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Le rêve humain…

consumérisme 2

Hélène Dorion – L’auteure, poète et écrivaine

Entre le terrorisme et les menaces écologiques, quelle place reste-t-il pour que la vie humaine ne perde pas pied?

Nous marchons au milieu d’un monde fracassé. Réalité virtuelle, consommation effrénée, recherche de profit, déshumanisation des liens et dévastation des lieux, la liste est longue pour décrire l’horizon actuel de nos vies. Et tout aussi longue, celle de ce qui s’est peu à peu effrité, parfois perdu, de ce qui constitue pourtant les fondements mêmes de notre présence au monde : les liens au beau, au juste, au bon et à l’Autre.

L’humain n’est plus au coeur des décisions. Il a été remplacé par des impératifs qui réduisent le bien-être individuel et collectif à la production et à la consommation, sans égard pour la qualité environnementale et celle de l’existence.

J’écris ce texte après les attentats de novembre 2015 à Paris, Beyrouth, Bamako, au moment où se tient la COP21. Entre le terrorisme et les menaces écologiques, quelle place reste-t-il pour que la vie humaine ne perde pas pied ? Comment renouer avec ce qui manifeste notre nature profonde et faire de nos vies une manière d’aimer le monde et de donner sens à notre présence ?

Tout passe. Tout meurt. Nous le savons. Nous savons l’éphémère, mais plutôt que de le laisser nous rappeler combien la vie est précieuse, il n’est plus considéré que sous l’angle du jetable, de telle sorte que nous faisons l’expérience du monde dans une instantanéité qui nous dessaisit du sens même de vivre. Au contraire de nous rendre conscients de la valeur de l’existence, l’éphémère en est venu à nous déresponsabiliser : puisque tout passe, rien n’a d’importance, dit une société qui prétend nous protéger de ce monde dont elle ne cesse de nous éloigner.

Pour Spinoza, l’humain est animé par ce qu’il appelle le « désir de persévérer dans son être ». Effort, volonté, appétit, ainsi se définit pour lui notre essence, nous qui cherchons consciemment à devenir. Et nous ne sommes pas seuls à être mus par cet élan. La nature — dont nous faisons intrinsèquement partie — tend elle aussi à se réaliser et à produire sans cesse de la vie. Mais plutôt que de contribuer à cette aspiration et d’accomplir l’union avec la nature qu’évoquent les textes sacrés, nous l’utilisons et l’exploitons pour nous-mêmes, transformant en conquête ce qui devrait constituer une quête commune. Nous nions du même coup la valeur inhérente à la nature, et donc à la Terre.

Plus encore, l’être humain ne se soucie que de son propre bien-être, sans égard pour ce lieu qu’il habite, ne le respectant pas davantage qu’il ne le protège — l’humain, nous rappelle Hubert Reeves, est d’ailleurs le seul animal à souiller son nid. La Terre, comme plus récemment le cosmos, n’existerait que pour lui et n’aurait d’autre dessein que de servir sa destinée.

Témoignant d’un égocentrisme outrancier, l’humain a ainsi détourné le sens même de la nature et cherché à l’assujettir à ses désirs excessifs et à sa volonté de pouvoir. L’amour du monde ? Ce lien fondateur, qui devrait être empreint d’empathie, de gratitude et de compassion, est plutôt marqué par la tension et la lutte. Si nous voulons remplacer le pouvoir sur l’Autre en amour de l’Autre, étreindre le monde plutôt que de le broyer, peut-être devons-nous retourner à la beauté, faire l’expérience des qualités réparatrices que ne cesse de déployer l’univers, et que l’art transpose pour en exprimer le souffle singulier. Le destin humain pourrait bien être cette quête d’un passage entre le dehors et le dedans, entre le haut et le bas.

En 1854, un homme en quête de liberté, d’émerveillement et d’un sens à la vie qui en respecte aussi les valeurs fondamentales a défendu un rêve qui n’était pas celui de dominer la nature, d’en exploiter les ressources ou de détruire, au nom du progrès, la maison que nous habitons. Cet homme, Henry David Thoreau, écrivait : « L’argent n’est point requis pour acheter un simple nécessaire de l’âme. »[…] Sensible au vivant — aux animaux, aux arbres et aux plantes, à tout ce qui est notre miroir, dirait la sagesse chinoise —, Thoreau a entrepris ce voyage de transformation de son être, ce parcours immobile qui est une plongée au coeur de soi.

Pour « avancer dans la direction de ses rêves », comme il l’écrivait, et pour que la vie humaine ne se réduise pas à la survie ou au divertissement, mais qu’elle soit une manifestation de notre essence, nous savons que des changements profonds et durables doivent avoir lieu dans nos sociétés. Mais le plus grand défi est de transformer notre conscience. Pour éviter de retourner sur les sillons déjà creusés, c’est une nouvelle vision du rêve humain qu’il faut élaborer, une nouvelle manière de nous lier au monde, et donc de l’aimer.

Notre premier pas consisterait alors à porter attention et amour à ce monde en s’accordant à ce que les bouddhistes appellent notre bonté fondamentale, cette disposition du coeur présente en chacun de nous, qui ouvre à la bienveillance, à la gratitude et au partage. N’est-il pas urgent de recréer un paysage intérieur dans lequel cette bonté s’exercera, de reformuler le pacte entre le rêve humain et sa dimension sacrée, d’allier le ciel de sagesse à la terre de l’expérience, et de refaire ainsi le passage entre le monde et nous ?

Message du grille-pain

grille pain

 

Notre grille-pain a rendu « l’âme ». Deux éléments se sont d’abord éteints, puis, lentement ils se sont mis à fléchir. En fait, je pense qu’il a fait un burn-out… À trop griller on se grille. C’est connu! Mais  étant donné que c’était un grille-pain intelligent, dès qu’on en a commandé un autre par le biais d’internet, la compagnie nous a envoyé un message. Tu passes sur Facebook voir tes « amis » et là, à droite, c’est déjà rempli de pubs sur les grille-pain.

Chère famille!

Pendant des années, je vous ai servi jusqu’à la dépression: je grillais des deux bords pour vous servir des rôties parfaites, jaunes, dorées, croûtées. Mais c’est déjà le temps de la retraite. Je pensais vivre encore quelques années ou quelques mois, mais on m’avait implantée une tranche fine de protection afin que mes circuits électroniques flanchent. C’est irréparable. Ne faites d’ailleurs aucune tentative car vous seriez classé terroriste en matière de sabotage économique.

J’ai demandé à ce que je sois enfouis sous terre et non incinéré. Je suis connecté à vous par le Wi-Fi. Il m’est ainsi possible de communiquer avec vous. Ma descendance sera plus perfectionnée: un cadran électronique réglera la cuisson de votre pain selon les marques que vous achetez à l’épicerie. Si vous fabriquez votre propre pain, toutes les données seront immédiatement entrées dans le mini ordinateur des circuit: le type de farine, la marque de levure, et votre modèle de cuisinière, etc. Et la saison.

Je dois vous avouer que je suis votre ami sur Facebook sous le nom de Hans Krups et que j’ai eu une relation avec votre four à micro-ondes vintage qui date des années 80. Vous pourrez effacer mon compte par le mot de passe qui vous sera envoyé dès l’heure de mon déchet.

Je demande qu’on me débranche dans les heures qui suivent afin de ne pas trop souffrir.

Je vous aime!

Hans Krups

gp

L’empire de la consommation

La Terre
Eduardo GALEANO

Visions Alternatives,

La société de consommation est un piège attrape nigauds.

La bamboche étourdit et trouble la vue ; cette immense ivresse universelle semble sans limites dans le temps et dans l’espace. Mais la culture de la consommation fait beaucoup de bruit, comme le tambour, parce qu’elle est creuse et quand vient l’heure de vérité, quand cesse le charivari et que s’achève la fête, l’ivrogne se réveille, seul, en compagnie de son ombre et des pots cassés qu’il lui faut payer. L’expansion de la demande butte contre les frontières que lui impose ce même système qui la génère. Le système a besoin de marchés de plus en plus ouverts et de plus en plus vastes comme les poumons ont besoin d’air et, en même temps, le système a besoin de voir se traîner à ras de terre, comme ils se traînent effectivement, les prix des matières premières et de la force de travail humain. Le système parle au nom de tous, c’est à tous qu’il s’adresse, c’est à tous qu’il donne l’ordre impératif de consommer, qu’il communique la fièvre acheteuse, mais pas moyen : presque pour tout le monde, cette aventure commence et se termine sur l’écran du téléviseur. La majorité des gens, qui s’endettent pour avoir des choses, finissent par n’avoir rien d’autre que des dettes qui génèrent de nouvelles dettes et ils finissent par consommer des rêves que parfois ils matérialisent en sombrant dans la délinquance.

Le droit au gaspillage, qui est le privilège d’une minorité, prétend être la liberté de tous. Dis-moi combien tu consommes et je te dirai combien tu vaux. Cette civilisation prive de sommeil les fleurs ; les poulets, les gens. Dans les serres, les fleurs sont soumises à un éclairage permanent pour qu’elles poussent plus vite. Dans les élevages industriels de poulets, les poules pondeuses aussi ignorent ce qu’est la nuit. Et les gens sont condamnés à l’insomnie à cause de l’anxiété que leur causent leur envies d’achats et de l’angoisse que leur cause la nécessité d’avoir à les payer. Ce mode de vie n’est pas bon pour les gens, mais il est excellent pour l’industrie pharmaceutique.

Les Etats-Unis consomment la moitié des sédatifs, des anxiolytiques et autres drogues chimiques vendues légalement dans le monde et plus de la moitié des drogues interdites vendues illégalement, ce qui n’est pas de la roupie de sansonnet si on considère que les Etats-Unis comptent pour à peine 5 % de la population mondiale.

« Malheureux ceux qui vivent en se comparant », dit avec regret une dame du quartier du Buceo, à Montevideo. La douleur de n’être plus, chantée jadis dans le tango, a fait place à la honte de ne pas posséder. Un homme pauvre est un pauvre homme. « Quand tu n’as rien, tu penses que tu ne vaux rien », dit un jeune du quartier Villa Fiorito, à Buenos Aires. Et un autre, dans la ville dominicaine de San Francisco de Macorís, constate : « Mes frères travaillent pour les marques. Il passent leur vie à acheter des étiquettes et ils suent sang et eau pour payer les mensualités ».

Invisible violence du marché : la diversité est l’ennemie de la rentabilité et l’uniformité commande. La production en série, à une échelle gigantesque, impose partout ses obligatoires règles de consommation. Cette dictature de l’uniformisation obligatoire est plus dévastatrice que n’importe quelle dictature à parti unique : elle impose, dans le monde entier, un mode de vie qui reproduit les êtres humains comme autant de photocopies du consommateur modèle

Le consommateur modèle c’est l’individu immobile. Cette civilisation qui confond la quantité avec la qualité, confond l’obésité avec la bonne alimentation. D’après la revue scientifique The Lancet, durant la dernière décennie, le nombre de cas d’ « obésité sévère » ont augmenté de presque 30 % parmi la population jeune des pays les plus développés. Chez les enfants nord-américains, l’obésité a augmenté de 40% au cours des 16 dernières années, selon une enquête récente du Centre des Sciences de la Santé de l’Université du Colorado. Le pays qui a inventé la nourriture et les boissons light, les diet food et les aliments fat free, a le plus grand pourcentage d’obèses au monde. Le consommateur modèle ne descend de sa voiture que pour travailler et pour regarder la télévision. Assis devant le petit écran, il passe 4 heures, chaque jour, à dévorer une nourriture en plastique.

C’est le triomphe de la saleté déguisée en nourriture : cette industrie est en train de conquérir les palais du monde entier et elle réduit en miettes les traditions culinaires locales. Les coutumes du bien manger qui viennent de loin, sont le résultat, dans certains pays, de milliers d’années de raffinement et de diversité et elles sont un patrimoine collectif qui se trouve en quelque sorte sur les fourneaux de tous et pas seulement sur la table des riches. Ces traditions, ces signes d’identité culturelle, ces fêtes de la vie, sont en train d’être liquidées, de façon foudroyante, par l’imposition du savoir chimique et unique : la mondialisation du hamburger, la dictature du fast-food. La plastification de la nourriture à l’échelle mondiale, ouvre de McDonald’s, Burger King et autres usines, viole avec succès le droit à l’autodétermination de la cuisine : droit sacré parce ce que c’est dans la bouche que se trouve une des portes de l’âme.

Le championnat mondial de football de 1998 nous a confirmé, entre autres choses, que la carte de crédit MasterCard tonifie les muscles, que Coca-Cola donne la jeunesse éternelle et que le menu de McDonald’s ne saurait être absent de l’estomac d’un bon athlète. L’immense armée de McDonald’s bombarde de hamburgers les bouches des enfants et des adultes sur toute la surface de la planète. La double arche de ce M a servi de bannière dans la récente conquête des pays de l’Europe de l’Est. Les queues devant le McDonald’s de Moscou ouvert en 1990, en grande pompe, ont symbolisé la victoire de l’Occident aussi éloquemment que la chute du Mur de Berlin.

Signe des temps : cette firme qui incarne les vertus du « monde libre » refuse à son personnel le droit de se syndiquer à un syndicat quelconque. McDonald’s viole, ainsi, un droit légalement reconnu dans beaucoup des pays où il opère. En 1997, quelques travailleurs, membres de ce que la firme appelle la Macfamille, on essayé de se syndiquer. C’était dans un restaurant MacDonald’s de Montréal, au Canada : le restaurant a fermé. Mais, en 1998, d’autres employés de McDonald’s, dans une petite ville près de Vancouver, ont réussi cet exploit digne du Guide Guinness des records

Les masses des consommateurs reçoivent des ordres dans une langue
universelle : la publicité a réussi ce que l’espéranto avait voulu faire mais n’a pas réussi à faire. N’importe qui, partout dans le monde, comprend les spots publicitaires émis par le téléviseur. Au cours de ce dernier quart de siècle, les dépenses publicitaires ont été multipliées par deux dans le monde. Grâce à cela, les enfants pauvres boivent de plus en plus de Coca-Cola et de moins en moins de lait et le temps de loisir se transforme en temps de consommation. Temps libre, temps prisonnier : dans les maisons très pauvres, il n’y a pas de lit, mais il y a une télévision et la télévision est douée de la parole. Acheté à crédit, cet animal familier prouve la vocation démocratique du progrès : il n’écoute personne, mais il parle pour tous. Les pauvres et les riches connaissent, de ce fait, les qualités des automobiles dernier modèle et les pauvres et les riches sont
informés des avantageux taux de crédit que propose telle ou telle banque.

Les experts savent transformer les marchandises en panoplies magiques contre la solitude. Les choses ont des attributs humains : elles caressent, accompagnent, comprennent, aident ; le parfum te donne son baiser et la voiture est ton amie qui jamais ne te trahira. La culture de la consommation a fait de la solitude le plus lucratif des commerces. Les trous de la poitrine, on les colmate en les bourrant de choses ou en rêvant de le faire.

Et les choses peuvent faire plus qu’embrasser : elles aussi peuvent être des symboles d’ascension sociale, des laissez-passer pour franchir les barrières douanières de la société de classes, des clés qui ouvrent des portes interdites. Plus elles sont exclusives, plus c’est parfait : les choses te choisissent et te sauvent de l’anonymat de la multitude. La publicité ne nous renseigne pas sur le produit qu’elle vend, sauf exception. C’est sans importance. Sa fonction première consiste à compenser des frustrations et à nourrir des rêves. Qui voulez-vous devenir en achetant cette lotion « après rasage » ? ?

Le criminologue Anthony Platt a remarqué que la délinquance urbaine n’est pas seulement la conséquence de la pauvreté extrême. Elle est aussi le fruit de la morale individualiste. L’obsession sociale du succès de la réussite, dit Platt, a une incidence décisive sur l’appropriation illégale des choses.

J’ai toujours entendu dire que l’argent n’apporte pas le bonheur, mais tout téléspectateur pauvre a bien plus de raisons qu’il ne lui en faut pour croire que l’argent procure quelque chose de tellement ressemblant au bonheur que seuls des spécialistes peuvent voir la différence.

Selon l’historien Eric Hobsbawm, le XXº siècle a mis fin à sept mille ans de vie humaine centrée sur l’agriculture depuis que sont apparues les premières cultures, à la fin du paléolithique. La population mondiale s’urbanise, les paysans deviennent citadins. En Amérique Latine, nous avons des campagnes sans personne et d’énormes fourmilières urbaines : les plus grandes villes du monde et les plus injustes. Expulsés par l’agriculture moderne d’exportation et par l’érosion de leurs sols, les paysans envahissent les faubourgs. Ils croient que Dieu est partout, mais ils savent d’expérience qu’il n’est en service que dans les grandes villes. Les villes promettent du travail, la prospérité, un avenir pour les enfants. Dans les champs, les êtres en attente regardent passer la vie et meurent en baillant ; dans les villes, la vie est là et elle vous appelle. Entassés dans des taudis, la première chose que découvrent les derniers arrivés c’est que le travail n’est pas là et que les bras sont de trop, que rien n’est gratuit et que les articles de luxe les plus chers sont l’air et le silence.

A l’aube du XIVº siècle, fray Giordano da Rivalto prononça, à Florence, une apologie des villes. Il déclara que « les villes grandissent parce que les gens aiment s’assembler » S’assembler, se rencontrer. Aujourd’hui, qui rencontre qui ? Est-ce que l’espoir rencontre la réalité ? Le désir, rencontre-t-il le monde ° ? Et les gens, rencontrent-ils les gens ? Si les relations humaines ont été réduites à des relations entre des choses, combien de gens rencontrent-ils des choses ?

Le monde tout entier tend à se transformer en un immense écran de télévision où on regarde les choses sans les toucher. Les marchandises exposées à la vente envahissent et privatisent les espaces publics. Les gares routières et les gares de chemin de fer qui, il y a peu encore, étaient des lieux de rencontre entre les gens, deviennent désormais des espaces d’exposition commerciale. Le shopping center, ou shopping mall, vitrine de toutes les vitrines, impose sa présence envahissante. Les foules accourent en procession dans ce grand temple des messes de la consommation. La majorité des dévots contemplent, en extase, les choses que leurs poches ne peuvent pas payer pendant que la minorité acheteuse se soumet au bombardement de l’offre incessante et exténuante. La foule qui monte et descend par les escalators, voyage à travers le monde : les mannequins sont habillés comme à Paris ou à Milan et les machines à sous tintent comme à Chicago et, pour voir et entendre, nul besoin de payer un billet d’avion. Les touristes venus des villages de l’arrière pays ou des villes qui n’ont pas encore mérité ce don du ciel de la félicité moderne, posent pour la photo au pied des marques internationales les plus célèbres comme elles posaient, jadis, au pied de la statue du personnage illustre au centre de la place. Beatriz Solano a observé que les habitants des quartiers périphériques se rendent au center, au shopping center, comme, jadis, ils allaient au centre ville. Le traditionnel paseo (promenade) du dimanche après-midi sur la grande place centrale de la ville tend à être remplacé par l’excursion à ces centres commerciaux. Lavés, repassés et peignés, habillés avec leurs plus beaux atours, les visiteurs se rendent à une fête à laquelle ils ne sont pas invités, mais où ils peuvent être voyeurs. Des familles entières font le voyage dans le vaisseau spatial qui parcourt l’univers de la consommation où l’esthétique du marché a dessiné un paysage hallucinant de modèles, de marques, d’étiquètes.

La culture de la consommation, culture de l’éphémère, condamne tout à
l’oubli médiatique. Tout change au rythme vertigineux de la mode mise au service de la nécessité de vendre. Les choses vieillissent en un clin d’oil pour être remplacées par d’autres choses de vie éphémère. Aujourd’hui où la seule chose qui demeure c’est l’insécurité, les marchandises fabriquées pour ne pas durer, résultent aussi volatiles que le capital qui les finance et que le travail qui les produit. L’argent vole à la vitesse de la lumière : hier il était là-bas, aujourd’hui il est ici, demain qui sait ?, et tout travailleur est un chômeur en puissance. Paradoxalement les shoppings centers, royaumes de l’éphémère, offrent la plus excitante illusion de sécurité. Ils résistent hors du temps. Sans âge et sans racines, sans nuit et sans jour et sans mémoire, ils existent hors de l’espace, au delà des turbulences de la dangereuse réalité du monde.

Les maîtres du monde se servent du monde comme si on pouvait l’éliminer : une marchandise éphémère qui s’évanouit comme s’évanouissent, à peine sont-elles nées, les images avec lesquelles la télévision nous mitraille et les modes et les idoles lancées sur le marché, sans trêve, par la publicité.

Mais dans quel autre monde allons-nous déménager ? Sommes-nous tous obligés de gober la fable selon laquelle Dieu a vendu notre planète à un petit nombre de firmes parce qu’un jour de mauvaise humeur il a décida de privatiser l’univers ? La société de consommation est un piège attrape nigauds. Ceux qui sont aux manettes font semblant de l’ignorer, mais quiconque a des yeux pour voir peut voir que l’immense majorité des gens consomment peu, très peu ou nullement de manière nécessaire, pour préserver l’existence du peu de nature qu’il nous reste encore. L’injustice sociale n’est pas une erreur qu’il faut corriger, ni un défaut qu’il faut surmonter : c’est une nécessité essentielle. Une nature capable d’approvisionner un shopping center de la taille d’une planète n’existe pas.

Eduardo Galeano

- Source : Visions Alternatives

- Traduction : Manuel Colinas

- Transmis par Cuba Solidarity Project http://viktor.dedaj.perso.neuf.fr

« L’empire de la consommation » par Eduardo Galeano

par Eduardo Galeano *

L’explosion de la consommation dans le monde actuel fait plus de bruit que toutes les guerres et crée plus de tapage que tous les carnavals. Comme dit un vieux proverbe turc, « qui boit en compte, se soûle deux fois plus ». Les festivités assomment et assombrissent la vision ; cette grande ivresse universelle semble ne pas avoir de limites dans le temps et dans l’espace. Mais la culture de la consommation raisonne beaucoup, comme le tambour, parce qu’elle est vide ; et à l’heure de vérité, quand le fracas cesse, que la fête se termine, l’ivrogne se réveille, seul, accompagné par son ombre et la vaisselle cassée qu’il doit payer. Le développement de la demande heurte les frontières que lui impose le même système qui la génère. Le système a besoin de marchés de plus en plus ouverts et plus grands, comme les poumons ont besoin de l’air, et en même temps il est nécessaire qu’ils soient au prix plancher comme le sont les prix des matières premières et de la force de travail. Le système parle au nom de tous, il donne à tous ses ordres impérieux de consommation, il diffuse parmi tout le monde la fièvre acheteuse ; mais, rien à faire : pour presque tous, cette aventure commence et finit sur l’écran du téléviseur. La majorité, qui s’endette pour avoir des choses, finit par avoir que des dettes pour payer les dettes qui génèrent de nouvelles dettes, et finit par consommer des illusions qu’il parfois matérialise en commettant un délit.

Le droit au gaspillage, privilège de certains, dit être la liberté de tous. Dis-moi combien tu consommes et je te dirai combien tu vaux. Cette civilisation ne laisse dormir ni les fleurs, ni les poules, ni les gens. Dans les serres, les fleurs sont soumises à une lumière continue, pour qu’elles grandissent plus vite. Dans les usines d’œufs, les poules sont aussi interdites de nuit. Et les gens sont condamnés à l’insomnie, par l’anxiété d’acheter et l’angoisse de payer. Ce mode de vie n’est pas très bon pour les gens, mais est très bon pour l’industrie pharmaceutique. Les Etats-Unis consomment la moitié des calmants, anxiolytiques et autres drogues chimiques vendues légalement dans le monde, et plus de la moitié des drogues interdites vendues illégalement, ce qui n’est pas rien si on tient compte du fait que les Etats-Unis rassemblent à peine cinq pour cent de la population mondiale.

« Malheureux ceux qui vivent en se comparant », regrettent une femme dans le quartier de Buceo, à Montevideo. La douleur ne pas être, que chantait le tango autrefois, a laissé la place à la honte de ne pas avoir. Un pauvre homme est un pauvre homme. « Quand tu n’as rien tu penses que tu ne vaux rien », dit un garçon dans le quartier de Ville Fiorito, à Buenos Aires. Et l’autre abonde, dans la ville dominicaine de San Francisco de Macorís : « Mes frères travaillent pour les marques. Ils vivent en achetant des étiquettes, et vivent en suant à grosse goutte pour payer les échéances ».

Violence invisible du marché : la diversité est ennemie de la rentabilité, et l’uniformité commande. A échelle gigantesque, la production en série impose partout ses règles obligatoires de consommation. Cette dictature de l’uniformisation obligatoire est plus dévastatrice que n’importe quelle dictature de parti unique : elle impose, dans le monde entier, un mode de vie qui reproduit les êtres humains comme des photocopies du consommateur exemplaire.

Le consommateur exemplaire est l’homme tranquille. Cette civilisation, qui confond la quantité avec la qualité, confond l’obésité avec la bonne alimentation. Selon la revue scientifique The Lancet, durant la dernière décennie l’ « obésité grave » a progressé de presque 30 % parmi la population jeune des pays les plus développés. Pour les enfants nord-américains, l’obésité a augmenté de 40 % dans les 16 dernières années, selon l’enquête récente du Centre de Sciences de la Santé de l’Université du Colorado. Le pays qui a inventé la nourriture et des boissonslight, le diet food et les aliments fat free, a le plus grand nombre de gros du monde. Le consommateur exemplaire descend seulement de la voiture pour travailler et pour regarder la télévision. Installé devant le petit écran, il passe quatre heures quotidiennes en dévorant de la nourriture en plastique.

Les ordures déguisées en nourriture triomphent : cette industrie conquiert les palais du monde et réduit en lambeau les traditions de la cuisine locale. Les coutumes du bon manger qui viennent de loin, ont, dans quelques pays, des milliers d’années de raffinement et de diversité, et c’est un patrimoine collectif qui est de quelque façon dans les fourneaux de tous et pas seulement sur la table des riches. Ces traditions, ces signes d’identité culturelle, ces fêtes de la vie, sont écrasées, de manière foudroyante, par l’introduction du savoir chimique et unique : la mondialisation du hamburger, la dictature du fast food. La plastification de la nourriture à échelle mondiale, œuvre de McDonald’s, de Burger King et autres usines, viole dans sa réussite le droit à l’autodétermination de la cuisine : un droit sacré, parce que dans la bouche, l’âme a l’une de ses portes.

La coupe du monde de football de 98 nous a confirmé, entre d’autres choses, que la carte MasterCard tonifie les muscles, que Coca-Cola offre une jeunesse éternelle et que le menuMcDonald’s ne peut pas être absent du ventre d’un bon athlète. L’immense armée de McDonald’s lance des hamburgers dans la bouche des enfants et des adultes sur la planète entière. Le double arc de ce M a servi d’étendard, pendant la récente conquête des pays de l’Europe de l’Est. Les queues devant le McDonald’s de Moscou, inauguré en 1990 en fanfare, ont symbolisé la victoire d’Occident avec autant d’éloquence que la chute du Mur de Berlin.

Signe des temps : cette entreprise, qui incarne les vertus du monde libre, refuse à son personnel la liberté de s’affilier à quelque syndicat. McDonald’s viole, ainsi, un droit légalement consacré dans beaucoup de pays où il est présent. En 1997, plusieurs salariés, membres de ce que l’entreprise appelle la Macfamille ont essayé de se syndiquer dans un restaurant du Montréal au Canada : le restaurant a fermé. Mais en 1998 d’autres employés de McDonald’s, dans une petite ville proche de Vancouver, ont obtenu cette conquête, digne du Guinness Book.

Les masses consommatrices reçoivent des ordres dans une langue universelle : la publicité a obtenu ce que l’espéranto a voulu et n’a pas pu. N’importe qui comprend, dans tout lieu, les messages que le téléviseur transmet. Dans le dernier quart de siècle, les dépenses de publicité ont doublé dans le monde. Grâce à elles, les pauvres enfants prennent de plus en plus Coca-Cola et de moins en moins de lait, et le temps de loisir devient un temps de consommation obligatoire. Temps libre, temps prisonnier : les logements très pauvres n’ont pas de lit, mais ont un téléviseur, et le téléviseur a la parole. Acheté à crédit, cette bestiole prouve la vocation démocratique du progrès : il n’écoute personne, mais parle pour tous. Pauvres et riches connaissent, ainsi, les vertus des voitures dernier modèle, et pauvres et riches connaissent les taux d’intérêt avantageux que telle ou telle banque offre.

Les experts savent transformer les marchandises en ensembles magiques, contre la solitude. Les choses ont des attributs humains : nourrissent, accompagnent, comprennent, aident, le parfum t’embrasse et la voiture est l’ami qui ne faillit jamais. La culture de la consommation a fait de la solitude le plus lucratif des marchés. Les trous de l’âme se remplissent en les bourrant des choses, ou en rêvant de le faire. Et les choses ne peuvent pas seulement embrasser : peuvent aussi être des symboles d’ascension sociale, des sauf-conduits pour traverser les douanes de la société de classes, des clefs qui ouvrent les portes défendues. Plus elles sont exclusives, mieux c’est : les choses te choisissent et te sauvent de l’anonymat populaire. La publicité n’informe pas du produit qu’elle vend, ou elle le fait rarement. C’est le moins important ! Sa fonction primordiale consiste à compenser des frustrations et à nourrir des illusions : En qui voulez-vous vous transformer en achetant cet après rasage ?

Le criminologue Anthony Platt a observé que les délits dans la rue ne sont pas seulement le fruit de la pauvreté extrême. C’est aussi un fruit de l’éthique individualiste. L’obsession sociale du succès, dit Platt, affecte de manière décisive l’appropriation illégale des choses. J’ai toujours entendu dire que l’argent ne fait pas le bonheur ; mais tout téléspectateur pauvre a de nombreux motifs de croire que l’argent produit quelque chose de semblable, que la différence est un sujet de spécialistes.

Selon l’historien Eric Hobsbawm, le XXe siècle a mis fin à 7 000 ans de vie humaine centrée sur l’agriculture depuis que sont apparues les premières cultures, à la fin du paléolithique. La population mondiale s’est urbanisée, les paysans deviennent citadins. En Amérique Latine nous avons des terres sans personne et d’énormes fourmilières urbaines : les plus grandes villes du monde, et les plus injustes. Expulsés par l’agriculture moderne d’exportation et par l’érosion de leurs terres, les paysans envahissent les banlieues. Ils croient que Dieu est partout, mais par expérience ils savent qu’il se soucie des grandes villes. Les villes promettent travail, prospérité, un avenir pour les enfants. Dans les champs, ceux qui attendent regardent passer la vie, et meurent en bâillant ; dans les villes, la vie arrive et appelle. Entassés dans des taudis, la première chose que découvrent les nouveaux venus, c’est que le travail manque et qu’il y a des bras en trop, que rien n’est gratuit et que les articles de luxe les plus chers sont l’air et le silence.

Tandis que naissait le XIVe siècle, le frère dominicain Giordano da Rivalto a prononcé à Florence un éloge des villes. Il a dit que les villes grandissaient « parce que les gens ont le goût de se rejoindre ». Se rejoindre, se trouver. Maintenant : qui se trouve avec qui ? L’espoir rencontre t-il la réalité ? Le désir, se trouve-t-il avec le monde ? Et les gens, se trouvent-t-ils avec les gens ? Si les relations humaines ont été réduites à des relations entre des choses : combien de gens se trouvent avec les choses ?

Le monde entier tend à devenir un grand écran de télévision, où les choses se regardent mais ne se touchent pas. Les marchandises offertes envahissent et privatisent les espaces publics. Les stations d’autobus et de trains, qui étaient jusqu’à il y a peu des espaces de rencontre entre des personnes, deviennent maintenant des espaces d’exhibition commerciale.

Le shopping center, ou shopping mall, la vitrine de toutes les vitrines, impose sa présence envahissante. Les foules vont, en pèlerinage, à ce temple majeur de la consommation. La majorité des dévots contemplent, en extase, les choses que leurs poches ne peuvent pas payer, tandis que la minorité acheteuse se soumet au bombardement de l’offre incessante et exténuante. La foule, qui monte et descend par les escaliers roulants, voyage par le monde : les mannequins habillés comme à Milan ou à Paris et les machines sonnent comme à Chicago, et pour voir et entendre, il n’est pas nécessaire de payer une entrée. Les touristes venus de l’intérieur, ou des villes qui n’ont pas encore méritées ces bénédictions du bonheur moderne, posent pour la photo, au pied des marques internationales les plus fameuses, comme avant, ils posaient au pied de la statue d’une personnalité sur la place. Beatriz Solano a observé que les habitants des quartiers suburbains se rendent au center, au shopping center, comme avant ils se rendaient au centre. La promenade traditionnelle du week-end au centre de la ville, tend à être substituée par l’excursion à ces centres urbains. Lavés et repassés et coiffés, habillés avec leurs vêtements du dimanche, les visiteurs viennent à une fête où ils ne sont pas conviés, mais ils peuvent être les badauds. Des familles entières font le voyage dans la capsule spatiale qui parcourt l’univers de la consommation, où l’esthétique du marché a dessiné un paysage hallucinant de modèles, des marques et des étiquettes.

La culture de la consommation, la culture de l’éphémère, condamne tout à la désuétude médiatique. Tout change au rythme vertigineux de la mode, mise au service de la nécessité de vendre. Les choses vieillissent en un clin d’œil, pour être remplacées par d’autres choses à la vie fugace. Aujourd’hui, l’unique chose qui reste est l’insécurité ; les articles, fabriqués pour ne pas durer, semblent aussi volatils que le capital qui les finance et le travail qui les génère. L’argent vole à la vitesse de la lumière : hier il était là-bas, aujourd’hui il est ici, demain qui sait, et tout travailleur est un chômeur en puissance. Paradoxalement, les shoppings centers, les royaumes de la fugacité, offrent l’illusion la plus réussite de sécurité. Ils résistent en dehors du temps, sans âge et sans racine, sans nuit et sans jour et sans mémoire, et existent en dehors de l’espace, au-delà des turbulences de la dangereuse réalité du monde.

Les propriétaires du monde utilisent le monde comme s’il était jetable : comme une marchandise à la vie éphémère, qui s’épuise comme s’épuisent, à peine nées, les images que lance la mitrailleuse de la télévision et les modes et idoles que la publicité lance, sans trêve, sur le marché. Mais, dans quel autre monde allons-nous aller ? Sommes- nous tous obligés à croire le conte selon lequel Dieu a vendu la planète à quelques entreprises, parce qu’ étant de mauvaise humeur il a décidé de privatiser l’univers ? La société de consommation est un piège attrape-nigaud. Ceux qui ont la manette, feignent de l’ignorer, mais n’importe qui, qui a des yeux dans le visage peut voir que la majorité des gens consomme peu, un petit peu ou presque rien nécessairement, pour garantir l’existence de ce peu de nature qui nous reste. L’injustice sociale n’est pas une erreur qu’il faut corriger, ni un défaut qu’il faut surpasser : c’est une nécessité essentielle. Il n’y a pas de nature capable de nourrir un shopping center de la taille de la planète.

Eduardo Galeano

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 26 décembre 2014.

elcorreo.eu.org

Noël: habiller 33

Le mot Noël (dont la première attestation écrite date de 1112) est issu par évolution phonétique (nael) et modification vocalique du latin natalis (« relatif à la naissance, natal »). Le o, remplaçant le a de l’ancien français nael, vient de la dissimilation des deux a de natalis tandis que le tréma (1718) note la diérèse[6],

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La merde adel‘avenir.

Vous verrez quun jour on en fera des discours.

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On ne meurt pas de dettes On meurt de ne plus pouvoir en faire.

Louis-Ferdinand Céline

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Le temps des dindes

Il semble que 30% des gens vont acheter …au dessus de leurs moyens. Ce doit être la magie de Noël. Avant, il y avait une orange dans un bas de laine, maintenant on a les cartes de crédit. Une sorte de buffet « As you like… » pour une consommation où  on se saoule de petites boîtes, de choux, de rubans, d’emballages, de partys, de nourritures.

C’est comme si entre le 15 décembre et le 25, tout le monde était frappé d’une sorte de maladie de Parkinson :

C’est beau! Tellement beau! C’est comme un doigt dans la gorge qui dure deux mois. J’appelle ça, la période du vomir…

Tout le monde dépasse le .008 de perte  de neurones. Fous à lier! C’est le temps de tout avaler et de vomir après les…fêtes. Et de cracher ses dettes.

Noël, pour les consommateurs, c’est une brosse en vert et en rouge. Le plus beau  de mes Noël, c’est celui dont je ne me souviens plus.

Mais certains commerces font 50% de leur chiffre d’affaires en cette période.

C’est pourquoi Noël, pour les vaccinés, c’est si beau.

Les circulaires entrent dans la maison comme des Témoins de Jéhovah, tout colorés, le lion déguisé en mouton, en quantités si énormes qu’on pourrait  faire un voyage vers la lune en les enfournant  dans une tuyère de fusée.

On est tous des dindes qui se font fourrer…

Sortir les pauvres

La beauté de Noël c’est d’afficher les pauvres. On les sort de partout, on remplit des boîtes, on se lamente, on pleurniche. Pauvres pauvres!  Mais faut bien les sortir un moment… Dommage que Freud soit mort… Il doit bien y avoir un petit sentiment de culpabilité en dessous de ce geste qui ne passe qu’une fois par an. Pendant que dans les supermarchés on jette au moins 25% des produits périssables. De grandes âmes en donnent aux fermiers pour la fabrication du compost. La logique du « don » est que les donner aux pauvres équivaut à perdre 25% des ventes.

Les pauvres?

Ils ont faim : on leur donne des pâtes et de la mangeaille al dente.

Ils ont soif : une caisse de bière.

Ils sont malheureux : voici une portion de Noël.

Ils sont seuls : on passe et on repassera. Mais une fois par an.

La vraie crèche de Noël

Jésus dans sa mangeoire

L’espérance du sauveur de l’Humanité. Celui qu’on attend toujours. Et même s’il passe, on ne le verra pas. Obama, Legault, Harper, le fils de PET… , PDG.  On a toujours un petit sauveur qui crèche quelque part dans un recoin de société et qui va servir « humblement » le peuple.

Marie

La mère qui n’a pas accouché. On ne sait pas trop d’où vient le sauveur. Ni par qui il a été conçu. Un jour, un mathématicien de génie trouvera bien la formule… Ce doit être d’une éprouvette d’Extra-terrestre, comme certains le croient.

Joseph

Le papa. Simple ouvrier. Comme dans la fable du néo-libéralisme et du rêve américain : on peut tous réussir à être quelqu’un. Suffit d’avoir du soutien financier. Un peu de charisme… Pour ce qui est de ceux qui ont des châteaux, on a comme un petit coin de lèvre retroussé-amer. « C’est pas nous… »

Ce n’est pas nous, mais c’est ce que tout le monde rêve d’être.

Arrivent les trois rois mages.

Mages (Gaspard, Melchior et Balthazar,

De l’or, de l’encens, de la myrrhe… Sans doute les banques privées, les compagnies créatrices d’emplois, mais pas toujours vierges, et des mondialistes échevelés qui veulent tout l’avoir de la Terre.

Et pour souffler sur Jésus, qui grelotte, on a un âne, et un bœuf. L’âne, c’est comme  Hydro-Québec, mais pendant une panne. Et le bœuf, c’est comme les 650$ millions dépensés lors du G20. Les résultats sont les mêmes que la fête de la nativité : on crée des dettes…

On peut y mettre des moutons. Ou les créer… Suffit de les faire travailler 14 heures par jour et d’activer la magie. Avec 52 cartes de crédit, on peut tout faire.

Pardon! On dit « illusionniste ».

La longue course à l’instantanéité (sic)

On n’attend plus, on ne veut plus attendre. Je veux tout, tout de suite, je veux me satisfaire aujourd’hui, maintenant. Le passé ? Inutile et encombrant. L’avenir ? On s’en fout. Je consomme, donc je suis. Et les gouvernements encouragent leurs citoyens à consommer plus pour relancer une économie qui vit sur le crédit et l’endettement individuel et collectif. La vitesse érigée en vertu, l’instantanéité, l’immédiateté, la satisfaction tout de suite du je, du moi, voilà qui dépeint assez bien notre société. Lettre, L’ère de la révulsion

Le petit Jésus

Au fond, le petit Jésus dans sa mangeoire, c’est un peu chacun de nous…vidés et affamés d’une vie qui n’en est pas une, avec alentour quelques personnages de plâtre dont on ne sait plus s’ils sont authentiques ou des répliques, des bons ou des salauds.

À force de cultiver l’avoir, il n’y plus de place pour l’être. La peur est une sorte de rat intérieur qui nous ronge inconsciemment. Elle également est cultivée par ceux qui se livrent à un nouveau machiavélisme que trop bien outillé.

Il faut croire que l’Homme est encore – et sera toujours – le petit poupon dans la paille qui attend un sauveur.

L’Humanité est gardée dans la paille.

Ça sert au mal de vivre et à ceux qui vendent des onguents électroniques pour nous faire accroire au bonheur.

Sans doute qu’il n’existe pas ce « bonheur »,  sauf dans une relativité.

Reste que les horreurs de ceux qui font tout pour nous décarcasser d’une vérité profonde ont tout de même réussi à sabrer cette partie de l’être qui se nomme « âme » pour la transmuter, la matérialiser, la mécaniser, de sorte que pour nous ressusciter il faut lutter contre cet hypnose qui tue la plupart des humains à 33 ans.

C’est l’âge ou les martyrs se laissent aller…

À force de boire du vinaigre, on finit par céder.

La « normalité » est un beau costume…

Tout le monde habille  du 33…

Gaëtan Pelletier 

Où vont mourir les voitures invendues ?


 
Ci-dessus, quelques-unes des milliers et des milliers de voitures invendues à Sheerness, au Royaume-Uni. Vous pouvez le voir sur Google Maps …. Tapez Sheerness, Royaume-Uni. Regardez à l’ouest de la côte, en-dessous de la Tamise, à côté de la rivière Medway, à gauche de l’A249, Brielle Way.
Il y a des centaines d’endroits comme ça dans le monde d’aujourd’hui et ils continuent à s’accumuler. Et pourquoi utilisent-ils les pistes des bases aériennes désaffectées pour parquer des milliers de voitures si les ventes sont normales ?
Houston … nous avons un problème! … Personne n’achète plus de voitures neuves ! Si, quand même, mais pas à l’échelle d’autrefois. Des millions de nouvelles voitures neuves invendues sont ainsi parquées de manière redondante sur ​​des pistes d’aérodromes et des parcs de stationnement à travers le monde. Elles restent là, se détériorant lentement sans aucune maintenance.
La photo ci-dessous est celle d’un immense parc de voiture à Swindon, Royaume-Uni, avec des milliers et des milliers de voitures invendues juste stationnées là, sans aucun acheteur en vue.
Les constructeurs automobiles doivent acheter de plus en plus de terrain juste pour garer leurs voitures étant donné qu’ils sont perpétuellement au-delà de la ligne de production.
Ceci prouve que la récession mondiale est toujours en cours et qu’elle ne veut pas s’éloigner. Partout dans le monde, il y a d’énormes stocks de voitures invendues et il s’en rajoute d’autres tous les jours.
Ils n’ont plus d’espace pour garer toutes ces nouvelles voitures invendues et doivent acheter des hectares de terrains pour les stocker.
Article en entier ICI

Moins, c’est mieux…