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La petite révolution du printemps

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Tu sors pour faire le ménage… C’est comme ton âme en capuchon qui a passé l’hiver sur la corde à frémir de froid. T’as été enterré par les premières neiges. J’avais oublié quelques gousses d’ail. Pressée Dame Ail:  Elle s’était déjà pointée  avec ses petits doigts verts. Elle cherchait le soleil comme on cherche le bonheur… On se dit que ça ne poussera jamais. Comme si la l’hiver avait fait la guerre à toutes les couleurs. C’est gris, noir, embrouillé, sale. Le printemps se réveille avec des petits yeux… Comme nous après le matin. Oui, le matin où la veille tu n’as même pas le goût  de revivre cette satanée journée de marmotte d’hiver.

Dieu est un peintre qui a dû aller passer l’hiver dans le Sud en emportant toutes les couleurs. Voleur! Va! Il a picoré l’assiette de la palette des peintre et a mangé avec des baguettes plumées.

Zommmmmmmmmm! Parti! Monsieur Dieu!

Ils disent de déraciner le sol, enlever les mauvaises herbes. Tu te rends compte que t’es jeune de partout, sauf au dos et aux reins. Tu fais du yoga sans le savoir comme Monsieur Jourdain-jardin faisait de prose. Tu te penches, tu de dépenches, tu cherche la souplesse cachée dans la raideur comme la chaleur cachée dans le froid. Et là, t’es tenté d’aller goûter au miracle des antidouleurs de Big Pharma. L’instantanéité.

J’ai mis mes plus laids habits: un jeans troué, un vieux gilet de sauvetage gris comme une feuille qui a perdu le chemin de son arbre. Le vert de ses yeux fermés. Des bottes de pêcheur. Des gans de cuir made in China. Et les mains pleines d’outils… Ce matin, on refait le monde. Car, après la pluie, et la pluie, et la pluie, on commence à comprendre le vieux Noé.

Au début, t’as pas le goût. C’est trop. Un désastre! La peau calypse  now!  Ça te rappelle une chose: le travail, le vrai. Un bureaucrate plante son stylo, ses textos, se pavane et ne produit que des calamités sans le savoir. Il s’habille comme une fleur qui n’a pas vécu la douleur de l’hiver et du printemps. Un singe à gravats. Décombrateur! Mulot de bureau!

Il en est qui se font grand à bouffer des carolettes, du caviar, mais ils ne produisent que de l’encre qu’ils couchent sur papier ou dans un univers parallèle, au pays de la cybercitude. L’agriculture de l’invisible… Ils se poussent dans l’hydroponie de tes sueurs et de tes larmes.

Tu les nourris et tu passes pour un ignorant, alors qu’ils ne savent pas d’où viennent les haricots.

Le printemps, ça rappelle les guerres. Toutes les guerres: les maisons détruites, les institutions détruites, et les bras d’humains qui pendent aux arbres comme pendent les herbes de l’an dernier. Ils n’en finissent plus de nous refaire des printemps pour planter la même chose: le développement continu.

***

Gilberte, une voisine, a un tout petit potager. Minuscule, mais adorable. Comme les post-it que l’on colle sur son bureau pour se rappeler… Se souvenir que tout vient de là. Et qu’il y a des saisons. Et que malgré ce que tout le monde dit, si le monde va mal ce n’est pas à cause des bras… C’est le cerveau. En ce moment, on a plus de cerveaux que de bras. On leur donne notre argent, nos sueurs, nos misères pour qu’ils organisent un jardin. Ils utilisent leur cerveau. Trop paresseux et orgueilleux pour se livrer à la l’avilissant tâche de creuser un peu la terre pour comprendre le monde.

Tu te penches à construire, ils se pensent à construire.

Le destructionnisme planétaire.

Tu plantes un choux. Zoup! Disparu! Il est rendu dans un paradis fiscal.

La question qui tue: Combien de pommes de terre y-a-t’il dans un F 35?  Et puis une autre: Combien d’enfants meurent de faim pour avoir transformé du maïs en carburant?

Trilogons ( du verbe triloger de trilogie ):   Qui faut-il sarcler pour ramener une terre viable?  Où se trouve tout la mauvaise  herbe qui est en train d’acheter et de détruire le vivant?

La quadrature du cercle…

FINALE

C’est pour ça que le paysan n’attend pas le politicien pour se nourrir. Il a appris des compétences issues de la mauvaise herbe , il sait la valse des saisons. Il sait refaire le terrain….

C’est la raison pour  laquelle je jardine et me plains du printemps. Je  perçois le mystère de mon âme liée à cette Terre. Je vois mon insignifiante misère cachée derrière cette valse des saisons. je vois la Vie, sa grandeur, que je ne comprends pas.  Mais je vois celle des autres qui n’ont plus le moindre petit coin de terre pour se  rappeler que nous sommes issus des peuplades de chasseurs-cueilleurs. Que peu  importe le nombre d’ordinateurs, d’écoles falsifiées, d’armes sophistiquées, de « progrès », et des esclaves attachés à leur « téléphone intelligent », le plaisir de vivre est dans les petites choses. La bénédiction de la Vie existe entre la joie de partager ne serais-ce qu’un sourire, qu’une phrase sans  « profondeur ». Car dire bonjour au voisin qui est en train de labourer son petit coin de jardin en lui disant:  » Tu plantes tes pommes de terre? » Non, c’est sans « profondeur »…

C’est pas dans le propos, c’est dans la beauté et l’invisible de l’échange qui ne contient rien en terme de message au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Tout est dans l’émotion. Et c’est la raison pour laquelle il n’y aura pas de véritable révolution de printemps, sauf la nôtre – la minuscule –  , parce qu’il n’y a pas de messages réels en conformité avec notre âme. On parle à nos cerveaux. On le cultive, on le bricole, on le trompe, on le contrôle, on l’esclave…

On peut trafiquer un cerveau, mais pas une terre…

Ne vous demandez pas ce que les grands ont fait pour vous, constatez ce que vous avez fait pour qu’ils soient aussi grands… Vous vous rendrez alors compte que la mauvaise herbe a vraiment pris les trois quarts du terrain pendant l’Histoire.   Et ce, c’est comme avoir dormi plusieurs années avant de rencontrer un petit jardin ébouriffé et qu’il est trop tard.

Gaëtan Pelletier

8 mai 2014

P.S.: Date où la guerre 39-45 était terminée. Je me demande combien sont morts avant qu’on signe les papiers…

 

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La globalisatite

 

Je me suis rendu compte d’une maladie insidieuse et presque nouvelle : la globisalite. J’étais en train de me faire des soucis sur l’efficacité des trappes à souris. Ça fait deux fois que je me pince avec cette invention saugrenue. Avant, j’y mettais du fromage, mais les souris s’étant snobinardé, j’ai choisi cette année le Rivière Rouge. Depuis 25 ans, j’ai constaté que les souris deviennent de plus en plus intelligentes. Ça m’a pris 25 ans pour découvrir les trous et fissures énormes dans la cave de ma maison. Même avec Google, on n’y parvient pas.

 Alors, j’ai mis quelques gouttes de Bordeaux. Quand le fils vient à la maison, et qu’il laisse le fond de la bouteille, je suce le vin et le crache dans un gobelet à pilules. Je les vole quand je vais à l’hôpital, ainsi que les masques pour se prémunir contre tous les virus qui pourraient y circuler.

C’est avec ça que je ramone ma cheminée : aux frais de l’État. Quand je pense que tous les citoyens du Québec paient pour mon masque piqué à l’hôpital, je passe au confessionnal de l’église. Il n’y a personne. J’apporte caméra munie d’une enregistreuse vocale. Comme ça, rendu là-haut, j’aurai la preuve que je me suis lavé de mes péchés dans une coulée de mots mêlés de larmes.

J’envoie le fichier mp3   adieu.

Le Rivière Rouge

En 1869, quelques années seulement après la Confédération canadienne de 1867, le Canada achète la Terre de Rupert de la Compagnie de la Baie d’Hudson, y nomme un gouverneur et entreprend des opérations d’arpentage afin de diviser le territoire en cantons. Les Métis, qui n’ont pas de titre de propriété pour les terres qu’ils occupent depuis plusieurs générations, voient d’un mauvais œil cette intrusion : Louis Riel et ses troupes s’emparent alors de Fort Garry (Winnipeg) et décrètent un gouvernement provisoire. C’est la Rébellion de la Rivière Rouge, un événement historique qui a inspiré les artisans fromagers d’Agropur pour créer ce nouveau fromage demi-ferme. Lien

Mein Kampf

Je voudrais irradier de mon entourage, toutes les souris qui me creusent de soucis. J’avais bien compris, sauf une chose : quand je vois Sarkozy, j’ai envie de poser une hyper trappe. Il a une mine de rat.

Revenons à nos ronge-heures…

Ça fait partie des travaux d’automne.

Cueillir la récolte du potager

Fermer la piscine

Couper les framboisiers

Tailler la haie

Rentrer les chaises et tables de parterre

Rentrer le bois pour l’hiver

Changer l’huile du souffleur à neige

Ramasser les feuilles,

Etc,

Les premiers symptômes apparurent quand je me suis mis à réécouter les 4 Saisons de Vivaldi. J’ai gerbé sur le lecteur. Les saisons, au Québec, sont, dirais-je, mal définies. Tu mets des bas d’hiver parfois en juin et des bas d’été, parfois en novembre.

Chez le doc

« Je vais vous prescrire des (n)anti dépresseurs »

Il ne l’a pas dit, il a appuyé sur un enregistrement.

Je me suis dit que j’allais trouver la cause de mon malaise « by myself ».

C’est là que j’ai pris conscience que je m’inquiétais de la « guerre » en Libye, du patinage artistique de B.Obama,  des sables bitumineux de l’Alberta, de la disparition de la forêt Amazonienne, de l’industrie de la corruption, de la calamité des Somaliens, de Fukushima, de la bourse, de l’Euro, et de la Grèce dont les états financiers ont l’aspect des ruines que la planète chérit tant,  etc.

J’en passe.

Avant mon entrée dans le monde de la globalisation, j’avais des souris comme ennemis. Voilà que dans une certaine paix villageoise, j’avais été infecté par tous les poisons qui viennent m’investir l’esprit. Je sais que bientôt, je vais tartiner mon pain avec du sirop d’érable chinois.

***

Je suis retourné chez le doc.

Il a appuyé sur le bouton :

« Je vais vous prescrire des calmants »

Bof!

C’est en faisant de la médication transcendantale, par un vieux livre jauni directo du   »Maharishi Malesh » que je ne m’en suis pas sorti. Je vous laisse une phot0 du bonhomme.  Ce fromage des gens perdus…

C’est là que j’ai compris qu’il me fallait fuir, comme disait Laboritt, dans son éloge. En somme, c’est assez simple : plus il y a de gens en cellules qui entrent dans ton cerveau, plus tu t’inquiètes, plus tu flétris, t’assèche, plus t’es prisonnier.

Oui, tous les déserts du monde viennent investir la simplicité qui t’es due. Du sable à perte de vue.

Ne me reste plus, pour retrouver ma santé mentale, de trouver des avocats pour une action collective à l’ONU, au FMI, au BUSH.

Je me suis demandé longtemps pourquoi ils étaient si intelligemment fous.

Ces sont des drogués de la globalisation, des hyper-systèmes, mafieux à fleur de peau. Des brocanteurs d’armes. Des fabricants de vaccins et de maladies. Des génies de la machinerie. Ils machinent tout. On devient machinalement vôtre…

Pour prouver mes dires, je suis allé à la pharmacie. J’ai pris au hasard un médicament en vente libre contre les douleurs musculaires avec option « relaxant musculaire ». C’est la potion secrète des doctorisés : à forte doses le cœur s’arrête. Il est vraiment « relaxé »…

J’ai trouvé trois souris mortes l’an dernier.

Il ne me reste plus qu’à régler le sort du monde ou le mien.

La recette est la même : se déglobaliser.

Désolé de briser vos rêves de conquérants enfermés dans vos jobs débilitantes,  le grand plan d’être chacun de vous les empereurs du monde.

The globalisation dream!

L’avenir appartient aux petites communautés. Après l’horreur de la globalisation et du venin duquel nous sommes infectés, il nous faudra revenir à la santé de la cellule. Se débrouiller en petites communautés.

Reste le petit Chaperon Rouge

C’est un peu ça l’Histoire du « monde » :

 

 L’héroïne en est une jeune fille bien élevée, la plus jolie du village, qui court à sa perte en donnant au loup qu’elle rencontre dans la forêt les indications nécessaires pour trouver la maison de sa grand-mère. Le loup mange la vieille dame en se cachant des bûcherons qui travaillent dans la forêt voisine. Il tend ensuite un piège au Petit Chaperon rouge et finit par la manger. L’histoire en finit là, sur la victoire du loup. Pas de fin heureuse pour l’héroïne, la morale de Perrault est sans appel. Wiki

Vous êtes de bonnes gens, vous voulez aider grand-maman. Vous lui donnez tout, mais c’est un loup qui ne veut pas le panier, mais vous bouffer tout rond.

L’impôt, les taxes, les TPS, etc, c’est les petits paniers que vos apportez à vos dirigeants. Et les dirigeants invisibles des dirigeants…

La meute est énorme et vous êtes bien petits. Et le panier n’est jamais assez rempli  pour les nourrir…

Gaëtan Pelletier

2011

Oui et nain

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Famille Ovitz

*

Cependant au même moment, la famille est conduite en chambre à gaz. «Soudain, nous avons senti le gaz, raconte Perla au Guardian. Nous haletions lourdement, et certains d’entre nous se sont évanouis. Plusieurs minutes sont passées, peut-être des secondes, puis nous avons entendu une voix en colère venant de l’extérieur:  »Où est ma famille de nains? » Source 

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Quand j’étais enfants j’avais une tante naine avec qui acceptait de jouer avec moi.  Elle était aussi grande que moi. Ou aussi petite… Elle habitait une maison de campagne qui longeait une  voie ferrée. Elle menait un tout petit train de vie. À chaque fois que j’allais la visiter,   un pain de ménage,  bien chaud,  nous attendait. Elle riait tout le temps et  sniffait son tabac à priser. Le tabac à priser a disparu et la naine aussi.  C’était il y a longtemps. Au temps où personne ne coupait son gazon. L’alentours de la maison étaient en broussaille, avec de longues tiges qui dépassaient souvent  les fleurs, mais qui réussissaient à rendre tout ça beau en couleurs.  Au fond, dans les grandes herbes sèches qui dansaient dans le vent comme les gens dans les concerts rock, il y avaient de ces  petites fleurs humbles qui cachaient leurs robes.  Avec des parfums qu’on ne trouvait pas dans les bouteilles.   Si ça avait été de la musique, on aurait eu tout le nez rempli de notes de piano ou de violoncelle.  Le ciel était picoté d’insectes. Mais c’était beau parce que la tondeuse à gazon et les vendeurs de tapis vert n’étaient pas encore allés dans le coin vendre ce qu’on appela plus tard le gazon.   Quelques villageois  commencèrent à trouver  » la mauvaise herbe laide ». Un monsieur bien habillé les avait convaincus: : « Le  gazon, c’est l’avenir. On va vous débarrasser de vos pissenlits… » Mon grand-père avait le sens de l’humour à partir des yeux. On dirait que le nid du rire était là. Puis ça lui descendait dans le visage: il retroussait ses joues et répondait – avec quelques dents en moins- mais assez pour soutenir une pipe.

– Oui et « nain » … Quand on aura de l’argent…

– On peut vous étendre les paiements sur 12 mois…

– Et si on ne paie pas, vous allez nous remettre la mauvaise herbe.

***

Elle n’a pas eu de carrière, ma tante.  Elle est décédée sans CV. Elle est DCD. Elle est restée dans un recoin de la Vie. Pas de CV, mais pas triste. Au contraire: nous regardions ensemble  la télé avec des rires qui éclataient  comme du maïs soufflé.   Une émission de marionnettes: Panpan ou Pampam. Je ne savais pas écrire, mais je savais rire jusqu’à avoir des étoiles dans le regard .  Elle, elle  riait comme si le soleil avait fait son nid dans ses yeux.  Et moi je me disais – enfin, un peu plus tard -, qu’on trouve la vie drôle quand on est petit: il l y a quelqu’un qui te donne à manger… Et ce n’est pas l’État, c’est l’amour. Et quand quelqu’un de donne de l’amour, ce n’est certainement pas l’État…

C’est triste à dire, – je me répète -, elle n’a pas eu de carrière. À l’époque,  quand tu étais nain,  tu avais le choix de deux carrières: s’exhiber  dans un cirque ou être lutteur.

Nain lutteur

Tu ne pouvais  pas être mannequin  ou vendre des crèmes  dans les circulaires des pharmacies. Elle n’avait pas de grandes jambes qui n’avaient rien mangé. Elle avait des billots accourcis  qui la traînaient dans une démarche de pingouins. En fait, je ne savais pas qu’elle était naine. J’étais trop petit pour le savoir. Quand on est petit, on ne sait pas qu’on est petit. Il faut être grand pour le savoir.

Mais un jour, quelques années-jours plus tard, quand je suis entré dans la maison de grand-père, ma tante avait rétréci : sa tête n’était pas au niveau de ma tête. Je me demandais ce qu’il lui était arrivé. Il y a des jours comme ça où on est bête et stupide . Car, dans les faits, c’était moi qui avais pris une tête de trop: celle des adultes.

Oui, une tête d’adulte. Mais je ne l’ai pas gardé longtemps cette tête d’adulte. Ça m’avait appris à être sceptique concernant la grandeur des humains. Pas une grandeur physique, mais une grandeur qui cherche dans les autres des dieux. Ce n’est pas parce qu’il n’y en a pas ailleurs, au contraire, il y en a partout. Il faut apprendre à regarder avec de ces yeux qu’on ne voit pas, mais que quelques-uns voient. Je me suis mis à regarder en fermant les yeux. Puis, à force de regarder, bien des géants devinrent petits . Je grandissais en dedans comme tout le monde devrait faire. Mais ce n’est pas donné à tout le monde de grandir en dedans. Il y a trop d’acheteurs des devis de son être. Des plans préparés…  On a peur de se bâtir ou de se découvrir.  On a peur de ne pas être à la hauteur… On a peur du ridicule. On a peur d’être nain…

Quand on s’attarde un peu à ces gens  claqués , qui n’ont plus de pays, qui courent les mers en radeaux de sauvage pour aller quelque part pour vivre, simplement vivre, on voit bien qu’on a été des non-voyants  longtemps. Les grands des pays, c’est comme dans les écoles quand j’étais enfants: les grands tapaient sur les petits. Maintenant, les présidents, les PDG, les hypocrites à cravates tapent sur les petits. Et les petits pleurent. Les petits ont peur. Ils se taisent comme un silence qui attend un piano. La Terre est comme une école à rétrécir les enfants jusqu’aux géants, mais    pas très différents des « preachers » de ces sectes qui au nom d’un dieu manipulent les petites gens. Les nains servent souvent de marche d’escalier… Les ambitieux veulent toujours un autre étage.

***

Ma tante est morte dans son lit. Toute seule. Comme une grande. Il n’y a pas eu de cérémonie . Pourtant, elle n’avait tué personne. Je dis ça parce que souvent les gens qui ont de près ou de loin tué bien des gens parce qu’ils étaient grands ont de grandes cérémonies. Avec des fleurs qui poussent sur les corbillards.  Tout le monde est habillé en noir et il pleut à noyer des larmes. On pourrait nager dans les yeux des autres, tellement il y a des tristesses.  De vraies piscines sur les joues …  Alors, pas besoin de se forcer pour pleurer… Un dieu de passage est parti. De temps en temps, dans l’Histoire, ces dieux de passage laissent tellement de cadavres derrière eux qu’il ne vaut pas la peine de s’attarder au leur. Mais bon! Les hommes courent des marathons pour attraper des petits dieux…

***

Ma tante avait une télé, mais  elle écoutait la messe à la radio. C’était comme un Om̐ de méditation.  Elle fermait les yeux en priant. Pas pour ne pas voir la radio, mais pour voir ce qu’elle pouvait trouver en elle. Elle égrenait son chapelet.  Chaque grain était comme une petite granule. Comme si elle avalait des pilules de lumière. Ça peut paraître imbécile! Des pilules de lumière! Comme une pharmacie dans ses mains. Une chambrette d’hôpital  pour l’âme!

***

Un jour, je l’ai vue  sortir et aller dans le champ derrière la maison. Elle avait un chapeau fleuri et marchait  à travers les mauvaises  herbes. C’était beau de la voir marcher. Des fleurs qui marchent!  C’est  rare sur cette Terre!  Le plus souvent, on les rase pour voir s’il n’y a pas de pétrole qui pousserait.

Ma tante ne parlait pas beaucoup.   Son visage était le message…

***

Un jour, alors que j’étais à la hauteur de ma tante, nous sommes allés cueillir de petites fraises des champs. C’était un 25 juin. Les champs étaient comme des  toiles de  Van Gogh:

Soleil du midi

on crevait de chaleur. Ma tante était à genoux et égrenait  les fraises. Quand elle en mangeait une, elle devenait les doigts tout rouges. Puis elle disait: tout est lié. Puis elle a dit une chose étrange: « Si on mange de la couleur, on mange peut-être toutes les couleurs… Et si on mange une fraise encore vivante, on doit bien manger du vivant. » Elle scrutait les petites fraises comme si c’étaient des soleils cachés sous les marguerites.  » C’est comme leur parapluie… » Je n’avais rien compris à l’époque .

***

J’ai essayé pendant des jours et des jours  de me souvenir de son nom. Quand elle est décédée, il n’y avait pas d’internet…  Ça m’est revenu un jour, alors que je plantais un clou dans un morceau de bois. Il a jailli du sang. J’ai vu comme une fraise sortir de mon corps. Une bulle infime et douloureuse. Puis bing! Ma tante Yvette. 

***

Aujourd’hui les gens n’arrêtent pas de bouger.  Ils sniffent de la bougeotte.  Et quand ça ne bouge  pas assez vite, ils s’achètent  une auto. Parfois deux… Ça va  deux fois plus vite… Mais ceux qui ne veulent pas bouger parce qu’ils ne sont pas fait pour bouger, ils se font fouetter avec des lacets de fonctionnaires. Un fonctionnaire, maintenant, c’est comme un chef de galériens. Obligés de fouetter parce qu’au fond il est chef de rien. Sinon, le bateau serait à lui…

***

Les petites gens bâtissent le monde et les grands le détruisent. Ma tante ne porte pas le nom d’un pont ou d’un porte-avions. Selon les critères des Occidentaux,  elle n’aurait rien accompli. Qui donc peut demander aux fleurs d’accomplir quelque chose? Même le plus plissé des bourgeois ne demande rien aux fleurs. Il n’y comprend rien. Il dira qu’elles sont trop chères… Mais  chères à ne les acheter que pour les funérailles… Les grands ne vont pas cueillir de ces petites fraises des champs. Ils sont trop grands pour se pencher aussi bas. Mais ils savent être encore plus bas dans certains domaines…

Depuis des siècles et des siècles  les petits ont servi de nourriture aux géants qui finissent avec des noms d’autoroutes, d’aéroports, de lacs, de buildings, ou de fondations…. Les grands continuent de grandir. Jusqu’à ce qu’ils puissent acheter presque toutes les petites gens. Ils en font des soldats, des fonctionnaires, des travailleurs, des administrateurs …  Le nain c’est le caviar du riche. Des œufs… Même si c’est écrit dans la bible: « Aimez-vous les œufs les autres ».  Il y en a qui changent les mots et qui ne comprennent pas du tout le message.

Quand un nain sait faire pousser des carottes nantaises dans son potager, on veut acheter le potager et le nain. Le nain n’aura plus le temps de se promener à travers les champs, les pousses rudérales et chercher les fraises des champs.  Non.  Il est conduit vers la chambre à gaz du nouveau nazisme planétaire. Je sais ce dont je parle: j’ai une fournaise à granules de bois. Et quand j’ouvre un sac de granules, je ne vois plus les arbres. Pas de bûches. Rien que des arbres désessinés. On ne peut pas voir l’arbre, à moins d’être aveugle.

Et c’est ainsi que depuis le siècle en cours fait courir tout le monde.  Les gens qui ont de petites jambes doivent bouger encore plus vite pour la croisière vers nulle part.  Je ne sais toujours pas pourquoi on se dépêche pour aller ver un trou dont on ne sait rien. Je pense que ma tante se sentait si petite qu’elle n’avait jamais eu idée d’être à la hauteur des autres. Les humains sont ainsi: ils ont peur de ne jamais être assez grands.

C’est pour cette raison que le « monde va mal »: ces sont les petites gens qui devraient être les grands. Mais non! l’à-plat-ventrisme  ça vous réduit quelqu’un à un x aux élections. Les grands bousillent tout. Ils veulent de grosses fraises, du gaz de schiste et de l’or qui se mange….

Mais il se pourrait un jour qu’un  un de ces nazis planétaires vous crie: « Où est ma famille de nains? »

Gaëtan Pelletier

2015

Dis-moi petite

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Lorsque j’étais petite je regardais le monde comme un ensemble: une bulle qui aurait dû être parfaite.

Je me promenais souvent seule, examinant tout: la faune, les plantes, l’eau, les gens, les odeurs, les formes, les couleurs, les bruits et les silences aussi.

J’en suis venue à entrevoir qu’au fur et à mesure qu’ils vieillissaient, le fait de vivre semblait provoquer chez les gens divers désordres psychologiques,

Un peu tout ce qui existait semblait disparaître pour eux et était remplacé au fil des ans par un décor. Je me souviens d’une voisine qui venait visiter ma mère, arrivait d’un pas rapide, caquetant des inepties sur la couleur de ses rideaux ou sur son besoin pressant de punir sa petite fille parce que celle-ci avait sali sa robe. Bien sûr à ce moment je n’avais aucune idée qu’ailleurs dans le monde des milliers de personnes mourraient parce qu’elles n’avaient pas mangé. Par contre, la vie elle-même me racontait que cette voisine surfait à côté de la plaque. Elle n’avait pas remarqué le soleil qui brillait à faire sourire les fleurs, ni la tristesse dans les yeux de ma mère à ce moment-là.

Sa bulle comptait des rideaux et apparemment ils étaient clos depuis longtemps.

A 18 ans, âge légal pour quitter l’enfance, j’ai pleuré. Je savais sans l’ombre d’un doute que cette vie hors de la bulle allait me happer, qu’elle tenterait de modeler mon univers et qu’elle assassinerait mes rêves si je la laissais faire.

Et les cinglés se sont faits plus nombreux. J’ai appris sans joie qu’ils détruisaient le monde, étaient source d’infâmie et si peu humains parfois qu’ils volaient à leur genre l’intégrité de leur existence.

Un jour, alors que j’étais hospitalisée, je suis sortie à l’extérieur de l’hôpital en chaise roulante. Etant à ce moment beaucoup plus près du sol que je ne le suis normalement, j’ai pu humer les parfums de mon enfance. Je m’étais donc élevée longtemps au-dessus de la vie elle-même, au-dessus de ce qu’elle avait à offrir en tout temps. J’ai ajusté mon pas. Je savais que si j’allais trop vite: ce en tout temps allait peut-être finir par m’échapper. Je risquais de ne plus voir la tristesse dans les yeux de quelqu’un ou de punir bêtement une enfant qui a sali sa robe. Il y a donc un jour ou une poignée de terre nous donne le souffle de vie. Pourtant les enfants y jouent et s’en nourrissent parfois. Mais c’est peut-être une autre histoire.

Il peut pleuvoir: j’aime la pluie qui nettoie. Il peut faire soleil: j’aime les reflets qu’il donne à tout et la vie qu’il nourrit. Il peut passer du temps, de la vie, des rires, des larmes et des souffrances, j’aime n’avoir rien appris qui soit suffisamment altéré pour qu’aucune thèse ne vienne le contredire.

Il faut pouvoir faire un mélange de tout, sans doser trop. Il faut aussi non pas seulement savoir mais se rappeler que tout existe bel et bien dans sa forme parfaite et apprendre aussi à y puiser la source de vie qui nourrit l’humain en nous. Je ne crois pas qu’on puisse réellement gagner quoi que ce soit à courir des routes de nulle part, ni qu’il soit sain de tenter de les construire. Pourtant la vie maquillée le prétend.

Parfois le soir, lorsque la ville dort, que la nuit promet d’offrir durant quelques heures un refuge parfait, je me demande si l’humain hors de la bulle croit pouvoir acheter un jour chez Walmart l’équivalent du bien-être. Ce serait triste parce que Walmart n’existe pas partout dans le monde.

Au plaisir,

Elyan

Cat Stevens- Where do the children play

http://centpapiers.com/dis-moi-petite

La danse du cul-de-jatte

Aujourd’hui, il s’est passé un événement étrange: pendant que le travailleur coupait la haie de cèdre à la tronçonneuse, une branche s’est affalée en emportant un nid de merles. Il est venu me voir en disant, un peu bouleversé, qu’il ne les avait pas vu. Alors, je suis allé voir ce qui se passait. Il pensait que les oisillons étaient morts. Je les ai ramassés un à un, les ai remis dans leur nid et ils se sont mis à pointer le bec comme si je voulais les nourrir. 

La haie de cèdres étant disparue, j’ai cherché un endroit où poser le nid. Il fallait que la mère s’en occupe. Il y avait un lilas près de la maison. C’est là que j’ai posé le nid. Mais je me suis rendu compte que la mère qui venait tourner de temps en temps dans les parages ne trouvait pas le nid.   Je l’ai alors remis à sa place, par terre et l’ai déplacé lentement vers un petit abris pendant les voyages de la femelle ou du mâle. 

Plusieurs heures. Pendant presque toute la journée, ma conjointe et moi nous nous sommes inquiété des oisillons. Toujours à la fenêtre du deuxième étage pour voir si la femelle venait les nourrir. 

Demain, je leur fabriquerai sans doute un abris. 

Ce qui m’a chicoté toute la journée est la question suivante: comment les oisillons ont-ils su que je n’étais pas un prédateur? Tout cela a l’air un peu cucul…. Je ne suis pas un hurluberlu. Je sais bien que la nature est « sauvage ». Tellement sauvage que nous avons appris à encore l’être davantage dans nos rapports « humains ». Tellement « appris » par le mode intellectuel que nous sommes râpés, séparés de L’ENSEMBLE  pour le « UN ».

***

C’est le genre de petit événement dans nos vies qui nous changent ou bien nous rassurent sur notre « vision » du monde. Cette chère vision d’intellectuels qui se chamaillent sur internet, ces grands « enjeux », ces analyses, en quoi nous changent-elles? Elles nous divisent pour faire régner un nouveau monde mécanisé.

Quand on parle de « spiritualité », on n’a pas d’autre mot que celui-ci, si pauvre, trop pauvre! Alors que les mots, les concepts de la modernité dans sa dite culture  de cyborg, mélangée à la livresque fait en sorte que nous sommes comme les oisillons déplumés, affamés, et que les parents ne retrouvent plus leurs enfants. En fait, plus personne ne se trouve et se retrouve. Et c’est là la source des guerres, de tous les conflits que l’on cultive, sans le savoir, aujourd’hui: le formatage et le martèlement des sociétés dites « évoluées » a fini par aplatir notre être jusqu’au cerveau.

Nous sommes dénaturisés…

Nous sommes détachés.  Nous nous haïssons hypocritement dans un amour passé au tamis des savoirs, des connaissances livresques, des écoles, etc…

Alors, si des connaissances ne font de vous, de moi, d’un autre, autre chose qu’un être spirituel-charnel, et non mono-cervical, c’est un total échec.

La guerre des mots n’est pas plus intelligente que celle des armes. Elle a son ventre dans la vanité. Et l’orgueil la nourrit autant que les chamailles entre « connaisseurs » mécaniques qui s’empiffrent d’analyses inutiles autant que du McDo.

Homme-Burger!

Mangeons-nous intellectuellement, les uns les autres! Il n’y a pas que les grands prédateurs, il y a les tout petits qui se cachent derrière des noms d’emprunts pour faire des commentaires. Sans savoir qu’ils sont déjà investis de l’hypocrisie et de la peur.

***

Tout ça pour dire qu’au fond il est quasiment impossible de décrire, d’écrire ce qui fait de nous un atome de monde meilleur. Je pense que c’est seulement cette humilité issue du doute, un questionnement sans fin, et une écoute des moments si simples de la vie, d’infimes expériences de la nature qui nous relient les uns les autres. Car nous ne pouvons pas continuer à détruire et à « construire » un monde ou la mécanique de l’intellect prend toute la place dans cette vie.  La Vie n’est pas une somme de livres ou de diplômes…

C’est une drogue comme une autre… Et l’on en vend de par les États. C’est officiel et marquée d’un sceau.

FINALE

Parfois, le soir, pendant que je me dis que je viens de vivre une journée dense comme si c’était une vie, je me répète que je n’ai probablement rien à dire « d’intelligent » au sens moderne qu’on lui donne.

Le simple citoyen, du moins celui « cultivé » en serre universitaire,  ou par un quelconque procédé religieux bien monté,  peut bien se targuer d’avoir la vérité.

En fait, la vérité est une valse mouvante que personne ne peut saisir avec son cerveau. Pas même à travers le temps et l’Histoire.

Pour la danse et pour l’amour, l’humain est né avec deux parties différentes…

Un être qui s’ampute de sa spiritualité par l’absence d’observation de la Vie   et ne peut plus danser, ni « penser ». Il est pensé par un mode mono et parle dans un mode mono.

Et c’est là le grand drame: on s’émoustille devant la danse des cul-de-jatte.

La propagande est bien plus efficace que vous ne le croyez. Elle a réussi à vous convaincre que vous n’aviez qu’une jambe, qu’un cerveau, que vous êtes un et unique, que les oiseaux sont muets, et que pour être « quelqu’un » il ne faut pas faire de compromis.

Je ne suis pas certain que le mot compromis soit bien compris. L’ego est Alzheimer de l’utile…

FINALE 2

Regardez bien comment l’oiseau construit son nid. Ensuite, regardez votre maison… C’est la différence entre un artisan et un entrepreneur véreux… Entre la Vie et la vie…

Gaëtan Pelletier

29 juillet 2014

 

 

La météoalgos

météo

météo:

algos: douleur

De tous les temps (sic), les hommes ont voulu connaître le futur. Je voulais savoir le temps qu’il fera demain quand je suis « tombé » sur un site qui veut que l’on vote pour la présentatrice météo la plus sexy...  Nul besoin de voter: elles sont toutes belles. Mais quel est le rapport entre la beauté des dames et la météo?  Ces temps-ci, c’est mauvais à consulter un psymétéologue… Du crachin, de la pluie, de l’eau à faire pousser des champignons sur le front… Et des inondations.

IL FAIT BEAU POUR L’ŒIL !!! Mais le matin, quand tu te lèves, et qu’il y a un couvert de nuages sombres  et qui se tortillent comme s’ils avaient envie de pisser, tu chausses tes bottes de marin de pelouse, et tu tentes de te fabriquer un été pas trop moche. Comme ils disent quelque part:  » C’est la volonté d’Allah! ». C’est un peu vrai: ces femmes sont toutes des bombes…

Pour en finir avec le mélange du sexisme et de la météo, j’ai deux solutions:

1. Quand le temps est beau, on envoie la belle fille. Ding! Même pas besoin de tableaux. Elle est là et on clapote des mains.

Si c’est moyen, et qu’il y a des nuages à l’horizon et une possibilité de pluie, tu places un buveur de bières avec une canne à pêche, assis sur son patio trempé, avec son petit chapeau, les genoux croisés, silencieux.

On a tout compris…

Quand le temps est incertain, tu places une dame guindée qui récite un poème de Baudelaire. Une dame un peu ridée, mais avec une certaine classe…

Si le temps est affreux, tu places deux vieux d’un  foyer d’hébergement, coiffés d’un parapluie, qui rigolent en amoureux :

 » On n’a pas seulement le parapluie, on  a l’arthrite qui vous le dit ». Mais nous on ne sort jamais d’ici, beau temps, mauvais temps. Mon mari, lui, regarde la météo avec Pascale sur notre météo régionale. »

 

Pascale Robitaille

 

Pascale Robitaille, CIMT

2. Tu fais comme il y a 300 ans. Tu lèves la tête le matin, vers le ciel, et tu prends le temps qu’il y a. Point.

Imaginez un amérindien, en 1638, voir entrer dans son tepee  une beauté qui t’annonces que demain est incertain, qu’il va pleuvoir, mais que dans trois jours, on verra le soleil.

Tant pee pour vous…

Ou bien il faut continuer d’employer le langage de Nostradamus pour prévoir la météo à venir:

«Qui legent hosce versus nature censunto ;
Prophanum vulgus et inscium ne attrectato ;
Omnesque Astrologi, Blenni, Barbari procul sunto.
Qui aliter faxit, is, rite sacer esto.» Source 
 

Le temps de déchiffrer Nostradamus, on passe à une autre météo.

En ville, quand les printemps sont moches, ils ne peuvent monter les terrasses pour recevoir les terrassés. Il n’y a personne avec des lunettes teintées pour manger des carottes, des pâtes venues d’ailleurs, là où « il fait beau ». Leur commerce est une dépendance à la température qui devrait être celle d’une serre à ciel ouvert.

En ville « on perd de l’argent ». Pour savoir s’il fait beau, en ville, tu regardes les filles et les gars qui se s’arrachent des couches de vêtements et se font griller. Ça c’est sexy. Pas besoin de regarder le ciel: tu regardes la gente à terrasse s’émoustiller.

En campagne, quand le pissenlit fait son apparition, tu sais qu’en ville les terrasses sont ouvertes.  Le temps est splendide! Il fait 32 degrés à l’ombre, tu crèves de chaleur! Le temps est splendide!

En économie on a des pertes quand le soleil n’est pas là et quand la pluie n’est pas là.

Dans la vie, c’est comme ça: on perd tout à vouloir faire de demain la journée parfaite.

La philosophie de vie, dans tout ça, c’est de n’avoir rien à cirer avec la météo, le futur vu sur un angle.  Quand il pleut, que le temps est sombre, tu prends un bon livre, tu sors écouter la pluie et chanter les oiseaux. Ça, c’est si tu n’es pas enfermé dans un bureau ou la valeur du « beau temps » qu’il fera reste celui du temps qu’il te reste « à faire ».

Il ne reste qu’à abolir les prévisions météorologiques qui sont devenues nocives pour la qualité de notre existence. Personnellement, j’ai aboli la météo de mon abonnement. Je la regarde, mais je ne l’écoute plus. Et puis, s’il le faut, je vais faire un canal météo qui fera les prévisions de la journée d’hier.

HIER, IL FERA…

GP

 

Ceux qui se tirent dans le pied pour vivre…

Le deuxième danger, c’est une fausse manoeuvre. On a attribué à cette richesse monétaire, coupée de tout lien efficace avec le réel, une valeur nominale qui équivaut à 10 ou 100 fois – avec les produits dérivés, on ne sait plus très bien – celle des biens dont on prétend qu’elle est le symbole. À l’actif d’individus et de corporations sont inscrits des dizaines de trillions de dollars, qui ne pourraient être mis en circulation sans que l’on ne se rende compte qu’ils ne représentent aucune valeur.

La plupart de ces trillions de dollars sont en Bourse, aux confins de l’hyperespace, constituant une valeur totalement évanescente qu’il suffirait d’une crise de confiance pour faire disparaître. Priez pour votre âme, car l’hyperespace financier est un univers bien précaire. Pierre JC Allard, Jouer dans l’hyperespace

Le vieux couple

Quand j’étais enfant, dans mon petit village que 300 ou 400 âmes, un village enfermé au fond d’un pays qui donnait des terres aux pauvres pour qu’ils sèment du navet, des carottes, des choux, et des alambics…

C’était vers la fin des années 50. Au grand classement de l’internet du petit village : un couple.

Un couple de vieux qui ne mangeaient que du gruau.

Et quand les sacs étaient vides, ils y cachaient leur argent… Pour leurs vieux jours. Je pense qu’ils avaient déjà près de 80 ans.

C’était « au temps du steak «  et tout le monde trouvait le couple étrange : ils se privaient. Mais tout le monde enviait le couple : il était riche.

La tristesse du vieillissement, pour certains, c’est d’avoir toujours peur de manquer de quelque chose. Comme cette chanteuse québécoise qui a souffert pendant son enfance, et qui une fois fortunée s’est acheté deux frigos.

Passons.

Je sais… Mourir,  c’est partir un peu…

On dirait que l’humanité cultive les frigos…

 

Le syndrome de la rallonge de la vie

Le vieux couple avait peur de manquer d’argent pour s’acheter du gruau mais finalement, quand ils moururent, il y avait trois sacs de gruau et 30 sacs d’argent.

C’est le gruau qui les a fait vivre aussi vieux. Pas l’argent. Ils ont transformé leur peur en une chose qui ne nourrit pas.

Mais ce n’est pas seulement de la nourriture dont je parle, mais de la peur et du grand vide qui nous habite, du bel illusoire.

Il n’y a rien à bouffer dans un sac d’argent. Et le gruau ne bouche pas les artères. Mais personne ne le savait en ce temps-là. Il fallait bouffer du rouge pour être fort et en santé.

 

L’autre vieux couple

La problématique du vol des terres, mise en lumière lors des récentes crises alimentaires, est aujourd’hui d’une actualité brûlante tant le rythme s’accélère. Que cela soit en Afrique, en Asie, en Amérique latine et maintenant en Europe de l’Est, le nombre et la surface de terres vendues à des État ou des multinationales ne fait que croître. Les conséquences sont terribles pour les territoires touchés : destructions des cultures vivrières dans des pays déjà touchés par la faim, destruction des systèmes sociaux basés sur une petite paysannerie, appauvrissement des terres, pillages des ressources en eau… La terre est devenue un bien marchand comme un autre, une nouvelle proie pour les affameurs capitalistes. Saguenay Blogspot

 

 

Les riches engrangent leur gruau, cachent leurs fortunes pour  grossir leurs fortunes. Dans un vieux couple : la  politique est les affaires. La politique est le sac à gruau et les affaires se servent des sacs pour engranger leur avoir.

Mais ils sont tellement gourmant qu’ils finissent par n’amasser que du non-réel pour tenter de ramasser encore du non-réel pour investir dans le réel. Ou du moins ce qui semble être ainsi. Puisqu’à force de mettre de l’eau….

Pout ceux qui prennent leur pied : le trio débile

On a créé le papier par nécessité : plus les transactions grossissaient, plus il fallait mouvoir son avoir réel. Il y eut alors un génie pour créer le papier-transaction.

Papier ou pas papier, virtuel – comme les comptes à payer ou les cartes de crédit- on a perdu tout sens du  réel.

On en est à valser dans le virtuel.

On est certain que le papier a de la valeur… Ou les chiffres électroniques.

Ou on s’en fout… Puisque tout le monde joue…

Avec la venue des méthodes modernes, on a vite oublié que le but de « l’argent » n’est qu’échanger des biens qui sont consommables.

La vache pour la vache.

Le troupeau transformé en papier.

Le papier transformé en virtuel.

 

Les crétins de riches et de compagnies se tirent dans le pied.

C’est pour ça qu’un jour, rien ne marchera…

Même pas les riches.

Gaëtan Pelletier