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Éoliennes

Éoliennes

COMMENTAIRE CRITIQUE 

Suite à l’émission « Secrets d’info » que France Inter a consacré le 2 novembre aux morts suspectes de bovins à proximité d’équipements électriques, j’ai voulu en savoir plus et François que je remercie m’a recommandé cette étude de Fabien Bouglé . L’auteur, spécialiste de la corruption financière, collabore depuis 10 ans avec la justice pour enquêter sur les abus et détournements liés à la transition énergétique.
Les faits qu’il présente au fil des pages sont inquiétants et démontrent que le principe de précaution, inscrit dans notre constitution, n’est pas respecté quand on avance masqué derrière le mot «écologie».
Pour une éolienne de capacité maximale d’un mégawatt il faut deux cents kilos de terres rares, ce qui a un lourd impact écologique (destruction de terres agricoles et production de déchets radioactifs), il faut cent cinquante tonnes de béton léger ou mille cent tonnes de béton lourd qui resteront éternellement dans le paysage et les pales en matériaux composites (fibres de carbone) ne sont pas recyclables et devront être enterrés. En songeant aux 14 000 éoliennes qui rouillent sur place en Californie, on frémit à ce qui nous attend en France et en Europe. L’impact environnemental de leur fabrication et de leur installation n’est jamais pris en compte.
Le bilan carbone de leur conception, fabrication, installation est catastrophique. le facteur de charge (le temps durant lequel une installation produit) d’une éolienne est proche de 15% ce qui contraint EDF et les autres producteurs à investir dans des installations fossiles et la France, élève modèle de l’Europe en termes d’émissions de CO2, se voit enjointe d’imiter le modèle allemand qui émet 10 fois plus de CO2 par kWh produit.
Les infrasons (le vent contaminé) produits par les éoliennes sont la cause de problèmes de santé (dans un rayon de vingt kilomètres) présentés par le reportage de « secrets d’info » et confirmés par des études des chercheurs allemands (institut Planck), suédois et finlandais. Les cancers pédiatriques associés au raccordement des lignes électriques à haute tension dans les sous sols doivent être étudiés avec rigueur.
Le monde animal est lui aussi victime des éoliennes. La société espagnole d’ornithologie estime que les dix-huit mille éoliennes ibériques tuent six millions d’oiseaux chaque année. En Allemagne deux cent cinquante mille chauves souris sont tués annuellement par les pales. En France la surmortalité des vaches a fait l’objet du reportage de France Inter.
L’invasion des éoliennes ne s’explique donc pas par des avantages reconnus, mais trouve son explication dans un marketing et une communication financés agressivement par des financiers qui ont convaincu des politiques de leur accorder des prébendes et des rentes fabuleuses payées par le consommateur ou le contribuable.
Le prix de rachat de la production électrique éolienne est fixé par décret et non par la loi de l’offre et de la demande. le cout d’un kilowatt « renouvelable » est le double du prix du marché est cet écart représente un engagement de cent vingt milliards en vingt ans (commission des finances de l’assemblée nationale) soit mille euros par an et par citoyen !
A ceci s’ajoutera une trentaine de milliards pour l’éolien maritime si le gouvernement décide de poursuivre le fiasco programmé.
Fabien Bouglé démontre avec de nombreux exemples les collusions entre les industriels, les lobbyistes et des ONG (EELV, Greenpeace) qui emploient, subventionnent ou recyclent les politiciens qui promeuvent les éoliennes. Ce capitalisme de connivence a conduit la justice, en France et en Europe à condamner des prises illégales d’intérêt mais la suppression, en mars 2017, du SCPC (Service Central Prévention Corruption) ouvre la voie à bien des dérives. La récente condamnation du « seigneur du vent » Vito Nicastri a montré le rôle de Cosa Nostra et de la maffia dans le déploiement des éoliennes. D’autres enquêtes sont en cours.
Ce livre m’a passionné car c’est un véritable rapport d’enquête et ses conclusions aussi limpides qu’inquiétantes enrichissent le débat public.

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Des pales responsables de la déforestation amazonienne

Les pales constituent un élément très important des éoliennes. Elles doivent combiner solidité et légèreté. C’est la raison pour laquelle elles sont fabriquées à partir de matériaux composites, mélange de fibre de verre, de fibre de carbone, de résine de polyester ou de résine d’époxy29.
Mais afin d’assurer l’ossature de la pale d’éolienne, les fabricants ont besoin également d’une très grande quantité de bois de balsa, qu’ils placent en sandwich entre deux surfaces de fibre de verre ou de carbone30. Particulièrement léger, le balsa est parfaitement adapté à cette mission et permet de sculpter la pale d’éolienne tout en maintenant un haut niveau de légèreté. Le matériau composite vient ainsi solidifier la pale dont la forme est dessinée par le balsa.
C’est une récente enquête réalisée par la revue britannique The Economist31 qui a dévoilé le scandale de l’utilisation massive du bois de balsa dans la construction des pâles d’éoliennes, et surtout du fait que l’exploitation de cette matière première participait en réalité à la très importante déforestation de l’Ama- zonie équatorienne. Quel paradoxe! Pour soi-disant sauver la planète, les fabricants d’éoliennes contribuent à la disparition des arbres.
Reprenant les chiffres apportés par le laboratoire du Département américain de l’énergie renouvelable32, l’enquête précise que pour une seule pale d’éolienne de 100 mètres, il faut utiliser 150 mètres cubes de balsa, ce qui représente plusieurs tonnes.
C’est ainsi que l’augmentation progressive de la taille des pales nécessaire pour aller chercher des vents plus hauts, permettant une plus grande productivité des éoliennes, a conduit in fine à une explosion de la demande de balsa dont l’Équateur est un centre de production stratégique avec 75 % de la production mondiale.
Cette explosion de la demande a atteint son apogée en 2020, année où l’Équateur a exporté près de 784 millions de dollars de balsa.
Comme l’augmentation de la demande n’a pu être compensée par les plantations existantes, ce sont le trafic et les coupes sauvages qui se sont multipliés dans la forêt amazonienne équatorienne au point que Global Forest Watch33, site de veille sur l’évolution des massifs forestiers, a identifié au cours du second semestre 2020 une diminution « inhabituellement élevée » du couvert forestier en Équateur, signifiant en réalité une dispa- rition d’une partie de la forêt amazonienne dans cette région.
Aussi, non seulement les pales d’éoliennes contri- buent à la disparition d’un massif forestier pourtant essentiel dans la lutte pour le climat, mais en plus les fibres de carbone utilisées autour de l’ossature en balsa font qu’en fin de vie les pales d’éoliennes ne sont pas recyclables.
L’impossible recyclage des pales

Comme nous l’avons vu, certains chercheurs ont trouvé des techniques pour réaliser des pales d’éolienne à nanotubes de carbone en polyuréthane renforcé, de plus en plus grandes et de plus en plus solides.
La grande difficulté des matériaux composites tient au fait qu’ils sont très difficilement recyclables. C’est ainsi que l’Allemagne, ayant supprimé les subventions à destination des promoteurs éoliens, se retrouve avec un immense stock d’éoliennes à recycler, avec une quantité de déchets évaluée à seize mille tonnes par an34. De même, un certain nombre d’éoliennes ayant atteint leur limite d’âge d’environ vingt à vingt-cinq ans sont soit supprimées définitivement, soit remplacées par d’autres éoliennes aux performances et aux tailles plus importantes, conduisant de facto à une nouvelle aggravation de la quantité de déchets à recycler.
En tout état de cause, le démantèlement des éoliennes suppose de décider du sort des pales d’éoliennes mises au rebut, sachant qu’aucune solution
« écologique » pour le recyclage de la fibre de carbone n’existe. Le voile commence depuis peu à être levé sur le problème majeur que constitue le recyclage de ces pales en Allemagne, alors qu’un nombre important d’aérogé- nérateurs vont être démantelés en raison de la fin des subventions en 202035. Quatorze mille devront être défaites d’ici 2025 dont cinq mille six cents à compter de janvier 202136.
Sur son site internet, l’entreprise Veolia révèle l’énorme difficulté à laquelle les Allemands vont être confrontés à cause du nombre très important de pales à recycler. L’entreprise annonce clairement la couleur en juin 2018 :
Les premiers démantèlements ont révélé une compli- cation inattendue : la conception des éoliennes n’est pas toujours écologique. Les pales en particulier posent problème. Elles sont fabriquées avec des fibres de verre (pour les plus anciennes) ou des fibres de carbone (pour les plus récentes). Ces matériaux composites ont l’avantage de rendre les pales à la fois légères et résistantes, mais s’avèrent difficiles, voire impossibles à recycler37.
Veolia évalue à cinquante mille tonnes le poids des pales d’éoliennes à recycler d’ici la fin de l’année 2019, mais précise qu’« il n’existe pour l’instant aucun procédé de valorisation pour les produits à base de fibre de carbone arrivés en fin de vie ».
Le porte-parole d’une grande entreprise de recyclage allemande a avoué au quotidien économique Handelsbatt être sur cette question « confront [é] à un énorme problème38 ».
Dès lors, compte tenu de l’absence de solution fiable pour le recyclage, les promoteurs éoliens sont désormais contraints d’enterrer les composants en fibres de carbone dans les sous-sols39. Il s’agit de la seule solution à ce jour pour le sort de ces pales. Jusqu’à encore récemment on évoquait ainsi sous le manteau l’enter- rement des matières de pale dans des décharges en Afrique. Mais c’est un reportage réalisé par le site américain Bloomberg qui dévoile en février 2020, dans un article intitulé « Les pales d’éoliennes ne peuvent pas être recyclées, elles s’entassent donc dans les décharges40 », des photographies prises du ciel présentant des centaines de pales d’éoliennes alignées les unes à côté des autres, prêtes à être ensevelies sous terre dans une décharge située dans le Wisconsin sur la commune de Casper. L’article précise que c’est en réalité 870 pales qui doivent être ainsi traitées dans ce véritable cimetière d’éoliennes. C’est une preuve édifiante que la filière éolienne conduit en réalité à une pollution inéluctable du sol malgré ses dénégations.
En effet, l’utilisation des déchets de pales d’éoliennes comme combustibles est beaucoup trop néfaste : de nombreux déchets sont notamment rejetés dans l’air et les filtres des incinérateurs sont vite obstrués. Par ailleurs, selon des études réalisées par les experts de l’armée allemande, la Bundeswehr41, les poussières provenant de l’incinération de fibres de carbone comme celles des pales d’éoliennes sont considérées comme extrêmement dangereuses pour la santé car elles provoquent un cancer comparable à l’effet de l’amiante42. La seule solution aujourd’hui est donc l’enfouissement.
En France, cette question de la difficulté du recyclage des pales a été vivement rappelée en avril 2018 par Arnaud Leroy, président de l’Agence de l’environ- nement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME43), lors du colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER), principale organisation de promoteurs éoliens. Il soulignait la grande difficulté posée par les déchets des pales éoliennes, qui formeraient un sujet majeur dans les années futures44. Conscient des énormes difficultés à venir, le président de l’ADEME a appelé, au sujet des aérogénérateurs, à un « développement irréprochable des énergies renouvelables ».
Il faut dire qu’une étude réalisée au sein de l’uni- versité de Cambridge et publiée en 2017 précise que d’ici 2050 il faudra traiter le sort de 43 millions de tonnes de déchets de pales d’éoliennes dans le monde dont 40 % en Chine, 25 % en Europe, 16 % aux États- Unis et 19 % dans le reste du monde45.
Pour répondre à cette difficulté, le premier fabricant mondial d’éoliennes Vestas annonça dans un commu- niqué de presse de janvier 2020 qu’il travaillait à trouver des solutions pour assurer la recyclabilité à 100 % des éoliennes et en particulier des pales, en se donnant un objectif de réalisation de cet ambitieux projet à l’échéance… 204046.
Cette question du traitement des pâles est d’autant plus importante qu’à ces difficultés s’ajoute la question épineuse du sort des socles en béton armé disséminés dans la nature pour assurer le maintien des mâts éoliens.

Extraits aux fins éducatives 

ACHETER 

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Le cortège à venir

Photo de Xavier Marchand.

Indonésie et déforestation

Photo de Nouchka Galili.

Photo de Nouchka Galili.

Vous connaissez les marques Nutella, Pepsi, Mixa, Häagen-Dazs, Mac Donalds ou Total ? Toutes ont un point commun : l’utilisation massive d’huile de palme.

Il se produit 1,9 tonne d’huile de palme chaque seconde dans le monde, soit 60 millions de tonnes d’huile de palme par an (2015) dont 90 % en Indonésie et en Malaisie. Cela représente 1/4 du marché des huiles végétales.
L’huile de palme est l’huile végétale la plus produite de la planète. Un prix particulièrement bas sur le marché mondial, une huile rentable et économique, des propriétés convenant particulièrement au processus de transformation industrielle des aliments, ont fait que l’huile de palme est présente aujourd’hui dans un produit sur deux dans les supermarchés : pizzas surgelées, biscuits, margarines, crèmes pour le corps, savons, maquillages, bougies, lessives, apéritifs, dentifrice, produits d’hygiène, produits d’entretien, laits infantiles, préparations & plats industriels, pains, brioches, pâtes à tarte, glaces, confiseries…

L’île de Bornéo, un peu plus grande que la France, a vu la forêt primaire de son territoire fondre de plus de la moitié en 60 ans, sous l’effet des bulldozers et des tronçonneuses, pour planter des palmeraies. La vente de bois tropicaux est aussi une ressource très lucrative.
La forêt tropicale, riche en biodiversité, est devenue une monoculture intensive où rien ne vit, si ce n’est les palmiers. La perte d’habitats des animaux de la forêt poussent certaines espèces à l’extinction, la culture massive des palmiers à huile en est clairement responsable. L’écosystème terrestre local en est bouleversé mais pas seulement : la déforestation a aussi une grande influence à l’échelle globale en terme de réchauffement climatique.
5 grands mammifères d’Indonésie sont en voix d’extinction à cause de la production massive d’huile de palme : l’orang-outan et l’éléphant pygmée de Bornéo, l’orang-outan, le tigre et le rhinocéros de Sumatra. La réduction de leur espace vital est imputable aux plantations de palmiers. Le braconnage et la perte d’habitat est pour eux une catastrophe. Paysans et populations autochtones, qui depuis des générations vivent dans la forêt et la préservent, sont souvent brutalement expulsés de leur terres ou tués.
Les « forêts » de palmiers à huile réduisent de 90% le taux de biodiversité et apportent avec elles des intrants (pesticides, engrais) qui modifient l’équilibre des sols et des écosystèmes aquatiques. La demande en huile de palme devrait, selon les experts, quasiment doubler entre 2010 et 2020 et l’augmentation de production serait située à 60% en Asie du Sud-Est. Si rien n’est fait aujourd’hui, ces 5 espèces auront disparu d’ici 2020.

Ce que presque personne ne sait : près de la moitié des importations d’huile de palme dans l’UE est consommée sous la forme de biocarburants. La loi de 2009 sur l’incorporation obligatoire d’agrocarburants dans l’essence et le diesel est ainsi une cause majeure de déforestation tropicale.
À ce jour, les plantations d’huile de palme s’étendent sur 27 millions d’hectares à travers le monde, en Asie du Sud-Est, en Amérique du Sud et en Afrique, soit un territoire grand comme la Nouvelle-Zélande d’où ont été chassés habitants et animaux pour faire place à un « désert vert ».
D’immenses zones de forêts tropicales sont défrichées et brûlées, jour après jour, pour faire de la place aux plantations. Ce faisant, de grandes quantités de gaz à effet de serre sont émises dans l’atmosphère. L’Indonésie, premier producteur d’huile de palme de la planète, a ainsi émis plus de gaz à effet de serre que les États-Unis d’Amérique au cours de l’année 2015. Les émissions de CO2 et de méthane rendent les biocarburants à base d’huile de palme trois fois plus nocif pour le climat que les carburants à base de pétrole.
Notre absorption quotidienne d’huile de palme est nocive pour l’environnement, pour les Animaux mais aussi pour notre propre santé : l’huile de palme industrielle raffinée est riche en contaminant génotoxiques et cancérigènes, comme l’a alerté l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) au cours de l’été 2016. »

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L’huile de palme se cache dans tous ces produits de consommation courante et sous tous ces autres noms : 1) https://observatoire-des-aliments.fr/…/liste-produits-huile…2) https://www.encyclo-ecolo.com/Produits_avec_huile_de_palme

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(Source : Planestoscope/LeMonde/SauvonsLaForêt/NoPalm.org)

Les chênes qu’on abat

La découverte du Nouveau Monde fut fatale à la forêt espagnole. L’ambition des souverains qui voulaient faire de l’Espagne la première puissance mondiale passait par la construction d’une flotte de navires qui assurerait la domination des mers ; ce fut le signal de départ d’un déboisement massif.

De plus, pour entretenir une armée qui occupait les Pays-Bas et faisait la guerre à la France, il fallait de l’or, beaucoup d’or. Les souverains espagnols vendirent alors les forêts à des bergers ou à des agriculteurs, lesquels les transformèrent en pâturages ou en cultures…

Cinq siècles plus tard, la forêt espagnole n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut et l’Espagne est devenue une contrée semi-désertique. L’ambition à court terme et bien éphémère de dominer le monde s’est réalisée au détriment des intérêts à long terme du pays.

Quelles leçons tirer du choix effectué il y a cinq siècles par Philippe II d’Espagne ? Quelles forêts nos dirigeants détruisent-ils aujourd’hui pour satisfaire des ambitions vite évanouies ? Le temps de la décision politique – aujourd’hui quasi-exclusivement tournée vers le très court terme – peut-il être compatible avec celui de l’intérêt à long terme d’une nation, a fortiori d’un ensemble humain plus large ?

Zéro anticipation

La nécessité de poser ce type de questions est renforcée par un élément supplémentaire : nos hommes politiques, en France comme dans les autres pays, et ce quelle que soit leur étiquette politique, semblent avoir relégué la prospective et l’anticipation au dernier rang de leurs priorités.

Nous allons de crise en crise – c’est en tout cas ainsi que les médias nous présentent l’évolution du monde – et le personnel politique est désormais essentiellement occupé à « gérer les crises » – c’est-à-dire le très court terme – et jugé sur son habileté en ce sens. Nulle vue d’ensemble, nulle vision à long terme, nulle capacité à penser le futur : le travail de pompier semble être devenu l’alpha et l’oméga de la politique.

Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Faut-il en chercher les symptômes dans les premiers chocs pétroliers des années 1973 et 1979 ? Ces événements ont fortement contribué à créer une « mentalité de crise » auprès des citoyens, lesquels ont ensuite « sélectionné » au fil des élections des hommes politiques qui semblaient capables de résoudre ces crises.

Mais – et c’est là l’effet pervers d’un tel choix – cette « sélection darwinienne » d’un personnel politique à l’aise dans les situations de crise (c’est-à-dire susceptible de régler des problèmes à très court terme en employant des moyens exceptionnels) a pour conséquence que, pour survivre, ce même personnel a besoin d’un état de crise permanent.

La crise permanente…

La solution, pour ces hommes et femmes politiques, consiste alors à créer les conditions de survenue des crises, soit en ne résolvant pas les causes profondes de celles qui se présentent (par exemple, la « crise financière » de 2008 dont tous les éléments pour qu’elle se reproduise sont encore en place), soit en laissant se dégrader des situations afin qu’elles dégénèrent en crise, voire en créant les conditions favorables à une future crise. Par exemple, en faisant voter la loi TEPA en 2007, Nicolas Sarkozy a sciemment aggravé le déficit public et les écarts de revenus entre Français, augmentant d’autant les probabilités d’une future crise.

Ce même Sarkozy est d’ailleurs l’archétype du politicien de crise, tendance pompier pyromane : son plaisir jubilatoire à se mettre en avant lors de « sommets » censés résoudre telle ou telle crise (dont l’intérêt réel est inversement proportionnel à la couverture médiatique dont ils bénéficient), sa propension maladive à accuser en permanence telle ou telle catégorie de Français, à diviser et à morceler le corps social, sont révélateurs d’un besoin pathologique à « vivre constamment dans la crise », à ne pouvoir exister (politiquement en tout cas, mais sans doute aussi exister tout court) qu’en créant des crises puis en faisant ensuite mine de les résoudre.

En 2007, Marianne nous avait annoncé que nous nous apprêtions à élire un malade au sommet de l’État (voir notre billet Marianne : le dossier Sarkozy). À toutes les tares que listait alors cet hebdomadaire, il convient d’ajouter celle-ci : nous avons à l’Élysée un Président dont la pensée est exclusivement « court-termiste », qui est incapable – même s’il essaie parfois de donner le change – de « penser demain ».

… en politique comme dans l’entreprise

Cette « maladie » présidentielle était déjà présente dans le corps social bien avant l’élection de Sarkozy. Sans forcer le trait, c’est sans doute parce que les Français  – en tout cas leurs « élites » – souffraient – et souffrent encore – des mêmes maux qu’ils ont élu Nicolas Sarkozy.

En effet, le phénomène de crise permanente, quasiment « institutionnalisée », de vision court-termiste, d’absence de prospective, ne se limite pas à la classe politique. Beaucoup de dirigeants d’entreprises ont de facto abandonné toute vision à long terme pour ne réagir qu’aux « crises » qui justifient plans de restructuration et autres mesures violentes, ultra-rapides et prises dans l’urgence.

On en arrive parfois ainsi à la situation a priori paradoxale où les salariés et l’encadrement intermédiaire se soucient plus de l’intérêt à long terme de l’entreprise (donc ont une vision prospective) que les dirigeants et actionnaires, prêts à abattre la forêt pour poursuivre une chimère éphémère, qui prend très souvent la forme de l’enrichissement personnel.

Dans l’entreprise comme en politique, cette absence de vision prospective et cette propension à susciter des crises pour ne les « résoudre » ensuite qu’en façade, à travers des « plans de com’ » qui ne règlent en rien les problèmes de fond, sont devenues le mode de management habituel dans ces premières années du XXIe siècle. Il est un domaine où cette vision court-termiste nous conduit droit dans le mur : celui de l’énergie. C’est ce que nous examinerons dans un prochain billet.

Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

Lettre du lundi

Déforestation

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Humeurs de Marissé 

Huile de palme : cartes sur table avec les marques

Par Greenpeace

Il ne reste plus que 400 tigres de Sumatra dans les forêts indonésiennes. Et ils sont en sursis. Leur habitat est grignoté, jour après jour, par d’immenses plantations de palmiers à huile. D’après les cartes officielles du ministère indonésien des Forêts, l’Indonésie a perdu au moins 1 240 000 hectares de forêts entre 2009 et 2011, soit 620 000 hectares par an. L’expansion des plantations de palmier à huile est le principal moteur de cette déforestation.

Les grandes marques ont des responsabilités envers nous en tant que consommateurs. Greenpeace a analysé les politiques d’approvisionnement de 8 grandes firmes multinationales, qui sont toute clientes de la firme Wilmar International, premier négociant en huile de palme du monde et contributeur notoire à la destruction des forêts indonésiennes. La plupart de ces entreprises se retranchent encore derrière le label de durabilité RSPO, qui est pourtant insuffisant à garantir des achats d’huile responsable. D’autres ont enfin pris la mesure de l’enjeu lié à la présence d’huile de palme dans leur produits, tels Nestlé et tout récemment Ferrero ou encore Unilever !Voir la totalité des réponses des marques sur le site du “Tiger Challenge

12 entreprises françaises contactées

Enseignes de la grande distribution, industriels de l’agroalimentaire ou des cosmétiques, membres de la Roundtable for Sustainable Palm Oil (RSPO, Table ronde pour une huile de palme durable) ou importantes utilisatrices d’huile de palme, Greenpeace les a contactées. Dans la grande distribution française, les mauvais élèves sontSystème U et Casino, qui n’ont aujourd’hui communiqué aucune information à Greenpeace. Le cas de Casino est tout particulièrement ironique. Côté pile, cette enseigne s’est saisie de longue date de la controverse sur l’huile de palme, en lançant une campagne de communication sur la substitution d’huile de palme dans des produits alimentaires. Pur opportunisme marketing ? Car côté face, Casino ne donne aucun signe montrant qu’elle prend sérieusement en compte le problème de sa contribution à la déforestation dans ses produits non alimentaires.

Aux actes !

Carrefour, Auchan, Intermarché et Leclerc ont déclaré avoir contacté certains de leurs fournisseurs pour qu’ils garantissent à terme une huile de palme “zéro déforestation”. Mais si cette demande n’est pas assortie d’une échéance et de sanctions éventuelles (et notamment des sanctions économiques, voire une suspension de contrat), on peut s’interroger sur la sincérité de leur résolution.

Carrefour en particulier est très investi au sein de la RSPO. La crédibilité des engagements du distributeur dans ce dossier est donc étroitement liée à celle de la table ronde… sérieusement écornée ces derniers temps. Près de dix ans après sa création, le bilan de la RSPO est en demi-teinte. Alors que l’organisation aurait dû contribuer à briser le cercle vicieux entre fabrication d’huile de palme et déforestation, les résultats ne sont pas là… (lire notre billet : Huile de palme : vous avez dit “durable” ?)

Carrefour vient toutefois de reconnaître la nécessité d’aller au-delà du “socle RSPO” pour “préserver tourbières et forêts naturelles”. Il lui faut maintenant joindre les actes à la parole, rendre public un engagement zéro déforestation et établir un plan d’action avec ses fournisseurs. Côté entreprises consommatrices d’huile de palme,L’Oréal a entamé un dialogue avec ses fournisseurs en leur indiquant sa volonté de ne plus travailler, à terme, qu’avec des fournisseurs garantissant une huile de palme zéro déforestation. C’est un signal significatif donné au secteur par le leader mondial des cosmétiques, mais là encore L’Oréal doit assumer jusqu’au bout cette démarche,s’engager publiquement auprès du public à ne plus contribuer à la déforestation tropicales par ses achats d’huile de palme, et établir un plan d’action à échéance rapide pour y parvenir. L’Oréal doit en particulier signifier clairement à Wilmar International, dont Greenpeace vient de dénoncer les pratiques conduisant à la déforestation tropicales (voir en anglais, le rapport Permis de tuer), qu’il perdra des clients importants si Wilmar ne s’engage pas vers le “zéro déforestation”.

Danone s’est engagé à 100 % d’huile certifiée RSPO et physiquement tracée d’ici 2015, mais cela ne constitue qu’une première étape vers la responsabilité environnementale. Danone doit impérativement s’engager à aller au-delà des critères RSPO, largement insuffisants ! Car les déboisements et incendies catastrophiques qui affectent l’Indonésie continuent d’impliquer des plantations certifiées “durables et donc, de fait, des membres de la RSPO… CommeDanoneLa palme de l’hypocrisie revient à Bongrain (St Morêt, Elle et Vire, etc.), Lactalis (Président, Nesquik, La Laitière parmi beaucoup d’autres) et Pasquier(brioches), qui sont des groupes membres de la RSPO et fiers de l’être… Mais qui n’ont pas daigné répondre au questionnaire !

Nous estimons, comme de plus en plus de citoyens, qu’il est légitime de savoir si les produits que nous utilisons au quotidien sont liés à la disparition des forêts et des tigres. Des mesures doivent être prises de toute urgence pour arrêter la destruction des forêts liée à l’huile de palme, produite pour fabriquer les produits que nous consommons. Des alternatives existent : il est possible de cultiver des palmiers à huile sans détruire l’environnement.

Si les grandes marques veulent cesser de faire partie du problème, elles doivent appliquer des normes plus strictes que celles de la RSPO, faire le ménage dans leurs chaînes de production et choisir des fournisseurs qui respectent l’environnement.

forets.greenpeace.fr

VIA

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article24582

La marche du progrès

Série de photos prises en 1880 par le photographe suédois Ericson :

Marc Lafontan