Archives de Tag: enseignants

Enseignants gazés à la chaîne devant le rectorat de Toulouse

L’éléphant est au cirque et le cirque est dans les éléphants

640px-Elephant_breastfeading

«La rémunération des enseignants devrait varier en fonction des résultats de leurs élèves».

L’idée vient de « refaire surface »: devant la médiocrité du RENDEMENT du Ministère de L’Éducation des Loisirs et des Sports (le MELS) du Québec, on songe à améliorer la « performance » des élèves en élevant le salaires des enseignants.

Les pédagogues ne trouvent plus de livres pour …trouver des idées. Ils ne sont jamais allés sur le terrain. Ils dessinent des organigrammes depuis les années 90. En noir et blanc, en couleurs.

compétences

Si quelqu’un connaît une école, une « Ministère » capable d’enseigner à un élève un « savoir être », envoyez-le-moi. Dans un monde où les politiciens gaspillent votre argent en réunions, en armes, soumis aux conglomé-RATS, que l’on enrobe les carrières comme une réussite de vie, le petit esclave mauve, étranglé par son travail suit « la mode ». La société lui apprend comment devenir un salaud. Alors que le pédagogue livresque, mécanicien du cerveau, tente de vendre l’idée d’un citoyen modèle. Et c’est c’est ainsi que ce citoyens « modèle », finissent par se faire injecter 60 vaccins avant d’avoir appris le mot locomotive et à consulter un médecin au moindre rhume.

Pour guérir le rhume, il suffira de payer le médecins de 30% plus cher.

La Terre est une longue rue parsemée de vendeurs de drogues électroniques.

L’art de vivre a été depuis longtemps enterré par la « technique de vivre ». Vanter la solidarité humaine dans un monde qui cultive l’ego, c’est comme tenter de vider un lac avec une louche à soupe.

Les doctorisés trouveront sans doute le moyen – de « fabriquer » un meilleur individu, en commençant de plus en plus tôt. Alors, on aura droit à un organigramme sur le savoir uriner. Méthodique. Scalpelisé. Un livre version gars, un autre version fille. Mais, dans la grande décadence occidentale, on ne pourra empêcher notre futur citoyen de délimiter son territoire. C’est dans la « nature » humaine…

Si les pédagogues ont raison de fouiller des tas de livres pour percer le mystère du cerveau, et que c’est pratique, on devrait alors rééduquer nos politiciens. Le nombre d’incompétents de « savoir être » et  « savoir faire » est hallucinant. On pourrait commencer par des cours à Wall-Street… Ces gens-là n’ont pas de territoire… En fait, ils l’ont tous depuis la mondialisation.

Le cirque 

C’est au cirque que le bon sens se trouve la solution: on paie un dresseur d’éléphants. Mais si ça ne fonctionne pas, on ne renvoie pas le dresseur mais on change l’éléphant.

Le cirque, ça n’a rien de sérieux. Mais si un jour ça le devenait, le propriétaire engagerait une firme pour tester le dresseur. Ils le passent en entrevue:

– Quelle est la grosseur d’un cerveau d’éléphant?

Il hausse les épaules.

« Il est incompétent ». On passe à un autre candidat. Il a lu sur Wikipedia. Alors, il répond: de 4 à 6 kilos.

Puis il ajoute: » Vous savez, en proportion, la souris a un cerveau plus gros que l’éléphant.

Ça ne les intéresse pas.

Embauché.

Après six mois de dressage, l’éléphant ne comprend pas et n’effectue pas les simagrées que l’on veut lui montrer.

Le cirque change de firme, la déclarant inapte dans son travail.

L’autre firme ne lésine pas: elle offre au nouveau dresseur tous les livres concernant les éléphants.

Et ça fonctionne.

L’éléphant est génial. Les trois employés sont en larmes, s’entre-félicitent, envoient un chèque à la firme et réduisent le salaire du dresseur en fabriquant une nouvelle échelle de salariés prétextant que le cirque est dépassé.

Devenu compétent, le dresseur donne sa démission au cirque. La moue basse, les intervenants lui demandent de produire une lettre sur les raisons de sa démission.

Ils leur produit un mémo de quelques lignes:

Savoir être: les éléphants se reconnaissent entre eux et ressentent de la peine et font deuil devant un congénère décédé. Alors, il faut porter sur soi un os d’éléphant décédé arrosé de l’urine – à changer à chaque jour.

Savoir faire: quand il veut jouer, laisser-le jouer et apprenez ce qu’il peut faire en jouant.

Social: il n’y a rien à lui apprendre. C’est lui qui vous en apprend. Il bouffe des fruits à 7% d’alcool et devient asocial. Il s’écarte du troupeau.

C’est comme ça que j’ai appris des éléphants, que lorsqu’on rencontre des gens qui sont soûls de diplômes,  hautains, fabricant des organigrammes, qu’ils s’éloignent de la masse.

Et si vous avez abaissé mon salaire en disant que le cirque ne fonctionne pas, c’est qu’il a été relocalisé dans des bureaux, des livres, des firmes, des infirmes, qui bouffent trop de ces fruits frelatés de la connaissance.

Veuillez agréer mes distinguées salutations.

Gaëtan Pelletier

11 septembre 2013

Je suis un résidu

Depuis quelques années, je lis beaucoup de commentaires, ici comme ailleurs, sur la piètre qualité des enseignants québécois. On se plaint de leur incapacité à inculquer une certaine culture générale aux élèves. On se lamente de leurs difficultés à maîtriser la langue française. On dit d’eux qu’ils se plaignent le ventre plein! Voyons, ils travaillent moins de 200 jours par année, terminent le boulot à 15h, profitent de deux mois de vacances l’été, deux semaines à Noël, une autre semaine en mars, alouette!

Je n’en peux plus de ce discours dévalorisant! Je n’en peux plus davantage de ce regard de pitié lorsque j’apprends à une nouvelle connaissance que je suis enseignante. Comme si j’avais choisi de pratiquer ce métier pour porter une croix tout le reste de ma vie!

J’ai choisi l’enseignement parce que j’ai toujours aimé le milieu de l’éducation. Les jeunes sont stimulants et quand on les aime, ils savent nous le rendre avec leurs mille et un projets, leur grande créativité et leur inébranlable confiance en l’avenir. Malheureusement, force m’est d’admettre que ce métier qui me faisait tant vibrer à mes débuts comporte de plus en plus de côtés désagréables qui commencent sérieusement à me faire regretter mon choix.

Après une formation universitaire de quatre ans, et après avoir lu partout que le métier d’enseignant était déserté par les jeunes, j’étais sûre de trouver facilement du travail. Pourtant, cinq ans plus tard, je suis toujours une employée à statut précaire qui doit, à chaque fin d’été, une petite semaine seulement avant la rentrée, se rendre à la grande loterie de la séance d’affectation pour quémander un poste dans une école ou une autre. Un «résidu» de tâche, comme le décrit si bien le terme employé dans le milieu.

Bien que certains champs d’enseignement vivent encore une pénurie (l’adaptation scolaire, surtout), la plupart des autres ont d’énormes surplus d’effectifs. Cette année, il n’y avait rien de disponible pour moi lorsqu’est arrivé mon tour de choisir un contrat. Et ce sera le cas pour des centaines de collègues… Je ne sais même pas si je vais pouvoir compter comme résidu, c’est tout dire.

À ce compte, je ne suis plus surprise de lire que 20?% des jeunes enseignants désertent la profession dans les cinq premières années de leur carrière. Ce métier comporte de nombreux irritants, et particulièrement pour les jeunes?: des tâches multiples (il m’est arrivé d’enseigner quatre différentes matières sur quatre différents niveaux du secondaire, dont deux pour lesquelles je n’avais pas la moindre formation), des groupes nombreux (parfois plus de 35 élèves) comportant plusieurs élèves en difficulté d’apprentissage ou éprouvant des problèmes de comportement, des tâches connexes à l’enseignement qui alourdissent considérablement notre travail et auxquelles ma formation ne m’a pas préparée (surveillance des élèves à la cafétéria pendant le dîner, gestion des heures de retenue, contrôle du va-et-vient dans les corridors pendant les pauses) et j’en passe.

Je ne parle même pas des heures passées en soirée à faire des appels aux parents, à se faire dire par ces derniers qu’ils ont déjà bien assez de gérer les frasques de leurs enfants à la maison, qu’ils ne veulent rien entendre des problèmes que vivent leurs rejetons à l’école!

On me demande d’être prof, agent de sécurité, psychologue, technicienne en loisir, médiatrice. On me balance un nouveau programme par-ci, une réforme par-là, un bulletin «critérié», un retour au bulletin noté, un pas en avant, un autre en arrière. Tout ça en surplus d’une tâche d’enseignement déjà lourde et sans même savoir s’il y aura du boulot pour moi l’an prochain. Y a de quoi reluquer vers un autre domaine, vous en conviendrez…

Je veux bien vivre avec toutes les difficultés inhérentes à ma profession: je l’aime assez pour passer par-dessus cela. Mais si on ne peut même pas me garantir de travail… J’ai 33 ans, deux enfants à élever, une hypothèque à payer. Quelque chose ne tourne pas rond avec notre système d’éducation?: on se lamente de manquer de bons profs alors qu’on n’arrive même pas à garantir du travail à ceux qui sont là, pleins de bonne volonté.

Me voilà donc, enseignante qualifiée et passionnée par son travail, maîtrisant parfaitement le français à l’écrit comme à l’oral, animée d’un grand désir de partager mes connaissances et de stimuler le désir d’apprendre chez les élèves, assise à la maison à guetter le téléphone dans l’espoir qu’il sonne. Et à se dire qu’elle aurait dû faire autre chose de sa vie.

_______________

Mélanie Gauthier, enseignante à statut précaire

Source: Lettre,

Cyberpresse