder la beauté et couper les arbres.

On ouvre la carte :

Maude et Théo sont heureux de vous inviter à leur nouvelle demeure pour pendre la crémaillère

On  y a songé, on y a réfléchi, on a pesé… Nous avons même songé à mentir. Puisque tout le monde ment. Les pubs d’auto mentent. Ils embauchent 20 concepteurs de pubs.Ils font du yoga avec leur cerveau pour nous vendre du métal. C’est pour ça qu’ils nous regardent le nez en l’air, hautain.  Dans les pubs d’auto les montagnes, les rivières, la Terre entière appartient aux autos. Quand tu te glisses dans ton auto, ton auto t’emmène en des endroits qui n’existent plus. Même une auto à six roues. En réalité, les autos n’ont pas de liberté : elles suivent les routes. On leur trace des routes étroites pour en glisser plusieurs. Sans doute que Maude et Théo ont leur propre route. Ils ont leur propre autoroute. Et ça les excite. Il faut suivre des directives, des pelotons de pseudo spécialistes. La vie est une forêt. Alors, pourquoi choisir ce sale asphalte noir et ne pas suivre l’aventure de ne pas  savoir où l’on va?

Les rebelles meurent trop vite. Ils finissent, pour la plupart, sur une plaque avec un titre. « Maître Lavoile, Avocat. » Plaqués comme des autos, avec numéro de permis.

Le grand feu du « changement du monde » ne  nous a laissé que des squelettes de  braises froides. La discordance commence par de  menus secrets. Et les menus secrets engendrent des comportements systémiques de menus secrets. Chut! C’est un secret. Qui vous cache, ment! Nous abhorrons les menteries, les menteurs, et les rapetisseurs de désastres. Alors, c’est clair : on n’ira pas et ils en savent la raison.

Alors, on a senti que notre fusion  d’origine c’était transformée  en communion toxique. Un mot fort à la mode. Comme si dans nos vies chacun devenait l’hostie de l’autre.  Alors, on risquait de s’entre-bouffer en tentant de trop communier. Pour eux, il  était temps de devenir des civilisés. Les incivilisés  n’ont plus de place de nos jours. Et s »ils en cherchent une, ils risquent de se faire bastonner par des avocats et des policiers bien soldés.   Se révolter est faire preuve d’incompréhension devant le « génie » des systèmes implantés par les oligarchies. La race humaine est en train de s’autophagier à bouche que veux-tu! Elle se mange toute crue. Elle croit à la croissance infinie.  Nos deux dévoués rentraient dans les rangs. Un jour, sans doute siffleront-ils  de la farine  d’Hollywood Made in Colombia.  Ils avaleront ensuite des phrases mécanico-américaines : « Ne te demande pas ce que tu peux faire pour ton voisin, demande-toi ce que ton voisin peut faire pour toi ». Philo-Slogans des mâcheurs de chewing-guns.(sic).

JFK, GWB, LBJ, RMN,WJC, BHO et DT Tower. Tous des aristos crasses, des lécheurs de bottes, des soldés à la finance. Ils ont soif de pouvoir et de grandeur d’eux telle une terre fendillée par la sécheresse d’une été sans bouteille d’eau.

Des portails organiques, des sans âmes. Des sans d’aura.  Des poisons d’eau dure. Des poissons d’os mous. Des bibittes bouffeuses de sociétés. Glou! Glou! Glou! Goulûment.

***

On ne pouvait pas  détester Maude et Théo : on les aimait. L’amour ne fait pas partie des idées. C’est une émotion, comme la musique. En même temps, c’est une acceptation.   On ne pouvait pas arracher cet amour de nos êtres, mais on  n’avait pas envie de faire partie du club  des kapos de la destructocratie. On doutait même –et très souvent- de s’attacher autant à une manière de vivre qui nous semblait seulement plus honnête. Quelqu’un a dit un jour qu’au paradis les poissons volaient dans le ciel. Peut-être que les oiseaux nageaient… Ce doit être un poète ou quelqu’un de mort.

Maggie et moi on écoute nos  intuition. On reconnaît la petite voix tout frêle en nous qui murmure si bas que peu l’entendent. Plus le cerveau est en vacarme, plus l’intuition est une arme de savoir enterrée sous ce continuel chahut.

Le Dépotoirium allait sans doute mourir, comme nous. Nous pensions avoir créé le néo-siècle des lumières, avec pour mission d’écraser le nouvel obscurantisme… Pauvres petits nous! Nous étions  désormais  des plongeurs en apnée dans un saignoir qui se livrait à la coagulation d’humains, de peuples entiers. La cravate avait supplanté la robe noire. Chinois, Néerlandais, étasuniens, Lituaniens, gens de Mogadishu, de  Saint-Nazaire, de Padang, etc., tous  étaient  dans le même bateau de sauvetage qu’on soufflait et soufflait sans cesse, vidant leurs  poumons, leurs avoirs,  pour qu’il flotte. Les villes avec leurs files d’autos, de camions et les ciels remplis d’avions commençaient à nous voler de l’air. Les voleurs ne volent pas d’air. Ils ne savent pas que l’air se vole. Ça leur échappe de leurs mains froides et distantes.

Et nous détestions les États qui jouaient avec nous en nous faisant chanter : un kilo de peur, un kilo  de beurre.

La guerre du 21ième siècle était enclenchée : Citoyens VS Politiciens.

Les vendeurs du Temple Bleu allaient bientôt avoir de la misère à vendre leur salade.

***

Carl éteint sa cigarette dans son cendrier personnel. Il fume tellement qu’il s’est acheté une urne, rien que pour se moquer de son « vice ».

— Je vais mourir un jour. Je veux savoir de quoi j’aurai l’air. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas envie de jouer avec des idées, de faire mon intello de coin de toile. J’en ai déjà assez dit.

Il se l’est procuré chez l’entrepreneur de pompes funèbres. Quand l’entrepreneur  lui a demandé si un proche était décédé, Carl a répondu qu’il n’y avait vraiment personne de plus proche : lui. Pour fumer… Il pensait rencontrer un de ces entrepreneurs sérieux, dénué de tout sens de l’humour, qu’il s’est fait répondre :

« Je fume aussi. Il n’y a une façon de garder la viande : la boucaner… C’est ce que faisaient les amérindiens ».

Ils sont devenus amis.  Le type aux cheveux blancs se teignait en noir avec un champoing : « For Men Only ». La V30 : la plus noir des noires. De la couleur de son corbillard.

— Allons prendre une bière ensemble.

Carl ne s’est pas fait prier…

***

Maggie et moi fumons en cachette. Du tabac. Puisqu’il n’est pas défendu de fumer de la marijuana. Et je ne sais plus quelle heure il est, mais il est l’heure d’être écœuré. Nous mangeons des rations de désabusement à tous les coins de journaux, d’analystes vocaux ou écrits, des youtubeurs qui vendent des bulles de  bonheur, des recettes  et des capsules d’humour. Il y a ensuite les crasseux :   les analystes de l’économie. Les tartufes coiffés à droite, fervents  de cette religion des chiffres, nous dégoûtent. Méfions-nous des hommes qui parlent avec des chiffres et qui vivent par les chiffres.   On les écoute,  pourtant.  On vous aime niais et alanguis! Être bon ne compte pas. Le PIB est un acte de foi. Il n’inclut pas le bonheur, la joie, la paix, le ravissement. Le PIB est le plus mauvais squelette de nos existences. C’est un dessein d’enfants. C’est crayonné en barbouilles, en citrouilles et en rouille. Car c’est dépassé. Sésé.

Puis il y a les analystes. Les analyses sont comme des corbeaux qui vivent des cadavres  écrasés par la vie, en politique ou en art. Il y a tellement d’art dans la vie que chaque maison a une galerie.

Ils ronronnent de la langue et du cerveau pendant  des heures de plaisir à nous ennuyer.  Après s’être soulagés, les participants s’arrêtent parce qu’ils n’ont plus de temps d’antenne. Ils changent d’émission.  Ils s’en vont sur la borne des bornés pour  recharger leur cerveau, leur langue, leur formules, et puis reviennent le lendemain.  Bienvenue chez les Esties! Un film bien poilant. Les tabarnak! Ils nous font chiotter, mais nous avons au moins un livre pour savoir où enterrer nos excréments. Notre monde, lui, ne sait plus où enfouir ses vieux frigos, ses téléphones portables, son plastique du Pacifique et tous les tics des pseudos génies magiques.

Bonne nouvelle! À partir de 2020, plus le droit d’enterrer ses détritus. Nous pensons tous et en chœur, que nos gouvernement ne sont jamais allés visiter les dépotoirs ou des centres dits écologiques.  Paroles de gens de bureaux. Leur corbeille est un proton. Un proton de décharges.

***

J’ai emmené Maggie au travail, pour lui donner un avant-goût de son futur  emploi. La matière première des infirmiers, du moins celui qui comme nous nous occupons des gens en fin de vie,  c’est le vieux ratatiné, bourrés de médicaments, qui semble ramper vers l’au-delà.  Avant, il y avait des bibliothèques qui mourraient. Maintenant, ce sont des cendres d’Alexandrie, des corps carbonisés. Le vieux est séparé de la vie, des enfants, de tout ce qui est « différent » du vieux. Le vieux vit avec le vieux. L’eau de ce poisson qu’est le vieux et une agglomération de vieux. Ils vivent dans de vieux eaux.

Mais à travers certains d’entre eux, il reste des trésors. Ce n’est pas leur grand savoir. Ce ne sont pas des Wikipedia, ce sont des émotions, des souvenirs, des histoires. Des vies et des vies. Des longues vies paquetées d’embûches, de noirceur et de lumière. Bref, ils sont comme nous.

Maggie a tout de suite aimé Caméléa. Je l’avais nommée ainsi parce qu’elle était souvent camée, mais plus conscientes encore. Elle était camée, et son prénom était Léa. Caméléa avait près de son lit un perroquet beau parleur. Elle l’adorait. Quand elle voulait voir et entendre de la vie, elle se tournait vers Icare.

Même à moitié morte, elle semblait plus vivante que nous. Elle était partie vivre au  Yukon où elle avait passé une partie de sa vie pour  revenir mourir ici. « Détresse respiratoire ». « J’ai trop fumé d’herbe », disait-t-elle, en riant. Sur son visage, on aurait dit une belle carte du monde en couleurs, avec ses montagnes, ses plissures, ses rivières séchées. Elle avait encore de ces lèvres charnues des gens qui ont d’énormes dentitions et qui ont goûté à la vie de la Vie.

Couchée dans son lit de mort, même les lumières quasi éteintes, la pièce semblait se remplir d’une luminosité pas tout à fait de ce monde. Un mystère de lumière qui jaillissait  d’elle. Ses longues tresses de cheveux blancs se répandaient sur les oreillers qui gardaient sa tête un peu penchée en avant. « Je me suis coupé les cheveux à chaque fois qu’ils me chatouillaient trop les fesses. Jeune, je ne les coupais pas souvent, car j’aimais bien me faire chatouiller les fesses »…

« Qu’est-ce que vous faites ici, les jeunes. Vous êtes trop beaux pour colorer des mourants. J’étais comme vous : j’étais timide et j’avais peur de la vie. J’ai 86 ans et trois mois. Ce qui devrait faire pas loin de 350 saisons. Je sais compter, mais je sais surtout avoir emmagasiné toutes les émotions. Je ne sais pas où j’irai quand je partirai, mais je sais que l’on emporte que des émotions. Alors, donnez-moi de vos émotions pour que le bagage soit plus gros.  J’ai toujours ressenti mon âme comme une éponge à émotions. Parfois ça m’a fait mal. Mers et montagnes. J’ai chanté, hurlé de désespoirs, mais j’ai appris à vivre comme si je n’avais qu’un seul jour. Un seul. Quand le soleil se levait, je renaissais. J’ai appris à renaître. Aujourd’hui, les gens meurent à tous les soirs. Et ils meurent dans la peur de l’autre jour. Au Yukon, c’est là que j’ai appris à voir la nature si vaste, les rivières remplies de truites, les papillons, les moustiques,  le froid, la chaleur, les cabanes. Sauvage comme la vie le beau Yukon!  J’ai su, très vite en arrivant là-bas que je préférais danser dans ces petites misères au lieu de goûter à la froidure intérieure. J’ai cessé de pleurer intérieurement après quelques semaines. C’est la Terre, et je ne sais quoi d’autre,  qui m’a prise dans ses bras et m’a soutenue. C’est la Terre avec tous ses mystères. Quand je revenais ici, voir mes enfants, et que je les voyais trimer du matin au soir, avaler des médicaments pour endurer ce monde affolé dans lequel ils vivaient, j’avais hâte de retourner vivre avec James. On pêchait, on trappait, on marchait des jours et des jours, rien que pour nous déplacer. On n’avait pas de but. Les pas et les yeux, les oreilles et le nez nous menaient partout.  Quand je revenais ici, je ne voyais plus de vivants. Je ne voyais que des zombies ruminer, affolés, les nerfs brisés. Leur garde-robe était remplie de vêtements : un pour chaque jour. Comme s’il fallait être une fleur nouvelle dans un édifice à bureaux. Ils étaient tous des guenilles bien habillées. Des guenilles riches. Des démolis. Des âmes fendillées, toujours en attente, et d’autre ressassant  leur passé. Ils nageaient dans le fiel de leurs regrets. Ils écumaient leur âme-bateau à toutes les semaines en se jetant dans une fête bien arrosée. Ils ont pris les habits d’un rôle social. Avec tous les avantages. Ils ont fait semblant d’aimer. Même qu’aimer leur soulevait le cœur parce que c’était une tâche. Un esclave bien vêtu, bien logé, reste un esclave. Mais ça, personne ne semble le comprendre. Ils ont vendu leur âme à leur cerveau. Et leur cerveau a été acheté comme on achète un tracteur. Les paysans sont passés  de la terre à l’usine, puis de l’usine à un monde invisible, irréel, tracé par les ordinateurs. Ne pas croire en ce dieu qui dort en nous, et croire en une machine qui mène le monde! Ils disent qu’ils sont actifs et participatifs. Ce n’est rien… C’est pathétique et quasiment drôle. Triste, surtout… »

Elle parlait, parlait, le souffle coupé, enlevant son masque d’oxygène, puis le reprenant.

Nous étions silence et silences.

La pièce était toute courbaturée de lumière par une chandelle allumée qui vacillait sous les mouvements de l’air. La  La pièce était sombre mais une chandelle demeurait allumée et vacillait.

— Vous pourriez me lire quelque chose?

— Bien sûr!

— Les gens sont sourds des yeux. Ils ne sont plus là… Ils sont sur des trucs électroniques. Je ne suis pas un pixel, même si j’ai l’air d’un pixel dans cette immensité. J’ai été : point. Et j’en suis heureuse. Même si j’avais peur de tout… Au début. Après je ne sais quel temps, j’ai cessé d’avoir peur. Après tout, j’étais sorti du ventre d’une mère. Voilà que je refais simplement le chemin inverse.  Donnez-moi le petit carnet, dans le tiroir, là.

Maggie a pris le carnet.

— Ouvrez simplement une page. Car je les aime toutes. J’ai simplement pris cela et les ai écrites pour ne jamais oublier. C’est Giono : page 43. Un extrait du livre Le chant du monde.

Maggie se rendit à la page  indiquée  et se mit à lire :

Enfin, le soir véritable venait. Tous les piétons rentraient aux fermes et aux villages. Deux ou trois traîneaux passaient encore à toute vitesse à la lisière des bois dans un gros bruit de galopades et de grelots. On entendait dans le vent des gens qui tapaient leurs raquettes sur le seuil des portes, puis les portes se fermaient et les fermes et les villages se mettaient à suer de la vapeur et de la fumée comme des chevaux qui ont couru de toutes leurs forces dans le froid. La carapace des forêts, les épines des buissons devenaient bleues comme de l’acier, tout l’étincellement de la terre s’éteignait d’un seul coup, deux ou trois grosses étoiles déchiraient le soir, puis, du haut des montagnes, s’écroulait lentement l’entassement des nuages, la neige recommençait à tomber et, la nuit s’étant fermée, il n’y avait plus rien à voir, il ne restait plus qu’à écouter les grands nuages qui battaient des ailes à travers les forêts.

— Je crois qu’elle s’est endormie.

Après, je lui ai fait faire le tour du propriétaire.  En cette maison de soins palliatifs, le propriétaire, ici, c’est la mort. Il y avait les sages-femmes, et moi je suis le sage-homme à l’autre bout de la vie. Juste avant ledit tunnel. J’étais là pour les soulager, leur parler, les toucher, les distraire Ce  qu’ils aimaient le mieux c’était de raconter leur vie. Ceux qui le pouvaient encore. J’écoutais des testaments sonores.  J’ai plus appris sur la vie dans cet antre de la mort que de ma minuscule expérience de vie. Ce sont les derniers bruits des humains. Quand, enfants, ils ont appris à parler, c’était pour se raconter, même à eux, leur histoire. À côté de cela, la magnificence de la Statue de la Liberté de New York est une potiche. Et la robotisation est le leurre et l’argent du leurre. Une formule que j’adore…

Nous nous sommes assis sur un divan de cuir.

Assis sur de la peau de vache trépassée.

Au fond, au tréfonds de nos êtres, n’étions-nous pas assis sur tout ce qui est mort et qui sert aux autres?

La vie est un collier de souvenirs ou un tissage de l’esprit vers ses grandes espérances. La mort, la réelle, c’est de ne plus être capable de vivre entre le passé et l’avenir. Nous sommes des  personnages en fauteuil roulant. Tout ce qu’on nous baratte concernant nos vies, nos futurs de technocrates bien payés,  ne sont qu’illusions.  Nous sommes assis sur une peau de vache : c’est la réalité. Il y a un vieux et faux lampadaire accroché au mur qui laisse sa lumière glauque lécher la noirceur de la pièce. Tout est tapis tapi. Le plancher est posé en dessous du tapis et le tapis est tapi en dessous de la lumière.

Avachis sur le divan, ma bouche qui respire comme un mat bat aux vents dans la chevelure rousse de Maggie.  On s’échangeait nos respirations, nos bulles d’air, nos aliments de poumons, collés-collés.

Il y a de belles  léthargies qui nous passent sous le nez. C’est lorsque l’on cesse de se servir du cerveau que l’on commence à comprendre. Et pourtant, notre monde a délaissé la profondeur de l’indolence, de la paresse,   pour la grande caverne de  l’action.

— Comment tu vois la vie, m’a-t-elle demandé.

— La Terre est comme une grande ruche, une immense ruche. Pendant que des enfants naissent à l’autre bout du monde, ici, des gens s’en vont. Si nous étions assis sur la lune, par un soir de Terre, dans une noirceur sidérale, nous pourrions voir les âmes, telles des lucioles, monter vers le monde oublié et d’autres aller se nicher dans les ventres des mères. Ce serait comme une ruche en été, quand les fleurs des jardins se maquillent de leurs couleurs à la tempera. Elles se font belles parce que le soleil les aime et qu’il les fait tisonner en des andradites mouvantes. Il les aime au point de sculpter leurs couleurs, de manière si gracile qu’elles deviennent parfois translucides. C’est comme la vie. On ne comprend pas une fleur. On la regarde avec tous les yeux cachés en nous. C’est peut-être un tout petit pixel de paradis.  On ne s’en empare pas, on la laisse soigner nos yeux. On la laisse bénir nos douleurs. On la trouve belle et on ne se demande pas pourquoi elle est belle.  Quand on est gris, les fleurs nous aident. C’est comme une œuvre qui pousse, atteint son apogée, et se met à plisser sans botox pour la sauver. Parce que c’est la vie. Elle se dissous et sèche. Elles deviennent toutes tordues des pétales. La peau des vieux est comme les pétales des fleurs. On se demande s’il y a une raison à la vie. S’il y a une mission. La formulation des religions est la suivante : tu nais pour être une créature de Dieu, tu vis,  et tu meurs pour aller au paradis. Selon les règlements en vigueur…  Les trois paliers de la Vie.  Et qui dit que même si nous avions des milliers de vie, des milliers d’états vibratoires, que tout resterait un mystère. Il n’y a que dans les livres que l’on peut écrire le mot fin.

— Qu’est-ce qu’on va faire de notre avenir?

—  On va essayer un avenir…

Alors, le lendemain, on s’est mis à la recherche d’un hameau perdu au fond de la Gaspésie abandonnée. Là où les villages rapetissent à vue de vie.  Là où les enfants sont attirés comme des moustiques vers la phosphorescence des villes.

Tous les téléphones intelligents mènent à Montréal ou à New-York. L’accès à tout ne mène souvent à rien. Trop aller en dehors de soi ne mène pas à soi.

Bruit, bruit, bruit, joli bruit! ( comptine)

Feu!

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

 

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Chapitre 19

Plus les technologies des humains deviennent sophistiquées, plus ils avalent des âmes. Des mille ans et des mille ans d’hommes  noyés dans des  miroirs. Tout ce qui est calculé, fomenté, dirigé vers un but nombriliste, matérialiste,   étrangle  l’intuition, ce  tout petit  filet en nous qui nous permet d’entrevoir l’infini en nous et le réal caché.  Tout   apprentissage, par l’école,( parfois trafiquée), par  les sociétés , par la force des mouvements mono libéraux,   nous sont inculqués pour ne nous servir que cette matière grise. On a rapetissé la grandeur humaine. On l’a étriquée, la rendant ainsi,  plus malléable et manipulable. Il fallait une nouvelle foi : la science et la technique furent  alors mises entre les mains de ceux qui avaient les moyens de s’en approprier. Ces moyens sont fournis  par l’homme simple, travailleur acharné  qui continue d’approvisionner la bête.  Cette poussée vers la technologie, et tous ses besoins en sommes affolantes pour développer et « avancer », nécessitent des mains de nègres, des cerveaux de nègres.

C’est une ère de créations d’amputés.

Les négriers du 21ième siècle on belle allure. Leurs bâtisses embrassent les nuages. Et leur science de l’économie est vaporeuse, cryptographiée pour qu’elle échappe ainsi à l’homme simple.

Ccette nouvelle aristocratie qui transige de l’irréel en toute impunité, le transformant par la suite  en réel, empêchant ainsi les peuples d’accéder  à ce marché souterrain que trop bien crypté.  Les banquiers, les pouvoirés, créent alors des fichiers compressés qui contiennent des maisons, des « liquidités » à volonté, paupérisant les humains et les peuples et les privant de leur droit à une vie décente sur une planète qui appartient au vivant, à tous les vivants.

Cette planète est un don de la Vie à la vie.

Le fascisme s’est établi en même temps qu’une nouvelle race, niant  ses ambitions  « aryennes »  , de  par la réminiscence que nous connaissons.  

Après l’énergie atomique, la « science » économique, avec ses adeptes et ses gourous, aura eut raison de la vie et de la Vie. Déshumanisation et calcification de la pensée vers ces nouvelles églises que sont les banques et l’infinie des structures participantes à la mort lente de la Terre. Il ne restait plus qu’à injecter de bonnes doses de peurs et d’effroi pour parachever et clamer la petitesse de l’homme simple.  L’homme  ne mourra pas de  par le réchauffement climatique,  mais par la froidure de l’âme humaine oubliée au fond de son propre cachot. Et même si nous ne mourrons pas du réchauffement climatique, nous mourrons de par un autre phénomène engendré par cette mastication continue des créatures soumises à la musique des ogres de barbarie qui sème la terreur et cultive les peurs.  

 Jason

***

Il est possible que nous soyons du vide pesant-pensant. Je pense, donc je pèse. Mais on se croit solide et lourds. Du roc.   Il est possible que… Puisque tout est possible. Il est possible que nous soyons devenus des vitrophanies qui batifolent  dans la stupidité qui nous habite  sans être capables de l’identifier, absorbés par nos jeux avec la matière bellement transformée. Le jeu est fringant et en vaut la chandelle… Du moins pour un temps…Du moins pour certains.  Car voilà que l’on commence à brûler un peu. Ce que ce pauvre humain n’a pas compris, c’est que même si on referait la calotte glaciaire, il trouverait une autre manière, toujours par ignorance, de flamber une petite planète bleue et tout ce qui y niche.

Il reste te des questions qui nous meurent à petit feu.  On devrait faire un feu de camp des points d’interrogation  et danser alentour en jouant de la guitare, les regarder se tortiller en hurlant comme ils hurlent en nous chaque jour, chaque nuit, et qu’ils sont implantés  dans nos êtres, nos cerveaux. On dort les orteils en point d’interrogation. Crispés.

D’où vient cette souffrance qui fait des mises à jour, tels les systèmes  Windows? Il y a des réponses qui n’ont même pas encore de questions.

Il y a trop d’assassins de la simplicité et d’étourdis de la complexité.  Et ceux qui restent suivent des cours du soir pour devenir traders.  La complexité du monde est maintenant devenue  une manière de nous esclavager. Ils ne veulent pas qu’on comprenne. Alors, ils cultivent le chaos. Et plus ils cultivent le chaos, moins ils comprennent. Alors, ils enseignent le chaos. Et nous les croyons…

Ils veulent qu’on soit ébahis devant tant de magie et de savoirs  « nouveaux ». Mais ils vendent  des formules simplettes  pour attirer les papillons qui votent.    La toute petite lumière nous attire et nous  brûle. Nous sommes habillés des autres en achetant leurs idées usagées qui n’ont de neuf que la forme donnée.

C’est humain d’être flambé par ceux qui transportent le feu, les avoirs, et le coffre fort invisible de nos possessions de citoyens.  Tout ça sur un disque dur. D’une île à l’autre. D’un paradis fiscal  à l’autre. Qu’y pouvons-nous?

Les bêtes voraces n’habitent plus les bois : elles habitent des tours de verre.

Nous sommes des mineurs qui ne savons pas creuser nos êtres. Puis, on ne sait pas vraiment ce qu’on veut. On veut. On veut. Rien que pour remplir la vacuité. Nous sommes vides, vides, vides.

Seigneur! Donne-nous aujourd’hui notre plein quotidien.

***

Des fois, Maggie et moi on se fait un feu de chants dans l’appartement. On met le feu au système de son et on hurle. On se laisse étourdir par la musique. On a la tête remplie d’oreilles. Les oreilles sont pareilles à de petites antennes paraboliques. Elles parabolent les sons et les vibrations.  Un verre de bière,   ver d’oreille…

Il y a des mondes et des ondes en nous. Cachés. Chanter c’est être le petit pompier du tumulte. Pas besoin de mots, rien que de beaux phrasés qui nous imbibent et nous meuvent.  Maggie  chante bellement, avec son petit filet de voix frileux.  Je vais chercher les  mots dans sa bouche. Elle me les souffle et s’essouffle.  Puis elle s’arrête. On rit trop pour garder notre langue au chaud. On ferme les yeux et on recommence.

Morning has broken like the first morning
Blackbird has spoken like the first bird
Praise for the singing
Praise for the morning
Praise for them springing fresh from the world

— Quand on se mariera, je veux qu’on nous la joue. C’est Carl qui chantera…

— Qui te dit qu’on se mariera?

— Parce qu’on est fait pour se faire une éternité à deux.

J’aime bien le sourire de Maggie quand elle se moque de moi.

***

Frappé par un vilain virus de mononucléose, j’ai pris un mois pour me remettre vraiment  sur mes ribouis. J’ai marché ou tenté de marcher pendant des jours, avec deux pieds gauches. Je suis guéri, ou presque…

J’ai eu des poussées de fièvres et d’étranges visions.

J’avais des goûts bizarres pour la bouffe :

—  Maggie! Achètes-moi des sardines.

— Des sardines?

— Oui, des sardines

La boîte était là.  Quand j’ai arraché le couvercle avec la petite languette,  les sardines étaient toutes mortes.  On aurait dit une fosse commune de cadavres. Toutes mortes mais bien cordées. La petite boîte d’acier, c’était leur appartement. Ils vivaient ( sic) dans l’huile d’olive.  Elles avaient troqué la mer saline pour de l’huile d’olive.  J’étais à la fois enchanté et pris d’un haut-le-cœur.  En bouche, huileuses et lascives, je les suçais avant de les manger. Leur tête m’effrayait, mais je ne voulais plus avoir peur. La peur c’est la pensée en chaise roulante : on avance à petits pas, rampants des roues, cul-de-jatte à roulettes.  Cette tête,   avec de  grands yeux qui ressemblaient à du blanc d’œuf, oblongue, bouche cousue, m’inquiétait.  Et, pendant que je pensais tout bas, je vis la Terre devenir une boîte de sardines encore vivantes et se battant pour avoir un terrain ou une piscine d’huile d’olive. Je tournais la boîte en tout sens :  de toute beauté. Les angles, les contours, la lamelle qui servait à l’ouvrir en un clic  sec…  Le miroitement sur les murs de la chambre. Les usiniers qui fabriquent la boîte doivent être fiers. C’est une œuvre d’art.

Je  divaguais. Je verbigérais. J’étais à l’Ouest.

Après avoir avalé les sardines, j’avais un goût étrange dans la bouche.  On dirait que j’étais devenu un poisson.

***

Le mental est comme un animal piégé qui essaie sortir en me griffant, me griffonnant, sans panne. Le monde, la vie, ne sont plus une lueur, mais un tunnel noir. Tout s’emmêle comme si mon tout petit cerveau faisait de la politique. Il réussit à culbuter le peu luminosité qui me reste. Tout se passe ainsi en ce monde. Je viens de lire que dans le futur on devra choisir entre faire du ski ou boire de l’eau. Il faut trop de neige pour faire des glissades. Tellement de neige pour les touristes et tellement peu de froid qu’il faut envoyer les canons à neige faire la guerre  à l’eau. L’eau est l’ennemi du skieur. Le skieur est une retombée économique. Faites floconner l’eau à coups de canons.

***

Il n’y a personne dans l’appartement. Sauf nous deux.

— Il faut en profiter Maggie. Alors j’ai sorti quelques dollars de ma poche et j’ai commandé une pizza…. Voilà le hic! Il n’y a rien pour nous, ici. On est encore enfouis comme des uranoscopes. D’infimes et inconnues bêtes qui vivent de débris, enfoncées dans la vase!  Je ne veux plus rester ici, je veux aller ailleurs. Mais plus la vie avance, moins il y a d’ailleurs. Les riches avalent les terrains, les paysages, les bordures  de lacs et de rivières à un  rythme inouï. Ils viennent de Chine, d’Arabie Saoudite, de Norvège, d’Allemagne, de France, de Tahiti… Ils fuient le jeu de guerre inlassable des guerriers cravatés. Guerres de sang ou guerres économiques. Les deux se sont mariés à Hélas Végas. En plein désert… Ils sont fiers de sabler leur champagne.

Rodrigue, as-tu du cœur? Daech, as-tu des armes? Quelle bonne vente vous amène?

Tas de vicieux corporatifs! Bandes d’hypocrites! Des comédiens…

— Qu’est-ce qu’on va faire?

— Travailler quelques mois et aller se faire plaisir dans une vieille maison abandonnée qu’on retapera. Tous les pays développés ont des villages abandonnés. Les jeunes s’en vont vers les villes, les grands centres,  pour une vie, se faire une existence excitante, tous affriolés par le désir ardent  de devenir un Heisnogood.

—Longtemps, j’ai pensé qu’il était normal d’avoir peur. Maintenant je crois qu’il faut être des arriérés confusionnels. C’est toi qui m’as montré ce mot. On ne peut pas passer une vie de confusionnels. L’État est confusionnel, c’est toi qui l’as dit dans ton article.

— À quoi tu penses?

— Il faut se mettre à l’œuvre le plus rapidement possible.

Le petit jardinier d’Éden

Il était une fois  un jardinier tout malingre qui cultivait sa terre sèche, quelque part en ce monde, quelque part…

Il avait des rides comme des rangs de jardins, et des furoncles comme des pierres de  jardin. Il sarclait pour vivre, allait chercher l’eau à 10 km, pour revenir, arroser ses plantes. Entre le ciel et la terre, il ne voyait aucune différence : l’un’un apportait la lumière, l’autre la nourriture. Le ciel et la terre travaillaient ensemble. Ils s’aimaient en semble. Ils paraissaient différents, mais ils n’étaient en réalité que deux facettes de la même Vie.

Le jardinier  était vêtu comme un papillon, tout colorié, chaussé de souliers séchés, troués.

Il n’avait pas de montre.

Pas de temps.

Rien que du mouvement.

Et quand la nuit arrivait, il dormait dans la noirceur d’une tente, un roulis d’étoiles picotantes, et de sa bouche respirait l’air de l’amour qui buait de sa femme aux yeux fermés, couchée dans ses rêves, dorlotée.

Il aimait comme lorsque qu’on n’a pas besoin d’aimer. Rien. Car tout était amour. Fondu dans le décor de cette terre, souffrant parfois de la faim, de la soif, mais le cœur allumé, tout nourri des jours et des enfants qui riaient alentour.

Il n’était « rien » tout en étant le TOUT. Dans la chaleur des jours, les frissons des nuits et la rivière qui ne coulait pas aux bruits des montres.

Rien.

Il s’abreuvait  du soleil et de la tranquillité des jours.

Maggie

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© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Chapitre 18

Le studio et les scénarios

 

Dieu a donné à l’humain tout un studio, un beau studio bleu-ballon,   pour la musique, la peinture, l’écriture. Quand l’homme commença à vendre des poules et des lapins, l’idée vint aux hommes qu’on pouvait voler les poules et les lapins. Mais vint un plus malin qui, lui, eut l’idée d’acheter toutes les poules et tous les lapins. Ainsi naquit Jeveuxtout. La première clôture fut l’arrêt du monde libre et de l’avoir commun.

Alors, il ne reste plus qu’un seul film : un film à catastrophe. On aime avoir peur? On sera servi dans les prochaines décennies.

Nous sommes des scénaristes et des acteurs ratés. L’écran plat que nous regardons est peut-être celui qui nous sculpte. Nous risquons de devenir aussi lisses  que lui.

Nous sommes un cas lisse. Buvez-en tous, car ceci est votre sang!

Carl

Carl a eu un succès fou, fou, foudroyant,  avec une courte chanson  placée sur  You Tube : Sonate à la une. Une chanson aux dédicataires multiples…  Dédiée à toutes les femmes qu’il a aimées.   On a été neuneu de penser qu’il   allait au moins sauteler devant son succès. Au contraire, ça l’a figé. Pendant quelques heures, il s’est transformé en statue.

La chanson a frôlé   les 2 millions de visionnements. Karl  regardait l’écran,  les yeux grands, et c’est là que tout a commencé. Il a décidé de suivre une cure d’oubli,  tellement il craignait le vedettariat.  Il s’est bourré. Il s’est engourdi au point d’avoir des joues de vampire  au régime.  Il était blanc comme si on l’avait lavé au détersif de plus en plus puissant.

***

On a retrouvé Carl dans son vomi. Il sentait le petit canard à la patte cassée.   Il avait maintenant suffisamment engrangé d’argent   pour acheter toutes les chandelles de ce monde et les brûler par les deux bouts.   Carl tente, on dirait, de s’allumer jusqu’à ce que la braise de son âme lui apparaisse pour ensuite  plonger dans une urne.   On l’emmène au petit coin pour le débarbouiller de son dégobillage. La vie est un accident. Les hommes sont comme des œufs de poisson livrés au hasard des remous des guerres, de la monstrueuse misère, des âmes toutes en emprise, pincées par le monde du libre échange. C’est le règne des eucarides de Harvard.   Si dieu existe, c’est un semeur qui ne prend pas de risques : il pond et pond encore.  Il pond toujours pour être certain qu’il sortira un œuf gagnant du lot.  Einstein ou Krishna.

Le choix est fait. Faites vos dieux!

On a étendu Carl  sur un grabat. Il  s’est lové en fœtus pour tenter de rejoindre un  monde duquel il vient. Car il est venu au monde, comme nous. Nous les passants et partisans de la surface de corps.  Notre corps est une sorte d’horloge dont les aiguilles, en tournant,  nous débarrasse  lentement  de  la chair, la découpe finement, la brûle  pour bouronner. On perd chaque jour des particules de chair, volatiles, fines, qui s’emmêlent aux poils des chats, à la poussière de l’appartement. Celle que l’on ne peu  voir, celle à laquelle nous sommes  aveugles de naissance. Des  cadavres voltigeant comme des flocons noirs rappelant les cheminées d’Auschwitz.  Si on amassait toutes les particules de l’immeuble, il y en aurait suffisamment pour faire un cadavre décomposé, retapé une fois a poussière recollée.  On ne savait pas qu’on respirait la mort; c’est à force d’ouvrir les yeux, de se dessiller à coups de lésions psychiques qu’on finit par voir le bout du monde avant de voir le commencement  de l’éternité.

***

Maude  n’a que vingt-cinq ans, une peau lisse de cellophane, des yeux pétillants,  comme si  elle cachait un puits de lumière au fond d’elle. Ça sourd d’elle  telle une aura qui l’enveloppe  de ses passions et ses soifs. C’est beau à voir. Car elle est belle à voir.

Maude veut participer  au rêve américain.  Alors, un beau soir, en naviguant sur le web, on a découvert les vidéos de Maude,  formulant, toute pimpante   des conseils sur l’art des achats  en ligne, les  maquillages, les meilleurs restos, et d quelques recettes de plats minceur. Un bon début : 634,243 visiteurs. Quelques semaines plus tard, elle dépassa  toutes ses concurrentes.

Maude est maintenant  une vedette. Elle gagne sa vie dans la grande tradition de la légèreté de l’être humain perdu dans les sables mouvants d’un univers factice. Le civilisé ne se lasse pas de fabriquer des  miroirs. Dans les cinémas, très bientôt, il y aura des jets d’odeurs liées à l’histoire du filmé : le siège  avant aura son crachoir d’aromes, et les bancs danseront, tressauteront quand l’avion crashera. Un bel amusoir!

Et la réalité?  Il faudrait créer une école dans laquelle les gens marchent deux heures par jour dans les bois.  Un  futé  du Ministère de l’Éducation du Québec nommera cela : La Walden thérapie. Mais notre petit futé sera vite enterré par des projets plus importants, car on ne cultive plus l’art d’être mais l’art d’avoir.

***

Maggie et moi étions    avachis dans le lit pour rêver tout haut d’échapper aux gourous des États et leurs lapins qui sortent des chapeaux pour  avaler notre cerveau.

Dehors, les bruits de la ville paraissaient lointains. On pouvait entendre les pneus des bus nager sur l’asphalte mouillé  de la ville.  On fixait  le plafond comme pour voir des milliers de mouches. Nos regards sont avalés par le noir crade qui y est collé. On le sait,  parce pas un chiffon n’a caressé le plafond  depuis des lustres.

— Que cherchons-nous?

— Peut-être la vraie vie… Hier, j’ai visionné un documentaire sur les descendants des Aztèques. Les Aztèques n’ont que le temps de cultiver la pomme de terre. Et dans la pomme de terre il y a la faim. Et dans la faim, il y a de grands livres pour apprendre à devenir Crésus à la place de Crésus. La différence entre JÉ-Sus et Cré-Sus est le je.  Alors que nous avons trop de temps pour penser, ils  sèment  des patates et des patates et tressent de beaux vêtements colorées comme des toiles de maîtres. Même les arcs-en-ciel descendent pour les voir de temps en temps.  En plus, ces gens  sourient tout le temps. Même dans leur misère la plus basique. Alors que nous, par soir d’hiver, traversons le pont à 20 km heure pour aller au boulot. Boulot-boulet. On ne peut pas se révolter quand on a de la pizza à volonté et 150 chaînes de télévision. C’est Noël sur le pont. La voiture est renne. Sièges chauffants, anti-hémorroïde, et radio drôle, anti cafard. Le ciel et l’acier s’embrassent dans ce char techno.

Il faudrait s’enfermer de temps en temps dans un fermoir-forêt, une cache de chasseurs de silences. Ici, il n’y en a plus. Ici le bruit transperce nos cerveaux. Ici on  avale  7000 publicités par jour.  Sans compter toutes les ondes des téléphones intelligents, de celles des  micro-ondes, et des Wifi.   Tout ce bruit de fond ressemble aux tortures d’un Guantanamo. Je veux bien rester vivant, mais je ne veux pas mourir à chaque seconde. Je veux t’emmener quelque par, là où on ne te tuera pas. Je veux que des papillons aux ailes muettes virevoltent alentour de ta tête. Je veux qu’il reste encore en ce monde un arbre sur lequel nos enfants peuvent encore y attacher des balançoires. Je veux que le jardin soit rempli de mille-pattes, de perce-oreilles, d’insectes minuscules qui poussent dans les canicules, de chiendent nargueur, tenace. Je veux de la vie. Pas des écrans et des puces informatiques et des politiciens tic-tic-tac.  De vraies puces qui se jettent sur les chats pour les sucer, les mordre. Et je veux surtout qu’on laisse les pissenlits se répandre avec leur toison jaune et vieillir jusqu’à  leurs hélices voyageuses. La vie, Maggie… Pas de l’acier et des embranchements de dictateurs fourmillant dans des banques et tressant, stressant nos petits destins. Je ne veux plus qu’on soit des nègres translucides, de la chair à robot.

***

Ce soir-là, le mercure plongea : c’est ainsi qu’on le dit à la télé. Et la télé c’est le curé du 21ième siècle. L’heure des grands sermons sur des montagnes de propos sans cesse répétés.

On gelait comme des mouches sur le bord d’une fenêtre, des mouches qui auraient eu besoin d’adrénaline, des mouches lentes et en mal de vivre de courir leur pitance et d’avoir peur, tout le temps peur de cette peur inoculée comme des vaccins obligés. Personne ne voyait la peur inoculée derrière le montage qui fut ourdi pendant des décennies, voire des siècles .  On bredouillait des mâchoires. On bébégayait,  essayant de  parler.

Carl, la lampe allumée, avec sa barbe de cent un  jours et trois heures ressemblait à Gauguin, transis, malaisé, le regard plus vitreux qu’une façade de  building  de verre. Puis, las de se congeler ainsi-soit-il, il fut frappé d’un  eurêka en allant allumer le four de la cuisinière. On aurait dit que tous les frissons du monde avait rempli les chambres et la cuisinette attenante. Maggie ne dormait pas : elle posait ses petits pieds gelés le long de ma cuisse. On était cuits par ce qu’on avait cru. Comme ce docteur qui arrachait les dents des malades mentaux au début du 20ième  siècle pour les guérir. De  quelle stupidité étions-nous maintenant  victimes? De toutes, en fait. À quoi croyait-on vraiment?

Carl a commandé une pizza. Et nous étions là alentour du four, à se faire griller comme des petits pains, nés pour un petit pain, inquiet de tous les avenirs de la planète. C’est à ce moment que Maggie comprit que nous étions couvés comme des œufs dans un total abattement, une désespérance de jaune d’eux  qui s’accrochait à nous. Nous les humains, nous les malades mentaux, assis autour d’un feu de four à manger de la pizza. Quand on sortait de notre placard à 450$ CAD,  on ne trouvait que du pavé gris et des zombies. Nous étions des secrets réchauffés, des hypocrites, car on gardait nos infimes et belles vérités au fond de nous. Quand on tentait de les répandre, personne n’écoutait.

— Carl! Tu crois en  Jésus?

— Jésus c’est tout le monde. Jésus c’est le tout qui n’est pas le un. Le tout est la leçon, le verbe. Les autres sont des Jésus, des Christ qui nous enseignent tout… Mais c’est une autre histoire…

Pour survivre, rien n’allait nous arrêter. On s’aimait parce que chacun avait connu l’enfant en l’autre.  Tout ça ne voulait rien dire, tout ça était une sorte de résine  de cerveau. Et c’est là que nous nous fourbions comme des murines devant un piège au fromage.  Ce qui nous sépare et nous rend différent de la bête c’est que nous pouvons nous en sortir par un seul moyen : quand on ne comprend pas, on accepte. Peut-être qu’un jour on comprendra, peut-être que l’on saisira et pourra mettre en équation tous les filaments de la pelote de laine qui servait à nos grand-mères à tricoter des bas. Mais il était impossible de comprendre qu’il n’y avait pas d’ordre dans la fabrication d’une pelote de laine : on l’enroulait, c’est tout. Et le parcours de ses veines laineuses ne pouvait tout simplement pas être refait. Il s’agissait simplement de voir que c’était une pelote de laine qui avait servi à fabriquer une paire de bas ou une paire de mitaines.

Nous avions une faim d’adolescents. Alors, on a mangé la pizza baveuse avec des sons de mâchoires de l’homme du Neandertal.

C’est à ce moment-là que Maggie et moi avons pris conscience que nous nous détruisions à force de ne pas être ce qui nous étions vraiment. On ne peut pas être propres dans une eau sale. La Terre avait une odeur de moisi. En un siècle le fruit qui flottait dans l’espace était flétri et empoisonné. Rien ne servait maintenant de comprendre et de corriger : la Terre était une pelote de laine mouvante et les moutons,  c’étaient  probablement nous. Nous courions à perdre la laine, ébouriffés, étouffés, dans ce délicieux abattoir d’acier, de constructivisme  délabré et opérant. Bousille-nous ma belle société! Creuse-nous comme des puits cartésiens! Sommes-nous comme des bêtes! Brûle les frileux! Fais toi une feu de camp des tendres et des généreux!  Prends notre petit morceau de peau et vends-le aux grands de ce monde. On a placé sur les têtes des européens, jadis, des chapeaux de castor. Il y en avait des millions au Canada. La chair est restée ici, sans cimetière, pourrissante, mais le reste a coiffé l’aristocratie du 18ième et 19ième siècle. Ce qui reste d’eux, c’est la descendance qui désormais rase les forêts avec d’énormes machines. Plus vite que les castors… Avec des dents nouvelles : l’avidité, l’âpreté. Mordre dans la vie, c’est pour eux déchiqueter et la Terre et les Humains. Ils ont enfermé la vie et la Vie dans un disque dur qui se promène d’un paradis fiscal à l’autre. De la Cité de l’Ombre à la Cité de Londres en passant par le carnaval étatsunique. (sic).

On a compris, Maggie et moi, que personne ne comprendrait. Enfin! Disons qu’ils comprenaient du cerveau le mécanisme de la montre Rolex, et  que nous n’avions aucun intérêt pour la matière trop grise ni la Rolex.

Le monde, le nouveau monde des « huns » était né. Nous étions désormais des uns et des autres. Des défibrés boudinés dans les intestins des Morlocks d’un âge à finir.

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© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

 

 

 

 

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Chapitre 17

Le lièvre et la torture

Quand au bout du monde – et le bout du monde est ici- ( et le bout du monde est là, ailleurs, quand il n’est pas ici)  un banquier, un petit affairiste fourni en venins et en sang,  fait en sorte de sport en inculquant à tout le monde l’idée que l’on peut devenir riche, alors les pauvres se mettent à courir, travaillant de plus en plus pour atteindre un certain standing social. Ils travaillent davantage pour se payer un frigo, une auto, une maison. Et l’affairiste, pour en ajouter à la torture, sabote ses produits à la consommation en réduisant la vie du « produit ». En réduisant la vie du « produit », il réduit encore l’avoir du pauvre travailleur qui devient le petit imitateur. Sa vie est une course effrénée. Si l’aristocratie de jadis chassait le lapin par plaisir, c’est aussi par plaisir que cette race oligarchique chasse les avoirs du pauvre. Le meilleur pauvre à chasser, encore un peu gras, peut s’engraisser encore par le crédit.

Les États étant devenues des administrateurs de ces secte oligarchiques, petits prêtres des de villages appelés pays se fabriquent une descendance de kapos pieux, accomplissant des tâches aux titres pompeux et aux salaires de 20 à 100 fois plus élevés que le petit travailleur qui trime. Le lièvre vient d’embarquer dans un système tordu et vicieux. Mais il votera. On nommera cet acte : devoir.

Jason

Bien mis

( Une série courte de Netflic)

L’homme de la pègre se baladait nonchalamment, bien mis, portant un costume de milliers de dollars, une montre en or et en art, des souliers italiens à 1000 dollars, souriant devant le cercueil de son ennemi Elogio.  

Le tueur à gage l’avait dans la mire. Il tira.

L’homme tiré à quatre épingles, chuta, un trou rougeoyant au front.

L’heure est à 24.59.56 HMS

Ainsi, le genre humain de par le point de départ  de la création,  a jusqu’à maintenant vécu 4 secondes dans cet univers .Rien de glorieux pour les bretelles des traders de Wall-Street.

Carl

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Maggie et moi mettions nos œufs dans le même panier. On concoctait, comme des poules, un meilleur à venir. On cachait nos avoirs dans la paille.

On allait se chercher des livres à la bibliothèque publique, voire ludique, car on y trouve là  que des amusements et quelques trésors perdus dans les rayons poussiéreux.  Alors, on s’est mis à pirater des livres électroniques. Notre ordinateur en avale un en trois ou quatre secondes. Et le pauvre petit écrivain a pris trois ou quatre ans pour faire enquête, ou bien   créer un scénario,  vient de se faire sucer ses sueurs. ( Tiens, on dirait  Corneille avec son serpent qui siffle.)

Il reste à bouffer. On mange peu. On mange en mouches à fruit. Alors, on puisait ici et là du manger.  Maggie ramenait du restaurant dans ce que jetaient les propriétaires, pour ne pas se faire braquer leurs restants de table.  On a dû cesser, parce qu’on était en train de s’habituer à manger  en gentillâtre.

Au resto, c’est  Maggie qui avait pour tâche de jeter la  bouffe « passée bouche » ou passée date. Un jour, alors qu’elle poubellisait, elle remarqua un voleur de croustance, caché derrière le réservoir à déchets. Il était accompagné d’une chienne nommée Perle. La chienne  grogna et le SDF la calma. Ils eurent une relation alimentaire qui dura quelques mois : du pain et des yeux. Elle lui tendit des paquets de nourriture et il lui donna quelques poèmes en retour.

Ma rivière était une eau qui marchait
En courants qui courait vers les fleuves et les mers
Et ma terre me fut arrachée par des gens de pierres

Gens de guerres, militaires de bureaux, fiers
De tracer des rues, planter bancs et lampadaires
Je suis riche, je dors à la lumière même en hiver

Wabo

— Vous avez des fonds de bouteilles de vin?

Elle acquiesça.

— Vous n’êtes pas comme les autres, vous. Les autres me donnent de l’argent à condition que j’achète de la nourriture. Ils ne savent pas que je vole ce qu’ils ne mangent pas. Ils me font la morale après avoir volé mes  terres.

Puis au dernier jour de Wabo, dont on retrouva l’enveloppe charnelle,  il se mit à pleuvoir comme dans les romans de Simenon.  Et ce fut le chien qui revint piteux, habitué à tirer pitance du réservoir.  Le chien ne demanda pas de vin. Il était venu pour l’amour. Et Maggie le caressa. C’était une femelle, et elle ne put jamais s’en départir. Elle la nomma Wabonne.

C’est ainsi que Wabonne arriva à l’appartement et s’en alla nicher comme si elle savait déjà où était sa demeure.

***

Il y a des jours durant lesquels on dégrise. On a la fois pois chiche. On sait tous que  la foi soulève  des montagnes, mais les naïfs qui se refusent à baisser les bras, qui  font de la fièvre en politique,  ignorent ce qu’ils font. Pardonnez-leur, Seigneur! Pardonnez-leur! Car ils ne savent ce qu’ils défont. La Terre est un chant de bataille. Et ça fausse  en  chœur de batifoleurs menteurs à rabais.. Ce n’est pas le chœur de l’armée rouge, ni Celine, c’est le son de craquements qui annonce la crevaison d’un beau bateau vert : il vient de faire fondre l’Iceberg.

La cuisine du politiciens est en phase krach 29, à deux couverts :

– La croissance

– La croissance de la croissance

Nous espérons, les doigts pieux, que le monde changera, que les paradis fiscaux disparaîtront, qu’il y aura accalmie, que le thermo-maître sonnera l’alarme en rafraîchissant un peu les ardeurs du toutvouloirisme qui les affectent.   Mais, Ö que tant de mais,  le  chinois le plus riche de la planète n’a rien à cirer de cinq  petits intellos aux jeans déchirés aux genoux : c’est lui qui nous les vend. Ni le plumé jaunasse étasunien qui a un oiseau comme gros micro. Mais c’est le chinois le  gros maillon au portefeuille débridé  qui pratique le sport le plus dangereux au monde : le commerce international.   On sait ça et ça se sait. Ça se sait dans les minuscules sphères qui trempent leurs cerveaux dans tous les écrits d’une presse de gauche agitée, dont les membres battent de la plume en écrivant comme des dieux. Ce ne sont pas des Proust qui nous mènent, mais des prout qui sont aussi à la recherche du temps perdu en traitant de paresseux ceux qui sont incapables de « produire » du travail, donc enrichir des gens que l’on ne connaît pas. Sauf si on regarde par la fenêtre de Windows.

Mais le diable tient les commandes du monde. « Vous avez le droit de vous exprimer », a dit le premier ministre, tout fier, hier, avant le G7. Alors?  Lui, avec ses chemises brunes modernes, a le droit de les utiliser pour écraser des pancartes. Pancarter est un sport à la mode dans les démocraties. Si on vous laisse faire, c’est que ça ne sert à rien. Toute l’étourderie sociale fait croire à une fête qui ne se terminera jamais, à la remise en forme d’un libéralisme soutenu par des hyperactifs toxiques.  La partouze planétaire n’aura duré un siècle et demi. Tout ça en 4 secondes d’univers.

On brûle dans notre petit enfer. Mais ce n’est rien à côté de ce qui se passe à l’autre bout de la planète, comme si la planète avait un bout.

— Ça va me faire un bel article…

— Pardon?

La voix de Maggie me semble lointaine.

— Je pensais tout haut.

Je tenais mon soulier de course  dans une main et je le scrutais à la loupe. Quelque part, quelqu’un payait un athlète 5 millions de dollars par année pour en faire la promotion. Et Maude qui se payait des crèmes pour raviver son minois, faisait vivre une starlette grimée électroniquement. La vedette avait tellement de crème sur la peau, qu’une fois morte – par un hasard inattendu (sic), aurait pu embarquer en un claquement de doigt – si elle en avait été capable- dans un cercueil. Il y des mensonges qui couvrent bien des joues…

***

« Travailler c’est se réaliser ».

« Travailler c’est se réaliser ». Le slogan est national et multinational, intra et extra national,  faisant partie de ces mini perles de philosophie que l’on injecte dans la tête des enfants. La propagande, c’est  la panoplie de vaccins sonores et visuels implantés dans les cerveau. On se pâme  devant cette dose de philosophie en éprouvette: « Le travail n’a jamais tué personne ». Le voilà en  train de tuer tout le monde.

On ne veut pas appartenir à ce clan. Ni prendre notre retraite avec une montre en or Made In China.  On ne veut pas se faire macérer  le cerveau d’encre débile, ineffaçable.

***

Maggie et moi on est d’accord : si nous devenions  riches un jour, nous achèterions des millions d’arbres  rien que pour les garder debout, en vie. . Les hommes fauchent trop d’arbres. Et les animaux fuient parce que leur maison a des feuilles, des troncs, des racines. Qu’avons-nous,-nous? Nous espérons en priant Sainte-Thérése d’Avila et John Lennon,  tout l’arsenal assis à la droite du Père qu’il reste encore de ces arbres. Ils ne peuvent pas tout avaler, n’est-ce pas? Il doit bien y avoir des recoins dans le Nord, là où le pied de l’homme n’a jamais mis la tête.

On veut planter des tomates, récolter des carottes, ménager la chèvre et les foux, ( la liberté d’ortografe, un régal …)  séduire les oiseaux comme Richard Prohenneke. On veut aller embrasser des syriens, des musulmans, des témoins de Jéhovah, pourvu qu’ils aient une âme. Pourvu que leur âme bablotte  avec leur corps pour en finir avec le grand abîme de nos dissemblances. Nous sommes pareils, c’est un fait. Il n’y a que cette race de frivoles qui se pensent différents.

Il faut cesser de nous accoutumer aux ritournelles qui reviennent à chaque élection.  Il faut rendre malade les phrases creuses des politiciens. Ce sont des bêtes de somme. La somme de nos avoirs. Ils sont trop indécomposables pour nous. Ce sont des duvets d’âmes. Des riens. Des poils sur la langue. Des peaux de fucks. On jure après eux, mais ils s’en branlent. On leur crache dessus avec des textes savants et bien concoctés, mais ce sont  des duvets de canards de coin coin de pays.

J’ai léché le recoin de l’œil de Maggie.  C’était salin comme une vaguelette de mer. Une grande étendue… Les émotions sont souvent vagues.

— Il faut que j’aille travailler…

Elle s’est déguisée en quelqu’un d’autre.

— Téléphone pour dire que tu es malade…

***

Quand on s’étend et qu’on fait l’amour, le reste du monde est couché les yeux fermés, ou bien  a  déserté quelque part. En tout cas, nos draps sont de vraies paupières. On se soustrait aux regards des 7 milliards, et on s’additionne à deux . Sous la couette, son corps se colle au mien. Mais au bout d’un moment, il n’y a plus de corps. Nos doigts partent en voyage. Cuba.   Toutes les horloges du monde sont défectueuses. Je me suis demandé pourquoi  ces voyages étaient si bons. Je me le suis demandé… Après le grand souffle, après le grand voyage, c’est le dormir qui vient nous chercher. On perd conscience.  On sombre dans l’entonnoir de cette fausse nuit.  Bien qu’il nous arrive de tenter de nous lever et de  nous habiller, nos corps continuent d’aller se recueillir dans la canicule secrète. Ses doigts sont un chapelet à dix grains : et je la prie en Je vous salue Maggie, puis fait un notre paire après le trajet. Elle ne s’en rend pas compte, mais je l’égrène avec une respiration d’escargot. C’est lent lent et bonbon.  Quand on sera vieux, on se fera une tente avec les draps contour. Comme les enfants. On s’apportera un lunch pour y passer plus de temps sans avoir faim. On fera du camping. Du camping pour rire et se dérider. Quand on sera trop vieux pour aller loin, on ira proche.

***

Le froid a des dents, le froid nous mord quand on sort. Le sort en est jeté. On sort. L’appartement est une véritable porcherie : il faut tout enlever de la table avant de se frayer un petit coin avec nos coudes en forme de charrue  pour retrouver le dessus crasseux, quasi visqueux de cette vieille table des années cinquante. C’est Carl qui l’a trouvée sur le trottoir.  Il l’a presque noyée  à l’eau de javel avant de la monter dans l’appartement. Les chaises sont restées là,  tristes, comme si elles se séparaient de leur mère. Une table sans pattes c’est comme une chatte cul-de-chatte.

J’ai fait cuire deux œufs pour Maggie et deux pour moi. Le pain, dont l’enveloppe est restée ouverte, est sec, trop sec.  C’est une biscote en devenir. Il s’effrite et craque sous nos doigts. Maggie,  qui aimait le thé, s’est convertie au café libanais, sorte de sirop de café. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu : « Parce que ça prend moins de temps à faire ».  C’est une maladie que de n’avoir pas de temps.

À notre tour de pondre un article. Alors on s’enfonce dans les quartiers de la ville où dorment les SDF. Il est deux heures de l’après-midi. Près de l’entrée du  métro, un chien jappe. Un gros chien jaune, à poil long, maigrichon.  C’est à cet endroit qu’on a rencontré Gildo et Nooda , deux SDF en amour. Elle ne parlait pas français et lui baragouinait l’anglais. Ils tendaient une tasse en sautillant pour se réchauffer. Les voitures s’en allaient lentement, très lentement, quasiment arrêtées par les crocs-en-jambe des autres voitures.  Quand on regarde dans les yeux de quelqu’un, on voit quelque chose qu’on ne voit pas avec seulement les yeux. C’est la plus grande porte qui mène quelque part où nous sommes tous liés. Un lieu sans lieu. Ici-bas, nous sommes tous racistes. La couleur des âmes ne se voit pasé Le mascara n’est pas pour les auras.  Nooda n’en porte pas. Elle transporte son auréole de beauté recroquevillée comme pour la camoufler .  Mais il y a des beautés qui ne se cachent  pas.   Nous accordons tellement d’importance aux rangs sociaux que chacun vaut la valeur de son manteau. Elle est syrienne  et lui est italien.  Chacun a fui son pays pour le paradis canadien.  Nooda est toute douce, avec des reflets d’arc-en-ciel dans les yeux. Elle est heureuse, on dirait. Heureuse de ne plus entendre les bombes, heureuse de ne plus voir des corps déchiquetés par les fragments de bombes. Du plus de sang que d’eau.

Maggie leur offre un café dans un endroit chaud. Il suffit d’entrer dans le petit café d’en face. Reçus comme des chiens galleux avec le beau labrador et les deux guenillés qui sentent le savon des bouches dégoûts, là où il fait bon se faire lécher par une belle tiédeur.  Il faudrait les envoyer se chauffer dans une cabane au fond des bois, se chauffer  au bouleau et à l’érable avec le poêle qui crépite en envoyant des odeurs. La forêt est une église et ses encens vous voyagent  d’odeurs.   Nous sommes des utopistes sans pitié, des rêveurs de fond de tonneau. Ils ne boivent ni ne moissonnent, et pourtant des oiseaux de ce monde meurent de froid de la glaciale finance.

Je lis dans les pensées de Maggie. Et Maggie me relance mon non par la pensée.

Au bout du monde, si près à la fois, si loin de nos préoccupations, nos propres préoccupations, nos sales préoccupations…

Pas question. L’appartement est exigu, bondé de bardas encombrant. Il vaut mieux garder pour soi ce cube calorifique. Il vaut mieux avaler sous silence cette cuvette thermogène. Nous vivons dans un État igloo. Nous sommes des esquimaux. Nous mangeons la chair des autres.  Nous parlons la langue de l’amour, mais seulement de la langue. Pour le partage, la situation nous rend frileux. On ne sait plus sur quel pied danser sur la bouche dégoûts. D’ailleurs je me   dégoûte. Quel gâchis! Quel gâchis de ne pouvoir aider deux personnes sur 7 milliards. Que faut-il faire? Aller braquer une banque? Elles n’existent que par des pixels. Mettre le feu au centre ville? Appeler les pompiers ou leur donner un calendrier de pompiers? On n’a plus de main, ni de lendemain. C’est tout coincé dans la région du cœur, tout grippé, sans soupape pour évacuer notre peine.

Finalement, on se trouve  un MCDo. On leur offre un beau Burger garni qu’ils avalent en rotant comme des moteurs qui n’ont pas eu d’essence depuis que la lurette est belle. Rien de mieux pour l’émouvoir. Même le chien en a eu un. Il nous a léchés les mains comme si nous étions allés aux vaches ensemble. Il nous aime. On l’aime.  Mais c’est Nooda qui a été la championne du rot. Un rot si fort que tout le monde a applaudi. Comment le McDo a-t-il laissé entrer ces deux guenillés? C’est simple : Maggie leur a dessiné un beau et faux tatouage le long du cou, puis a fait un chignon à Gildo. Le chien a hérité de mon vieux gilet rouge ardent. Ça l’a rendu fier et chaleureux. Surtout avec le petit foulard au cou. Le monde  est habité de cravatés et de faux artistes. Donnez m’en l’air! Point. Point Virgile. Poincaré. La théorie du K.O. Henri son nom petit, comme disent les littéraires.

Tout fou, tout ça. N’empêche qu’au bout de la journée Nooda et Gildo se sont retrouvés dans l’appartement. Le chien a vomi son McDo. Carl, qui était en grande forme, rieur ce jour-là, a dit qu’il l’avait chié par devant. « Je vous l’avais dit que le monde est à l’envers .

Du petit village d’où je venais, près de la frontière canado-américaine, là où une des maisons est scindés en deux : la salle de main étant américaine et la cuisine canadienne, vu la vieille ligne de démarcation des deux pays, on commençait à se faire plaisir d’aller aux chiottes quand le président des États-Unis d’Amérique gaffait.

Maggie a écrit une belle lettre en anglais et en français et, quelques semaines plus tard, ils ont commencé à travailler dans une petite usine de parachutes. Nooda est enceinte, mais au chaud. Gildo, qui parle l’italien a appris à coudre de fil en l’aiguille. En attendant qu’ils trouvent un logis, Maggie leur a donné l’adresse d’un oncle qui a un camp de chasse dans un grand boisé. Quand ils sont arrivés, l’oncle était décédé. C’est sa veuve qui a pris ces deux enfants du bout du monde, séduite par la vie. Ils étaient si riches de cœur qu’ils auraient pu donne une feuille d’arbre, de merisier, de bouleaux à tous les habitants de la planète.

Un jour, Gildo est allé chanter en italien chez les vieux, les abandonnés d’un Centre pour personnes âgées. Il chantait en italien et ils sont devenus tout éblouis. Dans leur vieux cerveau dormaient toutes les vieilles chansons. Et  Gildo  les a réveillées. Gildo a compris qu’il était un raviveur d’émotions en ce petit coin du Kanada nommé Québec (passage étroit, en amérindien).  Les vieilles dames l’ont remercié, lui on serré la mai et certaines l’ont bécoté,  parce qu’en chacune des suite des notes ou vibrance, il y  avait un peu de leur mari décédé. L’amour est une vibration. On s’amoure d’une voix comme d’un piano. Et les pianos ont 88 notes. Aurore avait 44 printemps et 44 hivers.

Il n’y a pas meilleurs mains que celle des émotions qui se prennent l’une dans  l’autre.

Plus tard, Nooda et Gildo se sont acheté une maison toute  fripée, avec des rides aux murs. Mais rien n’arrêtait Gildo. Mais quand il regardait le champ immense en arrière de la maison, la rivière qui déchirait le boisé, et les oiseaux qui volaient, Gildo pleura.

Et Nooda le prit dans ses bras, but ses larmes, et ils se demandèrent pourquoi les hommes ne cultivent pas seulement les champs et blessent autant les rivières, cultivent autant d’armes pour prétendre à la paix.

© Gaëtan Pelletier

(Chapitre 17, Version provisoire)

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

 

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Chapitre 16

Une montre en plastique donne la même heure qu’une montre en or. Avons-nous donc besoin d’une montre en or?

  L’âme, ou la partie cachée de l’être,  est la seule compagne qui comprend tout dans un corps qui ne comprend rien. Un corps bousillé par la vie, et un cerveau bousillé par l’avis. À partir de là, je suis un doute ambulant.

Il y a des jours pendant  lesquels je ne sais pas ce que je dis. La science peut tenter d’expliquer un frisson, une chaleur soudaine, mais elle n’est pas ce frisson ou cette chaleur. Elle en n’est qu’une tentative d’explication  Même les mots ne sont que des manières d’exprimer un objet, un sentiment, mais ce n’est pas l’objet ni le sentiment.   

Les savants, chercheurs et autres trouvailleurs d’occasion, savent si peu de la vie, qu’ils ne connaissent pas la méduse du genre Crossota dont les yeux sont des phares à une profondeur de l’océan, là où il n’y avait pas de vie avant. Du moins, on pensait qu’il n’y en avait pas… L’humain n’a plus d’instinct. Il faut qu’il fasse appel à un conseiller ou un rogne-pied  pour se chausser le matin.

Jason

********************************

D’ici cent ans, la planète pourrait avoir pris trois degrés. Tout ça nous frémit. Tout ça nous tremble. Aurons-nous des enfants?  Comme  Mayer Hillman, il faudrait tous nous convertir au vélo et ne pas voyager. Éviter cette croissance affolée.  Le vieux Hillman n’écrit plus parce qu’il considère  cela inutile. Que feront les migrants quand ils iront vers le Nord pour s’éponger  en léchant des  glaciers? Ou qu’en ferons-nous de ces nouveaux arrivants pauvres quand les riches auront divisé par mètres cube l’eau du  lac Baïkal? Ce que nous en faisons aujourd’hui : les laisser couler. Le monde croule et les migrants coulent. Il coule du fait divers sur les ordinateurs et les tablettes. Pfff!

Tout ce que disent les journaux nous entre par une oreille et ne sort pas par l’autre. Le cerveau est comme les menues éponges des cartouches d’imprimante : il a soif de tout et n’a pas vraiment la fonction de « choisir ». Tout s’imprègne sur ces feuillets déjà barbouillés.  On a peur. Peur comme une truite qui viendrait tout juste d’apprendre que leurre est triste : un arrêt de mort. La grande faim  de l’avoir,  du matérialisme, des aspirateurs à milliards de la planète  auront  ce monde. En fait, c’est la Ford-T et les chaînes de montage. À partir de là, on a séparé la terre de l’humain. On lui a garanti un revenu, pourvu qu’il délaisse ses champs et sa misère. Puis on a allégé le fardeau fiscal des riches pour qu’ils puissent produire davantage, s’enrichir davantage,  et que leur richesse « ruisselle » sur les pauvres. L’humain est un esclave en fauteuil roulant. Roulant sur des horaires et une vie enfiévrée.

Que faut-il faire? Nous balivernons à corps et à cris. C’est comme si nous n’avions que des ongles pour creuser alors qu’ils ont des bulldozers gigantesques, inhumains, aux conducteurs bien payés, qui sont fiers  de mettre la vie aux ordures sans savoir qu’ils entretiennent et engrossent   la  banquerie.

  « Qu’est-ce que le mal? Demanda Goering à Nuremberg.

Et le psychiatre répondit :

« Le laisser-faire total est en fin de compte un laisser-mourir dans l’indifférence des improductifs déchets humains, définis selon des critères économiques précis et donc chiffrés. Parce que le chiffre est le décideur, il s’agit d’une haine froide, glaciale.»

Nous ne sommes que des chiffres et la notion d’une race d’aryens  est revenue en force sous une appellation qui n’a même plus d’appellation. Le mot est crypté dans les conglomérats transnationaux.  Le néonazisme est une guerre qui écarte la notion d’empathie, et qui rassemble une foule de décideurs qui savent  comment monter une présidence américaine,  voire un premier ministre canadien, bref, un ersatz de  meneur.  Les décideurs sont des croquis de décideurs. Ils ne savent pas qu’ils ne  sont dans cette bande dessinée qu’un personnage dans une bulle  qui servira à l’histoire. Et que le livre se fermera un jour…

Et la Terre est un livre…

***

Carl est revenu d’Amsterdam avec une un beau brin de fille qui se prétend mannequin et actrice. Quand ils ont fait l’amour, dans la partie « cachée » de l’appartement, on aurait dit que la fille avait des orgues de Staline dans les cordes vocales. Elle savait dire « yes », et en anglais. Et elle répétait sons discours à qui voulait l’entendre ou …l’étendre.  Pour communiquer, elle parlait en signes et, de temps en temps,  dans un anglais de vendeur chinois d’EBay.  Ça suffisait pour Carl qui venait de se faire huer pour avoir davantage parlé lors de son concert que chanté.

Le lendemain, la fille repartait pour Amsterdam, billet payé. On n’a pas su pourquoi, jusqu’au moment où Carl faisait ses bagages. Direction : les bois du Témiscouata, qui en Malécite –  une tribu amérindienne –  signifie « lac profond ».  Une partie sauvage de l’Est du Québec avec une cabane au fond des bois. C’est Carl tout créché.

— Où vas-tu?

— Passer un mois dans le bois. Je vais me dédroguer… Me tremper le cerveau dans des chants d’oiseau. Et je crois, qu’après ça, je vais prendre ma retraite… Je vais reprendre mon cours de menuisier.

Pendant qu’il lisait les nouvelles sur son ordi, on annonça la fin provisoire du projet Trans Mountain, un pipeline servant à transporter du pétrole, toujours plus de pétrole, de l’Ouest Canadien  jusqu’aux États-Unis.  Plus loin, on montrait une photo des camions (bientôt autonomes, encore de la robotique) de la grosseur d’une maison.

Carl fulminait.

— Voilà! Notre petit Trudeau est une souris devant ce camion probablement conduits par les frères Koch dont le papa avait fait des affaires avec Staline et Monsieur Adolf. Belle équipe! Ceux-là  sont sans doute responsables de la mise en place du président Trump.  Tout ça est à la vue de tout le monde… J’ai bien peur qu’on soit cuit d’ici cinquante ans et que l’on doive commander une autre planète. Alors, bonne chance à ceux qui auront la patience d’attend 4,5 milliards  d’années… Il n’existe pas de guillotines pour les conglomérats puisqu’il n’y a pas de tête… Il y aurait plus de 50 milliards d’ordinateurs liés sur la planète. Ils ont créé la plus énorme masse d’informations au monde. Le Dr Goebbels s’en lécherait ses minces babines.  Alors, si on fermait nos petits billets individuels et la panoplie d’informations, le système, sans doute, craquerait.  Ainsi,   pour trois ou quatre semaines, cela serait suffisant pour les faire tomber. Le géant au pied de serveurs ronronnant, tituberait.  On n’a pas de guillotine, parce qu’on n’a pas de tête nous même : au fond, si on arrachait nos oreilles électroniques, on leur couperait la voix. Une oreille, c’est comme une épuisette… On y cueille des sons… Cessons de pêcher!… Il faut partir un mouvement : fermer tout ce qui est électronique pendant trois jours. Le jeûne partiel.

—  L’ode à la joie de Beethoven est devenue une roulade de tambour pour l’Union Européenne. Le sacré de l’âme s’est fait fondre dans la folie des États.  On coupe les arbres plus rapidement que le barbier d’Al Capone rasait le petit chauve fou. Où    s’en vont les orignaux, les oiseaux, les lièvres? Voilà le monde dans lequel on vit. Vit sont les trois  premières lettres du mot vitesse. Vit ta vitesse.

On garde le silence comme dans les grandes peines.  Empoisonnés par la vie.  Rien ne peut plus nous faire parler. C’est la corde vocale qui chôme devant  la discorde mondiale des pouvoirés effilochés comme des burgers au porc effiloché.

Maggie s’est levée.

— Il faudrait se changer les idées.  Il faut bouger pour oublier…

— Oui. C’est bien ce qu’ils veulent. Si on veut rester vivant pour acheter ce qu’ils vendent. Se capsuler le cerveau comme pour éteindre une chandelle…

Alors, tout le monde s’en va sur l’ordi et ouvre l’écran du canal météo. On annonce une belle journée ensoleillée.

Quand on est revenus, Maggie et moi, Carl était en route pour son Compostelle témiscouatain.  Au lac profond… On ne lui a pas dit qu’ils avaient rasé la forêt sur des kilomètres pour faire place à une autoroute. Les lièvres se sont sauvés des bulldozers.

***

Maude, avec son énergie inépuisable a accouché d’un bel article avec des références des érudits à travers les siècles : Nietzche, Freud, Einstein, et…G.W. BushÀ : « celui qui se peint dans son bain ». Mais elle a su trouver un titre pour attirer les lecteurs : « La religion du cerveau ».  Ses méninges soupiraient pour une meute de pompiers : ils flambaient. Sans photos, on a eu 2,223 lecteurs. Avec photo, on a eu 11,459 lecteurs. Cinquante nuances de la profondeur humaine…  Théo, la regardait écrire, et, de temps en temps, il la bécotait. Elle accouchera vraiment dans neuf mois…

***

Maggie et moi, vu la lente décadence, la friabilité des 5 petits preux, accouchons de projets pour nous deux :

— Nous aurons chacun un travail, une maison, des enfants, une cour arrière et un petit jardin. Nous aurons nos propres carottes, sans pesticides, nos pommes de terre, et un peu d’ail pour les vampires. Ensuite, on deviendra vieux et je te cuisinerai des soupes aux tomates et à l’orge.

J’ai fait oui de la tête. Le reste du corps commençait à trembloter : j’ai toujours craint les contrats à long terme.

— On garde ça entre nous.

— Oui, c’est notre secret.

Nous voilà deux agents secrets. Pas un mot. Pas un. On s’est cadenassés dans notre amour et notre projet. « Fais-toi un projet! ». C’est ce qu’ils disent aux enfants à l’école.

« Nous nous achèterons une maison délabrée parce qu’on sera pauvres. Une maison délabrée au fond d’un village à l’abandon. Mais on fera ce qu’on pourra. Pourvu qu’on soit ensemble. Maggie ma douce, fabriquons nous un avenir à nous,  comme ceux qui font leur pain. Nous nous pétrirons ensemble. »

Puis un jour, Maggie a eu son diplôme d’aide aux bénéficiaires. La tâche était difficile mais les postes nombreux. Têtue de la tête aux pieds, et maligne de surcroît, elle leva les yeux vers moi et me lança un «  non » irréductible.

— J’ai un plan. Et c’est pour nous… Du moins en attendant la fissure totale….

Elle s’est habillée  pour que tous désirent la déshabiller. J’étais coi, et je me demandais à quoi elle voulait en venir. Au bout de deux jours de recherches, elle s’est vu offrir un emploi au  Snobochic! Un resto de grande classe, fréquentée par des hommes d’affaires pompeux et ambitieux, lustrés comme des calices . Pour  eucharistie, ils ne bouffaient que de l’argent.

Là, au moins, elle a des pourboires. Alors, elle se fait belle en dehors et prend son rôle au sérieux, elle fait sortir le pétillement de son œil et, avec ses longs cheveux roux, on lui demande souvent si elle a des souches irlandaises.

— Oui, je suis Maggie Brogan. Mon arrière  grand-mère s’est installée dans un petit village,   mais elle n’a jamais appris le français.  Elle savait tout juste quelques mots et parlait à ses chiens en anglais et elle est morte en disant : Oh! Jaysis!

On la trouvait drôle et pimpante. Elle en conclut rapidement que la valeur de sa clientèle était reliée à la puissance de moteur de leurs autos de luxe, de leurs  yachts et leur gros  portefeuille  en dormance dans des îles banquières peu bavardes.

Quand Théo lui a demandait ce qu’elle cherchait elle a répondu qu’elle cherchait le bonheur.

— Où?

— Ce n’est pas un endroit, c’est un état.

— Un État?

— Non, il y a  état et  État…

Mais Théo ne comprenait rien ou bien il comprenait vraiment le petit tout dans le grand Tout.  Il était convaincu   que les humains mouraient comme des cochons et que ce beau montage de chair devenait poussière.

— Les urnes sont si petites…

Alors, pourquoi vivre pour un monde qui n’existait pas?  « Ici et maintenant, peu importe le reste.

— Théo, as-tu du cœur?

— Mon cœur est à Maude-Ville. Ce n’est pas un endroit, c’est un être humain.

***

Maggie gagnait  énormément d’argent. Elle en cachait plus de la moitié pour nos jours heureux, nos jours de carottes sans pesticides et d’intrus perfides.  Nous étions devenus deux lapins qui ne veulent pas partager tout. Rien. Ou à peine. Des filigranes. Des parcimonies. Non pas que nous étions chiches, mais parce que le monde l’était. Le monde nous rendait aride comme des petits  pois verts congelés. Nous étions des humains. Mais on a vite fait de nous des individus. Des individus à listes.  De la clientèle de centre d’achats mondiaux. Nos noms n’étaient que des noms sur une liste de travailleurs. Ils disaient  qu’on travaillait pour notre pays. En termes de psychiatrie nous étions une déréalisation. Je me doute ce que veut dire le mot. Mais dans cette mondialisation généralisée (sic), nous n’avions plus rien à voir avec notre nature. Ni même celle de nos rapports. Rapports nature-homme, homme-nature, homme-homme, humain-humain.  Tous ( ou toutes)  des pommes pourries dans un grand panier rond nommé Terre. Ceux qui ne l’étaient pas encore risquaient de le devenir. Le plus difficile était de rester intact. Les intacts sont aussi rares que les déféquassions  du Dalaï-lama.  Même dans notre proche entourage, les intacts sont rares. C’est la souffrance cultivée qui l’est moins. C’est une vie assise sur un nid de guêpes. On se fait tout piquer, surtout notre identité, notre être, nos infimes et parcimonieux petits bonheurs. On se fait voler par ceux qu’on élit – comme dans élitisme – ceux qui nous trahissent, hypocrites comme des chenilles qui nient vouloir devenir des papillons.

Maggie est revenue du travail heureuse-joyeuse. Un mélange des deux. Et quand Maggie est joyeuse, elle chante sous la douche et se rase le poil alentour de sa petite entrée de vie.

On fait l’amour comme des enragés. Je me souviens d’ avoir  mordillé les lèvres et j’ai bu la petite goutte de sang, si minuscule, mais goûteuse. Les baisers sont dangereux quand ils  court les ruts. Maggie est picotée sur sa peau blême. Toute picotée de pointillés roux sur fond blanc. Tellement de picots. Elle est sûrement une télé 1080p, comme dans picots. C’est une irlandaise Haute Définition.

Maude et Théo sont partis prendre un verre dans un bar, trois rues plus loin. On a su le lendemain qu’ils avaient parlé de voyage. L’ordinateur était ouvert sur un nombre affolant de pages d’ agences de voyages.

Maggie et moi ne rêv ons pas de voyages à l’étranger : nous rêvons de l’étranger en nous. Voyager IlElle.Québec Inc.  Nous sommes des compagnons de toutes les compagnies.

— M’aimes-tu?

— Oui, je t’aime.

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

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Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Chapitre 15

Le corps n’est que la chapelure de l’être

Les enfants s’étonnent des petites choses : un têtard est une baleine dans la petite flaque d’eau. Et quand on garde ce regard étonné, on voit bien, de ses yeux que chaque regard cache un fragment de dieu. Un adulte, c’est un humain qui n’a pas vraiment grandi. C’est un nain de l’existence, perdu dans une foule de « grands ». Il est agenouillé, les yeux plus gros que les genoux.  Il prie sans savoir qui il prie vraiment.

Chacun  est l’église de l’autre. Et chacun est le fidèle parfois trop fidèle. La grandeur humaine n’est pas dans la réalisation « visible », mais dans l’invisible que nous ne savons pas toujours  cerner. Il arrive en particules, en une vitesse qui échappe à nos vues. Ils sont e 7 fois 7 trillions.  Il faut l’humilité de constater que nous n’avons pas toutes les pièces du puzzle de l’infini. Mais nous sommes fiers d’en prendre trois et de le définir en un mot : triangle.

  De par nos « valeurs », le mendiant est un échec. Mais de par nos valeurs cloisonnées, notre échec peut être plus grand que celui du mendiant. On ne connaît pas, ou bien mal, ce qui nous grandit et ce que chacun a besoin pour grandir. Et c’est ainsi que nous sommes entourés de petits gourous patentés qui ont leur recette à imposer.

Nous avons cette illusion que la Vie a des limites. Mais nous ignorons que les limites qu’elle semble avoir sont celles que nous posons.  L’Univers n’est pas une « idée », c’est une Vie en éternel création. Et c’est possiblement nous qui en sommes les acteurs. Nous sommes émotions et déchirements. Ce sont nos idées qui nous dessinent. Le corps n’est que la chapelure de l’âme.

Jason

***

Parfois, on tentait de rafistoler notre quatuor  « comme dans le temps ». Une brisure en points de sutures. Et nos petites rencontres étaient des points de sutures de plus en plus distantes.

On avait 16 ans et deux rangées de dents pour mordre dans la vie. L’ignorance est une sorte de matelas de l’esprit, on y dort tranquille pendant un certain temps.  Nous étions ignorants. Tout comme ceux qui connaissent tant de choses mais que rien ne s’inscrit dans leur corps, leurs émotions.  Sans doute encore une certaine fermeté dans le grand lavage de cerveau de ce monde à venir où tout est possible. Mais il semblait que rien n’était maintenant possible. On nous donnait un numéro d’assurance-sociale à la naissance. Étiquetés comme des gruyères. Vendus à la naissance. Vendus pour le reste de l’existence. À voir les choses ainsi, comme l’argent, la vie n’a pas d’odeurs. Si elle en a, elle commence à se pourrir dès que l’on apprend réellement de la vie. Il faut de la vie, tu temps, user des montres et une foultitude de naïvetés qui compostent et qui construisent. Constructivisme! Un mot à la mode des intellectuels…  Quel mot étrange pour un enfant. L’étiquette quasiment sardonique pour définir un humain en devenir. C’est bien plus que cela. Apprendre vraiment fait mal. Le reste n’est que technique…

On aurait aimé retrouver nos folies, nos premières bières, nos premières petites amies, nos jours de camping et boire à grande lampées dans  les bouteilles bizarres et colorées  que Théo volait à son père en ricanant.   Échanger des livres qui parlent de la vie, de philosophie et autres allume-personne qu’on peut dénicher quand on a l’âme blanche comme un tableau neuf d’école. Mais on s’est fait vite rincer par les pubs, les miroirs de l’avoir et l’obligation de travailler.   Avec tout ça, nos yeux, nos perles d’âme,  en virent tant, nos oreilles en entendirent tellement, de ces horreurs de la vie, que nous étions  pareilles à des vierges déflorées par la pesanteur de l’existence et des fous qui régnaient  sur cette planète. On commençait à voir clair. Il nous fallait de la brume pour l’esprit. Pas du petit crachin de marijuana : de la coke. La coke comme brumisateur.  Mais j’ai eu trop peur. Je voulais voir plus clair que clair. La vie étant trop complexe, je me démenais à délabyrinther  cette existence trouble et complexe. Carl était celui qui avalait ce repas des autres. Il avait essayé toutes les drogues.

Devenir adulte nous glaçait. Pourtant, on se gelait pour ajouter une couche de glace. Mais ce n’était jamais suffisant. Il fallait aller plus loin… Mais plus loin n’est pas une définition ni un point précis. Peut-être avions nous peur de ne devenir que des adultes, atrophiés de l’émerveillement, perdant leur malléabilité.

Quand les humains deviennent des adultes ce ne sont plus des humains. On les a savonnés, asticotés, triés, placés à leur « juste place »  jusqu’à ce qu’ils soient  un outil rentable pour la race des nouveaux saigneurs et leur « marché du travail ».  Les humains finissent par ressembler à un gazon de terrain de golf. Mais ils se font rouler jusqu’au vingtième trou par une balle fatale.  Et je ne voulais pas être de ceux-là. Ni Carl, ni Théo, ni Maude. On était soudés par le beau métal de l’idéalisme un peu niais, mais agréable, voire enivrant.

Nous avions vu l’effet des étés secs de nos adolescences. L’un d’entre eux le fut tellement, que le vert disparut et fut remplacé par une herbe jaunasse qui se boudinait de soif.  Elle s’enfonça dans le sol et le terrain accueillit cette herbe sèche pour former l’humus lui permettant de  résister à la sécheresse. Alors, tout ce qui survécut fut cette étonnante poussée de fleurs multicolores qui envahirent les parterres des maisons. Personne ne les remarqua  car  elles étaient sauvages : on ne les avait pas cultivées. Pourquoi auraient-elles été belles?   À ce moment-là, on a comprit  que l’herbe ne laissait jamais de place aux fleurs bien plus résistantes, bien plus colorées : de vrais arc-en-ciel qui pouvaient être arrachés et faire des arrangements en toiles de Monet.  Monet en vase. Monet en pot. Monet en toile.   Il en surgit même des rares que nous n’avions jamais vues. Tellement diverses  et inimitables que,  fous nous étions, nous en somme venus à la conclusion que plus la nature était mal à l’aise et accablée, plus elle innovait, par besoin, en créant  de nouvelles variétés de fleurs.  Il poussa partout des nids de frelons et  de guêpes. Ils envahissaient les moindres recoins des garages,  comme les espagnols attirés par l’or des Incas.  Les fleurs inconnues  perçaient le terrain quasiment à toutes les semaines. Mais Maggie n’était pas là. C’était la fleur à venir. Car, parfois, il faut être deux pour réussir à aimer cette vie. Il y a plusieurs deux dans la vie. Le féminin et le masculin, le masculin et le masculin, le féminin et le féminin, l’ex féminin avec l’ex masculin, etc. Ce doit être à cause de la grande sécheresse de la vie qui est de plus en plus présente. Ce doit être de nouvelles fleurs et on ne sait pas d’où elles viennent. Quelqu’un a dit un jour que des âmes féminines étaient venues sur Terre pour expérimenter une vision masculine. Et vice  versa.  Car c’était perçu comme un vice.   Elles ont leur calvaire de ceux qui ne vivent que du  « jamais-vu . Les habitués du gazon en perdent leurs repères. La démocratie et les affairistes ne sont que deux formes de gazon : du vert du vert  +.

Oui, on tentait de se radouer, de se ressouder le petit corpuscule des quatre. Même si on savait que ça ne fonctionnerait pas. Se séparer d’une bande comme on se sépare de ses parents…

Et, parmi nous, certains deviendraient la petite herbe séchée. Mais personne n’osait le dire. Il y a trop de visionnaires et de révolutionnaires de 16 ans qui finissent dans les parlements et, plus tard, soulignés plus tard par  le nom d’une rue avec un trait d’union. C’est leur petite brique de cathédrale de l’existence. Et plusieurs en font le but d’une vie…

***

Avant de partir, Carl a lancé un livre sur la télé. Le discours de l’ex Président des États-Unis d’Amérique ne lui a pas plu. Carl a traité  le Prix Nobel de la paix  de « Drone Driver ». DD pour les intimes. Il le hait. Mais l’ex Président n’en sait rien. L’ex Président n’en souffre pas. C’est Carl qui souffre.  L’ex  président  est dans un monde autre. Il n’est pas en Sibérie parmi les Nénètses   qui habitent près des plus grands champs de pétrole mais qui cuisent leurs œufs  aux sacs de plastiques qu’ils ramassent comme on glane  des champignons sauvages.  Ils ne chantent pas : « Feu! Feu! Joli feu! Non. Ils déchantent. Ils sont pris entre les rennes et les rênes de la mondialisation.

Les présidents et les premiers ministres, eux,   sont du  gratin. Ils ont 16 ans en partant, ignorent tout de la vie, et grimpent les gradins jusqu’au gratin.  Ils s’appartiennent de leur gloire. Ils s’ont… Et ils se gardent. Malheureusement…

On est rentrés. S’attendre à tout dans un rien, c’est se faire des idées sur la conduite de la vie. Ici, personne n’est dupe. On a  toutes les douleurs du monde sur nos petites épaules.    On ne sait pas comment les effacer de nos esprits, de nos  corps, les transmuter, les faire disparaître comme des magiciens. La souffrance ici est de tout avoir sauf la véritable souffrance. C’est notre souffrance. Elle est à nous. Mais depuis que nous sommes nés toutes les informations et les guerres folles, hypocrites, démentielles, nous affectent. Il faudrait pouvoir se laver le cerveau, l’inconscient, le subconscient pour rendre notre cerveau blanc comme neige, ébahi comme enfant.  Mais c’est impossible. Avec l’internet, toutes ces vies qui ne sont pas les nôtres, nous les vivons. Nous ne sommes plus cinq dans l’appartement, nous sommes des millions. On dort sur un matelas de souffrances. Les images de la télévision, celles massacres, celles des victimes de la guerre économique entrent par l’écran de télévision et s’incrustent dans les divans, les couches, les armoires, les tigres en peluche, et le chat Léo. L’appartement pue les discours et les promesses. Nous sommes empestés. Mais il ne faut surtout pas être violent. Placer de l’argent dans des paradis fiscaux, ce n’est pas être violent, c’est être riche et légal. Nous, nous sommes pauvres et illégaux. Les pauvres sont maintenant la matière première des riches. Il faut simplement râper un pauvre comme on râpe une carotte pour le faire cuire, lui conter fleurette, puis le faire voter. Il est aux anges.  On aimerait s’endormir et se réveiller ailleurs. Quelque part au Moyen-âge, près d’une balle de foin, un porc, et un dentiste américain.

Théo a pété des plombs. On se demande ce qu’il a avalé cette fois.  Il a les yeux vissés au plancher comme s’il cherchait une solution à toutes les arnaques  du monde. Et tous les soucis de ce monde sont noyés par sa grosse bouteille de bière noire qu’il ingurgite quand la trouille, le mépris, le percent comme des flèches.  Il se prend pour la trouille. Il patrouille et patrouille sur le net et dans les grands livres, plissé des yeux pour comprendre. En lisant Krishnamurti, il s’est dit que tout était en lui. Toutes les masses grouillantes des haines, des envies, des ratés, des peurs. Il les a toutes. S’il était encore ado, il aurait des boutons d’acné aux orteils. Il a tellement marché dans la dérive des sentiments, dans la douleur, dans Verlaine et Rimbaud, que plus rien ne l’intéresse. Il est vide et avide. Congé comme dans congédié. Visqueux et raide à la fois. Bref, il ne sait plus ce qui se passe ici-bas. Une reine qui investit dans un autre pays que le sien, des dirigeants de pays qui ne savaient pas qu’ils avaient de l’argent sur une île. Des rockers qui se taisent.  Alors s’ensuit de longs échanges avec ses amis  Reno et Laetia qui sont perchés dans le nord du Québec, près d’une rivière qui coule si fortement que même la glace ne réussit pas à la geler complètement. Une rivière dure et boursouflée de courants forts et dédaigneux des rochers. Elle coule comme le sang dans les veines de Carl. Reno et Laetia essaient de vivre en autarcie. Ils en font une religion. Ils ne veulent plus rien savoir de la civilisation. Ils veulent se déciviliser au plus vite, devenir des sauvages, faire des jardins énormes pour passer l’hiver. Ils sont estropiés de l’âme. Reno lui a envoyé une photo de leur maison. Quand ils  l’ont achetée, elle était abandonnée au bout d’une route, les fenêtres sales et le bois noir.  Après la route, c’étaient des sentiers de lièvres et d’ours noirs. Ils sont partis à la conquête d’un or en train de disparaître. Un or que personne n’a vu, un or qui entre par les poumons : l’air.

Le jardin

Je ferai un jardin
De rangs purs et certains
Je ferai un jardin
Que le soleil visitera
Un jardin de mes mains
Semées jusqu’en toi

Je ferai un jardin
Pieux jusqu’au ciel
Un jardin si beau
Que voleront les oiseaux

Je ferai un jardin
En mai, en moi, en juin
Un jardin si fou de couleurs
Qu’à tes yeux parlera

Je ferai un jardin
De semailles et demain
On le recueillera
À genoux, à prières
Un jardin comme nous
Nés de terre et lumière

Maggie

©  Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Chapitre 14

 

La vie en  montagnes ruses (sic)

Un jour, un homme mourut de sa belle et superbe mort En effet, il était dans une auto, par un soir de mai, à faire l’amour avec une célibataire secrétaire d’école de la C.D.M. Paf! Son cœur s’arrêta. Et la dame hurlait de joie, car il n’avait jamais été aussi raide.  Et quand il arriva au bout du rayon lumineux, il fut accueilli par une bande de jeunes âmes qui n’avaient jamais encore été sur Terre. Mais ils attendaient de pied ferme, de se glisser dans les spermatozoïdes d’un mâle.  

Michel, de son prénom, n’avait pas l’âme à rire. Surtout devant une bande d’âmes gamines, aspirante à l’aventure de la vie terrestre.

— Parlez-nous de la vie…

« Seigneur! Ils ont lu le livre de Gibran », pensait-il sans savoir qu’ils lisaient dans ses pensées.

— C’est comme grimper l’Everest. On arrive au bout éreinté de voir de si haut la bêtise humaine. On pense voir un beau spectacle, on se retrouve devant un massacre.

— Il paraît qu’il y a des lacs, des rivières, des machines pour se déplacer… Des autos, je crois.

— Oui, des blattes d’asphalte… Les vaches broutent de l’herbe,  mais elles donnent du lait. Les voitures ne donnent rien.

— On dit que l’eau se change en neige en certaines régions et que c’est tellement beau les soirs de Noël.

— Il va te falloir bien des réincarnations, toi. C’est vrai que c’est beau, sauf quand t’es pris dans une blatte d’asphalte avec une radio de beaux parleurs dans tes haut-parleurs. Là, on appelle ça des idées… Si vous y allez, vous saurez un jour ce qu’est une idée. À la radio et à la télé, ça n’arrête pas.

— C’est agréable, vivre dans un corps?

— Il faut travailler… Huit heures par jour… Ou douze. Ça dépend de

— Travailler, c’est quoi?

— C’est courir après des jetons pour avoir droit à 10 mètres carré de terrain. Et ça, c’est après avoir mangé.

— Manger? Mais nous pensions que c’était gratuit.

— En fait, c’est de l’économie dont nous parlons. Ça, c’est un peu compliqué pour vous…

— Mais c’est immense, la Terre. Nous le savons. C’est nous qui l’avons créée.

— C’était immense, il y a des centaines d’années.

— Il paraît que nager, c’est amusant.

— Si tu trouves une rivière qui n’est pas polluée.

— C’est quoi…polluée?

— C’est quand les compagnies volent l’eau des pays et mettent les rivières dans des bouteilles de plastique.

— Un réunion? C’est quoi une réunion?

— C’est se réunir avec des bouteilles de plastique pour décider comment  on va se débarrasser du plastique toxique après l’avoir pris dans la rivière.  

— Bon! Je crois qu’il faudrait trouver quelqu’un d’autre que toi pour nous renseigner. On dirait que tu nous caches toute la beauté de la vie.

— Bof! Quand vous descendrez, vous verrez qu’il y a la montagne et qu’il vaut mieux quêter les paysans pour que les riches se paient toute la montagne avec des remonte-pentes. Il faut la montagne et la ruse. La vie, c’est comme une montagne russe…

— La ruse?

— C’est comme se montrer intelligent pour manger des lapins. Je suppose que vous allez me demander ce qu’est un lapin?

— Non. On sait que c’est blanc et que ça coure.

— Ça dépend… Aux États-Unis, c’est noir et ça coure…

— On devrait sans doute aller voir de nous-mêmes ces merveilles.

— C’est une bonne…idée.

— Comment on fait pour s’incarner?

— Descendes un peu dans le tunnel, on va voir.

Alors, les jeunes âmes, frétillantes suivirent le prophète de passage. Ils descendirent vers un lieu sombre, où étaient stationnées des blattes d’asphaltes qui regardaient devant eux un grand écran sur lequel se jouait une scène de la vie : assassinat, pistolet, tuerie, idées, vols,  violence, sang. Et ils purent entendre toutes les nouvelles du monde en même temps.

— Mais qu’est-ce qu’ils font? Il y en a deux, là, qui ne regardent pas l’écran. On dirait qu’ils sont nus.

— Ils te font de la place. Ils sèment et moissonnent. Si on regarde au ralenti, tu vas voir le ventre de la dame se gonfler et le gars se sauver.

— C’est fantastique! On peut voir le corps se former en quelques minutes…. Mon Dieu! ( c’est une expression). Il se passe la même chose sur l’écran. Je prendrais la maman de l’écran, elle est encore plus belle.

— Ben là, tu viens de voir le cœur du problème : il faut savoir distinguer ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.

— Ça doit être facile. On est intelligent, non?

— Tu devrais te munir d’un coffre à trois outils : le doute, la méfiance, et la vigilance.

   Quant à l’intelligence, il vaudrait mieux éviter les titres pompeux du monde du travail.

Et tu as deux jours de congé… Débrouillez-vous, j’ai besoin de repos. C’est où le bonheur?

— On ne le sait pas… Il paraît qu’il faut connaître le malheur. C’est ce que nous a dit celui qui vous a précédé.

— J’aime mieux ne pas savoir qui c’est…

— Bonne malchance!

Et les âmes plongèrent une à une vers la terre, croisant des âmes perdues qui grimpaient vers quelque part sans trop se souvenir d’où. L’une d’entre elle était amochée, car son corps cabossé venait d’être écrasé par une blatte d’asphalte et elle ne savait pas trop comment débosseler son véhicule terrestre.

Carl

Avant, les gens priaient pour ne pas être malades. Mais ils faisaient un petit effort de fouilles. Alors, ils écroûtaient la terre à la recherche des trésors cachés par Dieu le coquin. Ils se disaient que Dieu avait créé une plante pour chaque maladie. Plus tard, l’imbu d’homme se dit qu’il fallait créer un médecin spécialiste pour chaque maladie. Le médecin spécialiste est donc une fausse plante. Et parfois, dans ses diagnostics, il se plante.

Les gens « d’avant »  pensaient que Dieu leur envoyait de l’eau, des canards, et des cerfs, des poules et des œufs.   Quand ils n’en recevaient pas, ils pensaient qu’ils avaient fait une mauvaise action. Pendant un certain temps, ils ont pensé que Dieu, pour suppléer au manque d’œufs leur envoyait un Roi, un Comte, un Sir pour régler le problème de pénurie. Puis ce fut le tour de la créature pécuniaire : l’homo affairus.

Ainsi, lentement, fut créé le monde intérieur des cerveaux, de l’homo erectus à l’homo éructus : celui qui boit et mange ad vomite. Le monde va de l’eau de boue de pauvres jusqu’au pompeux  sommelier, érudit du palais. Pour le pauvre, il y le McDo. En sortant, on a sa McDose. On éructe en envoyant des bulles d’air dans les nuages. Bref, en ce monde, on rote et on vote.

C’est un monde de marchands  qui inventent des visses  avec des étoiles à six branches pour vendre des tourne-visses pour les visses à six branches. Dans les supermarchés, le prix de la litière des chats valse selon les prix des fraises de Californie. Il faut en arriver à 17% de profit sur toutes les marchandises  en modifiant les prix à chaque semaine.

Maintenant, on demande tout à la vie, quand on a tout, on en veut encore. Ils ne prennent pas les fraises quand elles arrivent, ils veulent des fraises tout de suite. Alors, les avions se mettent en branle et en vol avec des contenants de fraises. Et les planteurs de fraisiers sont contents. Et les compagnies d’aviation sont satisfaites. Ils ont des courbes de rendement pareilles à celles de Marilyn Monroe. Un jour il y aura une réplique dans un film : « Le marketing, c’est du cinéma ».

L’été dernier a été tellement chaud que d’ici un demi-siècle les habitants iront s’agripper  au pôle Nord et au pôle Sud, la glace étant le dernier radeau de l’aventure de la Terre. Et comme de la monnaie nouvelle, ils s’échangeront des glaçons qui brûleront dans leurs mains.

C’est ce dont à quoi je songeais quand je prenais ma vieille auto pour aller travailler. Car je voyais,  sur les artères, une bande d’affolés courir leur pitance des heures durant comme on courait jadis les cerfs de Virginie ou les seins de Virginia. Puis ils allaient s’éponger les nerfs en boule avec une bonne séance de yoga.

Qu’à-t-on fait de l’Éden?

***

Il y a de la vie dans la vie. L’hiver s’en va comme s’il n’avait pas été content de sa prestation. L’hiver est un artiste, un Buster Keaton accrochée à aiguille d’horloge qui n’en finit pas de tourner. Buster est suspendu dans le vide. Comme cette race d’humains des pays G7 jet sets : dans le vide spécieux de ces dirigeants postiches et  valeureux.

Et nous, nous sommes à moitié morts. Nous sommes en manque, mais en manque de rien. Il faut, ipso facto, acheter quelque chose. On a faim. Les magasins électroniques sont des buffets chinois. À volonté.  C’est le réflexe du condamné des ennuyés. Il faut se désennuyer. Sinon on va mourir d’en vie. ( Pour dans la). Alors   achète des haut-parleurs pour écouter les petites filles sur You Tube qui nourrissent nos oreilles et nos yeux de covers. Carl l’avait dit : « La plus grande invention dans ce monde, c’est le robinet d’eau et la chasse d’eau. Pour rendre les gens plus intelligents, il faudrait couper l’eau à tout le monde pendant un mois.  De préférence les tout le monde dirigeants. Le supplice de la goutte de sécheresse. »

On a pris un bain de bruits dans un centre d’achats,  long  comme cent   piscines  d’Errol Flynn.

Il y a seulement deux cents ans, les amérindiens campaient ici. Maintenant, l’asphalte a pris l’espace de tous les arbres, de toute l’herbe et tous les jardins qui pourraient exister aujourd’hui. Les bêtes à l’huile  ont remplacé les castors qui sont allés vivre en Europe sur la tête des aristocrates. C’était à la mode. On jetait la chair et on gardait la peau. Chapeau! Puis il est devenu l’emblème du Canada. Chapeau!

Un jour, ce sera au tour de l’homme avec un grand H : on jettera son âme pour ne prendre que ses bras, son cerveau. C’est pour ça que la fille de Ginette de Couébec est allée toute heureuse vers Silicon Valley. Ils ont acheté son cerveau,  et sa fierté est sans limite. Elle s’en vante à l’Ouest, s’en vante à l’Est : « Je vais passer ma vie dans le Sud », dans une grande entreprise mondiale.  Ginette est la Werner Von Braun du coin. Mais c’est elle qui  est  dans la lune…

La caméra de Théo ne cesse de mitrailler des visages tordus par le massacre du grand creux de l’avoir.  On gonfle son être d’objets. Il faut se bouer à quelque chose. Oui, une chose… Ou deux, trois, quatre, mille.  Sinon, on étouffe.  Les bœufs mangeaient de l’herbe, et crachaient leur chaleur  pour chauffer le sauveur. Maintenant,  les gens mangent des objets pour se thermaliser.  Une petite dépense, ça vous réchauffe le cœur. L’acheting est une dépendance inconnue mais surtout favorisée. Il n’y a pas de centre de désintoxication. Non. Il n’y a pas de substance plus légale. On ne la prend pas : elle vous prend.

***

On a placé sur le site une vidéo de la maladie de l’acheting. Une fois la vidéo publiée, nous avons attendu les commentaires qui  se firent rares. Trois ou quatre bons samaritains qui partageaient nos vues et nos yeux. « C’est vrai! Où ça nous mène? »

C’est le genre de commentaire que fait un type qui a pris pour avatar, Brave Pitt. Un autre, plus fin finaud : Aimé Laliberté.  Il était tellement bon qu’on lui a demandé d’écrire des articles. Il a refusé. Il ne voulait pas se laisser prendre au jeu de devoir  travailler. Ou affronter la critique… Ça ne l’empêche pas de garder son savoir dans une crypte coffre-fort qu’il nous lègue à petits morceaux pour nous aguicher. De vrais poissons devant l’hameçon.

Notre vie est un jardin parsemé  de graines de questions. Alors, on le sait, nous allons récolter des questions  et les manger à l’automne de nos vies quand nos corps auront un peu de gel dans les veines et une trottinette électrique mue par une batterie Made in Quai-Bec.

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1