Archives de Tag: déforestation

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Le cortège à venir

Photo de Xavier Marchand.

Indonésie et déforestation

Photo de Nouchka Galili.

Photo de Nouchka Galili.

Vous connaissez les marques Nutella, Pepsi, Mixa, Häagen-Dazs, Mac Donalds ou Total ? Toutes ont un point commun : l’utilisation massive d’huile de palme.

Il se produit 1,9 tonne d’huile de palme chaque seconde dans le monde, soit 60 millions de tonnes d’huile de palme par an (2015) dont 90 % en Indonésie et en Malaisie. Cela représente 1/4 du marché des huiles végétales.
L’huile de palme est l’huile végétale la plus produite de la planète. Un prix particulièrement bas sur le marché mondial, une huile rentable et économique, des propriétés convenant particulièrement au processus de transformation industrielle des aliments, ont fait que l’huile de palme est présente aujourd’hui dans un produit sur deux dans les supermarchés : pizzas surgelées, biscuits, margarines, crèmes pour le corps, savons, maquillages, bougies, lessives, apéritifs, dentifrice, produits d’hygiène, produits d’entretien, laits infantiles, préparations & plats industriels, pains, brioches, pâtes à tarte, glaces, confiseries…

L’île de Bornéo, un peu plus grande que la France, a vu la forêt primaire de son territoire fondre de plus de la moitié en 60 ans, sous l’effet des bulldozers et des tronçonneuses, pour planter des palmeraies. La vente de bois tropicaux est aussi une ressource très lucrative.
La forêt tropicale, riche en biodiversité, est devenue une monoculture intensive où rien ne vit, si ce n’est les palmiers. La perte d’habitats des animaux de la forêt poussent certaines espèces à l’extinction, la culture massive des palmiers à huile en est clairement responsable. L’écosystème terrestre local en est bouleversé mais pas seulement : la déforestation a aussi une grande influence à l’échelle globale en terme de réchauffement climatique.
5 grands mammifères d’Indonésie sont en voix d’extinction à cause de la production massive d’huile de palme : l’orang-outan et l’éléphant pygmée de Bornéo, l’orang-outan, le tigre et le rhinocéros de Sumatra. La réduction de leur espace vital est imputable aux plantations de palmiers. Le braconnage et la perte d’habitat est pour eux une catastrophe. Paysans et populations autochtones, qui depuis des générations vivent dans la forêt et la préservent, sont souvent brutalement expulsés de leur terres ou tués.
Les « forêts » de palmiers à huile réduisent de 90% le taux de biodiversité et apportent avec elles des intrants (pesticides, engrais) qui modifient l’équilibre des sols et des écosystèmes aquatiques. La demande en huile de palme devrait, selon les experts, quasiment doubler entre 2010 et 2020 et l’augmentation de production serait située à 60% en Asie du Sud-Est. Si rien n’est fait aujourd’hui, ces 5 espèces auront disparu d’ici 2020.

Ce que presque personne ne sait : près de la moitié des importations d’huile de palme dans l’UE est consommée sous la forme de biocarburants. La loi de 2009 sur l’incorporation obligatoire d’agrocarburants dans l’essence et le diesel est ainsi une cause majeure de déforestation tropicale.
À ce jour, les plantations d’huile de palme s’étendent sur 27 millions d’hectares à travers le monde, en Asie du Sud-Est, en Amérique du Sud et en Afrique, soit un territoire grand comme la Nouvelle-Zélande d’où ont été chassés habitants et animaux pour faire place à un « désert vert ».
D’immenses zones de forêts tropicales sont défrichées et brûlées, jour après jour, pour faire de la place aux plantations. Ce faisant, de grandes quantités de gaz à effet de serre sont émises dans l’atmosphère. L’Indonésie, premier producteur d’huile de palme de la planète, a ainsi émis plus de gaz à effet de serre que les États-Unis d’Amérique au cours de l’année 2015. Les émissions de CO2 et de méthane rendent les biocarburants à base d’huile de palme trois fois plus nocif pour le climat que les carburants à base de pétrole.
Notre absorption quotidienne d’huile de palme est nocive pour l’environnement, pour les Animaux mais aussi pour notre propre santé : l’huile de palme industrielle raffinée est riche en contaminant génotoxiques et cancérigènes, comme l’a alerté l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) au cours de l’été 2016. »

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L’huile de palme se cache dans tous ces produits de consommation courante et sous tous ces autres noms : 1) https://observatoire-des-aliments.fr/…/liste-produits-huile…2) https://www.encyclo-ecolo.com/Produits_avec_huile_de_palme

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(Source : Planestoscope/LeMonde/SauvonsLaForêt/NoPalm.org)

Les chênes qu’on abat

La découverte du Nouveau Monde fut fatale à la forêt espagnole. L’ambition des souverains qui voulaient faire de l’Espagne la première puissance mondiale passait par la construction d’une flotte de navires qui assurerait la domination des mers ; ce fut le signal de départ d’un déboisement massif.

De plus, pour entretenir une armée qui occupait les Pays-Bas et faisait la guerre à la France, il fallait de l’or, beaucoup d’or. Les souverains espagnols vendirent alors les forêts à des bergers ou à des agriculteurs, lesquels les transformèrent en pâturages ou en cultures…

Cinq siècles plus tard, la forêt espagnole n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut et l’Espagne est devenue une contrée semi-désertique. L’ambition à court terme et bien éphémère de dominer le monde s’est réalisée au détriment des intérêts à long terme du pays.

Quelles leçons tirer du choix effectué il y a cinq siècles par Philippe II d’Espagne ? Quelles forêts nos dirigeants détruisent-ils aujourd’hui pour satisfaire des ambitions vite évanouies ? Le temps de la décision politique – aujourd’hui quasi-exclusivement tournée vers le très court terme – peut-il être compatible avec celui de l’intérêt à long terme d’une nation, a fortiori d’un ensemble humain plus large ?

Zéro anticipation

La nécessité de poser ce type de questions est renforcée par un élément supplémentaire : nos hommes politiques, en France comme dans les autres pays, et ce quelle que soit leur étiquette politique, semblent avoir relégué la prospective et l’anticipation au dernier rang de leurs priorités.

Nous allons de crise en crise – c’est en tout cas ainsi que les médias nous présentent l’évolution du monde – et le personnel politique est désormais essentiellement occupé à « gérer les crises » – c’est-à-dire le très court terme – et jugé sur son habileté en ce sens. Nulle vue d’ensemble, nulle vision à long terme, nulle capacité à penser le futur : le travail de pompier semble être devenu l’alpha et l’oméga de la politique.

Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Faut-il en chercher les symptômes dans les premiers chocs pétroliers des années 1973 et 1979 ? Ces événements ont fortement contribué à créer une « mentalité de crise » auprès des citoyens, lesquels ont ensuite « sélectionné » au fil des élections des hommes politiques qui semblaient capables de résoudre ces crises.

Mais – et c’est là l’effet pervers d’un tel choix – cette « sélection darwinienne » d’un personnel politique à l’aise dans les situations de crise (c’est-à-dire susceptible de régler des problèmes à très court terme en employant des moyens exceptionnels) a pour conséquence que, pour survivre, ce même personnel a besoin d’un état de crise permanent.

La crise permanente…

La solution, pour ces hommes et femmes politiques, consiste alors à créer les conditions de survenue des crises, soit en ne résolvant pas les causes profondes de celles qui se présentent (par exemple, la « crise financière » de 2008 dont tous les éléments pour qu’elle se reproduise sont encore en place), soit en laissant se dégrader des situations afin qu’elles dégénèrent en crise, voire en créant les conditions favorables à une future crise. Par exemple, en faisant voter la loi TEPA en 2007, Nicolas Sarkozy a sciemment aggravé le déficit public et les écarts de revenus entre Français, augmentant d’autant les probabilités d’une future crise.

Ce même Sarkozy est d’ailleurs l’archétype du politicien de crise, tendance pompier pyromane : son plaisir jubilatoire à se mettre en avant lors de « sommets » censés résoudre telle ou telle crise (dont l’intérêt réel est inversement proportionnel à la couverture médiatique dont ils bénéficient), sa propension maladive à accuser en permanence telle ou telle catégorie de Français, à diviser et à morceler le corps social, sont révélateurs d’un besoin pathologique à « vivre constamment dans la crise », à ne pouvoir exister (politiquement en tout cas, mais sans doute aussi exister tout court) qu’en créant des crises puis en faisant ensuite mine de les résoudre.

En 2007, Marianne nous avait annoncé que nous nous apprêtions à élire un malade au sommet de l’État (voir notre billet Marianne : le dossier Sarkozy). À toutes les tares que listait alors cet hebdomadaire, il convient d’ajouter celle-ci : nous avons à l’Élysée un Président dont la pensée est exclusivement « court-termiste », qui est incapable – même s’il essaie parfois de donner le change – de « penser demain ».

… en politique comme dans l’entreprise

Cette « maladie » présidentielle était déjà présente dans le corps social bien avant l’élection de Sarkozy. Sans forcer le trait, c’est sans doute parce que les Français  – en tout cas leurs « élites » – souffraient – et souffrent encore – des mêmes maux qu’ils ont élu Nicolas Sarkozy.

En effet, le phénomène de crise permanente, quasiment « institutionnalisée », de vision court-termiste, d’absence de prospective, ne se limite pas à la classe politique. Beaucoup de dirigeants d’entreprises ont de facto abandonné toute vision à long terme pour ne réagir qu’aux « crises » qui justifient plans de restructuration et autres mesures violentes, ultra-rapides et prises dans l’urgence.

On en arrive parfois ainsi à la situation a priori paradoxale où les salariés et l’encadrement intermédiaire se soucient plus de l’intérêt à long terme de l’entreprise (donc ont une vision prospective) que les dirigeants et actionnaires, prêts à abattre la forêt pour poursuivre une chimère éphémère, qui prend très souvent la forme de l’enrichissement personnel.

Dans l’entreprise comme en politique, cette absence de vision prospective et cette propension à susciter des crises pour ne les « résoudre » ensuite qu’en façade, à travers des « plans de com’ » qui ne règlent en rien les problèmes de fond, sont devenues le mode de management habituel dans ces premières années du XXIe siècle. Il est un domaine où cette vision court-termiste nous conduit droit dans le mur : celui de l’énergie. C’est ce que nous examinerons dans un prochain billet.

Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

Lettre du lundi

Déforestation

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Humeurs de Marissé 

Huile de palme : cartes sur table avec les marques

Par Greenpeace

Il ne reste plus que 400 tigres de Sumatra dans les forêts indonésiennes. Et ils sont en sursis. Leur habitat est grignoté, jour après jour, par d’immenses plantations de palmiers à huile. D’après les cartes officielles du ministère indonésien des Forêts, l’Indonésie a perdu au moins 1 240 000 hectares de forêts entre 2009 et 2011, soit 620 000 hectares par an. L’expansion des plantations de palmier à huile est le principal moteur de cette déforestation.

Les grandes marques ont des responsabilités envers nous en tant que consommateurs. Greenpeace a analysé les politiques d’approvisionnement de 8 grandes firmes multinationales, qui sont toute clientes de la firme Wilmar International, premier négociant en huile de palme du monde et contributeur notoire à la destruction des forêts indonésiennes. La plupart de ces entreprises se retranchent encore derrière le label de durabilité RSPO, qui est pourtant insuffisant à garantir des achats d’huile responsable. D’autres ont enfin pris la mesure de l’enjeu lié à la présence d’huile de palme dans leur produits, tels Nestlé et tout récemment Ferrero ou encore Unilever !Voir la totalité des réponses des marques sur le site du “Tiger Challenge

12 entreprises françaises contactées

Enseignes de la grande distribution, industriels de l’agroalimentaire ou des cosmétiques, membres de la Roundtable for Sustainable Palm Oil (RSPO, Table ronde pour une huile de palme durable) ou importantes utilisatrices d’huile de palme, Greenpeace les a contactées. Dans la grande distribution française, les mauvais élèves sontSystème U et Casino, qui n’ont aujourd’hui communiqué aucune information à Greenpeace. Le cas de Casino est tout particulièrement ironique. Côté pile, cette enseigne s’est saisie de longue date de la controverse sur l’huile de palme, en lançant une campagne de communication sur la substitution d’huile de palme dans des produits alimentaires. Pur opportunisme marketing ? Car côté face, Casino ne donne aucun signe montrant qu’elle prend sérieusement en compte le problème de sa contribution à la déforestation dans ses produits non alimentaires.

Aux actes !

Carrefour, Auchan, Intermarché et Leclerc ont déclaré avoir contacté certains de leurs fournisseurs pour qu’ils garantissent à terme une huile de palme “zéro déforestation”. Mais si cette demande n’est pas assortie d’une échéance et de sanctions éventuelles (et notamment des sanctions économiques, voire une suspension de contrat), on peut s’interroger sur la sincérité de leur résolution.

Carrefour en particulier est très investi au sein de la RSPO. La crédibilité des engagements du distributeur dans ce dossier est donc étroitement liée à celle de la table ronde… sérieusement écornée ces derniers temps. Près de dix ans après sa création, le bilan de la RSPO est en demi-teinte. Alors que l’organisation aurait dû contribuer à briser le cercle vicieux entre fabrication d’huile de palme et déforestation, les résultats ne sont pas là… (lire notre billet : Huile de palme : vous avez dit “durable” ?)

Carrefour vient toutefois de reconnaître la nécessité d’aller au-delà du “socle RSPO” pour “préserver tourbières et forêts naturelles”. Il lui faut maintenant joindre les actes à la parole, rendre public un engagement zéro déforestation et établir un plan d’action avec ses fournisseurs. Côté entreprises consommatrices d’huile de palme,L’Oréal a entamé un dialogue avec ses fournisseurs en leur indiquant sa volonté de ne plus travailler, à terme, qu’avec des fournisseurs garantissant une huile de palme zéro déforestation. C’est un signal significatif donné au secteur par le leader mondial des cosmétiques, mais là encore L’Oréal doit assumer jusqu’au bout cette démarche,s’engager publiquement auprès du public à ne plus contribuer à la déforestation tropicales par ses achats d’huile de palme, et établir un plan d’action à échéance rapide pour y parvenir. L’Oréal doit en particulier signifier clairement à Wilmar International, dont Greenpeace vient de dénoncer les pratiques conduisant à la déforestation tropicales (voir en anglais, le rapport Permis de tuer), qu’il perdra des clients importants si Wilmar ne s’engage pas vers le “zéro déforestation”.

Danone s’est engagé à 100 % d’huile certifiée RSPO et physiquement tracée d’ici 2015, mais cela ne constitue qu’une première étape vers la responsabilité environnementale. Danone doit impérativement s’engager à aller au-delà des critères RSPO, largement insuffisants ! Car les déboisements et incendies catastrophiques qui affectent l’Indonésie continuent d’impliquer des plantations certifiées “durables et donc, de fait, des membres de la RSPO… CommeDanoneLa palme de l’hypocrisie revient à Bongrain (St Morêt, Elle et Vire, etc.), Lactalis (Président, Nesquik, La Laitière parmi beaucoup d’autres) et Pasquier(brioches), qui sont des groupes membres de la RSPO et fiers de l’être… Mais qui n’ont pas daigné répondre au questionnaire !

Nous estimons, comme de plus en plus de citoyens, qu’il est légitime de savoir si les produits que nous utilisons au quotidien sont liés à la disparition des forêts et des tigres. Des mesures doivent être prises de toute urgence pour arrêter la destruction des forêts liée à l’huile de palme, produite pour fabriquer les produits que nous consommons. Des alternatives existent : il est possible de cultiver des palmiers à huile sans détruire l’environnement.

Si les grandes marques veulent cesser de faire partie du problème, elles doivent appliquer des normes plus strictes que celles de la RSPO, faire le ménage dans leurs chaînes de production et choisir des fournisseurs qui respectent l’environnement.

forets.greenpeace.fr

VIA

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article24582

La marche du progrès

Série de photos prises en 1880 par le photographe suédois Ericson :

Marc Lafontan