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Le tueur silencieux

travail-chomage

Jésus et les cloués électriques

clouteur électrique

 » Papa, où vont ceux qui meurent?  Ben! Là-haut… Je suis allée voir au deuxième étage, ils ne sont pas là-haut » ( Faut bien inventer..)

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Jean-François Copé ne sait pas trop d’où vient le nombre élevé de chômeurs. Ni le ministre du travail au Québec…

J’étais en train de chercher une image de Jésus sur la croix avec ses deux larrons. L’un est un repentant et l’autre jure encore. Le repentant ira au paradis et l’autre en enfer. C’est la version « officielle »… En fait, on ne sait pas trop ce qu’est ce « là-haut » et cet « ici-bas ».

J’ignore avec qui et quels clous  Jésus à été cloués. Mais dans un monde moderne, les clous auraient été achetés en Chine et la mitraillette à clous également.  Et étant donné qu’on est « moins barbare » qu’avant, mais on aime les mitraillettes à clous,on les aurait collé sur un panneau de gypse et on les aurait cloués en se questionnant s’ils allaient mourir « dignement ».

Le problème concernant les chômeurs est tellement complexe que personne ne peut l’expliquer clairement. On parlera d’un monde « moderne », de la mondialisation, du libre-échange, etc . Avant, les gens clouaient au marteau et c’était le bras qui faisait office de moteur. Il fallait bien des bras… Alors, avec le « progrès » et la mondialisation, on achète les bras d’ailleurs ou les machines remplaçant les bras.

Alors, les nantis du cerveau se dirent:  » Ils travailleront de la tête ». Pour empêcher le citoyen de travailler de la « tête » – bien qu’instruit aux institutions devenues des machines à produire des gens qui accumulent des tas de connaissances mais sont incapables de les lier ( et ne sont pas intéressés à…)  – on vous formera une tête qui sera ensuite remplacée par une machine savante. S’il fallait 100 secrétaires pour envoyer des lettres, il faut maintenant un  seul opérateur qui appuie sur un bouton pour envoyer des milliers de lettres, de factures, de pubs, etc.

Mais, ignorants et savants à la fois, c’est le travailleur qui fabrique la machine qui le remplacera. Copé-Collé!

C’est ainsi que nous sommes tous devenus de petits jésus qui meurent sous les inventeurs de toutes formes de marteaux possibles. Plus c’est rapide, moins on a besoin de travailleurs.

On trouvera ICI  ( Capitalisme, emploi et nature : sortir de l’engrenage destructif), une analyse savante – encore une!- des causes du chômage et aux énormes problèmes des sociétés « développées ». On aurait trouvé un aliment qui font que les vaches polluent moins.  J’avais écrit un article en 2012: La vache et le politicien.

On trouve des solutions  à la pollution, mais rien pour le chômage. En fait, le chômage, on le crée sans le savoir. Ceux qui savent « tout » passent si vite qu’ils n’apprennent rien de ceux qui ne savent rien mais qui savent tout.

C’est pourtant simple: pierre-feuille-ciseaux.   C’est le tracé historique en quelques doigts, mais au hasard…

Gaëtan Pelletier

Mein camp

 

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Krishnamurti parlait en disant  « nous », puisque nous sommes tous liés. L’ego aime bien oublier que TOUT ce qu’il est a été construit à partir des autres. Alors tous les JE  ont été pondus par des je qui ne sont en fait qu’un NOUS en train de se défigurer à coups d’armes et de larmes. Et Jacquard aussi…  

(gp,  guerrier raplapla.) 

***

Je suis en guerre et je djihade athée. Petit guerrier de la froidure des déshumains ancrés dans leur folie vandale, je suis en guerre contre le carnage du NOUS  en ces temps des JE que l’on construit en pièces détachées pour régner.

Je suis en guerre contre les conglomérats mondialistes qui délocalisent au gré des profits. Pour leurs biens et  ceux des actionnaires,  ces escroqués  croyant pouvoir aspirer à cette   bourgeoisie qui ne sert que d’investisseurs intermédiaires.

Je suis en guerre contre l’État et ses politiques judaïstes , ses austérités glacières  pendant que ça chauffe dans l’éther des échanges commerciaux et que l’État, ce minus fourgon blindé, chantant comme un coq l’existence du P.I.B, a perdu sa guerre contre une mafia internationale qui s’est invisibilisée avec dans des ailleurs qui ne sont jamais ici: on se déplace de pères en fisc… Que l’humain aille se faire suer ailleurs dans sa voiture, cette nouvelle négrière lustrée  des temps « modernes ». » Ma voiture est plus grosse que la tienne »,

Je suis en guerre contre le système financier dématérialisé. Mois qui croyait pouvoir vendre  30 poules pour un cochonnet,  on me donne une monnaie de singe enfermée dans une institution bancaire faussaire. J’ai nourri le lapin et il a bouffé le chapeau que j’avais sur la tête. Le sale-Haut!

Je suis en guerre contre YES WE CAN et autres les slogans clichés dont nous sommes arrosés chaque jour, les formules « vertes » et la méthode de lutte contre les GES, et les petits soldats pompeux esclaves eux-mêmes de leurs prétentions de pouvoir.

Je suis en guerre contre mon employeur qui braque son bâton d’austérité et qui m’offre 3% d’augmentation de salaire pour cinq ans, dépossédés que nous sommes par les spéculateurs et délocalisaterreur  dans un système où on ne voit pas le tunnel au bout de leur prétendue lumière.

Je suis en guerre contre  la faim parce qu’on avait promis de l’éradiquer. Car, même nous, les « privilégiés,  » parvenons à peine à éradiquer la nôtre. Et les migrants qui bientôt arriveront  penseront qu’ils se retrouveront dans le feuilleton sur écran plat du rêve américain.

Je suis en guerre contre les armes, car elles ne pourront jamais être transformées en chaudrons, en cuillères, et même si elles l’étaient il n’y aurait rien à mettre dedans pour bouffer. Il est maintenant plus payant de tuer que de faire vivre.

Je suis en guerre contre les voitures qui réclament de l’asphalte  pour brouter des kilomètres d’herbe d’arbres,  et qui passent leur temps à se parader sans pancartes.Ils avalent des jardins et des terres arables à la vitesse de la lumière de leurs phares. Et 100 fois par jour, les 4X4 se promènent dans les espaces montagneux alors qu’en vérité ils se retrouvent dans des bouchons de circulations telles des blattes métalliques. On avait des punaises de lit… On a maintenant des blattes intelligentes qui conduisent à votre place.

Je suis en guerre contre les pratiquants non pratiques: Ils prient des dieux, déforment des textes dits « sacrés », mais ils bousillent tout, au nom de toutes les statues le monde dans lequel nous vivons. Il est étrange qu’un dieu demande à l’homme de détruire ce qu’il a créé, en premier son semblable. 

Je suis en guerre contre Monsanto et ses semblables  dévastateurs .  En guerre contre les assassins d’abeilles. En guerre contre les abatteurs de fleurs, les gratte-ciel remplis de cravatés moulus à la pâte artificielle des bureaucrates crasseux de l’esprit, mais proprets d’habits.  L’habitation fait le moine…

Je suis en guerre contre tout ce qui s’achète. Car tout ce qui s’achète finira dans les états financiers, les banques, mais jamais entre les mains des droits fondamentaux de l’humain: l’eau, la nourriture, l’habitat, les paysages, les couchers de soleil, et le spectacle des baleines dans le Saint-Laurent.

Je suis en guerre contre toutes les formes de fascisme qui fondent et dissoudent  le merveilleux des enfant pour le cimenter en des croyances et foi indécemment matérialiste, pour en faire des  (h)ignorants de l’histoire et de la construction d’un monde meilleur pour en faire des combattants de ce monde du pire auquel ils se sont habitués. Le cerveau est une pâte à modeler et certains sont en train de se faire statufier par leur propre sécheresse.

Et chaque matin, d’où que l’on soit, de n’importe laquelle « croyance », le final et le roulement de tambour est en train de terminer des milliards d’années dites d’évolution. Et chaque matin, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, nous diluons notre profondeur d’âme pour glisser dans des sables mouvants malheureusement fabriqués Made au dans aucun pays et par des No One.

À  force d’être en guerre contre tout ce dont nous avons à lutter, nous allons simplement nous détruire les uns les autres. Et il n’y aura plus d’autre pour faire de chacun un UN.  Et il n’y aura plus d’eau pour « allaiter » ces corps d’eau. On sera à sec et à sable. Déserts de tous les désertés des autres.

Je suis en guerre contre ce suicide planétaire continu à « développement  exponentiel  poison » par des cravatés coiffés à droite ou à gauche fidèles à un dogme  d’assassins génocideurs et décideurs. En guerre contre le faux chômage,  des travailleurs CDD, CDI, etc., l’homme outil des conglomérats mondialistes et leurs valets: les banques et les pays et les  dirigeants fossiles.

C’est la raison pour laquelle je me lève à 7 heures, par les  matins d’hiver frisquets ou crûment   froids , noirs à broyer du sombre pour explorer  ce qui reste vraiment de la Terre. Et je m’enferme dans mon camp au Canada, pour ne plus réfléchir,  en soupirant: « Dire qu’on aurait pu faire tellement avec ce tout petit jardin rond d’une grandeur et d’une beauté inépuisable qui a poussé dans l’Univers ».

Gaëtan Pelletier

L’Occident, cette usine à poisons

 
Sylvie Therrien
« J’ai agi pour l’intérêt du public et j’en paie un prix immense, dit-elle. C’est horrible à vivre : pendant, et surtout après parce que personne ne veut donner d’emploi à une dénonciatrice. Ça a détruit ma carrière, et ma vie.  
Le verdict est tombé mardi. Emploi et développement social Canada a définitivement révoqué la cote de fiabilité (ou sécurité) de Sylvie Therrien, cote obligatoire pour tout travail appelant la manipulation de « renseignement et de biens protégés ». Fin des opérations. À 53 ans, Mme Therrien se retrouve sans emploi, coupable d’avoir fait part aux médias d’une situation qu’elle jugeait  inacceptable.
 
À la fin janvier 2013, c’est Sylvie Therrien qui a transmis au Devoir les premières informations démontrant que les enquêteurs des services d’intégrité sont soumis à des quotas de prestations à couper de l’ordre de 485 000 $ par année. Le montant apparaît noir sur blanc dans le formulaire d’évaluation du travail de ces fonctionnaires. Après avoir nié l’existence des quotas, le gouvernement a reconnu qu’il y avait des « cibles » de réductions. Les informations transmises par Sylvie Therrien étaient en tous points véridiques. 
Le Devoir 
 

On se fait crever pour la « vérité »… Et on en meurt tous un peu. Comme un morceau arraché sur le corps et l’âme. Dans cette ère de zombies élus, le nazisme rose et aquarelle  a sa cote. La bombe atomique? Non. Pendant des milliers d’années, les humains ont été enterré sous des amas de chiures de mouches.

Des politiciens cryptés. Lavettes à cravates roses qui charment dans les parlements. Monsieur Harper serait un homme de droite… C’est un Monsanto politique. Les chantres de la vertu faussent… On a droit à une sirop de lèvres. Du bleu à lèvres…

Les seigneurs nous saignent…  Mais on s’est habitués. Voilà le malheur des êtres soumis, inattentifs. L’arbre politique finira par dire que le citoyen est une moisissure.

« Ceux qui savent réfléchir deviennent malheureux » disait Alexis Carrel.

Et dans ce monde occidentalisé, malin comme un diable qui se serait « auto-fabriqué »  avec une torche, ce phénomène de guerres entre citoyens et pouvoirs des « élus » , est devenu un cauchemar dans lequel nous sommes piégés. Comme une longue nuit avec des couteaux dans les bouches des beaux parleurs. Il y a des nains qui sont trop grands… Le nain escabeau. Chaque vote est un palier délicieux qui les transforment en statue bouffie. C’est une sorte d’organisation « bateau ivre » à la Rimbaud. Mais qui donc connaît Rimbaud? L’Histoire et la culture ont été engouffrés dans le présent. Textomanie!

Mais nous avons droit à une , au moins, dans cet occident, d’une forme de monoculture. C’est la méthode Monsanto dans les neurones, dans la manière de penser, dans la manière de conduire les peuples.

La vérité nous effraie… Elle nous révolte en fauteuil roulant. Figés. Abrutis. Lardés. Nous ne bougeons plus. De peur de perdre ce que nous avons gagné. Pour se rendre à la mort, tous le chemins nous y mènent. Mais pour se rendre à la Vie, nous n’avons plus de route. Nous sommes déroutés.

Dire qu’il suffirait de cesser de « travailler » pendant 3 ou 4 semaines pour que ces monstres cessent d’être nourris de notre sang. De se gaver comme des oies.

Dire…

Comme disait quelqu’un,  » Les riches ont compris que la fraternité est la réussite ». Ce que les pauvres n’ont pas compris. Encore moins ceux qui espèrent tirer du « système » tout le jus de richesse qu’il contient.

On nous mâchouille, on nous passe à l’acidité de l’estomac, puis il nous avale.  Ils savent  comment construire de la merde, alors que nous les avons élus  pour construire « un monde meilleur ».

L’égoïsme rend le peuple bête. C’est ce qu’on cultive. En conséquence, cette bêtise de plus en plus flagrante est le résultat d’une lignée morbide.

Pour aller quelque part, il faut choisir une bonne boussole… Alors,  comme les Rroms, on va nulle part.  Le problème est que l’on croit aller quelque part.  C’est la création du nouveau Rrom occidental:  Plus de terre, plus de pays, un sous-sol lézardé, vêtu Bangladesh griffé, dans les rues perdues de la mondialisation.

Les nouveaux singes ont « hold-upé » la bibliothèque du savoir humain. Il faut se méfier du mot « austérité ». Ce n’est pas celle d’avoir, mais celle d’être. Nos connaissances et nos êtres sont désormais les outils d’un monde monochrome, supposément laïque et  empoisonné. On nous paye pour fabriquer le poison…

singe

P.S.: »Souffler n’est pas jouer de la flûte. Il faut encore remuer les doigts. » Goethe 

Gaëtan Pelletier

25 octobre 2013

 

Le Chinois, l’Allemand et le Français

 

 

 

 

Boulot en France

Source inconnue….

SOCIÉTÉ : « LE CAPITALISME EST ENTRÉ DANS DES LOGIQUES DE DESTRUCTION »

Entretien avec Saskia Sassen conduit par Olivier Guez

 

 

Pour Saskia Sassen, sociologue à Harvard, les chômeurs radiés, les classes moyennes chassées des centres-villes et les écosystèmes dévastés subissent un même phénomène : l’« expulsion ».

 

Aujourd’hui à Bilbao, la veille à New York, le lendemain au Royaume-Uni : entre deux avions, Saskia Sassen, professeure de sociologie à l’université Columbia, à New York, discourt, débat, provoque. Depuis vingt ans, elle scrute la mondialisation dans toutes ses dimensions – économiques, financières, politiques, sociales et environnementales. Cosmopolite, cette polyglotte née aux Pays-Bas, en 1949, a grandi à Buenos Aires avant d’étudier en France, en Italie et aux Etats-Unis. Elle publie ces jours-ci, aux Etats-Unis, Expulsions (Harvard University Press).

Dans votre nouveau livre, vous avancez que la mondialisation est entrée dans une phase d’ « expulsion ». Qu’entendez-vous par là ?

Ces deux dernières décennies, un nombre croissant de gens, d’entreprises et de lieux physiques ont été comme « expulsés » de l’ordre économique et social. Des chômeurs sont rayés des listes de demandeurs d’emploi. Certains travailleurs pauvres ne bénéficient plus d’aucune protection sociale. Neuf millions de ménages américains ont perdu leur foyer après la crise des subprimes. Dans les grandes métropoles du monde entier, les « classes moyennes » sont peu à peu chassées des centres-villes, désormais hors de prix. La population carcérale américaine a augmenté de 600 % ces quarante dernières années. La fracturation hydraulique des sols pour extraire le gaz de schiste transforme des écosystèmes en désert – l’eau et le sol sont contaminés, comme si on expulsait de la biosphère des morceaux de vie. Des centaines de milliers de villageois ont été délogés depuis que des puissances étrangères, étatiques et privées, acquièrent des terres aux quatre coins du monde : depuis 2006, 220 millions d’hectares, principalement en Afrique, ont été achetés.

Tous ces phénomènes, sans liens manifestes, répondent-ils, selon vous, à une logique unique ?

En apparence, ils sont déconnectés les uns des autres et chacun s’explique séparément. Le sort d’un chômeur radié n’a bien évidemment rien à voir avec celui d’un lac pollué en Russie ou aux Etats-Unis. Il n’empêche qu’à mes yeux, ils s’inscrivent dans une nouvelle dynamique systémique, complexe et radicale, qui exige une grille de lecture inédite. J’ai le sentiment que ces dernières années, nous avons franchi une ligne invisible, comme si nous étions passés de l’autre côté de « quelque chose ». Dans bien des domaines – économie, finance, inégalités, environnement, désastres humanitaires –, les courbes s’accentuent et les « expulsions » s’accélèrent. Leurs victimes disparaissent comme des bateaux coulent en haute mer, sans laisser de trace, du moins en surface. Ils ne comptent plus.

Quelle est la différence entre un « exclu » et un « expulsé » ?

L’exclu était une victime, un malchanceux plus ou moins marginal, une anomalie en quelque sorte, tandis que l’expulsé est la conséquence directe du fonctionnement actuel du capitalisme. Il peut être une personne ou une catégorie sociale, comme l’exclu, mais aussi un espace, un écosystème, une région tout entière. L’expulsé est le produit des transformations actuelles du capitalisme, entré, à mes yeux, dans des logiques d’extraction et de destruction, son corollaire.

C’est-à-dire ?

Auparavant, pendant les « trente glorieuses » en Occident, mais aussi dans le monde communiste et le tiers-monde, malgré leurs échecs, la croissance des classes ouvrières et moyennes constituait la base du système. Une logique distributive et inclusive prédominait. Le système, avec tous ses défauts, fonctionnait de cette façon. Ce n’est plus le cas. C’est pourquoi la petite bourgeoisie et même une partie non négligeable des classes moyennes perdent pied. Leurs enfants sont les principales victimes : ils ont respecté les règles du système et fait consciencieusement tout ce qu’il exigeait d’eux – des études, des stages, pas mal de sacrifices – afin de poursuivre l’ascension sociale de leurs parents. Ils n’ont pas échoué et pourtant le système les a expulsés : il n’y a pas assez de place pour eux.

Qui sont les « expulseurs » ?

Je ne parle pas de quelques individus ni même de multinationales obnubilées par leurs chiffres d’affaires et leur cotation en Bourse. Pour moi, il s’agit de « formations prédatrices » : un assemblage hétéroclite et géographiquement dispersé de dirigeants de grandes entreprises, de banquiers, de juristes, de comptables, de mathématiciens, de physiciens, d’élites globalisées secondées par des capacités systémiques surpuissantes – machines, réseaux technologiques… – qui agrègent et manipulent des savoirs et des données aussi composites que complexes, immensément complexes à vrai dire. Plus personne ne maîtrise l’ensemble du processus. La dérégulation de la finance, à partir des années 1980, a permis la mise sur pied de ces formations prédatrices et la clé, ce sont les produits dérivés, des fonctions de fonctions qui démultiplient les gains comme les pertes et permettent cette concentration extrême et inédite de richesses.

Quelles sont les conséquences du paradigme que vous décrivez ?

Amputées des expulsés – travailleurs, forêts, glaciers… –, les économies se contractent et la biosphère se dégrade, le réchauffement du climat et la fonte du permafrost s’accélèrent à une vitesse inattendue. La concentration de richesses encourage les processus d’expulsion de deux types : celle des moins bien lotis et celle des super-riches. Eux s’abstraient de la société où ils vivent physiquement. Ils évoluent dans un monde parallèle réservé à leur caste et n’assument plus leurs responsabilités civiques. En somme, l’algorithme du néolibéralisme ne fonctionne plus.

Le monde que vous nous décrivez est très sombre. Vous ne forcez pas un peu le trait ?

Je ne crois pas. Je mets en lumière des phénomènes sous-jacents, encore extrêmes pour certains. Et la logique que je dénonce coexiste avec des formes de gouvernance plus policées et plus sophistiquées. Mon objectif est de tirer la sonnette d’alarme. Nous sommes à un moment de basculement. L’érosion des « classes moyennes », acteur historique majeur des deux siècles précédents et vecteur de la démocratie, me préoccupe particulièrement. Sur le plan politique, c’est très dangereux, on le constate partout dès à présent.

Comment résister à ces formations prédatrices ?

C’est difficile : de par leur nature complexe, ces enchevêtrements d’individus, d’institutions, de réseaux et de machines sont difficilement identifiables et localisables. Cela dit, je trouve que le mouvement Occupy et ses dérivés « indignés », voire les printemps arabes ou les manifestations à Kiev, malgré des contextes sociopolitiques éminemment différents, sont des réponses intéressantes. Les expulsés se réapproprient l’espace public. En s’ancrant dans un « trou » – toujours une grande place, un lieu de passage – et en mettant sur pied une société locale temporaire hypermédiatisée, les expulsés, les invisibles de la mondialisation font territoire. Même s’ils n’ont ni revendications précises ni direction politique, ils retrouvent une présence dans les villes globales, ces métropoles où la mondialisation s’incarne et se déploie. A défaut de viser un lieu d’autorité identifié à leurs déboires – un palais royal, une assemblée nationale, le siège d’une multinationale, un centre de production… -, les expulsés occupent un espace indéterminé symboliquement fort dans la cité pour revendiquer leurs droits bafoués de citoyens.

Aboutissent-ils, selon vous, à quelque chose ?

Si vous les considérez comme des comètes, la messe est dite, en effet. Moi, j’ai tendance à les assimiler à un début de trajectoire, chaque « « occupation » constituant une petite pierre. S’agit-il d’un embryon de chemin ? Je ne sais pas. Mais le mouvement des nationalités au XIXe siècle et le féminisme ont, eux aussi, commencé par petites touches, jusqu’à ce que les cellules disparates finissent par faire leur jonction et former un tout. Ces mouvements finiront peut-être par inciter les Etats à lancer des initiatives globales dans les domaines de l’environnement, de l’accès à l’eau et à la nourriture.

Quel événement pourrait déclencher la « jonction » ?

Une nouvelle crise financière. Elle surviendra, j’en suis certaine. Je passe au crible la finance depuis trente ans : les marchés sont trop instables, il y a trop de données à analyser, trop d’instruments, trop d’argent, l’Occident ne règne plus seul sur les marchés. Je ne sais pas quand cette crise interviendra ni quelle sera son ampleur mais je sens que quelque chose mijote. En fait, nous sentons tous que le système est très fragile. (Entretien publié dans le quotidien Le Monde en date du 26 avril 2014)

A lire : Expulsions. Brutality and Complexity in the Global Economy de Saskia Sassen (Harvard University Press, 280 p.) A paraître le 5 mai 2014.

 http://www.pressegauche.org/spip.php?article17453

La révolte des SDF

Le nombre d’exclus augmente jour après jour, et les médias et nos politiques continuent à nous vendre les vertus du système dans lequel nous nous enfonçons inexorablement. Malgré la paupérisation d’une grande partie de la population, chacun accepte son sort, il n’y a pas de révolte significative. Talleyrand disait « les mécontents, ce sont les pauvres qui réfléchissent », faut croire que « l’abrutissement » programmé via la télévision et les bonnes paroles des « people » issus du star-system font que les pauvres ont arrêté de réfléchir !

Nombres d’attaques menées contre les salariés, les familles, les retraités ou les jeunes auraient été impossibles il y a 40 ans, la réaction de la population aurait été immédiate. Le « tous ensemble » n’était pas une utopie. Bien sûr il y a toujours eu des vendus, ceux qui collaborent, mais cela est encore une autre histoire. Pour parvenir à ses fins, le système capitaliste et ceux qui en tirent les ficelles, ont réussi à briser toutes les solidarités, encenser la réussite personnelle et le chacun pour soi. Aujourd’hui, il y a des gens qui travaillent et qui sont pauvres, qui dorment dans leur voiture et mangent aux restos du cœur ! Il y a des gens qui survivent avec des contrats précaires et des payes de misère. Des gens qui vont travailler la peur au ventre et qui acceptent des conditions de travail déplorables, pour ne pas perdre leur emploi. Il y a des étudiants, des retraités et des chômeurs qui, à la fin des marchés, ramassent ce qui reste dans les cartons abandonnés, avant que le service de la voirie ne les mette à la décharge. Et pourtant la France n’a jamais été aussi riche, elle figure même au troisiéme rang mondial des millionnaires, mais c’est aussi huit millions de pauvres, trois millions de précaires, trois millions de temps partiels, cinq millions de chômeurs, et des salaires de misère pour la majorité des salariés !

On est passé de quelques milliers de chômeurs à plusieurs centaines de milliers, et maintenant ce sont des millions de sans-emploi qui sont la norme. Peu à peu personne ne peut prétendre y échapper, c’est rentré dans le subconscient de chacun, savamment distillé par la propagande de nos élites. Lorsque l’on se suppose du côté des « winners », on prétend qu’il y a des fainéants, que « lorsque l’on veut, on peut », et on accepte toutes les régressions sociales pour espérer échapper au fléau, mais de plus en plus nombreux sont ceux qui se retrouvent sans emploi. Une fois exclu, on risque de se retrouver à la rue, et on devient SDF. Dans ce nouvel univers, on s’aperçoit très vite qu’ici aussi ce n’est pas la solidarité qui domine mais plutôt le chacun pour soi : le système a gagné. Les exclus sont occupés à survivre et non à faire la révolution ! Et pourtant, si tous les laissés-pour-compte, ceux qui n’ont plus rien à perdre décidaient de ne plus vouloir mourir de faim et de froid, que risqueraient-ils ? Rien !

Imaginez, des bandes organisées, solidaires, de plusieurs centaines ou plusieurs milliers de SDF partout en France envahir les grandes surfaces et manger sur place, le soir rentrer dans les hôtels, les halls des grandes entreprises pour y dormir et prendre leur douche. Qui pourrait les arrêter, les vigiles, la police, la gendarmerie… et après ? On ne peut pas les mettre en prison, elles sont pleines et de toutes façons, en attendant, ils seront nourris et au chaud, mais pendant ce temps là les autres à l’extérieur continueraient d’envahir hôtels et grandes surfaces, puis feraient le siège des médias pour dénoncer leur situation. Le nombre fait la force, mais c’est la solidarité et la prise de conscience qui en sont le ciment. Les exclus et tous ceux qui n’ont plus rien à perdre représentent une puissance dont ils n’ont pas idée, ils peuvent prendre les trains d’assaut pour se retrouver tous à Paris et marcher sur l’assemblé nationale ou l’Élysée… Organisés et solidaires, ils peuvent tout se permettre !

Maintenant, nous ne sommes pas obligés d’attendre d’en arriver là pour se bouger, car quand nous serons à la rue, nous ferons comme tout le monde, nous essayerons de survivre… c’est tout ! La pauvreté n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’une politique.

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Les chômeurs saignent l’État ou l’État saigne les chômeurs… ?

2 octobre par CAC Liège

Groupe de travail sur la sécurité sociale du comité liégeois d’audit citoyen de la dette publique en Belgique.

La presse papier est en crise. Les hebdomadaires se plient en quatre pour arriver à se vendre. Du coup, Marianne Belgique a fait fort avec sa ligne éditoriale « indépendante, intelligente et irrévérencieuse » : Les chômeurs saignent l’État, tel est le titre du dossier, signé Pierre Jassogne, de son numéro du 21 septembre. Mais ne nous inquiétons pas, ce jeune journal veut fournir une information nuancée à ses lecteurs et lectrices : malgré eux apparaît en sous-titre ! Et ceux qui ouvriront le journal – et vogue la galère pour l’écrasante majorité des personnes qui ne verront, et ne retiendront, que le titre racoleur de la couverture croisée furtivement dans leurs libraires – pourront y lire une analyse bienveillante tentant de démontrer que ce n’est pas le coût des allocations de chômage qui est directement visé ici mais le coût… de leur inactivité. Il nous est apparu important d’apporter, à notre tour, certaines « nuances ».

« Les chômeurs saignent l’État, malgré eux », ah oui ?

Le magazine nous prévient d’emblée : attention aux idées reçues et prétend poser une questiondérangeante et subversive. Celle du coût réel des chômeurs, non pas de leurs allocations de chômage (plus ou moins 7 milliards d’euros par an, pour un PIB de près de 370 milliards environ, soit moins de 2% !) mais bien, grosse différence qui mérite réflexion, de ce qu’entraîne leur situation de non-emploi (plus ou moins 13 milliards d’euros, soit près de deux fois plus, un peu moins de 3,5 % du PIB) : c’est-à-dire les pertes de rentrées supposées en cotisations de sécurité sociale et en impôts prélevés par le fisc sur leur salaire potentiel. On apprend alors quele coût annuel moyen d’un demandeur d’emploi serait de 33.443€ alors que ce que donne l’État a un demandeur d’emploi (frais d’accompagnement et administratifs compris dans ce « don ») s’élèverait à 11.176€ par an. Et d’en conclure que l’étude d’IDEA Consult |1| devrait pourtant mettre tout le monde d’accord : l’emploi doit être une priorité, quitte à le subsidier. CQFD.

Tout le monde d’accord ? Suivant cette lecture de la question, on pourrait d’abord être tenté de dire que ce coût, du chômage, devrait être assumé par les seuls employeurs puisqu’ils sont à l’origine du non-emploi. Dans notre régime économique, c’est eux qui sont censés le créer, l’emploi, et ils le revendiquent, ils disent même qu’ils créent des entreprises pour ça ! Or, le taux de chômage officiel en Belgique est de 8,7% de la population active, soit 610.893 demandeurs d’emploi (août 2013). Bon, en réalité, il y a en fait dans ce pays plus de 1.000.000 de personnes totalement ou partiellement sans emploi |2| (ce qui donnerait un taux proche des 15%). Personnes à qui on exige de courir après de l’emploi qui n’existe pas, de mille et une façons, plus ou moins humiliantes selon les cas. Il y a en Belgique de 60 à 70 000 offres d’emplois par mois en moyenne (dont des emplois à temps partiels, intérimaires, à durée limitée, ou même comme… indépendants), soit 1 offre pour 14 personnes en moyenne.

On devrait alors conclure que l’État doit mettre en place, pour des emplois utiles, sains, convenables et émancipateurs, une réduction collective du temps de travail (RTT) – avec embauches compensatoires et sans pertes de salaire – puisque la productivité du travail ne cesse d’augmenter, qu’une partie toujours plus grande de celui-ci est effectuée par des machines et que nous sommes nombreux-ses à pouvoir participer à « l’effort » collectif utile. Mais les employeurs ne seront pas d’accord, leur objectif est d’accumuler du profit privé, pas de répartir le travail utile entre tout le monde. Le dossier propose pourtant de renforcer les subsides à l’emploi privé (financés en partie par les propres caisses de la sécurité sociale !), sans exigence ni d’embauche ni de qualité de travail, alors que tant et tant de ces cadeaux sont déjà offerts aux employeurs, depuis plus de trente ans… Sans aucun effet en termes de réduction du chômage mais avec de multiples effets en termes de dégradation continue des conditions d’emploi…

Mais changeons de lecture. Finalement, la question de l’emploi est-elle une question (un problème) d’employeur ou de salaire, de reconnaissance de la valeur économique de ce que nous produisons ? Le chômeur, comme le retraité, ne coûtent pas, ils produisent de la richesse hors emploi, et leur allocation/retraite sont la reconnaissance collective de cette production. Travail domestique, soins aux personnes âgées, éducation des enfants, travail bénévole dans l’associatif ou partout ailleurs, potagers collectifs, friperies, ateliers de récup’ et de réparation en tout genre, animation de réseaux et de sites d’informations, créations et diffusions artistiques, ou tout autre travail souvent invisible – car non rémunéré dans le cadre d’un emploi – mais qui produit de la valeur d’usage. On ne pourrait qu’inviter ici l’auteur à aller relire, ou revoir, toute la connaissance existante sur la distinction entre emploi (capitaliste) et activité productive.

Pourtant, en Belgique comme ailleurs, on attaque les chômeurs (et la sécurité sociale en général) par différentes mesures d’austérité. Pour remplir les caisses d’une collectivité exsangue ? Pas vraiment… En PIB par habitant, la Belgique se classe 17e mondiale, et 10e au niveau européen. Le gouvernement Di Rupo a estimé le gain lié à sa mesure de dégressivité des allocations de chômage à 167 millions d’euros… À titre de simple comparaison, cela représente moins d’1 % des impôts sur les sociétés que celles-ci ne paient pas – légalement – chaque année (voir plus bas). Non, ce qui pose problème avec la sécurité sociale, pour les réformateurs libéraux et leurs alliés sociaux-démocrates actuels, pour Marianne aussi visiblement, ce n’est pas son coût pour la collectivité (inexistant) mais son coût pour les capitalistes : les 50 milliards d’euros de cotisations sociales, collectés directement sur la valeur ajoutée produite collectivement, qui échappent donc au profit et qui rémunèrent du travail produit « hors emploi », donc hors contrôle capitaliste. Partout, les périodes de crise sont l’occasion pour le capital d’attaquer cette institution anticapitaliste qu’est la sécurité sociale et de s’en approprier chaque fois plus le contenu.

L’État saigne les chômeurs, volontairement

Non, les chômeurs ne saignent pas l’État, ils produisent de la richesse hors emploi. Par contre, oui, l’État saigne les chômeurs, et consciemment, main dans la main avec le patronat – qui, rappelons-le, a besoin d’une armée de chômeurs mal rémunérés et « activés » pour pouvoir faire pression sur les salaires et les conditions de travail. La dégressivité des allocations de chômage est un moyen, cette mesure permet de rendre plus grande la différence entre le salaire et l’allocation de chômage (Daphné Valsamis, auteure de l’étude)… Voici donc l’intelligence que voulait nous faire partager Marianne Belgique. Il ne s’agit donc pas de RTT, d’augmenter collectivement les salaires (allocations de chômage comprises) en diminuant la part revenant au capital ou de conditionner les cadeaux fiscaux faits aux entreprises par de la création d’emplois utiles, non, il s’agit de diminuer une partie des allocations de chômage et de limiter dans le temps une autre partie (allocation dite d’insertion)… La première mesure est déjà entrée en application. La seconde portera, elle, ses effets au 1er janvier 2015 et touchera 35.000 personnes dans un premier temps |3|… En 2011, le taux de pauvreté officiel en Belgique était de 15,3 %, il était de 37,8 % chez les chômeurs. Avec cette mesure, ce taux va irrémédiablement exploser (particulièrement chez les « chômeuses »). Malgré cela, on préfère détruire des milliers de foyers et communautés et renforcer la pression du sacro-saint « marché de l’emploi » sur toute la population plutôt que d’aller voir du côté de ce qui saigne vraiment les caisses de l’État.

Ce simple graphique montre ce qui représente réellement un gouffre financier en Belgique : un cinquième du budget de l’État est dédié aux comptes en banques des créanciers de la dette publique. Le service de la dette constitue en fait la première dépense de l’État (45 milliards par an), dont 13 milliards d’euros – le même chiffre que le soit-disant coût du « non-emploi » des chômeurs – pour les seuls intérêts.

Parlant d’intérêts, demandons-nous si les taux d’intérêts sur la dette que la Belgique paie ne saignent pas également les caisses de l’État ? Pour rappel, l’architecture européenne impose aux pays de la zone euro de passer par les marchés financiers pour s’endetter, et non plus par leurs banques nationales. Les marchés financiers empruntent, eux, à la Banque centrale européenne à des taux d’intérêts bien moins élevés (0%-1%) et empochent ainsi la différence. Sur la période 1992-2011, l’État belge a remboursé, en intérêts de la dette uniquement, un montant équivalent à 313 milliards d’euros (s’il avait pu emprunter auprès de sa banque centrale à un taux de 1% il aurait alors économisé 250 milliards d’euros…) |4|.

Parlant de marchés financiers, les banques n’ont-elles pas saigné les caisses de la collectivité avec leur crise – qui a fait passer la dette publique belge de 285 milliards d’euros en 2007 à 395 milliards aujourd’hui) |5| – et le renflouement inconditionnel de leurs propres dettes par la même collectivité (33 milliards d’euros injectés dans Fortis, Dexia, KBC et l’assureur Ethias jusqu’à maintenant) ?

Si d’après ce dossier nos chômeurs sont les plus chers d’Europe (et comment retourner le discours en nous expliquant qu’il faut être gênés de cette conquête…), c’est aussi en Belgique – paradis fiscal faut-il le rappeler – que les patrons coûtent particulièrement… cher. Pour ne citer qu’un exemple de tous les cadeaux concédés à la partie la plus riche de la population, et ce depuis des décennies, le contournement de l’impôt sur les sociétés (qui est officiellement de 33,99%) représente une perte annuelle pour l’État de plus ou moins 20 milliards d’euros |6| (et on ne parle même pas ici de l’évasion fiscale illégale). Mais bon, il paraît que ces cadeaux fiscaux aux grosses entreprises ont pour but de créer de l’emploi. Combien ? On n’en sait trop rien puisque ce n’est pas une condition. Par contre, on sait que les 50 sociétés qui ont bénéficié des plus grosses déductions fiscales en 2009 ont diminué leurs emplois de 2.504 équivalents temps plein… (comme Arcelor Mittal qui, la même année, a payé 496 euros d’impôts pour un bénéfice de 1,39 milliards) |7|. Rappelons également que les exonérations de cotisations sociales, accordées aux entreprises sans retours non plus en termes d’emploi, saignent – elles – la sécurité sociale : entre 6 et 7 milliards par an… !

Enfin, lorsque l’on se pose cette question dérangeante et subversive d’ « où va l’argent ? », il n’est pas inutile de rappeler qu’en Belgique, les 20 % les plus riches de la population se partagent plus de 60 % du patrimoine national, alors que les 20 % les plus pauvres, eux, s’en partagent 0,20… |8| ? Les impôts sur les grosses fortunes qui n’ont pas arrêté de baisser dernièrement accentuent de fait ces inégalités. L’ensemble de la valeur ajoutée produite collectivement en Belgique (le PIB, avec tous les défauts que cet indicateur contient par ailleurs) est de plus ou moins 370 milliards d’euros par an. La richesse ne vient pas de nulle part. Toutes les richesses accumulées ont, un jour, été produites par les producteurs, or elles sont de plus en plus accaparées par les détenteurs de capitaux (et non par le « non-emploi » des chômeurs…).

Et si au lieu de saigner jusqu’à en crever…

Ce sont les employeurs et les actionnaires qui coûtent cher à la collectivité, pas l’inactivité imaginaire, très minoritaire en tout cas et fort bien entretenue (ne serait-ce que par les termes officiels d’« inactifs », d’« inoccupés ») du chômeur stéréotypé, davantage à plaindre qu’à jalouser, oisif dépressif, vautré dans son divan, devant sa télé, canette à la main.

Ce fantasme masque le vrai débat : La richesse collectivement produite est accaparée par un petit pourcentage de la population, propriétaire des moyens de production et détentrice des capitaux, nous faisant accepter de baisser la part des salaires (directs et indirects) dans celle-ci depuis des décennies. S’attaquer à la sécurité sociale, c’est en réalité rendre possible l’accaparement, par une toute petite minorité de profiteurs, de la richesse produite hors emploi capitaliste. Mais l’auteur préfère conclure son semblant d’analyse avec une proposition au service du capitalisme : En effet, il faut bien se rendre compte que, face à ces milliards qui pourraient rentrer chaque année dans les caisses de l’État, responsables politiques, partenaires sociaux, patrons devraient s’accorder une fois pour toute, et faire feu de tout emploi, fût-il subsidié… Propos qui seront appuyés par la notre sinistre (sic) de l’emploi « socialiste » Monica De Coninck : Car soyons honnêtes, face aux critiques que l’on peut entendre sur les emplois subsidiés, il faut rappeler que le système qui nous coûte le plus cher, ce sera toujours le chômage ! |9| C’est marrant, nous en penserait plutôt que c’est le système capitaliste qui coûte cher, très cher… En maladies de toutes sortes par exemple, en assuétudes, en burn-out, en suicides au travail, en dépressions, en courses quotidiennes ou amertumes cultivées au plus profond de soi-même qui se paient un jour cash… faut-il rappeler l’Histoire !

Soyons honnêtes, le fait de laisser l’Emploi (c’est-à-dire l’activité, le travail, l’œuvre collective reconnus) être géré par les intérêts privés des détenteurs de capitaux nous envoie droit dans le mur. Si on attend qu’ils nous « offrent » des emplois à tou-te-s |10|, avec des conditions de travail et un salaire convenables, qui ont du sens pour nous, qui ne soient pas nuisibles socialement, ne détruisent pas l’environnement dont nous dépendons, ne nous détruisent pas nous-mêmes au fil des années comme des outils qui s’usent, et bien on n’a pas fini de pleurer… Et n’oublions pas que ce genre de discours coûte également très cher en termes de fracture sociale, car il alimente l’idée selon laquelle ce mur qui se rapproche et les souffrances et injustices déjà bien présentes dans la société seraient le fait de boucs émissaires |11| et non d’un système économique mortifère. Du travail pour tout le monde il y en a, de la tâche à accomplir il y en a, ne serait-ce que pour se donner une chance de vivre une transition écologique viable, nous sortir de la m… où ils nous ont mis en définitive. Mais l’emploi meurt, et nous avec. Le capitalisme se porte mieux que jamais et la richesse produite n’est toujours pas utilisée pour mettre en œuvre les investissements dont la société a urgemment besoin.

Et si au lieu de saigner (à en crever |12|), on arrêtait l’hémorragie en répudiant la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ? 4 moyens d’analyse La destination des fonds : l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe. Les circonstances du contrat : rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord. Les termes du contrat : termes abusifs, taux usuraires… La conduite des créanciers : connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt. et en reprenant le contrôle de la sécurité sociale ? Celle-ci, avant le Pacte social de 1944, était gérée par les travailleurs eux-mêmes. Depuis, ils ont laissé l’État en prendre le contrôle en très grosse partie. Au regard de ce qui précède, le Pacte social n’est plus respecté, et ce depuis longtemps. Il est donc temps de reprendre le contrôle de ces caisses, de nos caisses, de supprimer ou contrôler totalement des institutions aujourd’hui illégitimes telles que l’ONEM et d’allouer les allocations via un processus démocratique appartenant aux seuls producteurs de richesse que sont les travailleurs dans et hors l’emploi. De manière plus générale, notre audit citoyen sur la sécurité sociale propose non seulement d’analyser la dette illégitime qu’on nous fait payer chaque jour à coup de milliards, mais aussi de reprendre le contrôle de l’orientation économique de toute la richesse produite collectivement. C’est ce à quoi nous conduit une analyse « dérangeante et subversive » du chômage, et de la sécurité sociale dans son ensemble : (re)prendre le contrôle de la production |13|.

BONUS : Extrait du « café serré » de Thomas Gunzig du mardi 24 septembre sur la Première
[…]Et là, Rudy Demotte qui se lance dans la campagne nous annonçant un truc génial : en 2025, 2025, un gros 10 ans, en Wallonie, eh bien, ce sera le plein emploi. Oui, je sais, la presse en a peu parlé. C’est bizarre parce que c’est pourtant une super nouvelle. Dans 10 ans, plus de chômage en Wallonie. 

Alors évidemment, les éternels mauvais coucheurs ont ricané. Et c’est vrai qu’à première vue, c’est ambitieux. 200 000 chômeurs en Wallonie. 13% de la population active. Si on veut le plein emploi, sur 10 ans, il faut donc 20 000 chômeurs trouvant un travail chaque année. Ça veut dire 1666 chaque mois. Ça veut dire 55 par jour pendant 10 ans. Donc, c’est vrai que ça a l’air beaucoup comme ça.

Mais en réfléchissant, on se rend compte que ce n’est pas impossible. Quoi ? Vous voulez quelques pistes ? Eh bien, par exemple, sachant qu’en moyenne dans un Carrefour Market, il y a 10 employés, il suffirait d’ouvrir en Wallonie, 5 Carrefour Market par jour. Tous les jours. Pendant 10 ans. Vous voyez ? Par exemple, le lundi, on en ouvre un à Fosse-la-Ville, un à Walcourt, un à Houyet, un à Walhain et un à Gouvy. Et puis le mardi, on en ouvre un à Paliseul, un à Libramont, un à Sombreffe, un à Brugelette et un à Dour. Voilà. Et puis le mercredi, même chose, jusqu’au dimanche. Et le lundi, eh bien on recommence. Tout ça pendant 10 ans tous les jours. Bon, je suis désolé, c’est vrai que c’est du boulot mais ce n’est pas impossible. Il a fallu 20 ans à des Égyptiens en sandales pour faire une Grande Pyramide, on peut bien ouvrir 5 Carrefour Market par jour en Wallonie.

Cela dit, Rudy Demotte n’a jamais dit qu’on allait créer de l’emploi de manière progressive. Peut-être que, dans les 10 ans à venir, ça va rester un peu comme maintenant, un peu sinistre, des petites Rosetta partout. Trainings, caravanes, marché noir. Il pleut, les TEC sont en grève. Et puis, paf, 31 décembre 2024, il se passe un truc, je sais pas quoi et on engage les 200 000 chômeurs d’un coup. Peut-être qu’on a ouvert un super grand Carrefour Market ou alors une énorme intercommunale avec un énorme conseil d’administration. Ou alors on les mange tous pour la Noël, du râble de chômeur. Bon, sans doute qu’à force d’avoir été chassés, la viande sera un peu dure. Mais enfin si c’est pour le plein emploi wallon, il ne faudra pas trop faire la fine bouche.
À demain.

 

NOTES

|1| Étude commandée (ben oui !) par une fédération patronale de travail à domicile : l’EFSI, la Fédération européenne des entreprises de services à la personne, dont le rôle est de représenter et de promouvoir le développement de ce secteur en Europe.
|2| Voir « A tomber mort » de Riposte-CTE
|3| Voir des témoignages portant sur cette mesure ici.
|4| BONFOND Olivier, et si on arrêtait de payer ? 10 questions/réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité, Aden, 2012, p.45
|5| Pour plus d’information, lire « Leur crise, 5 ans après… » du CADTM, septembre 2013.
|6| Pour plus d’information, voir le site Internet du collectif « Dites 33 ! »
|7| VAN HEES Marco, Les riches aussi ont le droit de payer des impôts, Aden, 2013.
|8| Voir Banque nationale de Belgique : «  Structure et répartition du patrimoine des ménages », septembre 2013.
|9| Cette idéologie libérale est particulièrement installée en Allemagne, où l’emploi est fortement subsidié et que l’on nous présente souvent comme modèle avec son taux de chômage proche des 5 %. Chez nos voisins, il n’y a pas de salaire minimum. Du coup, 20 % des salariés (soit 5 millions de travailleurs) gagnent un maximum de 400? par mois… Et les milliers de « bénéficiaires » contraints du système Hartz 4 (travail rémunéré à 1 euro de l’heure) sont retirés des statistiques… Qui dit mieux ?
|10| Rappelons qu’il est illégal pour un chômeur de travailler sans autorisation préalable (autorisation possiblement limitative) de l’ONEM. Vous ne pouvez a priori pas vous livrer à une activité utile aux autres et émancipatrice pour vous mêmes.
|11| À ce sujet, voir la campagne contre la stigmatisation des chômeurs du PAC et des Équipes Populaires « Tous des glandeurs » lancée le 24 septembre 2013.
|12| En Grèce, depuis le début des mesures d’austérité, le taux de chômage est passé à presque 30 % (60 % chez les jeunes) et un tiers de la population n’a plus accès à la sécurité sociale…
|13| Cette vidéo « Pour un statut politique du producteur » du réseau salariat, avec ses défauts et ses qualités, essaie de mettre des images sur cette proposition.

 

cadtm.org

Nous vaincrons le travail, vive le chômage !

Caleb IRRI

Qu’on le veuille ou non, notre monde est condamné au chômage. Nombreux sont ceux qui – à droite comme à gauche – s’en effraient, mais cela devrait pourtant tous nous réjouir : car cela signifie que le progrès technique n’est pas mort, ce qui permet à l’homme d’espérer atteindre encore ce qui devrait être l’un de ses objectifs prioritaires, à savoir de se séparer, à terme, de la nécessité du travail dans nos sociétés.

Seulement le monde ne fonctionne plus, ne raisonne plus en terme de société, ni d’humain, ni même de progrès ou de besoin : nous en sommes arrivés à considérer le chômage comme une calamité, car le critère de référence universel est la rentabilité ; jusqu’aux décroissants qui raisonnent en termes économiques puisqu’ils veulent faire « mieux » avec « moins » (voir décroissance théorie économique bien trop sage).

Le paradoxe de cette situation réside dans le fait que le progrès technique favorise le chômage de masse et que le capitalisme favorise lui-même ce progrès (enfin jusqu’à il y a peu) ; mais aujourd’hui c’est que l’austérité engagée pour sauver le capitalisme conduit elle-aussi au chômage de masse, cette fois pour cause de « non-rentabilité ». Car si le capitalisme a besoin du travail de l’homme pour ses profits, il a également besoin du progrès technique, car les machines seront toujours, à terme en tous cas, plus rentables que l’être humain (24/24, 7 jours sur 7). Mais ce progrès technique, qui au départ était censé libérer les hommes de la contrainte du travail, est aujourd’hui un facteur de rentabilité privé qui s’oppose à l’économie « publique », en ce sens que les gains de productivité apportés par la technologie entraînent pour l’État un surplus de budget (les aides sociales : en 2009, plus de 30% du PIB, soit plus de 600 milliards) pour éponger les licenciements dus aux moindres besoins de main d’œuvre pour effectuer une même tâche (la « fameuse » privatisation des profits, socialisation des pertes). Mais comme aujourd’hui les investissements de production baissent -et qu’ils ne sont même pas compensés par l’obsolescence programmée (comment dans ces conditions la faire disparaître puisqu’elle contribue à « sauvegarder » l’emploi ?), nous arrivons à une situation « logique » d’un point de vue civilisationnel (il y a nécessairement besoin de moins en moins de travail), mais aberrant d’un point de vue économique (que l’on fasse de l’investissement ou de l’austérité, le chômage est en constante augmentation).

Sauf que nous les citoyens, nous sommes toujours contraints de subir ce qui devrait être une libération (le chômage, que le système capitaliste a transformé en fléau) car en dehors des prestations sociales seul l’argent que nous procure le travail nous permet de vivre – nous obligeant ainsi à trouver coûte que coûte cette denrée de plus en plus rare qu’est l’emploi : le résultat évident (enfin d’un point de vue capitaliste) est que le prix du travail (les salaires) est destiné à baisser au fur et à mesure que nous serons plus nombreux à vouloir en obtenir un. Et parallèlement les États se voient eux dans l’obligation – tout du moins s’ils se veulent démocratiques et ainsi éviter les contestations massives (des gens qui ne travaillent pas et n’ont aucun moyen de subsistance deviennent dangereux pour l’ordre public – en plus d’avoir du temps pour réfléchir à leur condition), de pourvoir au minimum vital. Et cela leur coûte cher, de plus en plus cher. A tel point qu’ils cherchent par tous les moyens de se soustraire à cette trop lourde dépense.

C’est ainsi que les pays dits « développés » en arrivent à des absurdités à la fois économiques et politiques comme celles que nous constatons aujourd’hui : ne pouvant décemment pas se résoudre à un changement de paradigme pourtant nécessaire et plutôt que d’engager des politiques de relance (déjà que nous gardons dans l’emploi de nombreux postes rendus inutiles dans de nombreuses administrations ou services publics pour ne pas augmenter le nombre de chômeurs), nos gouvernants préfèrent se soumettre à une politique d’austérité destinée à faire baisser le « coût du travail » (les salaires) ; évitant ainsi d’avoir à faire évoluer la technique qui accentuerait le chômage de masse. Déjà qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde ! En définitive l’homme n’est un « outil » plus rentable que la machine que lorsqu’il travaille pour rien : l’esclavage est le seul idéal qui permet le plein emploi. A part peut-être la guerre ou une catastrophe naturelle de grande ampleur, une épidémie meurtrière ou que sais-je encore, la situation ne s’améliorera pas ; mais qui peut souhaiter ce genre « d’améliorations » ?

Donc on arrête d’investir, et ce même si de nombreux emplois ne sont pas pourvus (les métiers les plus pénibles ou considérés comme tels, ou tout simplement déconsidérés). Que peut-on faire pour tous ces gens ? On les indemnise un moment, et puis après ? Soit ils acceptent « n’importe quoi » (et on obtient ainsi de mauvais employés), soit ils vont au secours populaire, soit ils partent grossir les rangs des « émigrés », soit ils luttent contre le système qui ne les satisfait plus. Mais quoi qu’il en soit la situation n’est pas tenable à long terme, car même si tous acceptaient les travaux pénibles il en resterait un paquet sur le carreau.

Du coup on veut se séparer de cette charge, sans pour autant laisser les miséreux sans lien, sans dépendance avec l’État. C’est bien pour cela qu’on préfère leur faire creuser des trous qu’ils reboucheront plutôt que de les laisser sans activité ; et même si pour cela on doit recourir à la contrainte comme au travail gratuit ou même aux camps de travail (comme c’est parait-il prévu en Grèce – je n’ai pas trouvé autre chose, du moins en Français). Car ce à quoi nous ne pensons pas assez, c’est que lorsqu’un individu sort du cadre de l’assistance ou solidarité comme on voudra, il devient un anonyme sur lequel le pouvoir étatique n’a plus d’emprise. En quelque sorte il rentre dans la clandestinité et sort de la dépendance vis à vis de l’État ; et cela devient un danger potentiel pour le maintien de l’ordre public – en même temps qu’une preuve de l’incapacité de l’État à faire correspondre son modèle politique à la réalité sociale, comme on le voit ces derniers temps en Espagne ou en Grèce avec l’augmentation du travail au noir et la généralisation du « système D ».

On est même arrivés à un tel point de saturation – il faut se rendre compte de cet incroyable non-sens – que l’on préfère enterrer des innovations (même rentables d’un point de vue économique ou social caisses automatiques, informatisation) que d’avoir à supprimer encore des postes. Ne sachant plus que faire pour stopper les déficits on va jusqu’à couper les crédits de recherche et de développement, sans se rendre compte que nous sommes tous entrainés dans une spirale infernale qui nous conduira de toutes les manières au même résultat : il faudra bien un jour régler le problème du travail et de sa nécessaire obsolescence et admettre une bonne fois pour toutes que le temps du travail est révolu. Et que si nous voulons éviter les dérives autoritaires inhérentes au capitalisme nous devrons changer de paradigme.

Car si au lieu de nous inquiéter pour les retraites ou le chômage nous nous inquiétions pour notre bien-être ou notre santé, nous comprendrions très vite qu’il nous faut tout d’abord faire des enfants (et oui plutôt que de devoirtravailler plus et plus longtemps pour mourir plus jeune sans avoir d’autre emploi que ce que le gouvernement nous autorise ou nous impose, nous n’avons qu’à faire des enfants !), car eux-seuls seront les garants de nos vieux jours, en plus de la promesse qu’ils représentent pour le futur.

Si nous cessions de viser la rentabilité nous comprendrions que le futur de l’homme est de se séparer de la contrainte du travail plutôt que de la désirer, avec des durées hebdomadaires allant sans cesse se réduisant, pour avoir plus de loisirs : « notre société sera une société de loisirs ou ne sera pas », disait un professeur d’économie que j’ai connu. Il avait raison : nous sommes condamnés à travailler de moins en moins. Pourquoi ne pas en faire un objectif avouable et positif , et se réjouir que même le cynisme et le calcul des capitalistes ne suffit pas à empêcher cette inéluctabilité ? Pour mettre en conformité les aspirations humaines avec la réalité sociale d’une société avancée et positive, nous devons changer les règles du jeu (voir) ; de toutes les manières les riches s’ennuient, tandis que les pauvres aimeraient bien s’ennuyer un peu plus, alors… Et même si nous devons tous « travailler » (on remplacera alors ce terme par un autre) pour notre propre bien -et celui des autres- nous devrions partager ce travail entre tous et dans des conditions équivalentes pour satisfaire chacun.

Et qu’on puisse un jour enfin crier tous ensemble « nous vaincrons le travail, vive le chômage » !
http://calebirri.unblog.fr

Dix graphiques incroyables qui démontrent la lente agonie du travailleur américain

Article publié le 16 mai 2013 sur The economic collapse blog

Auteur : Michael Snyder

Traduction : SuperNo

Illustration originale de l’article

Le travailleur américain de la classe moyenne est menacé de devenir une espèce en voie de disparation. Les politiciens ne vous disent pas la vérité (NdT : ah bon ? Chez eux non plus ?), les médias « mainstream » encore moins, mais la réalité est qu’il n’y a rien que des mauvaises nouvelles pour les travailleurs aux Etats-Unis. Autrefois, quand les grosses entreprises qui dominent notre société se comportaient bien, cela signifiait aussi des bonnes choses pour les travailleurs américains, puisque ces entreprises avaient besoin de toujours plus de main d’œuvre. Mais dans le système émergent d’économie mondialisée avec lequel notre économie est en train de fusionner, ces entreprises ont désormais d’autres possibilités. Par exemple les grosses entreprises peuvent désormais choisir de limiter le nombre de « coûteux » travailleurs américains qu’ils emploient en expédiant des millions d’emplois à l’autre bout du monde. Et de leur point de vue, c’est parfaitement logique. Ils peuvent faire des bénéfices bien supérieurs en embauchant des gens de l’autre côté de la planète pour moins d’un dollar par jour. S’il peuvent bien produire avec ces gens, alors pourquoi embaucheraient-il des Américains pour dix ou vingt fois plus cher, en devant de surcroît leur payer une assurance santé et d’autres avantages ?

Un autre facteur décisif dans la lente agonie du travailleur américain est la technologie. Nous vivons une époque où la technologie progresse à une vitesse presque inimaginable tout en devenant de moins en moins chère. Cela signifie qu’il va être de plus en plus facile pour les entreprises de remplacer les travailleurs par des robots et des ordinateurs. Comme je l’ai écrit précédemment, il est prévu que la technologie fasse perdre à notre économie des millions d’emplois dans les prochaines années. Certes, on aura encore besoin de certains d’entre nous pour aider à construire les robots et les ordinateurs, mais pas nous tous. Et bien entendu, la faiblesse générale de l’économie ne facilite pas non plus les choses. Le peuple américain a hérité de la plus grande machine économique de l’histoire du monde, et non l’avons cassée. Des décennies de décisions insensées ont abouti à cette période de déclin économique continu que nous vivons actuellement.

L’Amérique n’est plus la puissance économique qu’elle fut. En 2001, l’économie américaine représentait 31,8% du PIB mondial. En 2011, l’économie américaine ne représentait plus que 21,6% du PIB mondial. Quelle que soit la manière dont on le considère, c’est un effondrement.

Aujourd’hui, les travailleurs américains vivent dans une économie en déclin rapide, et leurs emplois sont régulièrement volés par des robots, des ordinateurs et des travailleurs étrangers qui vivent dans des pays où il est légal de payer des salaires d’esclaves. Les politiciens des deux partis refusent de faire quoi que ce soit pour enrayer l’hémorragie, car ils pensent que le statu quo marche très bien.

Alors n’espérez pas que les choses s’arrangent à court terme.

Voici 10 graphiques incroyables qui démontrent la lente agonie du travailleur américain.

#1 : les salaires en fonction du PIB

Comme vous pouvez le voir les salaires rapportés au PIB sont au plus bas de tous les temps. Cela signifie que la part du gâteau économique que les travailleurs américains ramènent chez eux n’a jamais été aussi petite.

#2 Nombre annuel moyen d’heures travaillées par employé aux Etats-Unis

Nous sommes une économie qui remplace rapidement ses employés bien payés et à plein temps par des emplois mal payés et à temps partiel. La baisse du nombre d’heures travaillées dont nous avons témoigné représente l’équivalent de la perte de millions d’emplois. Il y a eu une explosion des « travailleurs pauvres » aux Etats-Unis, et cette tendance ne va probablement que s’amplifier dans les années à venir.
#3 Emploi manufacturé

Comme vous pouvez le voir, il y a moins de travailleurs américains qui travaillent en usine aujourd’hui qu’en 1950 alors que la population du pays a plus que doublé depuis lors. Les Etats-Unis ont perdu plus de 56 000 usines depuis 2001, et pourtant nos politiciens restent plantés là sans rien faire à ce sujet.

#4 Rapport emploi/population

C’est un de mes graphiques préparés. Il montre qu’il n’y a absolument pas eu du tout d’amélioration de l’emploi depuis la dernière récession. Le pourcentage d’Américains en âge de travailler qui ont un emploi est resté sous les 59% depuis 44 mois d’affilée. De combien les choses vont-elles empirer quand la prochaine crise économique frappera ?
#5 Taux de participation à la force de travail

C’est ainsi que l’administration Obama comprend que le « taux de chômage » descend par magie. Ils prétendent que des millions et des millions d’Américains ne veulent simplement plus du tout travailler. Comme vous le noterez, le déclin de la participation à la force de travail s’est accéléré depuis l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche.

#6 Durée du chômage

Le temps moyen qu’un travailleur au chômage met à retrouver un nouvel emploi a légèrement diminué, mais il reste bien au-dessus de ces niveaux historiques normaux. C’est à hurler de honte qu’il faille au chômeur moyen deux tiers d’une année pour trouver un nouvel emploi, mais c’est la réalité économique dans laquelle nous vivons.
#7 Taux de défauts sur les prêts immobiliers

Puisqu’il n’y a pas assez de travail pour nous tous, et puisque nos salaires n’augmentent pas aussi vite que l’inflation, un paquet d’entre nous ne peuvent plus rembourser leurs crédits hypothécaires. Comme vous pouvez le voir, le taux de défaut a juste baissé légèrement, et il est toujours loin, loin au-dessus de ses niveaux normaux.

#8 Ventes de maisons neuves

Les travailleurs américains n’ont pas non plus assez d’argent pour aller acheter de nouvelles maisons. Certes les ventes de maisons neuves ont légèrement rebondi cette année, mais on est à mille lieues des niveaux habituels.

#9 Crédit à la consommation.

Des millions de familles américaines continuent à recourir à l’endettement dans une tentative désespérée de joindre les deux bouts. Après une courte interruption durant la dernière récession, le crédit à la consommation recommence une fois de plus à progresser à un rythme effrayant.

#10 L’auto-entreprise au plus bas

Puisqu’il n’y a pas assez d’emplois pour tout le monde, pourquoi n’y a-t-il pas plus d’Américains qui essaient de démarrer leur propre entreprise ? Eh bien, le vrai problème est que le gouvernement a rendu extrêmement difficile de démarrer sa propre entreprise aujourd’hui. Les taxes, les règlements, et la bureaucratie empoisonnent la vie de millions de petites entreprises aux Etats-Unis. En conséquence, le pourcentage d’Américains auto-entrepreneurs est à son plus bas.
Puisque toutes ces tendances de long terme se poursuivent, la classe moyenne va continuer à se réduire, la pauvreté en Amérique va continuer à exploser et la dépendance au gouvernement va continuer à grandir.

Les chiffres ne mentent pas. Aujourd’hui, le nombre d’Américains indemnisés par la sécurité sociale pour invalidité dépasse désormais la population totale de la Grèce, et le nombre d’Américains qui dépendant des bons d’alimentation dépasse désormais la population totale de l’Espagne.

Nous sommes au milieu d’un horrible effondrement économique, et la prochaine vague majeure de cet effondrement approche rapidement.

Etes-vous prêts ?

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