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Les pompes à souffler les crânes

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Après une cure de 2000 ans, il a maigri: il ne lui reste plus que le cerveau. Albert 29316b.Made in China. 

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Il faudrait se révolter contre la minceur des téléphones actuels qui se glissent dans les cerveau. Une culture de l’instantanéité de la matière grise. Une réduction de la personne humaine à un mince agglomérat gris.

Nous avons créé une nouvelle race de seigneurs qui contrôlent des faux révoltés?  Des participatifs à bouts de doigts?

En quoi donc et comment donc faut-il se révolter? À biffer des « J’aime » sur Facebook? Dans l’ensemble le constructivisme nous fait oublier notre richesse d’âme, celle oubliée au fond de soi. On n’aime plus et on ne sait aimer l’autre: on forme un comité d’étude afin de faire des simagrées  d’amour. Cet amour qui implique une compréhension profonde d’échapper à l’illusion que nous sommes en surface « différents ». Oui, nous le sommes. Mais pas tant que ça… Creusez et vous verrez que nous sommes tous pareils et parfois bien plus machine qu’humain. On est comme des arbres qui ont oublié que nous vivons également de nos racines.

L’instantanéité est un tueur silencieux. Un folichon barricadé dans son monde emmêlé aux circuits des ordinateurs, du numérique  est passé à la télévision pour expliquer comment améliorer les cerveaux. Comme dirait Sieur de Monpétin, ce n’était pas clair. Puisque le sien était aussi brouillé qu’un Windows Vista. C’Est là le signe de la sauvage compétition qui se livre pour une partie de l’être humain: la cervelle.  On veut améliorer la cervelle… Ah! Et pour quelle « raison »? Pour améliorer l’outil numérique qui a déjà étouffé l’âme humaine. Serviteurs de la machine, pompeux et fier de travailler pour des circuits électroniques.

Le monde actuel est fait de ceux qui les crée et qui se font payer pour les soi-disant régler. En se faisant payer au prix de l’évaluation mondialiste des sa grise matière grisée. Une peluche de savoir…

La connaissance – et non pas la somme de savoirs utiles à grimper comme un pompier ayant le feu au cul l’échelle sociale, mais la réelle connaissance qui nous mène à la compréhension de l’humain, de nos rapports, a un besoin impérieux de l’histoire. Ne serais-ce que celle intérieure à chacun. L’éducation actuelle semble plutôt produire des mollusques flasques de blablablés heureux comme les Morlocks de H.G. Wells, marchant vers la grande porte sur le coup d’une sirène qui les appelle pour être bouffés.

Et nous vivons dans un monde de plus en plus chaotique avec un futur bien troublant. Si la réussite est la recherche d’un certain équilibre, nous avons raté le bus. Nous sommes crétinisés à longueur de jour par les pubs d’auto, cette merveille – une Ford-T  botoxée – avec son armada de vendeurs qui entrent dans nos maisons par la poste, le téléphone, la télévision. Liberté, disent-ils! Sept ans à 450$ par mois.

Aujourd’hui, tout va vers l’identification à une chose: un métier, un titre, une réussite sociale. À mesure que grandissent les étoffes tissées de l’électrolisme (Sic) plus le téléphone est mince, plus nous devenons des choses au lieu des êtres en évolution à cultiver une manière d’améliorer nos rapports humains. Et moins nous sommes aptes à en prendre conscience. Plus l’appareil est petit, plus l’être devient le nain devant la splendeur de la machine.

Gaëtan Pelletier

 

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Tout bascule

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« La recherche d’informations et le traitement de celle-ci ne sont pas humains, en ce sens que nous ne pouvons pas comprendre la mesure de que nous avons créé, et c’est peut-être pour cette raison que nous sommes en train d’en perdre le contrôle », plaide l’auteur.

ALEXANDRE MOTULSKY

Candidat au doctorat sur mesure en rhétorique, langage et argumentation, Université Laval, Québec

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Tout bascule, depuis quelques semaines (économie, planète, guerre, mort). La révolution numérique est rendue omniprésente, continuant sa course folle, et nous garde forcément prisonniers. Prisonniers du temps. Alors que je devrais être libéré grâce à cette technologie, je n’en suis que plus asservi. Et je ne comprends toujours pas que nous soyons encore en train de travailler alors que tous les outils de transmission de connaissance ont connu une évolution exponentielle, pour ne pas dire intersidérale, depuis les 15 dernières années.

Ce qui prenait des jours et des jours, avant, ne prend plus aujourd’hui que des fractions de fraction de seconde. Je ne sais pas si vous vous rendez vraiment compte de ce qui est en train de se passer, mais ça n’a juste pas de bon sens. C’est hallucinant, la recherche d’informations et le traitement de celle-ci ne sont pas humains, en ce sens que nous ne pouvons pas comprendre la mesure de que nous avons créé, et c’est peut-être pour cette raison que nous sommes en train d’en perdre le contrôle. Tout le monde parle à tout monde tout le temps. Ce vacarme assourdissant est tellement humain.

Quand j’étais jeune, pour envoyer de l’information à Montréal ou Paris, il fallait une éternité, comparativement à aujourd’hui. Je comprends que les légumes ne poussent pas plus vite maintenant qu’auparavant (quoique…), mais ce n’est pas une raison pour ne pas utiliser le temps qu’il fallait prendre pour livrer et rechercher les connaissances pour faire autre chose que de travailler.

Ça fait bien longtemps que l’ensemble des citoyens occidentaux n’a plus besoin de travailler pour subvenir à leurs besoins. Mais nous continuons notre soif de connaissance, parce que c’est dans notre nature profonde. Nous aimons rechercher, nous aimons comprendre, jouer, nous divertir, nous mouvoir. Le mouvement. Nous ne pouvons rester immobiles. Et pourtant, nous inventons des outils pour pouvoir rester immobiles. Des transports plus rapides, des autoroutes informatiques plus performantes. C’est fou. Notre désir de mouvement inextinguible n’est plus qu’une illusion. Notre immobilisme est roi.

Et pourtant, contradiction suprême, il va falloir que nous nous arrêtions un jour. C’est ridicule. Parce qu’il y a trop de complexité liée à cette nouvelle orgie d’information.

L’ordinateur est notre nouveau dieu : il est là, devant nous, tous les jours. Il a réponse à tout et tout est possible.

Je regarde régulièrement les offres d’emploi dans différents domaines, et je constate que les compétences que les employeurs recherchent n’existent pas. Ils sont comme l’homme que cherche Diogène, il n’existe pas, il n’est que chimère. Personne ne peut comprendre. Le monde est rendu fou (en a-t-il jamais été autrement ? me direz-vous), mais la différence avec le passé, c’est qu’à présent, la folie n’est plus seulement dans notre esprit, elle s’est enfuie dans les méandres du nuage.

Je n’ai pas de solution. J’aimerais que la folie revienne dans le monde physique, qu’on laisse l’univers virtuel sombrer seul dans la psychose, afin qu’il ne contrôle pas nos vies et que nous arrêtions d’avoir la prétention de penser pouvoir le contrôler. Au lieu d’y voir le moyen de nourrir notre besoin de transmission d’information, calmons-nous, prenons une grande respiration et fermons tous les objets numériques, regardons le ciel et acceptons que nous avons dépassé la limite de ce qu’il est raisonnable de demander à un cerveau humain.

L’odeur du sportif de la paperasse

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Nous vivons dans un monde dans lequel nous rencontrons souvent « personne »: nous rencontrons des feuilles de papiers, des règlements, ou bien des robots… On traite les différents humains à travers des murs de paperasse. Le sport le plus en vogue passe par  « le concept ». Il faut créer dans sa « tête »… Pas question de faire du terrain. Les « concepteurs » travaillent à établir un nouveau pont, à élaborer des stratégies sur la manière d’aborder un estropié du travail, au lieu d’aller le rencontrer.

Le paperassier est un assis sur son QI, boit de l’eau Nestlé, et ne s’approche de personne, sauf de lui de temps en temps. C’est un barbare rose qui a appris l’art de « s’éloigner de proche  » (sic). Il garde ses distances comme les banques gardent leur argent. Il garde ses biens avec des chiens cravatés.

La Terre est un grand restaurant à saveur du « MOI ». Plus le paperassier « travaille » à gérer le monde de par ses neurones « stéroïdés » aux concepts qui gonflent et qui gonflent, plus il raffermit sa conviction au point d’en être le porte-bât  aux yeux bandés. Il se se voit que de l’intérieur dans son petit miroir trafiqué , caviardant les autres. Il est le texte et les autres les maux…

Pendant ce temps, sur le terrain de la vie, notre esclave suinte pour ces nouveaux dieux échevelés du progrès. Le progrès à détérioration continue. Comme une lente aseptisation de tout ce qui vit au profit de tout ce qui s’encoffre. Au profit de ce qui ne dure pas… Et, pour cette raison, il créera les formules creuses  qui se perpétueront à travers la lignée suivante.

Le paperassier est une sorte de papier humide qui absorbe les concepts et les lois des diktats de l’État. C’est une gaufre perdue dans une boîte de gaufres congelées. À travers ces cristaux de glace, de la culture de la distance, il finit par agrandir la prison de l’esclave au point de le rendre aveugle: il sait reculer tous les murs et accusera l’œil du citoyen d’être affaibli.  Ou de n’être pas suffisamment intelligent pour absorber le génial cryptage du moi-vapeur. Notre abuseur public, employé d’État ou de INC  invisibilus  s’adonne au sport le plus répandu et tout aussi nocif que les produits de Monsanto: le conformisme, cette religion laïque issue de la robotisation humaine.

Pour ce charlatant Aqua-Velva, au menton lustré, l’esclave est responsable de la désintégration du monde, des sociétés, de la disparition du  tigre de Sibérie, des grillons du Québec,  bref, de tout. Il vous enverra tailler les feuilles d’un arbre pour sauver l’arbre. Car, pas question d’abattre la racine dont il fait partie. Si l’arbre meurt, vous serez l’incompétent. Et avec le bassin  de chômeurs apeurés, il trouvera  bien un autre esclave  vidé, prêt à courir le cent maîtres…

Ses émotions restent à la maison. C’est un tendre aux valeurs « familiales »… C’est un animalcule, une larve de société.  Il a l’ambition de LUI, et il sort de sa bouche une sorte de putrescence centenaire, toute malodorante de stagnation. C’est son progrès, pas le nôtre. Un étang ne coule pas…

Il ne coule que de l’encre et l’encre devrait gérer le monde.

 

Gaëtan Pelletier

La glorieuse recette des imbibés

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 » Le cerveau est une structure complexe et malléable au point d’être avalé par tout autre éponge habile.

Gloup! 

 Chez l’universitaire, elle donne du nuage aux intellectuels, chez le charpentier, elle donne une réalisation palpable. De sorte qu’en tissant des  nuages ressemblant à des peaux de moutons volantes, on s’en fait des tapis pour « voyager » d’un rang social à un autre…

On   ne peut donc  vraiment se vêtir que du travail de l’éleveur si mal apprécié ». 

Les grandes idées sont trop souvent le poêle des imbéciles atrophiés par la connaissance cimentée. 

Ça donne froid dans le dos de penser que le monde actuel est de plus en plus dilué de la réalité. Et ça vous glace l’âme au point d’attirer ces ours polaires chasseurs de CV et d’avoir. Voire  acheteurs de cerveaux… 

Gaëtan Pelletier

5 janvier 2014

Neurobiologie et éducation : conférence du Prof. Dr. Gerald Hüther (VOSTF)

Ceci constitue la transcription (libre) des sous-titres de la conférence donnée par Gerald Hüther à l’Institut Arno Stein, à Berlin, le 15 janvier 2011. Attention, ça décoiffe. La vidéo peut être consultée sur Youtube, c’est sans doute nettement mieux, pour une première découverte du propos. Mais je me suis dit que ça t’intéresserait peut-être d’y revenir, à tête reposée. Merci à Laure d’avoir colporté le lien sur Facebook. 

Pourquoi est-il si difficile de se débarrasser des schémas incrustés dans nos fonctionnements ?

On ne vient pourtant pas au monde avec cet état d’esprit. Il y a une étude extraordinaire qui nous ouvre les yeux. Elle démontre que beaucoup de nos schémas de pensée sont transmis à nos proches, à ceux avec qui nous vivons, donc à nos enfants, alors que nous ne sommes même pas conscients de cette transmission. Cette étude montre qu’à six mois, un enfant est déjà en mesure d’observer une petite scène, avec une colline au pied de laquelle arrive un bonhomme jaune (comme dans un dessin animé ) qui veut escalader cette colline. Il glisse et recule plusieurs fois et n’arrive qu’à grand peine au sommet. Le bébé de six mois assiste à la scène et n’en perd pas une miette. Fin de la première séquence. Deuxième séquence : de nouveau la colline, de nouveau le bonhomme jaune qui cherche à escalader la pente et là, apparaît un bonhomme vert qui l’aide, en se plaçant derrière lui pour le pousser jusqu’en haut. Fin de la deuxième séquence. Le bébé ne s’impatiente pas et observe aussi la troisième séquence. À nouveau le bonhomme jaune, qui tente à nouveau de grimper sur la colline, mais cette fois apparaît en haut un bonhomme bleu, qui le repousse tout en bas. Le bébé observe cela également. Juste après, on place chacun des bébés qui ont regardé ces représentations à une table où on leur présente le bonhomme vert et le bonhomme bleu qu’ils viennent de voir en action et on observe lequel des deux le bébé va prendre. Vous vous en doutez, les bébés de cet âge ne prennent pas ce qui ne leur plaît pas… Tous les enfants, tous les bébés de six mois, après avoir vu ces trois scènes, prennent le bonhomme vert, celui qui aide.

Aucun de nous ne vient au monde en consumériste, ou en égocentrique brutal et sans égards. Cet état d’esprit est donc une chose qui s’acquiert avec le temps. Eh oui, cela s’installe… et la bonne nouvelle pour tous ceux d’entre vous qui sont éducateurs ou parents, c’est que cela se met en place bien plus tôt que nous ne le pensions jusqu’à présent. On peut répéter cette expérience avec les mêmes enfants, six mois plus tard, quand ils ont un an. À nouveau les trois séquences, puis le bonhomme vert et le bonhomme bleu et tout à coup, 10 à 20% des enfants d’un an prennent le bonhomme bleu, celui qui repousse l’autre. Alors se pose la question : à ces enfants, qui ne parlent pas encore, qui a bien pu leur apprendre ça ? Et c’est là que vous comprenez ce que signifie la pensée systémique. C’est là que vous voyez ce qui réfrène nos découverte et nos pensées. Ces enfants n’ont fait qu’observer. Dans le système familial dans lequel ils grandissent se trouve quelqu’un qui arrive brillamment à ses fins, à l’intérieur du système familial, aux dépend des autres. Et vous ne pensez pas sérieusement que, pour un si petit enfant, il serait sensé,  qu’il serait biologiquement sensé de prendre exemple sur celui qui ne fait pas ça ? Les enfants prennent exemple sur ceux qui réussissent. Donc les enfants deviennent comme nous. C’est la première bonne nouvelle !

Deuxième bonne nouvelle : les enfants naissent avec une ouverture d’esprit incroyable, avec un cerveau qui met à disposition d’innombrables connexions, parce que justement, il n’y a aucun programme génétique qui puisse savoir à l’avance comment un cerveau humain sera utilisé. Parce que les programmes génétiques ne peuvent pas savoir si tel enfant va venir au monde au Moyen-âge – les programmes génétiques étaient alors les mêmes – ou si l’enfant va naître il y a cent mille ans, quand les programmes génétiques étaient aussi les mêmes, ou si cet enfant va naître de nos jour Esquimau, au cercle polaire, ou indien d’Amazonie au Brésil ou encore petit Chinois en Chine… Tout ça, les programmes génétiques ne le savent pas, et c’est pour ça qu’il nous équipent – c’est une découverte évolutionniste majeure – d’un cerveau avec lequel tout peut se faire. Trop, oui, trop de cellules nerveuses au début. Vous en avez tous possédé un tiers de plus dans votre cerveau qu’il ne vous en reste aujourd’hui. C’était avant la naissance. À l’époque, les programmes génétiques avaient fait une surestimation de ce qu’il faut à un bon cerveau humain. Nous sommes donc envoyés dans le monde avec du surplus. De même pour les connexions neuronales : beaucoup, beaucoup trop ! Au début, elles sont simplement mises à disposition. Cela commence à l’arrière, dans le tronc cérébral, puis séquentiellement, dans les diverses régions et (je vous le souhaite ) jusqu’au cortex frontal, où là, ça ne s’arrête plus. Là, elles sont toujours disponibles et l’on serait capable, sa vie durant, de penser et de sentir différemment, si seulement on avait une bonne raison, une raison assez forte pour le faire.

Et nous voilà arrivés à un autre point : Tous les enfants font, au début de leur vie et même avant la naissance, deux expériences majeures – vous les avez tous faites aussi – qui sont totalement banales tant qu’un enfant grandit dans le ventre d’une mère. Il éprouve la croissance d’une part, et, d’autre part, le lien. Ce sont deux expériences de base faites par chaque être humain. À partir de ces deux expériences majeurs donc, de l’expérience fondamentales de la croissance, quelque chose s’ancre dans le cerveau. Pour ainsi dire, l’expérience s’ancre dans le cerveau, là où se trouve aussi ce qu’on appelle le « système de la curiosité », qui utilise certains transmetteurs, tels la dopamine, et ce système – qui se forme lui-même en fonction des expériences intra-utérines, ce système fait que lorsqu’un enfant vient au monde, il y arrive avec l’espoir qu’il y aura, dehors, quelque chose à découvrir et quelque chose à faire. Il veut grandir, il veut montrer qu’il sait faire des choses, trouver des choses à faire qui le feront grandir. Il veut devenir autonome, et libre aussi. Voilà !

Quand à l’autre expérience prénatale, celle du lien, elle aussi se vit puis s’ancre profondément dans le cerveau. Pour ça aussi il y a un système, nommé système de l’attachement, qui travaille avec d’autres transmetteurs, comme l’ocytocine, la prolactine, et ce système se forme, lui aussi, en fonction des expériences prénatales, et chaque enfant vient alors au monde avec l’espoir que, dehors, il sera d’une manière ou d’une autre, bienvenu, qu’il trouvera quelqu’un qui le prendre dans ses bras, qui lui offrira proximité et sécurité.

Alors, ces enfants vont dans le vaste monde, et font des expériences. Les expériences les plus importantes sont toujours celles qui ont lieu quand il est possible de combiner ces deux expériences primitives. On se souvient que ça marchait à l’époque ! Pendant au moins 9 mois, on a pu vivre en même temps le lien et la croissance. Alors on se retrouve dehors, et parfois ce qu’on est ne convient pas tout à fait à la maman, ou au papa, ou à quelqu’un d’autre… On n’est pas accueilli tel que l’on est, des adultes se mettent à vous éduquer de partout, parce qu’ils voudraient qu’on soit comme eux, ou comme ce qu’ils auraient aimé être ou devenir. Mais on peut aussi être écrasé par ce que j’aime appeler l’amour-grappin, qui nous empêche de vivre notre besoin de croissance, et on se noie, en quelque sorte, dans le pot de miel de l’attachement. Situations aussi catastrophiques l’une que l’autre. Dans les deux cas – on le sait à présent, dans le cerveau ce sont les mêmes réseaux neuronaux qui sont activés – quand on vit cela, les circuits neuronaux sont également ceux qui s’activent quand on nous inflige des souffrances corporelles. Autrement dit, notre cerveau réagit de la même manière lorsque nous sommes exclus d’une communauté que lorsqu’il repère un dérangement dans notre relation avec notre corps. Quand ça ne va pas dans le corps, ça fait mal, quand ça ne va pas dans notre relation avec l’autre, ça fait mal aussi. Le même système. Dans les deux cas, ça fait mal et il nous faut une solution. Et voilà nos tout-petits déjà contraints de trouver une solution bizarre, et si les adultes ne leur montrent pas à quoi pourraient ressemble ces solutions – nous pourrons discuter un peu plus tard de ce à quoi elles devraient ressembler – si nous ne leur montrons pas, probablement parce que nous l’ignorons nous-mêmes, à quoi pourrait ressembler une solution pour être à la fois lié et libre, et bien alors, ils souffrent… Et comme il est insoutenable de souffrir tout le temps, nous avons besoin dès notre plus jeune âge et plus tard en tant qu’adulte, à chaque fois que nous ne pouvons pas recevoir ce dont nous avons besoin, de trouver quelque chose qui nous permette de le supporter. Quand on ne reçoit pas ce dont on a besoins, on prend ce qu’on arrive à prendre. À chaque fois qu’on y arrive, on en est un peu contenté. Cela active dans le cerveau ce que les neuro-scientifiques appellent le centre de gratification.

À chaque fois qu’on s’enthousiasme pour quelque chose, et ce sur quoi on s’enthousiasme importe peu au cerveau, il  a ce qu’on appelle des transmetteur neuroplastiques qui se déversent, et ces transmetteurs neuroplastiques sont comme de l’engrais pour le cerveau. Mais ces neurotransmetteurs, lorsqu’on nous fait apprendre l’annuaire par cœur ou bien lorsqu’on subit les conseils de gens avisés… ils ne sont pas déversés. Ces transmetteurs neuroplastiques ne se déversent que lorsque les centre émotionnels sont activés dans le cerveau, et pour qu’ils soient activés, il faut que quelque chose vous prenne aux tripes, il faut que quelque chose vous soit particulièrement important, par exemple, parce qu’il vous le faut absolument, parce que vous souffrez. Il vous faut un succédané, qui ramènera le calme dans votre cerveau.

Ces neurotransmetteurs savent faire une chose géniale : ils amènent les cellules nerveuses qui sont en dessous, par le biais d’un processus, induit par les récepteurs de transduction du signal, à initier une induction génétique. Comme ça, vous entendez que moi aussi, je sais parler comme un scientifique ! Ce que ça veut dire en réalité, c’est que les neurotransmetteurs amènent les cellules nerveuses d’en dessous à produire des protéines, qu’elles ont bien souvent cessé de produire depuis longtemps, de ces protéines nécessaires pour construire de nouveaux filaments, établir de nouveaux contacts, pour rendre les réseaux neuronaux plus denses. Et voilà qui éclaire merveilleusement comment, chaque fois que l’on s’enthousiasme pour quelque chose, un arrosoir déverse dans le cerveau cet engrais, ce « fertiliseur » qui fertilise le cerveau, mais seulement les zones que l’on utilise dans un état d’enthousiasme !

Nos jeunes ont, depuis dix ans, une région du cerveau qui reçoit tant d’engrais qu’elle a déjà doublé de taille : il s’agit de la région qui est chargée de la régulation des mouvement du pouce ! Ce dont vous vous doutez à présent – si vous ne le savez déjà – c’est que cet enthousiasme, nécessaire pour qu’il y ait des changement dans le cerveau, on ne peut pas l’avoir su ordonnance, ni l’engendrer par de savantes conférences. Non : il faut que les gens soient émus, touchés dans leur cœur. Il faudrait, comme le dit Hermann Hesse, que l’on soit empoigné au cœur, pour que ça marche. Si vous pensez au petit enfant de trois ans que vous avez tous été, vous savez qu’alors, 50 fois par jour – certains même 100 fois par jour, vous vous enthousiasmiez pour quelque chose. Pour chaque petit bout de fil qui dépasse là-dessous, un enfant de trois ans peut s’enthousiasmer pendant une demi-heure. L’arrosoir dans son cerveau est continuellement ouvert, l’engrais est répandu sans arrêt, et surtout, partout, car l’enfant s’enthousiasme pour tout et pas seulement pour la télévision, espérons-le… Et c’est ainsi que, pendant cette période, le cerveau reçoit tout le temps de l’engrais… Et puis, nous envoyons ces enfants à l’école ! Je ne veux pas prolonger, mais vous êtres en mesure de retracer vous-même ce qui vous est arrivé depuis, jusqu’où vous en êtes arrivés, ce qui en est aujourd’hui, et quand vous aurez mon âge, vous demanderez, vous aussi, à ceux qui vous entourent (ce que je fais moi-même ) à quelle fréquence il leur arrive encore de s’enthousiasmer, ce qui serait nécessaire pour qu’on puisse penser autrement, pour que puisse se constituer, dans le cerveau, un nouveau schéma de connexions. Pour certains, ça n’arrive qu’à Pâques et à Noël, pour d’autres plus du tout, depuis longtemps déjà.

Ce qui est intéressant, c’est que se serait possible ! Un Berlinois de 85 ans peut tout à fait apprendre le chinois… à 85 ans, mais probablement pas à l’université populaire de Berlin. Il faudrait plutôt qu’à nouveau, il s’enthousiasme, il faudrait que ça l’entraîne vraiment, il suffirait qu’il tombe tellement amoureux d’une jeune et jolie Chinoise de 65 ans, que, lorsqu’elle veut retourner en Chine central, dans son petit village de Ching Fung, il y aille aussi. Et voici le clou, le point culminant de cette petite session, de cette conférence : vous tous, vous tous qui êtes assis ici, savez que ce monsieur de 85 ans qui, dans son enthousiasme, va en Chine avec cette femme, aura appris le chinois en six mois. À 85 ans.

On n’a donc aucun problème technique dans le cerveau, si on ne peut plus apprendre le chinois à 85 ans, on a un problème d’enthousiames, et ce qui est grave, c’est que nous le savons tous ! Nous devrions pouvoir nous enthousiasmer pour quelque chose de différent de ce que nous connaissions jusqu’ici. Mais jusqu’ici, nous avons vécu tant d’expériences négatives ! Quand nous essayons de nous intégrer, quand nous cherchons des occasions de montrer que nous sommes capables, de devenir libres et autonome, ce faisant, nous avons vécu tant d’expériences négatives, nous sentons encore et toujours que ça ne marche pas, que c’est inconciliable… Alors nous cherchons des satisfactions de substitution. Et c’est ce que Juliet nous a admirablement présenté : le consumérisme. Bien sûr, quand on ne reçoit pas ce dont on a besoin, on prend ce qui est proposé ici ou là. Et il y a toute une industrie qui n’attend que ça, qu’il y ait autant de gens avec autant de besoins insatisfait que possible, car ce sont eux qui entretiennent l’économie. Ça veut dire qu’il nous faut des enfances qui rendent les enfants malheureux, il nous faut des enfances au cours desquelles les deux besoins de base des enfants ne sont pas satisfaits, car sinon, on n’aurait pas, à la fin, tous ces consommateurs qui achètent toute cette camelote dont personne n’a besoin quand ça va bien. Je vous remercie de votre attention.

Sous-titres : Pauline & André Stern copyright Institut Arno Stern, 2013.

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