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Les 7 attaques chimiques américaines que vous devez ignorer…

7 attaques chimiques que le gouvernement américain veut que vous ignoriezLe gouvernement américain reproche aux autres ce qu’il pratique sans discontinuer depuis des décennies.Voici  un bref aperçu de quelques épisodes honteux de l’histoire afin de remettre les pendules à l’heure.


1) Les épandages de la guerre du Vietnam

 L’armée américaine diffuse 70 millions de litres d’agents chimiques incluant l’agent orange entre 1962 et 1971. 400 000 personnes seront tuées ou mutilées,  500 000 nouveaux nés souffriront de déformations ou handicaps, 2 millions de personnes souffriront de cancers ou d’autres maladies.


2) Attaque israélienne sur Gaza en 2008-2009 (opération plomb durci).


Devant les preuves brandies par les organisations humanitaires, Israël a fini par admettre avoir bombardé la région densément peuplée qu’est la bande de gaza avec des bombes incendiaires au phosphore blanc.
En représailles à ces révélations, Israêl bombarda même un bâtiment des Nations Unies dans la bande de Gaza. Aucune réaction de la communauté internationnale.

3) Irak, bataille de Faludja (2004)

L’armée américaine a finit par admettre avoir effectué des bombardements au phosphore blanc sur la ville de Faludjah. Des milliers de civils, femmes et enfants périront. Le documentaire   » Fallujah the hidden massacre » basé sur les témoignages des habitants et des soldats raconte comment l’armée américaine a frappé sans faire de distinctions.

4) L’armée américaine vaporise des substances radioactives sur les quartiers pauvres de Saint Louis (années 50).


Sous prétexte d’expérimenter un rideau de fumée pour protéger la population en cas d’une attaque des russes, l’armé américaine diffuse via des pompes installées sur les toits, un mélange contenant probablement une substance radioactive. Depuis ces tests, un nombre alarmant de résidents ont développé des cancers divers.

5) Guerres d’Irak et d’Afghanistan (1991, 2001 et 2003)

A l’occasion de ces conflits, les armées de la coalition diffusérent des milliers de tonnes de fines particules radioactives via les munitions à uranium appauvri causant une explosion des taux de cancers et de malformations chez les nouveaux nés. Ces régions resteront contaminées à jamais car ces isotopes radioactifs ont une durée de vie qui se chiffre en millions d’années.
Côté allié, des centaines de milliers de soldats seront également contaminés ( le syndrome de la guerre du golfe).

La contamination à uranium appauvri altère le patrimoine génétique des populations, nous sommes donc dans le cas de figure typique du génocide et du crime contre l’humanité, pourtant rien n’a été fait pour punir les coupables.

6) Bombardement de Dresde (Février 1945)

En deux jours, 1 300 bombardiers larguent 3 900 tonnes de bombes à fragmentation et incendiaires qui réduisent en cendres la ville de Dresde. On évoque des centaines de milliers de morts. Il n’y avait aucune justification militaire à ce bombardement qui toucha essentiellement des réfugiés fuyant l’armée rouge.


7) Hiroshima et Nagasaki (aout 1945)

Le bombardement qui fit des USA les maîtres incontestés du monde jusqu’à aujourd’hui.

« Les 6 et 8 août 1945, la bombe atomique est utilisée, pour la seule fois dans l’Histoire, contre les villes japonaises Hiroshima et Nagasaki. Les conséquences humaines ont été terribles. La bombe n’explose pas au sol, mais dans l’atmosphère. Une gigantesque boule de feu qui tue par brûlure. C’est son effet le plus mortel. A l’épicentre, la température atteint un million de degrés. Elle se réduit rapidement à mesure qu’on s’en éloigne, mais dans les 500 premiers mètres, il s’agit d’une véritable incinération. Il y a aussi l’effet de souffle : un déplacement d’air de 600 kilomètres/heure. Aucun bâtiment n’y résiste. Enfin, il y a la radioactivité. Pour indiquer le nombre de morts d’Hiroshima, je retiens le chiffre à la fin de décembre 1945 : 145 000 morts. Car quelque 70 000 personnes sont mortes dans les mois qui ont suivi, d’août à décembre 1945. Des brûlés qui auraient dû survivre à leurs brûlures mouraient de façon inexpliquée : à cause de la radioactivité. Elle a tué 30 à 50 % de ces 70 000 victimes ».

« A Nagasaki, où la bombe était au plutonium (celle d’Hiroshima était à l’uranium), 70 000 personnes sont mortes également. L’histoire de la bombe débute vers 1938-39. Sur les conseils d’Einstein, le programme américain, dénommé « projet Manhattan », débute en 1942. Il va durer deux ans, coûter deux milliards de dollars de l’époque, mettre au travail 130 000 personnes dans trois grandes usines. Le projet est tenu secret.
Dès septembre 1944, Roosevelt et Churchill sont conscients que l’Allemagne ne possède pas l’arme nucléaire et ils envisagent de l’utiliser contre le Japon. En juillet 1945, l’empereur du Japon envoie son fils pour négocier une paix, avec capitulation totale, mais respect de l’empereur. Seulement, on va faire traîner les choses. Des stratèges américains sérieux avaient analysé la question. Ils savaient que les Japonais étaient au bout du rouleau. 90 % de leur aviation et de leur flotte étaient détruits, il ne restait rien de leur machine industrielle. Selon ces stratèges, le nombre de victimes aurait pu se situer entre 20 000 et 30 000 ». (1)

Voilà pour les faits. Soixante-trois ans plus tard, une véritable chape de plomb est posée sur le souvenir de ce génocide. Tout est fait pour ne mettre en exergue que les seules souffrances des Juifs.http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/il-y-a-63-ans-qui-se-souvient-d-43010

 http://www.policymic.com/articles/62023/10-chemical-weapons-attacks-washington-doesn-t-want-you-to-talk-about

Les vidéos ici =

 http://leschroniquesderorschach.blogspot.fr/2013/09/7-attaques-chimiques-que-le.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

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« Sous nos yeux »

49echronique de politique internationale

Le mensonge tarifé (Granma) ( Fidel Castro)

Fidel Castro

 

De graves événements sur le point de survenir me poussent à prendre la plume. À notre époque, tous les dix ou quinze ans, notre espèce court des dangers de disparition réels. Ni Obama ni personne d’autre ne pourrait garantir qu’il n’en soit ainsi. Je le dis par réalisme, car seule la vérité pourra nous offrir un peu plus de bien-être et un souffle d’espoir. En matière de connaissances, nous sommes devenus majeurs, et nous n’avons pas le droit de leurrer autrui ni de nous leurrer nous-mêmes.

L’immense majorité de l’opinion publique connaît assez bien le nouveau danger qui frappe à nos portes.

Il ne s’agit pas seulement du fait que les missiles de croisière soient braqués sur des objectifs militaires en Syrie, mais que le peuple de ce courageux pays arabe, situé au cœur même d’une région habitée par plus d’un milliard de musulmans dont l’esprit de lutte est proverbial, ait déclaré qu’il résistera jusqu’à son dernier souffle à toute attaque.

Tout le monde sait que Bachar al-Assad n’était pas un homme politique. Il a fait des études de médecine et il s’est spécialisé en ophtalmologie en 1988. Il a joué un rôle politique à la mort de son père Hafez al-Assad en 2000 et a assumé son poste à la mort accidentelle d’un de ses frères.

Tous les membres de l’OTAN sont des alliés inconditionnels des États-Unis, ainsi que quelques pays pétroliers dans ce Moyen-Orient qui assure une grande part de la production mondiale de combustibles d’origine végétale que la Nature a accumulés tout au long de milliards d’années. En revanche, la production d’énergie provenant de la fusion nucléaire de particules d’hydrogène tardera au moins soixante ans. Entretemps, les gaz à effet de serre continueront de s’accumuler à un rythme élevé, par suite d’énormes investissements en technologies et en équipements.

On affirme par ailleurs que nombre de fonctions confiées aujourd’hui à la police, telles que les contraventions et d’autres, seront réalisées par des robots en 2040, dans à peine vingt-sept ans. Les lecteurs peuvent-ils s’imaginer combien il sera difficile de discuter avec un robot capable de faire des millions d’opérations par minute ? En réalité, c’était quelque chose d’inimaginable il y a quelques années.

Voilà quelques heures à peine, lundi 26 août, des dépêches d’agence de presse bien connues pour les services sophistiqués qu’elles rendent aux États-Unis se sont attachées à divulguer la nouvelle qu’Edward Snowden avait dû s’établir en Russie parce que Cuba avait cédé aux pressions de Washington.

J’ignore si quelqu’un, quelque part, a dit quelque chose ou non à Snowden, car ce n’est pas ma fonction. Je me contente de lire autant que je peux des nouvelles, des opinions et des livres publiés dans le monde. J’admire le courage et la justesse des déclarations de Snowden qui a, de mon point de vue, rendu un grand service au monde en révélant la politique malhonnête jusqu’à l’écœurement du puissant Empire qui ment et trompe le monde. Par contre, je ne serais pas d’accord que quelqu’un, quels que soient ses mérites, parle au nom de Cuba.

Le mensonge tarifé. Qui l’affirme ? Le journal russe Kommersant. Quel est ce torchon ? Selon l’agence Reuters, ce journal cite des sources proches du département d’État étasunien : « La raison en est que Cuba a fait savoir au dernier moment aux autorités qu’elles devaient empêcher Snowden de monter à bord du vol d’Aeroflot. »

« Selon ce journal, […] Snowden a passé un ou deux jours au consulat russe de Hong Kong pour faire connaître son intention de se rendre en Amérique latine via Moscou ».

Si je le voulais, je pourrais parler de ces questions que je connais bien.

J’ai observé aujourd’hui avec un intérêt spécial la visite du président de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro, à bord du navire amiral du détachement naval russe arrivé dans ce pays, après avoir fait escale à La Havane et au Nicaragua. Plusieurs vues m’ont impressionné. Entre autres, l’ampleur des mouvements de ses nombreux radars capables de contrôler les activités opérationnelles du bâtiment en toute circonstance.

Nous avons étudié par ailleurs les activités de ce journal mercenaire, Kommersant. À son époque, il fut l’un des médias les plus pervers au service de l’extrême droite contre-révolutionnaire, ravie aujourd’hui de voir le gouvernement conservateur et laquais de Londres expédier ses bombardiers à sa base aérienne de Chypre afin qu’il soient prêts à larguer leurs bombes sur les forces patriotiques de l’héroïque Syrie, tandis qu’en Égypte, connue comme le cœur du monde arabe, des milliers de personnes sont assassinées par les auteurs d’un coup d’État éhonté.

C’est dans cette atmosphère que les moyens navals et aériens de l’Empire et de ses alliés s’apprêtent à organiser un génocide contre les peuples arabes.

Il est tout à fait clair que les États-Unis tenteront toujours d’exercer des pressions sur Cuba, comme ils le font sur l’ONU et sur toute institution publique ou privée du monde. C’est là une des caractéristiques de leurs administrations, et on ne saurait en attendre autre chose. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas en vain que l’on résiste depuis cinquante-quatre ans – et tout le temps qu’il faudra – et que l’on se défend inlassablement face au blocus économique criminel du puissant Empire.

Notre plus grosse erreur est de n’avoir pas été capable d’en apprendre bien plus bien plus vite.

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Fidel Castro Ruz, le 27 août 2013 à 20 h 34

Traduction ESTI

Climat: l’échec moral de notre génération

Karel Mayrand.

Si vous avez 27 ans ou moins, vous n’avez jamais connu un mois où la température globale était sous la moyenne historique. Selon le NOAA, juillet 2012 était le 329e mois consécutif où la température globale était au-dessus de la normale. Vingt-sept ans, c’est aussi à quelques années près le temps consacré à la lutte contre les changements climatiques. Quels sont les résultats d’une génération d’efforts ?

Les émissions globales de gaz à effet de serre (GES) ont augmenté de plus de 45 % depuis 1990 au lieu de diminuer. Elles ont atteint 34 milliards de tonnes en 2011.

Les concentrations de GES dans l’atmosphère sont passées de 350 à plus de 390 ppm depuis 1990.

La température moyenne de la planète a augmenté de près d’un degré Celsius (1,5 Fahrenheit) par rapport à l’ère préindustrielle. Cette hausse est déjà suffisante pour provoquer d’ici 2020 la disparition complète de la banquise qui recouvre l’océan arctique depuis plus d’un million d’années. Elle a aussi contribué à des sécheresses historiques comme celles vécues en Ukraine en 2010 et l’été dernier aux États-Unis et qui ont provoqué une baisse de la production agricole, une augmentation du prix des aliments et des crises alimentaires.

La compagnie de réassurances Munich Re affirme dans un rapport publié en octobre 2012 que les dommages causés par les catastrophes naturelles ont été multipliés par cinq en Amérique du Nord en seulement trois décennies, pour atteindre 1060 milliards de dollars en 2011 en plus de faire plus de 30 000 victimes aux États-Unis seulement. Un rapport commandé par la CIA et d’autres agences américaines vient d’ailleurs de conclure que les changements climatiques constituent une menace plus importante à la sécurité nationale des États-Unis que le terrorisme.

L’impensable est devenu réalité. Nous sommes entrés dans l’ère des changements climatiques, une ère de conséquences et d’inconnu.

Tout cela avec un réchauffement qui n’atteint pas encore un degré Celsius, et alors que ce même réchauffement s’accélère au point qu’il est devenu virtuellement impossible de limiter le réchauffement à deux degrés Celsius, soit le seuil fixé par la communauté scientifique au-delà duquel le climat se dérègle irréversiblement. Cet objectif est désormais hors d’atteinte.

La Banque mondiale nous apprenait la semaine dernière que la planète se dirige tout droit vers un réchauffement global de 4 degrés. À quoi ressemblerait un monde à +4 degrés de réchauffement ? Dans ce scénario digne des romans de science-fiction, des sécheresses s’étendent à une grande partie de la planète. Les pénuries d’eau et les crises alimentaires affectent l’humanité entière. Certaines régions du globe deviennent trop chaudes pour être habitées. D’autres sont englouties par la hausse du niveau de la mer. Ces changements provoquent des migrations massives. La vie telle que nous la connaissons sur Terre change irréversiblement, avec des conséquences encore inconnues pour l’humanité.

Ce scénario est celui auquel la génération de mes enfants, nés en 2004, fera face. En l’espace d’une vie humaine, le monde tel que nous l’avons connu depuis plus de milliers d’années basculera radicalement et irréversiblement. Une génération après que l’alarme eut été sonnée par les scientifiques, comment expliquer un tel échec ?

Cet échec est celui de nos institutions politiques. Les bénéfices de la production du pétrole, du gaz et du charbon sont concentrés dans les mains de quelques entreprises et de leurs actionnaires. Mais les conséquences des changements climatiques sont diffuses dans le temps et dans l’espace. En d’autres termes, ceux qui profitent de l’inaction sont peu nombreux, bénéficient de ressources financières quasi illimitées, et ont mis à profit des milliers de relationnistes et de lobbyistes dans une campagne mondiale visant à contrer une action décisive sur le climat. À l’opposé, ceux qui subissent et subiront les conséquences des changements climatiques sont très nombreux, généralement pauvres et sans influence politique, mais surtout répartis sur plusieurs générations à venir. Le rapport de force est inégal, d’autant plus que nos institutions politiques demeurent fondamentalement aveugles aux besoins et aux intérêts des générations futures.

Il s’agit aussi d’un échec moral. Malgré les preuves qui s’accumulent jour après jour sur le caractère irréversible des changements climatiques qui s’amorcent et qui placeront la majorité de l’humanité en situation de survie d’ici la fin du siècle, nous choisissons collectivement de faire primer les profits trimestriels de Suncor ou d’Enbridge sur la vie de milliards d’hommes et de femmes pour des dizaines de générations. Voir aujourd’hui nos leaders économiques et politiques faire l’apologie du pétrole et du gaz devant une telle injustice ne peut mener qu’au constat de leur échec moral. L’aveuglement et l’avidité ne pourront excuser leurs actions devant l’Histoire.

Chaque génération fait face à des échecs moraux : guerres, esclavage, génocides, répression des minorités et des femmes. La liste est longue. Notre génération est celle qui préside à la destruction irréversible des conditions climatiques qui assurent notre survie. Nous sommes la première génération humaine en position de laisser derrière elle une planète inhabitable pour celles qui viendront après elles.

La lutte contre changements climatiques n’est pas une lutte pour la protection de l’environnement. Il s’agit d’une lutte pour les droits des prochaines générations. Et face à la paralysie de nos institutions, nous devons inscrire notre dissidence devant le choix de détruire aujourd’hui, au bénéfice de quelques entreprises milliardaires, ce climat qui est le plus précieux héritage que nous pouvons laisser derrière nous.

Lorsqu’elle a reçu le prix Nobel de la paix en 2004, la regrettée Wangari Maathaï a prononcé cet appel moral qui peut nous inspirer aujourd’hui : « Au cours de l’histoire, il vient un temps où l’humanité est appelée à élever son niveau de conscience, à définir un nouveau cadre moral. Un temps où nous devons dissiper la peur et nous offrir de l’espoir. Ce temps est venu. » Ce temps est celui de notre génération, devant l’Histoire et face à notre conscience.

monde

La Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient

par Imad Fawzi Shueibi

L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi dans l’article magistral que nous publions. À un moment où la zone euro menace de s’effondrer, où une crise économique aiguë a conduit les États-Unis à s’endetter à hauteur de 14 940 milliards de dollars, et où leur influence s’amenuise face aux puissances émergentes du BRICS, il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au cœur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est prise pour cible.

Avec la chute de l’Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. Considérant que le secteur pétrolier, vu sa répartition internationale, n’offrait pas de perspectives, Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle.

Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom : partir des zones gazières de la Russie vers l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Iran (pour la commercialisation), jusqu’au Proche-Orient. Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant une nette priorité pour le gaz. À partir de là, il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cents prochaines années.

Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du 21ème siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre. Par conséquent, le contrôle des zones gazières du monde par les anciennes et les nouvelles puissance est à la base d’un conflit international dont les manifestation sont régionales.

De toute évidence, la Russie a bien lu les cartes et a bien retenu la leçon du passé, car c’est le manque de contrôle au niveau des ressources énergétiques globales, indispensables à l’injection de capital et d’énergie dans la structure industrielle, qui fut à l’origine de l’effondrement de l’Union Soviétique. De même la Russie a assimilé que le gaz serait la ressource énergétique du siècle à venir.

Historique du grand jeu gazier

Une première lecture de la carte du gaz révèle que celui-ci est localisé dans les régions suivantes, en termes de gisements et d’accès aux zones de consommation :

  1. Russie : Vyborg et Beregvya
  2. Annexé à la Russie : Turkménistan
  3. Environs plus ou moins immédiats de la Russie : Azerbaïdjan et Iran
  4. Pris à la Russie : Géorgie
  5. Méditerranée orientale : Syrie et Liban
  6. Qatar et Égypte.

Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques : le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai ; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet étasunien Nabucco, soutenu par l’Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.

Pour la Russie :

Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie.

Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part.

Pour les États-Unis :

Le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la Mer Noire, passe par la Turquie où se situent les infrastructures de stockage, puis parcours la Bulgarie, traverse la Roumanie, la Hongrie, arrive en Autriche et de là se dirige vers la République Tchèque, la Croatie, la Slovénie et l’Italie. Il devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque.

Nabucco était censé concurrencer les projets russes. Initialement prévu pour 2014, il a dû être repoussé à 2017 en raison de difficultés techniques. À partir de là, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe, mais chacun cherche toujours à étendre son projet à de nouvelles zones.

Cela concerne d’une part le gaz iranien, que les États-Unis voulaient voir venir renforcer le projet Nabucco en rejoignant le point de groupage de Erzurum, en Turquie ; et de l’autre le gaz de la Méditerranée orientale : Syrie, Liban, Israël.

Or en juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban. Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une « assurance maladie » en Libye et veut désormais une « assurance-vie » à travers la Syrie et le Liban.

Quant à la Turquie, elle sent qu’elle sera exclue de cette guerre du gaz puisque le projet Nabucco est retardé et qu’elle ne fait partie d’aucun des deux projets South Stream et Nord Stream ; le gaz de la Méditerranée orientale semble lui échapper inexorablement à mesure qu’il s’éloigne de Nabucco.

L’axe Moscou-Berlin

Pour ses deux projets, Moscou a créé la société Gazprom dans les années 1990. L’Allemagne, qui voulait se libérer une fois pour toutes des répercussions de la Seconde Guerre mondiale, se prépara à en être partie prenante ; que ce soit en matière d’installations, de révision du pipeline Nord, ou de lieux de stockage pour la ligne South Stream au sein de sa zone d’influence, particulièrement en Autriche.

La société Gazprom a été fondée avec la collaboration de Hans-Joachim Gornig, un allemand proche de Moscou, ancien vice-président de la compagnie allemande de pétrole et de gaz industriels qui a supervisé la construction du réseau de gazoducs de la RDA. Elle a été dirigée jusqu’en octobre 2011 par Vladimir Kotenev, ancien ambassadeur de Russie en Allemagne.

Gazprom a signé nombre de transactions avec des entreprises allemandes, au premier rang desquelles celles coopérant avec Nord Stream, tels les géants E.ON pour l’énergie et BASF pour les produits chimiques ; avec pour E.ON des clauses garantissant des tarifs préférentiels en cas de hausse des prix, ce qui revient en quelque sorte à une subvention « politique » des entreprises du secteur énergétique allemand par la Russie.

Moscou a profité de la libéralisation des marchés européens du gaz pour les contraindre à déconnecter les réseaux de distribution des installations de production. La page des affrontements entre la Russie et Berlin étant tournée, débuta alors une phase de coopération économique basée sur l’allégement du poids de l’énorme dette pesant sur les épaules de l’Allemagne, celle d’une Europe surendettée par le joug étasunien. Une Allemagne qui considère que l’espace germanique (Allemagne, Autriche, République Tchèque, Suisse) est destiné à devenir le cœur de l’Europe, mais n’a pas à supporter les conséquences du vieillissement de tout un continent, ni celle de la chute d’une autre superpuissance.

Les initiatives allemandes de Gazprom comprennent le joint-venture de Wingas avec Wintershall, une filiale de BASF, qui est le plus grand producteur de pétrole et de gaz d’Allemagne et contrôle 18 % du marché du gaz. Gazprom a donné à ses principaux partenaires allemands des participations inégalées dans ses actifs russes. Ainsi BASF et E.ON contrôlent chacune près d’un quart des champs de gaz Loujno-Rousskoïé qui alimenteront en grande partie Nord Stream ; et ce n’est donc pas une simple coïncidence si l’homologue allemand de Gazprom, appelé « le Gazprom germanique », ira jusqu’à posséder 40 % de la compagnie autrichienne Austrian Centrex Co, spécialisée dans le stockage du gaz et destinée à s’étendre vers Chypre.

Une expansion qui ne plait certainement pas à la Turquie qui a cruellement besoin de sa participation au projet Nabucco. Elle consisterait à stocker, commercialiser, puis transférer 31 puis 40 milliards de m³ de gaz par an ; un projet qui fait qu’Ankara est de plus en plus inféodé aux décisions de Washington et de l’OTAN, d’autant plus que son adhésion à l’Union européenne a été rejetée à plusieurs reprises.

Les liens stratégiques liés au gaz déterminent d’autant plus la politique que Moscou exerce un lobbying sur le Parti social-démocrate allemand en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, base industrielle majeure et centre du conglomérat allemand RWE, fournisseur d’électricité et filiale d’E.ON.

Cette influence a été reconnue par Hans-Joseph Fell, responsable des politiques énergétiques chez les Verts. Selon lui quatre sociétés allemandes liées à la Russie jouent un rôle majeur dans la définition de la politique énergétique allemande. Elles s’appuient sur le Comité des relations économiques de l’Europe de l’Est —c’est-à-dire sur des entreprises en contact économique étroit avec la Russie et les pays de l’ex Bloc soviétique—, qui dispose d’un réseau très complexe d’influence sur les ministres et l’opinion publique. Mais en Allemagne, la discrétion reste de mise quant à l’influence grandissante de la Russie, partant du principe qu’il est hautement nécessaire d’améliorer la « sécurité énergétique » de l’Europe.

Il est intéressant de souligner que l’Allemagne considère que la politique de l’Union européenne pour résoudre la crise de l’euro pourrait à terme gêner les investissements germano-russes. Cette raison, parmi d’autres, explique pourquoi elle traine pour sauver l’euro plombé par les dettes européennes, alors même que le bloc germanique pourraient, à lui seul, supporter ces dettes. De plus, à chaque fois que les Européens s’opposent à sa politique vis-à-vis de la Russie, elle affirme que les plans utopiques de l’Europe ne sont pas réalisables et pourraient pousser la Russie à vendre son gaz en Asie, mettant en péril la sécurité énergétique européenne.

Ce mariage des intérêts germano-russes s’est appuyé sur l’héritage de la Guerre froide, qui fait que trois millions de russophones vivent en Allemagne, formant la deuxième plus importante communauté après les Turcs. Poutine était également adepte de l’utilisation du réseau des anciens responsables de la RDA, qui avaient pris soin des intérêts des compagnies russes en Allemagne, sans parler du recrutement d’ex-agents de la Stasi. Par exemple, les directeurs du personnel et des finances de Gazprom Germania, ou encore le directeur des finances du Consortium Nord Stream, Warnig Matthias qui, selon le Wall Street Journal, aurait aidé Poutine à recruter des espions à Dresde lorsqu’il était jeune agent du KGB. Mais il faut le reconnaitre, l’utilisation par la Russie de ses anciennes relations n’a pas été préjudiciable à l’Allemagne, car les intérêts des deux parties ont été servis sans que l’une ne domine l’autre.

Le projet Nord Stream, le lien principal entre la Russie et l’Allemagne, a été inauguré récemment par un pipeline qui a coûté 4,7 milliards d’euros. Bien que ce pipeline relie la Russie et l’Allemagne, la reconnaissance par les Européens qu’un tel projet garantissait leur sécurité énergétique a fait que la France et la Hollande se sont hâtées de déclarer qu’il s’agissait bien là d’un projet « européen ». À cet égard, il est bon de mentionner que M. Lindner, directeur exécutif du Comité allemand pour les relations économiques avec les pays de l’Europe de l’Est a déclaré, sans rire, que c’était bien « un projet européen et non pas allemand, et qu’il n’enfermerait pas l’Allemagne dans une plus grande dépendance vis-à-vis de la Russie ». Une telle déclaration souligne l’inquiétude que suscite l’accroissement de l’influence Russe en l’Allemagne ; il n’en demeure pas moins que le projet Nord Stream est structurellement un plan moscovite et non pas européen.

Les Russes peuvent paralyser la distribution de l’énergie en Pologne dans plusieurs pays comme bon leur semblent, et seront en mesure de vendre le gaz au plus offrant. Toutefois, l’importance de l’Allemagne pour la Russie réside dans le fait qu’elle constitue la plate-forme à partir de laquelle elle va pouvoir développer sa stratégie continentale ; Gazprom Germania détenant des participations dans 25 projets croisés en Grande-Bretagne, Italie, Turquie, Hongrie et d’autres pays. Cela nous amène à dire que Gazprom – après un certain temps – est destinée à devenir l’une des plus importantes entreprises au monde, sinon la plus importante.

Dessiner une nouvelle carte de l’Europe, puis du monde

Les dirigeants de Gazprom ont non seulement développé leur projet, mais ils ont aussi fait en sorte de contrer Nabucco. Ainsi, Gazprom détient 30 % du projet consistant à construire un deuxième pipeline vers l’Europe suivant à peu près le même trajet que Nabucco ce qui est, de l’aveu même de ses partisans, un projet « politique » destiné à montrer sa force en freinant, voire en bloquant le projet Nabucco. D’ailleurs Moscou s’est empressé d’acheter du gaz en Asie centrale et en mer Caspienne dans le but de l’étouffer, et de ridiculiser Washington politiquement, économiquement et stratégiquement par la même occasion.

Gazprom exploite des installations gazières en Autriche, c’est-à-dire dans les environs stratégiques de l’Allemagne, et loue aussi des installations en Grande-Bretagne et en France. Toutefois, ce sont les importantes installations de stockage en Autriche qui serviront à redessiner la carte énergétique de l’Europe, puisqu’elles alimenteront la Slovénie, la Slovaquie, la Croatie, la Hongrie, l’Italie et l’Allemagne. À ces installations, il faut ajouter le centre de stokage de Katrina, que Gazprom construit en coopération avec l’Allemagne, afin de pouvoir exporter le gaz vers les grands centres de consommation de l’Europe de l’ouest.

Gazprom a mis en place une installation commune de stockage avec la Serbie afin de fournir du gaz à la Bosnie-Herzégovine et à la Serbie elle-même. Des études de faisabilité ont été menées sur des modes de stockage similaires en République Tchèque, Roumanie, Belgique, Grande-Bretagne, Slovaquie, Turquie, Grèce et même en France. Gazprom renforce ainsi la position de Moscou, fournisseur de 41 % des approvisionnements gaziers européens. Ceci signifie un changement substantiel dans les relations entre l’Orient et l’Occident à court, moyen et long terme. Cela annonce également un déclin de l’influence états-unienne, par boucliers antimissiles interposés, voyant l’établissement d’une nouvelle organisation internationale, dont le gaz sera le pilier principal. Enfin cela explique l’intensification du combat pour le gaz de la côte Est de la Méditerranée au Proche-Orient.

Nabucco et la Turquie en difficulté

Nabucco devait acheminer du gaz sur 3 900 kilomètres de la Turquie vers l’Autriche et était conçu pour fournir 31 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an depuis le Proche-Orient et le bassin caspien vers les marchés européens. L’empressement de la coalition OTAN-États-unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera t-il Nabucco ou South Stream ?

Le consortium Nabucco est constitué de plusieurs sociétés : allemande (REW), autrichienne (OML), turque (Botas), bulgare (Energy Company Holding), et roumaine (Transgaz). Il y a cinq ans, les coûts initiaux du projet étaient estimées à 11,2 milliards de dollars, mais ils pourraient atteindre 21,4 milliards de dollars d’ici 2017. Ceci soulève de nombreuses questions quant à sa viabilité économique étant donné que Gazprom a pu conclure des contrats avec différentes pays qui devaient alimenter Nabucco, lequel ne pourrait plus compter que sur les excédents du Turkménistan, surtout depuis les tentatives infructueuses de mainmise sur le gaz iranien. C’est l’un des secrets méconnus de la bataille pour l’Iran, qui a franchi la ligne rouge dans son défi aux USA et à l’Europe, en choisissant l’Irak et la Syrie comme trajets de transport d’une partie de son gaz.

Ainsi, le meilleur espoir de Nabucco demeure dans l’approvisionnement en gaz d’Azerbaïdjan et le gisement Shah Deniz, devenu presque la seule source d’approvisionnement d’un projet qui semble avoir échoué avant même d’avoir débuté. C’est ce que révèle l’accélération des signatures de contrats passés par Moscou pour le rachat de sources initialement destinées à Nabucco, d’une part, et les difficultés rencontrées pour imposer des changements géopolitiques en Iran, en Syrie et au Liban d’autre part. Ceci au moment où la Turquie s’empresse de réclamer sa part du projet Nabucco, soit par la signature d’un contrat avec l’Azerbaïdjan pour l’achat de 6 milliards de mètres cubes de gaz en 2017, soit par l’annexion de la Syrie et du Liban avec l’espoir de faire obstacle au transit du pétrole iranien ou de recevoir une part de la richesse gazière libano-syrienne. Apparemment une place dans le nouvel ordre mondial, celui du gaz ou d’autre chose, passe par rendre un certain nombre de service, allant de l’appui militaire jusqu’à l’hébergement du dispositif stratégique de bouclier antimissiles.

Ce qui constitue peut-être la principale menace pour Nabucco, c’est la tentative russe de le faire échouer en négociant des contrats plus avantageux que les siens en faveur de Gazprom pour North Stream et South Stream ; ce qui invaliderait les efforts des États-Unis et de l’Europe, diminuerait leur influence, et bousculerait leur politique énergétique en Iran et/ou en Méditerranée. En outre, Gazprom pourrait devenir l’un des investisseurs ou exploitants majeurs des nouveaux gisements de gaz en Syrie ou au Liban. Ce n’est pas par hasard que le 16 août 2011, le ministère syrien du Pétrole à annoncé la découverte d’un puits de gaz à Qara, près de Homs. Sa capacité de production serait de 400 000 mètres cubes par jour (146 millions de mètres cubes par an), sans même parler du gaz présent dans la Méditerranée.

Les projets Nord Stream et South Stream ont donc réduit l’influence politique étasunienne, qui semble désormais à la traîne. Les signes d’hostilité entre les États d’Europe centrale et la Russie se sont atténués ; mais la Pologne et les États-Unis ne semblent pas disposés à renoncer. En effet, fin octobre 2011, ils ont annoncé le changement de leur politique énergétique suite à la découverte de gisements de charbon européens qui devraient diminuer la dépendance vis-à-vis de la Russie et du Proche-Orient. Cela semble être un objectif ambitieux mais à long terme, en raison des nombreuses procédures nécessaires avant commercialisation ; ce charbon correspondant à des roches sédimentaires trouvées à des milliers de mètres sous terre et nécessitant des techniques de fracturation hydraulique sous haute pression pour libérer le gaz, sans compter les risques environnementaux.

Participation de la Chine

La coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la « base » de leur double véto réitéré en faveur de la Syrie.

Cette coopération ne concerne pas seulement l’approvisionnement de la Chine à des conditions préférentielles. La Chine est amenée à s’impliquer directement dans la distribution du gaz via l’acquisition d’actifs et d’installations, en plus d’un projet de contrôle conjoint des réseaux de distribution. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. Il a été convenu, par conséquent, que les experts russes et chinois travailleraient ensemble dans les domaines suivants : « La coordination des stratégies énergétiques, la prévision et la prospection, le développement des marchés, l’efficacité énergétique, et les sources d’énergie alternative ».

D’autres intérêts stratégiques communs concernent les risques encourus face au projet du « bouclier antimissiles » US. Non seulement Washington a impliqué le Japon et la Corée du Sud mais, début septembre 2011, l’Inde a aussi été invitée à en devenir partenaire. En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à-dire, sur la Route de la soie. Cette stratégie est la même que celle lancée par George Bush (projet de Grande Asie centrale) pour y faire reculer l’influence de la Russie et de la Chine en collaboration avec la Turquie, résoudre la situation en Afghanistan d’ici 2014, et imposer la force militaire de l’OTAN dans toute la région. L’Ouzbékistan a déjà laissé entendre qu’il pourrait accueillir l’OTAN, et Vladimir Poutine a estimé que ce qui pourrait déjouer l’intrusion occidentale et empêcher les USA de porter atteinte à la Russie serait l’expansion de l’espace Russie-Kazakhtan-Biélorussie en coopération avec Pékin.

Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voute est l’énergie, et en premier lieu le gaz.

Le gaz de la Syrie

Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le bassin Méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le 21ème siècle est supposé être celui de l’énergie propre.

Selon le Washington Institute for Near East Policy (WINEP, le think tank de l’AIPAC), le bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. Ce même institut a aussi émis l’hypothèse que la bataille entre la Turquie et Chypre allait s’intensifier du fait de l’incapacité Turque à assumer la perte du projet Nabucco (malgré le contrat signé avec Moscou en décembre 2011 pour le transport d’une partie du gaz de South Stream via la Turquie).

La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. Et à partir de la Syrie, porte de l’Asie, il détiendra « la clé de la Maison Russie », comme l’affirmait la Tsarine Catherine II, ainsi que celle de la Chine, via la Route de la soie. Ainsi, il serait en capacité de dominer le monde, car ce siècle est le Siècle du Gaz.

C’est pour cette raison que les signataires de l’accord de Damas, permettant au gaz iranien de passer à travers l’Irak et d’accéder à la Méditerranée, ouvrant un nouvel espace géopolitique et coupant la ligne de vie de Nabucco, avaient déclaré « La Syrie est la clé de la nouvelle ère ».

Imad Fawzi Shueibi

Source: mécanoblog

Gaz de schiste: la calamité à venir


 

«On est assis sur une richesse naturelle de plusieurs milliards de dollars.»

Pierre Arcand

On est dirigés par des têtes d’eau.

L’auteur

COLOMBIE BRITANNIQUE

Dans les schistes de Marcellus, un énorme gisement s’étendant  de New York au Tennessee, de l’industrie laisse  3 millions de gallons d’eau contaminée dans le sol pour chaque puits foré .

En Colombie-Britannique seulement, l’industrie du gaz de schiste a permis à tous les jours de retirer jusqu’à 274.956 mètres cubes ou 60,481,864 gallons impériaux de 540 ruisseaux, les rivières et les lacs ainsi que les aquifères dans le nord-Colombie-Britannique En revanche Greater Victoria, qui abrite 336.000 citoyens,  la moitié utilise cette quantité d’eau chaque jour, dit Parfitt, qui a beaucoup écrit sur l’industrie forestière en Colombie-Britannique.

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Encana a donné accès à l’eau à 71 endroits différents pour une durée maximale quotidienne totale de 16.117 mètres cubes, soit près de six et demi-piscines olympiques d’eau par jour. »

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Talisman Energy, une entreprise qui a également assuré un accès à 2.400 miles carrés de l’Unita Shale f sous les terres agricoles riches long de la rivière du Québec du Saint-Laurent, a proposé détourner 2,2 millions de mètres cubes d’eau par an « sur une base permanente du plus grand plan d’eau de la  Colombie-Britannique, le réservoir Williston « afin de développer ses actifs en Colombie-Britannique.

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En outre, de nombreux gisements de schistes sont riches en contaminants, y compris le CO2, l’hydrogène sulfuré et de matières radioactives en raison de la profondeur de la ressource.

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Encana  émettra 2 millions de tonnes de GES par an, tandis que Spectra deux usines de gaz de schiste publiera près de 3 millions de tonnes. C’est autant de pollution en plein changement climatique comme une exploitation de sables bitumineux de petite taille.

FrackingDisaster

BUSINESS DE LA GARNOTTE?

Dans sa présentation, André Caillé a bien essayé d’inscrire le gaz dans les traditions québécoises, en disant qu’il s’agissait de creuser de la roche et de la fracturer, comme pour la Baie-James ou l’Expo – ce qu’il appelé avec humour la « business de la garnotte ». L’effort est louable, mais pas très convaincant.

Alain Dubuc

La liste secrète des additifs chimiques utilisés pour fracturer le schiste dans le sous-sol québécois vient d’être révélée par la compagnie albertaine Questerre. Et ce cocktail chimique est dangereux, estime Alfred Jaouich, professeur au département des sciences de la terre et de l’atmosphère de l’UQAM.


«Ce sont des substances qu’on ne veut absolument pas retrouver dans l’eau souterraine. Plusieurs d’entre elles sont potentiellement cancérigènes», explique le spécialiste des eaux de surface et des eaux souterraines.

Il s’agit notamment de polyacrylamide, d’isopropanol, de triméthylactadécylammonium, de xylène sulfonate de sodium, d’hypochlorite de sodium, d’amine quaternaire ou de monohydrate de nitrilatriacétate de trisodium.

Rue Frontenac, Jessica Nadeau

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Le monde rural perturbé

Fort St-John, Colombie Britannique

L’industrie gazière a fait une irruption bruyante dans la vie de M. Hill, à l’été 2008. À trois kilomètres de chez lui, un puits stimulé par fracturation hydraulique a laissé échapper du gaz sous haute pression. «C’était comme un 747 atterrissant dans votre cour», dit-il.

Deux ans plus tard, il y a une douzaine de puits dans son voisinage. Et deux usines de compression. «Il n’y a aucune planification, dit-il. L’intérêt des habitants, on n’en tient pas compte du tout.»

«Oui, il y a des travailleurs qui devaient s’exiler en Alberta avant et qui sont maintenant dans la région. Si vous montez dans le train du gaz, vous vous débrouillez bien, mais sinon, vous ramassez la facture.»

M. Hill nous dépose chez un de ses voisins, Brian Derfler, fermier qui cultive le grain sur ses 1200 acres. Il craint que l’agriculture ne s’efface devant l’industrie gazière. «Juste pour le terrassement d’une plateforme près d’ici, ils ont utilisé assez de carburant pour faire rouler ma ferme pendant cinq ans, dit-il. Ça me dit que l’exploitation gazière a déjà remplacé notre économie traditionnelle.»

Encore plus au sud, dans la localité de Pouce Coupé, Tim et Linda Ewert accueillent La Presse. Arrivés en pionniers sur leur terre à défricher en 1973, il étaient «bios» bien avant la mode. Ils ont fui l’industrialisation de leur Ontario natal pour vivre en quasi-autarcie.

Le projet était faisable, à condition d’y consacrer leur vie. Le résultat après 37 ans: une maison chaleureuse et spacieuse – mais toujours sans électricité -, du bétail, une basse-cour, un grand potager. Leurs deux enfants y ont grandi.

Pour eux, le bilan de l’industrie gazière qui s’est installée partout aux alentours est très sombre. «On s’étouffe dans les nuages de poussière soulevés par les poids lourds, dit Tim Ewert. Il est très rare qu’on n’entende pas quelque part un compresseur ou une foreuse. L’hiver, la nuit, le ciel est orange à cause des torchères. Il y a deux ans, on a été malades tous les deux, ainsi que notre voisin. Des maux de tête et des nausées pendant des jours. La société nous a dit qu’il y avait eu une fuite, mais sans nous dire de quoi. Puis, cette année, la source qui nous alimentait en eau potable depuis 30 ans a arrêté de couler. On n’a pas de preuve qu’il y a un lien avec les forages, mais on ne sait pas trop ce qu’on va faire pour l’eau potable au cours de l’hiver.»

Mais le comble pour le couple a été l’explosion l’an dernier d’un puits de la société EnCana. «Notre voisin nous a appelés pour nous avertir de ne pas sortir, parce qu’il y avait un nuage de gaz de deux kilomètres de long», raconte M. Ewert.

Selon l’enquête de la Commission provinciale du pétrole et du gaz, la conduite d’acier à la sortie du puits a cédé après avoir subi l’abrasion du sable mélangé au gaz pendant les huit mois suivant sa mise en service.

L’enquête a conclu que le puits a été mis en service alors qu’il n’avait pas été suffisamment purgé, selon les propres normes de la société. Le rapport d’enquête souligne aussi qu’EnCana a lancé un ordre d’évacuation à 10h16, alors que les premiers signes d’un problème ont été détectés par les voisins dès 2h30 cette nuit-là. «La réaction des autorités et d’EnCana a été pitoyable», dit M. Ewert.

Le couple ne sait pas s’il va rester sur place. «Le boom va durer 20 ans et après, on va se retrouver avec toute cette tuyauterie percée», dit M. Ewert. «Ce n’est pas qu’on a envie de partir, dit Linda Ewert. On a même fait une demande pour avoir notre propre cimetière sur le terrain. Mais trouvez-vous normal qu’on ait même à se poser la question, alors qu’on vit ici depuis 37 ans?

Charles Côté, La Presse

Chanson à boire, adaptation 21e siècle

Chevaliers de la Table Ronde

by Chansons à boire

Chevaliers de la Table Ronde
Goûtons voir si le gaz est bon
Chevaliers de la Table Ronde
Goûtons voir si le gaz  est bon
Goûtons voir, oui, oui, oui
Goûtons voir, non, non, non
Goûtons voir si le gaz  est bon.
Goûtons voir, oui, oui, oui
Goûtons voir, non, non, non
Goûtons voir si le gaz est bon.

Sur ma tombe je veux qu’on inscrive
Ici gît le Roi des foreurs