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Choc culturel et encombrants

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On (c’est à dire madame tgb) se débarrasse de notre vieux sommier, qui d’ailleurs est encore en relatif bon état et ça ne tiendrait qu’à moi, adepte du bricolo,… mais bon, n’étant pas seul à flemmarder dessus et On, aimant les choses en parfait état…

Bref, On, fait ça bien, civiquement, scrupuleusement, appelant les encombrants, lesquels lui demandent de mettre un numéro référent sur chaque élément de la chose et de déposer le tout une demi-heure avant le passage des valeureux ramasseurs d’objets hétéroclites de notre opulente société de consommation, à savoir tel jour entre 13 h et 14h.

Ce dont ON me charge en tant que bourrin de service.

Le jour dit à l’heure dite, le bourrin de service dépose donc le barda bien rangé, bien référencé, contre le mur de la porte cochère.

A peine ai-je déposé le tout, qu’une nuée de nos baltringues locaux, passant le plus clair de son temps à glander dans la rue, se jette sur le sommier, tout à me demander s’il n’y aurait pas et les pieds et le matelas et la latte manquante et pourquoi pas et les draps et les taies d’oreilles…

Bref c’est le folklore ordinaire de ma rue pittoresque. Faut le prendre à la cool

– Les pieds y’a pas, les vis faut voir…

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Après un grand conciliabule technique dans un échange international et cosmopolite et au centre d’un cercle grandissant, le matos finit par disparaître par les portes adjacentes des immeubles voisins.

Autant que ça serve à quelqu’un. Je retourne dans les hauteurs de mon 3éme étage. Fier du travail accompli et content que l’objet en question poursuive sa destinée. Une forme de recyclage finalement.

On, étant respectueuse de la légalité et de la procédure, et se faisant une haute idée de la citoyenneté, s’empresse de prévenir l’admirable et indispensable service des encombrants gratuit quoique à l’appel surtaxé, qu’il est inutile de venir par chez nous, que le vide est fait et la rue nettoyée. Il est 12 H 45, elle tombe miraculeusement sur le planton de service qu’en a visiblement assez peu à foutre entre deux bouchées de ce que l’on pourrait identifier comme un plus ou moins sandwich.

Evidemment, 20 minutes plus tard, le triporteur des glorieux encombrants se pointe pour ramasser oualou. N’étant pas du genre à pas rentabiliser le déplacement, les respectables petits hommes verts s’emparent d’une vieille planche pourrie qui traîne, c’est toujours ça comme butin.

Bon ! pensant l’affaire entendue je retourne vaquer à de plus nobles occupations.

Une heure plus tard, sortant de chez moi pour une course ordinaire je remarque assez abasourdi, que le sommier est réapparu, éparpillé façon puzzle, un élément tous les dix mètres de ma rue si pittoresque. Il n’a visiblement et après concertation sans doute, pas donné toute satisfaction à ses nouveaux propriétaires.

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Y’a plus qu’à tout recommencer.

On, a soudain comme une baisse de conscience civique et ne rappelle pas les encombrants. Les éléments du sommier resteront donc une semaine à traîner dans la rue avant de disparaître mystérieusement …

Morale de l’histoire : cette anecdote illustre sans doute ce que l’on nomme, le choc culturel. Autant dire que le vivre ensemble dans l’urbanisation rampante de nos quartiers folklo et populaires, des fois c’est rigolo mais que c’est pas du gâteau.

tgb

http://rue-affre.20minutes-blogs.fr/archive/2013/11/09/choc-culturel-et-encombrants-885526.html

 

 

 

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La mort du quotidien

On a éteint le quotidien comme on souffle sur une chandelle. On a effacé le merveilleux des enfants pour tout marquer, compter, chaque seconde, chaque heure, chaque jour.

Nous sommes horlogés du cerveau.

On n’a pas nos vies: non. On a celle des gouvernements, du travail sans plaisir, du travail sans avoir dans le dos un poignard de l’État qui vous ramollit comme une huître visqueuse enfermée dans sa coquille sot-lide du rythme de vie-marmite.

C’est insidieux, comme dans ainsi dit dieu… Nous n’en somme pas conscients. Tout l’appareillage sophistiqué, alarmiste, nous cisèle. Nous sommes sculptés. Nous somme bronzés d’avance. Dès la naissance, l’État enferme la maman et le papa dans un horaire de travail horrifiant. Soldats de la mondialisation. Nous avons des principes, des principes écrits… Dans la réalité, le dirigeant est une sorte de monstre lardé de mensonges. Un « Je vous aime, moi non plus » étatisé. Rien que ça… De la ribambelle…

On a les moyens (sic), de se payer un 4X4, mais pas de lésiner un jour de pluie en lisant un vieux roman de Simenon, – affalé dans son lit douillet, en attendant rien –  qui savait si bien émouvoir par quelques personnages souffrants. Simenon, c’était la vie simple, la petit anecdote. Mais personne ne veut plus être une anecdote aujourd’hui.  On se veut star… Et l’art est bien représentatif de nos vie:

Photo de profil !

Source 

Si c’est de l’art, j’en aurais fait un avatar…

ANECDOTE

Un jour, pendant que je vivais à Ottawa, j’ai offert à ma conjointe d’aller visiter la galerie d’art. C’était dans les années 70, et un artiste exposait une chambre dans laquelle les meubles étaient croches, penchés, colorés.  Je reconnus alors la chambre de ma grand-mère. Un peu avant, dans un cours de création littéraire, un « original » écrivit un poème sur le ventre d’une poupée qu’il amena dans la classe dans un carrosse. 

C’était de l’art…

Il est inutile d’acheter une « trou du cul » pour l’afficher dans votre salon. Il en passe à la dizaine à la télé.

***

À travers notre monde bouillant, l’essentiel a été laissé de côté. L’essentiel, c’est la liberté. On a hélas piraté tous les cerveaux… L’État est le meilleur de hackers. Le plus performant. Et c’est le quidam qui paye. Nous les payons pour nous investir. Nous les payons pour qu’ils trouvent un terroriste, peu importe le prix, même si sa grenade est un fruit.

Urinons fait la force:

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Source

Avez-vous noté que nous essayons d’expliquer la vie comme s’il fallait le faire pour trouver une recette de vie?

Un gant à l’envers…

Petit passage insignifiant… 

Chaque matin je vais aux bois. Il y a là des pommiers sauvages. Les meilleurs pomme sont là.J’en mange une à chaque fois. Ça n’a rien à voir avec les pommes des supermarchés.  Et, en ce matin d’octobre, des pistes de chevreuil étaient imprimées dans la neige. Il y a deux semaines, j’ai vu un aigle énorme s’envoler. Ses ailes étaient si grandes! Puis quand il a disparu, j’ai regardé les arbres. On doit les regarder comme si chacun d’entre eux était une lettre. Ils sont comme les humains: malades, solides, minces, gras, morts. Mais ils sont là, perdent leurs feuilles, s’en font de nouvelles au printemps, en buvant de la lumière et de l’eau. Alors que nous, nous nous nourrissons des poisons sans nous attarder à la leçon de la simplicité. 

Nous ne sommes que des arbres qui faisons la forêt. Le plus gigantesque eugénisme est de trier cette nature humaine si riche. Et on le fait si bien que personne ne comprend le rôle des feuilles mortes, des arbres couchés par le vent, des moisissures, des petits animaux grouillants. Car si quelqu’un comprenait  vraiment nous n’aurions pas besoin d’être des « intellectuels » bouffis.

Dans un monde préfabriqué il faut refaire son cerveau d’enfant. Il le faut… Sinon nous nous robotisons parce que nous payons davantage pour être robotisés que vivants.

On ne comprend pas la Vie à travers les livres et les intellectuels. On la comprend vraiment après avoir vécu. Et notre qualité de vie ne dépend pas de nos sommes d’argent « investies » dans notre avenir. L’avenir est une illusion: il se peut qu’il soit, il se peut qu’il ne soit pas.

J’ai fait de mon passé ce qu’il était vraiment. Comme une leçon sans école, réelle, remplie d’émotions. Je fais de mon avenir un tableau blanc. Mais chaque matin, je vais aux bois. Chaque jour j’essaie de trouver un moment qui n’est pas vendu à l’État. C’est de plus en plus difficile.

Ma tante cultivait  un superbe  jardin potager. Elle riait, pleurait, s’énervait, prenait un verre. Et pendant la canicule, on mangeait les premiers légumes de l’été, assis sous les pommiers qui nous servait de pare soleil. Elle était un peu grasse, hystérique, et elle craignait tellement les autos qu’elle n’embarquait que couchée. Son premier enfant a 80 ans. Il a décidé de se marier. Je lui ai dit qu’il était trop jeune. Il cuisine, répare des autos, va à la chasse, à la pêche, vit près d’un lac. 

Le 28 décembre, nous irons tous nous rappeler que nous avons vécu. Le cousin va se marier, et nous parlerons, un peu étourdis, du temps où le quotidien existait, mais, surtout, comment il existe encore à travers la vie simple. Tous ceux qui seront là savent tous qu’ils vont mourir un jour. Au moins, ils auront vécu.

C’est là le grand danger de cette perte de quotidien: mourir sans avoir vécu les émotions que nous sommes.

Il n’est pas besoin d’écrire pour vivre, ni de passer par Harvard. Ni de changer le monde. Ceux qui passent leur vie à vouloir le changer se retrouvent devant un grand mur: il ne change pas.

Nous pouvons seulement nous changer. Mais avant tout, rester fidèle à l’enfant que nous avons été. L’émerveillé.

Gaëtan Pelletier

1 novembre 2013