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La rage identitaire ou le règne de l’anomie

Image: Le vieil homme triste, de Van Gogh

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« Chers djihadistes, l’Occident s’achève en bermuda […] Craignez le courroux de l’homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien,nous lutterons comme des lions pour lprotéger notre ramollissement […]Chers djihadistes, nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. »

                                                               Philippe Muray

La crise que nous traversons en ce début de millénaire va au-delà de l’économique, c’est une crise de valeurs qui remet en cause les fondements mêmes de cette civilisation marchande à l’agonie.. Les individus dédaignant toute transcendance religieuse et toute utopie se trouvent livrés à eux-mêmes, soumis au règne de l’éphémère. Leurs identités en perpétuelle redéfinition n’étant plus cadrées par un moule collectif deviennent volatiles. Cette identité éclatée née avec ce qu’on s’accorde à appeler la seconde modernité pousse l’individu à se chercher sans cesse de nouveaux repères. Chacun se crée son propre récit auquel il adhère et qui lui donne cet élan vital si nécessaire. Or cette quête permanente et ce flottement des repères sont si épuisants qu’ils se traduisent par ce que le sociologue Alain Ehrenberg nomme la fatigue d’être soi (1). Cette difficulté à se définir, à se donner un sens se traduit chez un bon nombre de personnes par un déficit de l’estime de soi. Une faille identitaire qui sera vite récupérée par le management. En effet, dans le monde du travail, c’est la performance qui vient combler ce vide existentiel. Des travailleurs totalement désolidarisés, ayant rompu tout lien avec le collectif entrent en compétition. Les plus fragiles, incapables de répondre aux exigences et aux normes imposées, sont systématiquement marginalisés et culpabilisés. Ce qui était traditionnellement vécu comme un rapport de force entre groupes sociaux est actuellement vécu comme une tare personnelle. Cette psychologisation de la vie sociale débouche sur ce que Claude Dubar (2) appelle des individualisations négatives. Des désespérés dont le nombre ne cesse de gonfler en ce temps de crise, totalement désorientés ayant perdu tout repère, plongent dans une angoisse existentielle insupportable conduisant souvent au suicide. Selon une étude faite par des chercheurs de l’université de Zurich, publiée par The Lancet Psychiatry, 45000 suicides dus au chômage ont lieu annuellement dans 63 pays. La mort physique se présente comme une concrétisation d’une mort sociale devenue insoutenable. Mais la haine de soi à vite fait de se muer en haine de l’autre. Qui ne se souvient de la tuerie de Nanterre survenue en 2002. Avant de commettre son forfait, Richard Durn écrit une lettre-testament dans laquelle il dit en substance ; « Je vais devenir un serial killer, un forcené qui tue. Pourquoi ? Parce que le frustré que je suis ne veut pas mourir seul, alors que j’ai eu une vie de merde, je veux me sentir une fois puissant et libre ». La mort, ultime remède, se présente comme un acte libérateur, une réminiscence en quelque sorte d’un idéal romantique morbide. Suicides et crimes de masse se multiplient de manière alarmante. Une tuerie de masse par jour aux États-Unis, plus de morts que par le terrorisme un affirme le Nouvel Observateur (3). D’après la chaîne de télévision NBC, 3.046 Américains sont morts dans des attaques terroristes entre 2001 et 2014, alors que pour la même periode 153.000 ont été victimes d’homicides commis gratuitement par des forcenés. Or les médias ne focalisent que sur les attentats terroristes islamistes, une manière comme une autre de conjurer magiquement le mal en l’imputant à une lointaine barbarie. Non, Thanatos est omniprésent, tapi dans le moindre recoin de nos êtres. Le massacre d’Oklahoma City en 1995 et celui d’Oslo en 2011, pour ne parler que de ceux-là, sont bien là pour nous rappeler qu’une folie meurtrière semble s’emparer sans distinction de l’ensemble de la planète. Ce déni de soi et du monde est la manifestation extrême d’une crise identitaire généralisée. De telles failles identitaires insupportables seront toutefois colmatées dans la précipitation par un mouvement régressif vers les origines. Régionalisme, confessionnalisme, ethnocentrisme sont autant de refuges illusoires où viennent s’engouffrer tous ces laissés pour compte d’un monde complètement déboussolé. L’éclatement est tel que les nations risquent à tout moment d’imploser, ébranlées par la multiplication des revendications séparatistes : écossais au Royaume-Uni, flamands en Belgique, catalans en Espagne, kurdes en Irak… Les clivages ne s’inscrivent plus dans une logique d’antagonisme de classes centré sur « l’avoir » (salaires/plus-value) mais dans une logique d’exclusion où l’affirmation de soi ne vaut que par la négation sinon l’élimination de l’autre en raison de son ethnie ou de sa confession. C’est dans cet ordre d’idées que des  foyers néofascistes éclosent un peu partout en Europe Occidentale et en Europe de l’Est.

Dans le monde arabe, la crise identitaire est d’autant plus profonde qu’elle associe aux effets de l’hypermodernité un sentiment persistant d’humiliation lié à la décomposition et au dépeçage de l’Empire ottoman par les armées coloniales européennes.  Les formations islamistes ont été au départ des mouvements de contestation luttant contre la sécularisation envahissante imposée par l’Occident colonial. Elles revendiquaient principalement le rétablissement du califat et de la juridiction de la Charia. Mais ce mouvement finira par être récupéré par l’empire naissant étasunien au nom d’une « sainte alliance » monothéiste contre un prétendu athéisme bolchevique. En1953, une délégation de notables musulmans est invitée aux États-Unis. Elle est reçue par le président Dwight Eisenhower. Celui-ci s’adresse à ses invités en ces termes : « notre foi en Dieu devrait nous donner un objectif commun : la lutte contre le communisme et son athéisme ». Saïd Ramadan, gendre de Hassan Al-Banna, fondateur du mouvement des « frères musulmans » faisait partie de la délégation. Il sera désormais l’acteur principal de la guerre d’usure menée contre le régime nassérien et contre tous les régimes et courants politiques progressistes du monde arabe. Mais l’embrigadement ne s’arrêta pas là. États-uniens et saoudiens s’emploieront à partir des années 70 à répandre l’extrémisme wahhabite partout dans le monde arabo-musulman. Du Pakistan au Maroc, écoles coraniques, associations caritatives, mosquées, chaînes de télévision se consacraient à coups de milliards de dollars à l’endoctrinement et au recrutement des jeunes djihadistes qui iraient se battre contre les soviétiques en Afghanistan, puis contre les serbes en Bosnie. Une stratégie qui s’avère payante. Une armée sous fausse bannière déterminée et fanatique a pu ainsi provoquer l’implosion de l’URSS et la mise au pas de la Serbie à moindre coût. Il n’en fallut pas plus pour qu’une pareille stratégie ne soit adoptée de manière systématique dans les guerres menées actuellement contre le monde arabe par les Etats-Unis et leurs vassaux. Après l’invasion de l’Irak et l’avènement du « printemps arabe », les djihadistes cessent de diriger leurs armes contre des ennemis extérieurs pour les retourner contre leurs propres pays, leurs propres populations. L’objectif des commanditaires ne se limite plus à ébranler les fondements d’un etat mais consiste à pousser ostensiblement des sociétés entières à l’autodestruction. Ce nouvel art de faire la guerre n’eût été possible sans la conjugaison d’un ensemble de facteurs qui ont aidé à sa mise en oeuvre. En effet, la radicalisation n’aurait jamais atteint de nos jours une telle ampleur n’étant le mal existentiel endémique qui frappe une partie de la jeunesse mondiale associé au développement vertigineux des moyens de communication. A l’opposé des djihadistes des annees 80, formés idéologiquement et militairement, aujourd’hui des jeunes de tout bord se radicalisent en quelques jours, en privé, hypnotisés par leurs écrans. Leur rapide conversion ne se fonde que sur quelques rudiments religieux ; une génération spontanée de terroristes que favorise le terreau fertile des réseaux sociaux sur internet. Le psychanalyste Fethi Benslama (4) pense que les analyses sociologiques globalisantes ne sont pas en mesure de rendre tout à fait compte de la complexité d’un tel phénomène. Il précise que les recruteurs ciblent principalement des jeunes dépressifs souffrant d’un profond déficit narcissique. L’offre de radicalisation, car c’est bien une offre, propose à ces derniers une mission héroïque au service d’une cause sacrée, leurs failles sont alors colmatées comme par magie. Armés d’une pareille prothèse identitaire, ils franchissent le Rubicon… Or, ce vernis islamique dont se griment toutes ces âmes perdues a vite fait de s’écailler, laissant transparaître la pulsion de mort qui n’a cessé de les tourmenter. Le chant de sirène des gourous de la secte wahhabite n’a fait en réalité que décupler leur haine de soi et du monde. Des dizaines de milliers de combattants mi-mercenaires mi-fanatiques venus de plus de quatre-vingt pays dévastent depuis 2011 la partie la moins conciliante du monde arabe. Déferlant de tous les coins et recoins de la planète, de langues et de cultures différentes, ils sont mus par un furieux désir de sacrifice. La mort de soi et des autres se présente comme l’ultime réponse à l’inanité de leur existence. Ce culte de la mort est essentiellement l’expression d’un nihilisme hypermoderne. Selon Bernard Stiegler, cette vague de haine qui secoue le monde est à mettre sur le compte de la disruption (5). Celle-ci consiste en une rupture brutale provoquée par le rythme insoutenable des innovations apportées par les nouvelles technologies. En effet, à chaque fois que dans l’histoire s’opère une révolution technologique, elle s’accompagne de sérieux bouleversements sociaux. Le World Wide Web avec son milliard de sites internet, ses cinq milliards de smartphones et ses réseaux sociaux vient parachever le travail de désindividuation et de massification entamé depuis quelque décennies par le cinéma et la télévision. C’est dans ce Far West virtuel que le capital, complètement désinhibé, va élire domicile, piétinant sans vergogne les règles sociales les plus élémentaires. Envoûté par ses fétiches évanescents, infantilisé, uniformisé, grégaire, l’individu croule sous le poids d’une double faillite économique et symbolique. Stimulé par un marketing de plus en plus agressif qui vise son inconscient, il s’oriente vers toujours plus de consommation compulsive.  La libido en tant que mécanisme de sublimation et donc d’investissement social cède la place à l’hégémonie des pulsions. C’est ce processus de désublimation qui plonge ainsi le sujet contemporain dans les illusions d’une immédiateté pulsionnelle balançant entre manque et ennui. Tout se passe en effet comme si le consommateur cherchait désespérément à combler une béance qui ne cesse de s’approfondir.  Une totale addiction qui finit par tuer le désir .  Il n’y a rien de plus dangereux que la destruction du désir affirme Bernard Stiegler : c’est la psychose comme fait social massif. Des gens qui souffrent de leur désir, c’est la névrose, des gens qui souffrent de ne plus avoir de désir, c’est la psychose. C’est aujourd’hui un phénomène mondial et de masse, compensé par l’hyperconsommation. Plus cette consommation addictive compense la perte de désir, plus elle entretient cette perte. Un cercle vicieux qui conduit de plus en plus de gens à un total désespoir. Quand l’immédiateté pulsionnelle exclue toute forme d’investissement social que permet la libido, elle ouvre la voie à la pulsion de mort. Quand il n’y a plus rien, ni modèle politique, ni utopie, ni espoir, ni solution, et  que les représentations du possible s’arrêtent, on s’achemine inéluctablement vers la destruction de soi et des autres. Comment expliquer sinon cette obsession du suicide et du massacre qui caractérise notre époque ? Quand le norvégien Adreas Bri trucide de sang froid 76 jeunes, quand l’allemand Andreas Lubitz s’écrase avec son avion entraînant avec lui la mort de 149 personnes, quand un sexagénaire américain se donne la mort après avoir ,massacré à Las Vegas une soixantaine de ses compatriotes et en avoir blessé plus de cinq cents, quand les tueries perpétrés par l’armée birmane provoquent l’exode massif de la minorité musulmane des Rohingya, quand de jeunes européens de souche ou d’origine maghrébine se transforment soudainement en coupeurs de têtes, on est frappé par la convergence des obsessions mortifères qui animent des gens aussi différents. Cette hantise morbide de l’épuration vise non seulement l’ethnique et le confessionnel, mais cible l’ensemble de la société et prend l’allure d’une guerre de tous contre tous. Cette aspiration à la destruction de tout, autant par haine de l’autre que par dégoût de soi ne peut avoir pour nom que le nihilisme.

Ce désespoir généralisé, reflet d’un monde en plein désordre économique, social et symbolique marque l’échec cuisant de l’idéologie du progrès et de l’économie néolibérale (7). Nous nous trouvons aujourd’hui pris dans le tourbillon d’une crise du sens où tous les repères semblent perdus. La mise à mort du salariat due à l’introduction des nouvelles technologies dans les circuits de production pousse des masses de plus en plus importantes de chômeurs au désespoir le plus total. En même temps, face à la réduction de leur part de la plus-value, les investisseurs préfèrent se tourner vers la spéculation financière. Ils ne font en fait qu’ajourner la crise par toutes sortes de subterfuges qu’offre l’économie fictive. Incapable de reconnaître sa stérilité, le capital invente la chimère du crédit et de l’endettement, s’adonnant ainsi à une autophagie délirante. La crise de 2008 n’a finalement servi à rien et l’automate poursuit malgré tout sa course insensée. A l’anomie hypermoderne de ce début de siècle répond le nihilisme dévastateur de tous ces laissés pour compte d’un ultraliberalisme de plus en plus envahissant. Ainsi nihilisme et néolibéralisme ne cessent de soumettre le monde à leur furie anomique. Cette descente aux enfers devient d’autant plus préoccupante lorsque de toute part, des scientifiques affirment que la Terre est entrée depuis un bon moment dans une nouvelle ère géologique : l’anthropocène. En effet, l’homme a modifié son environnement à un point où il ne lui serait prochainement plus possible de survivre. Or, selon le sociologue Andeas Malm, ce ne serait pas l’activité humaine en soi qui menace de détruire notre planète, mais bien l’activité humaine telle que mise en forme par le mode de production capitaliste. Nous ne serions donc pas à « l’âge de l’homme » comme le sous-tend le concept d’Anthropocène, mais bien à « l’âge du capital » (8). Pour de nombreux spécialistes, l’humanité doit impérativement sortir au plus vite du capitalocène, si elle tient à sa pérennité.

Face à toutes ces impasses, le monde s’engage dans un mouvement régressif généralisé. C’est comme si depuis l’implosion de l’URSS la nature reprenait tous ses droits. Le dépérissement de l’tat-Providence et le retour progressif du capitalisme sauvage du 19ème siècle constituent une tentative désespérée de remettre sur pied une économie de marché chancelante. Le démantèlement de la Yougoslavie pendant les années quatre vingt dix ouvre un nouveau cycle de guerres sanglantes mettant à feu et à sang les Balkans, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yemen et le reste suivra probablement… Le dépeçage de l’ex-URSS a permis de son côté l’encerclement de la Russie alors que les intrusions de plus en plus hasardeuses, de plus en plus risquées de l’armée américaine en mer de Chine méridionale visent l’étranglement de l’Empire du Milieu. Une ruée vers l’Est qui s’inscrit dans la continuité des 200 guerres livrées depuis 1945 par l’Occident afin de maintenir son hégémonie sur l’ensemble planétaire avec près de 41 millions de morts et des centaines de millions de blessés et de déplacés. Cette ruée vers l’Est fait penser aux théories géopolitiques d’un Mackinder ou d’un Spykman, le premier croyait que celui qui contrôlerait le Heartland (l’Eurasie) dominerait le monde, le second pensait au contraire que le contrôle du Rimland (Europe Occidentale, Moyen Orient, Chine) permettrait cette domination. Si Hitler en envahissant l’Union Soviétique pendant la deuxième guerre mondiale s’inspirait de la théorie de Mackinder, Roosevelt adhérait quant à lui à la thèse de Spykman. Les stratèges états-uniens actuels, plus gourmands, visent à la fois le Heartland et le Rimland. Une pareille fureur expansionniste s’inscrit dans le continuum historique d’une modernité conquérante dont les Lumières ne cessent depuis deux siècles d’embraser le monde.

En ce début de millénaire une guerre mondiale qui ne dit pas son nom est en train de ravager le Moyen-Orient. Alors que les guerres inter-étatiques européennes avaient pour objectif la consolidation des États-Nations, les conflits intraétatiques actuels visent au contraire la dislocation des nations. Des guerres fratricides déchirent depuis des années des régions entières de l’Asie et de l’Afrique. En Europe, après l’implosion de  l’URSS et de la Yougoslavie le phénomène semble toucher même des pays occidentaux tels que l’Espagne ou encore l’Ecosse. L’État-Nation que Hegel plaçait au summum de l’Histoire serait-il donc tombé en désuétude sous les coups de boutoir de la mondialisation ? Il faut dire que la globalisation d’un côté et le dépérissement de l’État-Providence de l’autre ont fini par ébranler ce modèle politique. Or, pour le politologue J. F. Bayart (9) croire que les États-Nations sont de plus en plus repliés sur eux-mêmes, se désagrégeant face à une mondialisation envahissante n’est que pure illusion. Au contraire, depuis deux siècles les États-Nations ne font que proliférer au fur et à mesure de l’extension du marché mondial. Cette universalisation de l’état-nation résulte de la décomposition de l’empire austro-hongrois, de l’empire ottoman ainsi que des empires coloniaux britannique et français. Le passage d’un monde d’empires tolérant la diversité à un système international d’états-nations imposant aux peuples l’unité culturelle a complètement bouleversé les relations internationales. Du Printemps des Peuples au 19ème siècle au Printemps Arabe actuel, la globalisation se présente comme une triangulation entre trois processus synergiques : l’intégration d’un certain nombre de marchés, l’universalisation de l’état-nation et la montée des identitarismes. L’État n’est nullement la victime de la globalisation, il en est plutôt le produit et l’outil répressif, la définition ethno-confessionnelle de la citoyenneté dont la purification ethnique est le mode opératoire en est l’expression idéologique majeure. Bayart qualifie cette triangulation de matrice nationale-libérale, nationale pour le petit peuple, libérale pour les riches. C’est au moyen d’un tel oxymore que les élites réussissent à mystifier et à manipuler les masses en exaltant leurs fantasmes identitaires. Tel était le cas du peuple allemand sous le règne du national-socialisme. Fragilisés par leur ethnocentrisme séculaire, abusés par une Armada de médias-mensonges, une partie de plus en plus importante des peuples occidentaux se laisse encore une fois prendre au piège. Après un répit de quelques décennies marquées par des clivages sociaux et politiques autour de valeurs de liberté et d’égalité, voilà que ressurgissent les vieux démons du fascisme. Pour l’historien Enzo Traverso, les nouveaux visages du fascisme sont une réponse régressive dans un monde désenchanté en panne d’utopies, qui se nourrit de promesses fantasmées d’un passé mythifié. C’est selon cette logique que Sionisme chrétien, sionisme religieux juif et wahhabisme ne cessent depuis des décennies d’incarner cette régression mythifiée en promouvant l’idéologie de la fin des temps. De plus en plus d’adeptes de l’eschatologie ont tendance à se considérer comme le dernier bastion des témoins de Dieu dans une humanité en perdition. Seul le retour du Messie est en mesure de faire régner la paix et la prospérité une fois le monde purifié du mal qui l’habite. C’est ainsi que sortis tout droit des Écritures, les cavaliers de l’apocalypse s’emparent avec fracas du réel et partent chacun de son coté à la chasse de son antéchrist. Si les sionistes juifs et chrétiens s’emploient depuis plusieurs décennies à vider La Palestine de ses habitants pour créer leur « Terre Promise », Daech et ses avatars massacrent de leur côté irakiens, syriens, yéménites et libyens pour préparer à l’avènement de l’apocalypse. L’idéologie de l’épuration ethnoreligieuse s’empare par ailleurs des néo-fascistes européens qui font du musulman leur bouc émissaire du moment. On est en réalité en présence d’une sorte de  front uni sioniste-wahhabite-néo-fasciste qui vise tout simplement  la dislocation du monde arabe, les quelques attentats perpétrés  en Europe ne sont là que pour mieux brouiller les pistes et susciter la peur. Cette stratégie du chaos que l’Occident n’a cessé d’asseoir semble aujourd’hui atteindre son point culminant. En effet, le catastrophisme apocalyptique ne cesse de prendre de l’ampleur avec la montée en puissance de la nébuleuse évangélique. C’est la religion qui connaît la plus forte progression dans le monde. Le nombre des adeptes dépasse actuellement le demi-milliard. Dans un pays comme la France, les évangéliques sont passés de 50 000 fidèles en 1950 à 600 000 aujourd’hui. Prosélytes, ils n’hésitent pas à utiliser les techniques du marketing pour convaincre, leurs cultes aux allures de show galvanisent la foule et rapprochent des gens qui fuient  leur solitude et leur vide existentiel. Le phénomène semble gagner le monde entier et s’implante même dans des contrées lointaines telles que l’Afrique, le Moyen-Orient, la Chine et l’Inde, si bien que certains penseurs n’hésitent pas à parler d’un réenchantement du monde. Or, lorsqu’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que cette communion avec l’Eternel à travers la musique, la danse et la fraternité joyeuse n’est là que pour mieux cacher la nature ô combien sombre de ce courant religieux. Un prosélytisme virulent anime cette secte pressée d’évangéliser le maximum d’humains avant la bataille finale  d’Armageddon. Après avoir eu raison des théologiens de la libération en Amérique latine, les évangéliques conduisent aujourd’hui une double offensive contre les catholiques et contre les musulmans. Ils fournissent désormais le principal encadrement politique aux États-Unis et étendent leur influence dans le monde via leur armada de missionnaires. Une véritable multinationale de la manipulation religieuse qui en tant que telle développe des stratégies de marketing et de conquête. L’instrumentalisation de l’évangélisme au côté du wahhabisme constitue actuellement l’élément central de la politique étasunienne au Proche-Orient. Les médias occidentaux qui ne cessent d’accuser les islamistes de tous les maux, restent absolument discrets sur les agissements sordides des missionnaires évangéliques dans le monde arabe.  Les évangéliques, qui s’inscrivent dans le mouvement des Chrétiens sionistes, prétendent que la création d’Israel est l’accomplissement de la prophétie biblique annonçant le retour du Messie. Ils se donnent ainsi pour mission l’épuration ethno-confessionnelle de la Palestine historique pour la repeupler de juifs ramenés des quatre coins de la planète à coups de milliards de dollars.  Pour ces adeptes de la fin des temps il n’y a ni solution à deux États, ni même l’ombre d’un palestinien foulant leur prétendue « Terre Promise ». Ils continuent au mépris de tous d’injecter des sommes colossales pour poursuivre la colonisation de la Cisjordanie. Leurs tentatives d’évangélisation du monde arabe vise en particulier les minorités chrétiennes mais aussi certaines communautés musulmanes dont les origines ethniques pourraient servir à des projets sécessionnistes et anti-arabes : c’est le cas avec les kurdes d’Irak et de Syrie, mais aussi avec les Kabyles et les Berbères en Algérie et au Maroc. Bien entendu, cette action de prétendue évangélisation encouragée, financée et protégée par le gouvernement de Washington, ne vise en réalité que la déstabilisation et l’affaiblissement des pays arabes. Ainsi derrière ce rideau de fumée fait d’émotions, de miracles et d’exorcisme, le messianisme des évangéliques ne cesse  de prospérer, multipliant  le nombre de ses adeptes, tous ces laissés pour compte d’un néolibéralisme. en plein délire.

En ces temps du réenchantement factice, messianisme kabbalistique et évangélisme, tous les deux apocalyptiques, s’en vont en guerre contre arabes et musulmans pour hâter la venue du Messie. Il faut cependant préciser qu’au moment de la création d’Israel, le sionisme était politique, c’est seulement après la guerre des 6 jours que le sionisme religieux juif, en sommeil depuis le début du 19ème siècle, s’est subitement réveillé entraînant à sa suite l’éveil du sionisme chrétien. C’est ainsi que pendant le premier congrès sioniste chrétien qui a eu lieu à Bâle en 1985, 600 délégués chrétiens de vingt pays différents ont appelé à reconnaître l’aspect prophétique de la création de l’état d’Israel. Le congrès a appelé par ailleurs à reconnaître Jérusalem comme ville éternelle offerte par Dieu au peuple juif. Ainsi fut scellée la sainte alliance des deux peuples élus, annonçant le commencement de la nouvelle ère judéo-chrétienne. Aujourd’hui, l’AIPAC et les églises évangéliques sont si puissants qu’ils tiennent toute la classe politique étasunienne en otage. La situation est telle qu’on finit par se demander si vraiment on a affaire à une démocratie ou alors à une théocratie déguisée. À partir des années soixante-dix le poids de l’électorat évangélique est tel que des présidents comme Reagan, Bush ou alors Trump n’auraient jamais atteint la magistrature suprême sans le soutien de ce mouvement sioniste chrétien. Reconnaissant ou alors par crainte, défiant le monde entier, Trump reconnaît Jérusalem comme capitale éternelle de l’état d’Israel ! Et pourquoi pas comme capitale planétaire du nouvel ordre mondial comme le propose Jacques Attali !  Comme pour narguer les palestiniens, le président étasunien choisit de transférer son ambassade à Jérusalem le 14 mai, jour anniversaire de la Nakba.  Et pour fêter l’heureux événement, la soldatesque sioniste s’est amusée à tirer comme des lapins de jeunes manifestants à Gaza, tuant plus de soixante personnes et blessant plus de 2700. Un vrai carnage ! Il faut dire que depuis plus de trente ans, la géopolitique occidentale semble s’embourber jusqu’au cou dans les mythes messianiques. Le choc de civilisations n’est en fait que la concrétisation des prophéties messianiques où sionistes juifs et sionistes chrétiens tiennent le beau rôle. Il ne reste alors qu’à donner corps à l’antéchrist. C’est le wahhabisme, cette hérésie schismatique devenue l’idéologie des égorgeurs de Daech qui a été choisi pour remplir cette sale tâche. Sa mission principale est d’éclabousser l’islam. Depuis les années soixante-dix, des troupes wahhabites formées, encadrées, financées et armées par les Etats-Unis et leurs vassaux du Golf constituent l’armée sous fausse bannière qui a servi à précipiter la chute de  l’Union Soviétique  et qui ne cesse de dévaster depuis 2011 l’Irak, la Libye, la Syrie et le Yemen. Le wahhabisme qui a enfanté les Ikhwan,vAl-qaïda et Daech n’est pas un simple rigorisme ni un puritanisme ni même une pétrification de la foi musulmane, mais une dogmatique exclusiviste, dénué de toute spiritualité, qui fait de  la violence une dimension structurelle. Ceux qui s’écartent de la doctrine sont accusés soit de mécréance  soit d’apostasie,  donc passible de mort.  Cette idéologie rappelle à bien des égards la réforme protestante. Cromwell, au 17ème siècle, l’Ancien Testament à la main, massacrait catholiques irlandais et écossais, détruit les églises et assassine les prélarts pour imposer sa nouvelle religion. Les deux courants se rejoignent par ailleurs sur un certain nombre de croyances : littéralité du texte sacré, iconoclasme, destruction des vestiges, rejet des traditions et même des institutions. Le wahhabisme tout comme le protestantisme s’inscrivent sans doute dans ces soubresauts que connaît l’humanité à chaque fois qu’elle se trouve confrontée à une crise de sens. L’idéologie wahhabite, loin d’être une radicalisation de l’islam, en est au contraire la négation. Ce violent mouvement nihiliste religieux a été  instrumentalisé par les britanniques pour mener une guerre d’usure contre un empire  ottoman à l’agonie. Les wahhabites passeront ensuite sous contrôle étasunien à la fin de la première guerre mondiale avec la création de l’état arabe-saoudien.

Djihadistes, c’est avec ce qualificatif que les occidentaux gratifiaient les wahhabites pendant la guerre sovieto-afghane. Aujourd’hui, ces mêmes wahhabites sont chargés de tout une autre mission, celle de dévaster à la fois le monde arabe et de pervertir l’image que le monde occidental se fait de l’Islam, une image déjà suffisamment ternie par plus d’un siècle de colonisation et par les fantasmes dégradants des orientalistes. C’est ainsi que les preux djihadistes se sont subitement métamorphosés en criminels pervers : lapidations, décapitations, immolations par le feu, égorgements…autant de raffinements puisés dans leur livre de chevet : « La gestion de la barbarie ». Voilà que se concrétise enfin ce fameux choc des civilisations : d’un côté une armée de tueurs sous fausse bannière islamique, de l’autre toute l’armada médiatique que les puissances occidentales ont consacrée au dénigrement et à la diabolisation de l’Islam.  Or, pour le politologue Olivier Roy (10), toute cette cruauté n’est nullement la conséquence d’une radicalisation de l’Islam comme on le laisse souvent entendre mais plutôt d’une islamisation de la radicalité. Victimes d’un nihilisme générationnel, des jeunes en rupture totale avec leurs familles et leur milieu, souffrent de ce que l’historien François Hartog (11) nomme le Présentisme, ce régime d’historicité qui abolit tout lien avec le passé et toute projection dans le futur, enfermant ainsi l’individu dans un présent sans issue. Face à un monde stérile, incapable de produire du sens, de plus en plus de jeunes plongent dans un nihilisme destructeur.  Des crimes insensés ponctuent notre quotidien un peu partout sur la planète. Lorsqu’on regarde du côté des États-Unis, on est frappé par la fréquence des crimes de masse qui ensanglantent ce pays. Des attentats tout aussi absurdes qu’odieux visent écoles, universités, boîtes de nuit… mais que les médias ont vite fait de jeter dans les oubliettes des faits divers. A ce nihilisme générationnel fait écho un nihilisme encore plus destructeur, le nihilisme millénariste. C’est parmi les nihilistes générationnels que les sectes sioniste, évangélique et wahhabite, toutes millénaristes, viennent recruter leurs adeptes.  DAECH, devenu EI (Etat Islamique) n’a en fait rien d’un état et rien d’islamique, ce n’est qu’un conglomérat de mercenaires et de nihilistes qui pensent que leur propre mort est un signe avant-coureur de l’apocalypse, un présage de la fin des temps. Fasciné par la mort de soi et des autres, l’EI n’est pas comme l’insinuent les médias occidentaux, un projet de restauration du califat mais une entreprise de démolition, d’anéantissement du monde arabe simplement parce qu’il s’est trouvé là où il ne fallait pas, tout comme d’ailleurs les peaux rouges ou encore les aborigènes … Mais ne dit-on pas que l’arrivée du Machiah sera nécessairement précédée des douleurs de l’enfantement ! Il semble que la fin des grands récits a complètement déboussolé une humanité qui n’a rien trouvé d’autre que de replonger dans les profondeurs abyssales de ses mythes. Nous voilà donc témoins de la renaissance de l’homme véritable longtemps enfoui sous la modernité, un homme rendu à son essence première d’Homo religiosus comme le souligne Georges Corm (12). L’identitarisme ethno-confessionnel, plutôt ethnique avec le national-socialisme, vire actuellement au confessionnel avec le national-libéralisme. En instrumentalisant des sectes extrémistes, apocalyptiques, tous ces marchands d’illusions identitaires seront les premiers surpris par l’ampleur catastrophique de leur choc des civilisations. Si pendant la deuxième guerre mondiale les russes ont mis fin à la démence nazie, qui saura arrêter aujourd’hui cette folie messianique qui incendie le monde arabe mais qui ne manquera pas de s’étendre. Les risques d’une déflagration généralisée sont grands surtout lorsqu’on sait qu’ Israël, dirigé par des sionistes religieux fanatiques, est en possession  de plus de 150 bombes nucléaires et de 6 sous-marins nucléaires.

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaitre, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres disait Gramsci. Or avec des Donald Trump,  des John Bolton, des Mike Pompéo ce nouveau monde risque bien de ne jamais voir le jour. En moins de deux ans de pouvoir le président étasunien a quitté de manière unilatérale des accords internationaux relatifs au climat, au commerce, au nucléaire iranien ou encore au statut de Jerusalem, mettant ainsi en péril le fragile équilibre mondial. Trump n’est au fait ni un original ni un déviant comme on peut l’imaginer, il s’inscrit plutôt dans le continuum de cette stratégie du choc qui a fait les beaux jours du néolibéralisme et qui atteint aujourd’hui son stade ultime. Les Etats-Unis qui ne cessent de fantasmer à propos de leur empire unipolaire ne sont en réalité qu’un état-nation, un gros état-nation qui se débat dans ses contradictions d’état-nation et qui possède suffisamment de force et de violence pour dominer et pour détruire mais rien pour rassembler.

Fethi Gharbi

1) Alain Ehrenberg , La fatigue d’être soi. Dépression et société.

2) Claude Dubar : La crise des identités

3)http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20151002.OBS6923/une-tuerie-de-masse-par-jour-aux-etatis-unis-plus-de-morts-que-par-le-terrorisme.html

4) Fethi Benslama : Un furieux désir de sacrifice

5) Bernard Stiegler : Dans la disruption, comment ne pas devenir fou!

6) Grandeur thermodynamique exprimant le degré de désordre de la matière

7) voir l’article : De l’art de gouuverner le monde https://www.legrandsoir.info/de-l-art-de-gouverner-le-monde.html

8) http://revuelespritlibre.org/anthropocene-ou-capitalocene-quelques-pistes-de-reflexion

9)  Jean François Bayart :  L’immpasse national-libérale

10) Olivier Roy : Le Djihâd et la mort

11) François Hartog :  Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps

12)  Georges Corm : La question religieuse au XXI ème siècle

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Fethi Gharbi

La thérapie de choc ou la maïeutique néolibérale

Choc thérapie

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.
Antonio Gramsci

Fethi Gharbi

Nous sommes les témoins et les acteurs d’une époque charnière caractérisée par l’éclipse des repères et par l’éfritement des échelles de valeurs. C’est ce vide insupportable régi par le chaos que viennent investir avec la violence d’un ouragan les obsessions mortifères de tous ces hallucinés de la pureté originelle. Nous vivons en effet une drôle d’époque où les tenants du néolibéralisme le plus sauvage se détournent des pseudo-valeurs décrépites de l’idéologie libérale et s’appuient de plus en plus sur les fanatismes religieux devenus plus porteurs, donc plus propices aux manipulations. Mais cette alliance apparemment contre-nature ne constitue en fait qu’un paradoxe formel. Comme le souligne Marc Luyckx Ghisi, l’intégrisme religieux est ce sacré de séparation qui impose à l’homme de dédaigner son vécu pour retrouver le chemin de dieu. Dans le même ordre d’idées, la modernité, avec toutes ses nuances idéologiques, n’a cessé pendant voila plus de deux siècles de déconnecter totalement l’homme de sa place dans le monde en le soumettant aux pulsions d’un ego inassouvissable. Deux visions du monde, diamétralement opposées mais qui se rejoignent en déniant à l’homme sa véritable identité, cette dimension duelle, tout à la fois matérielle et spirituelle, seule en mesure d’assurer à notre espèce un équilibre salvateur.

Le rouleau compresseur néolibéral qui a entamé depuis 1973 sa course macabre au Chili puis en Argentine n’a épargné ni la population britannique sous Thatcher ni américaine sous Reagan et a fini par écrabouiller l’économie de l’ensemble du bloc communiste. Avec l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, l’hystérie reprend de plus belle et tente non seulement de mettre la main sur les ressources naturelles mais de disloquer irrémédiablement le tissu social et d’anéantir les états de ces pays. Voilà qu’aujourd’hui, tous ces peuples révoltés du Maghreb et du Proche Orient s’éveillant de leur euphorie, se retrouvent eux aussi pris dans le pire des cauchemars : Les chicago-boys islamistes assaisonnés à la sauce friedmanienne poussent à la vitesse d’une Caulerpa taxifolia et envahissent soudainement l’espace sous le soleil revivifiant du printemps arabe. Un tel enchainement de violences a retenu l’attention de la journaliste canadienne Noami Klein qui en 2007 écrit “la strategie du choc” et s’inscrit ainsi en faux contre la pensée ultralibérale de Milton Friedman et de son école, “l’école de Chicago”. Noami Klein s’est probablement inspirée, pour mieux le contester, du leitmotiv friedmanien “thérapie” ou encore “traitement” de choc. Cela n’est pas sans nous rappeler la crise économique de 1929 qui sans laquelle Roosevelt ne serait jamais parvenu à imposer le New Deal à l’establishment de l’époque. C’est donc à la faveur d’une crise que le keynésianisme à pu s’installer au sein d’une société ultralibérale. S’inspirant probablement de ce schéma, Friedman a pensé que seuls les moments de crises aiguës, réelles ou provoquées, étaient en mesure de bouleverser l’ordre établi et de réorienter l’humanité dans le sens voulu par l’élite.

C’est donc à partir des années soixante dix que selon la thèse de Noami Klein le monde s’installe dans ce qu’elle appelle « le capitalisme du désastre ». Cataclysmes naturels ou guerres sont autant de chocs permettant d’inhiber les résistances et d’imposer les dérégulations néolibérales. La stratégie du choc s’appuie tout d’abord sur une violente agression armée, Shock and Awe ou choc et effroi, servant à priver l’adversaire de toute capacité à agir et à réagir; elle est suivie immédiatement par un traitement de choc économique visant un ajustement structurel radical. Ceux du camp ennemi qui continuent de résister sont réprimés de la manière la plus abominable. Cette politique de la terreur sévit depuis voilà quarante ans et se répand un peu partout dans un monde endiablé par l’hystérie néolibérale. Des juntes argentine et chilienne des années soixante dix en passant par la place Tiananmen en 1989, à la décision de Boris Eltsine de bonbarder son propre parlement en 1993, sans oublier la guerre des Malouines provoquée par Thatcher ni le bombardement de Belgrade perpetré par l’OTAN, ce sont là autant de thérapies de choc necessaires à l’instauration de la libre circulation du capital. Mais avec l’attentat du 11 septembre 2001, l’empire venait de franchir un nouveau palier dans la gestion de l’horreur. Susan Lindauer, ex-agent de la C I A (1) affirme Dans son livre Extreme Prejudice que le gouvernement des Etats Unis connaissait des mois à l’avance les menaces d’attentats sur le World Trade Center. Elle ajoute que les tours ont été détruites en réalité au moyen de bombes thermite acheminées par des camionnettes quelques jours avant les attentats. Le traitement de choc ne se limitait plus à susciter l’effroi dans le camp ennemi mais aussi dans son propre camp dans le but de terroriser sa propre population et de lui imposer les nouvelles règles du jeu. C’est ainsi qu’en un tour de main furent votées les lois liberticides du Patriot Act et les budgets nécessaires à l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak.

Cependant, Quarante ans de pratique de la dérégulation n’ont pu dynamiser l’économie mondiale et la dégager du marasme dans lequel s’est englué le capitalisme productif. Mais cherche-t-on vraiment à dynamiser quoi que ce soit?! La financiarisation de l’économie au lieu d’être la panacée tant escomptée a au contraire plongé le monde dans une crise systémique couronnée par le fiasco retentissant de 2008. Cette domination de la finance libéralisée a démontré en définitive que les mar­chés sont incapables de s’autoréguler. La crise a prouvé par ailleurs que la financiarisation n’est en fait qu’une dépravation de l’idée d’investissement, de projet, de projection dans l’avenir qui a toujours caractérisé le capitalisme productif. Ce qui se pratique aujourd’hui c’est essentiellement une économie usuraire, obsédée par l’immédiateté du profit et convaincue du fait que l’argent rapporte à lui seul et sans délai de d’argent. C’est donc dans ce tourbillon de l’autoreproduction du capital que le monde se trouve pris. Le néolibéralisme n’est en fin de compte qu’une vaste opération spéculative visant le transfert massif des richesses vers une grande bourgeoisie atteinte de thésaurisation compulsive, obnubilée par ses pulsions de destruction, ayant perdu définitivement la foi dans l’avenir.

L’agonie du capitalisme productif s’accompagne d’une déliquescence du politique. En effet, après la sécularisation du religieux, il semble aujourd’hui que c’est au tour du politique de subir le même sort. C’est bien en effet depuis le 19ème siècle que le politique s’est emparé progressivement de la gestion du sacré. L’État a fini par exiger de ses sujets la même allégeance que l’Église imposait à ses fidèles. La citoyenneté et la nation sont sacralisés et la patrie va jusqu’à exiger de l’individu le don de sa vie. Le vingtième siècle a été le témoin de ces “religions séculières” qui ont fait du politique un objet de foi et le fascisme a été la forme exacerbée de ce culte voué au politique. Mais avec l’effondrement du communisme et du keynesianisme l’institution politique commence à s’ébrècher et semble complètement se déliter de nos jours. Les prérogatives de l’Etat se réduisent comme une peau de chagrin et le politique a fini par être totalement vassalisé par l’économique. En effet, l’Etat n’a pour fonctions aujourd’hui que de promouvoir l’économique et d’assurer sa sécurité, encore que dans un pays comme les États Unis une bonne partie de l’armée soit tombée entre les mains de sociétés privées. Ainsi, les derniers remparts contre la déferlante subjectiviste viennent de s’écrouler et la mort de l’ État en sonnant le glas des transcendances annonce le triomphe insolent d’une modernité ayant atteint son faîte.

L’ego ainsi libéré de toute transcendance succombe à ses pulsions destructrices. La fièvre de la dérégulation qui s’empare du monde n’est pas synonyme de libéralisation comme le prétendent les ultralibéraux mais d’abolition systématique des règles et des lois qui ont toujours régi et organisé la société des hommes. Si le clivage traditionnel gauche/droite tournait autour du partage de la plus-value au sein d’une société régulée même si elle soufrait d’injustice, le clivage actuel oppose régulation et dérégulation et laisse présager l’avènement d’un monde chaotique. Mue par la pulsion narcissique de la toute puissance, l’oligarchie mondialiste nie toute altérité et s’engage frénétiquement dans un nihilisme destructeur parachevant de la sorte la trajectoire d’une modernité fondée entre autre sur la divinisation de l’ego, la compétition et la chosification de l’humain. Ce narcissisme délirant, pur produit du messianisme inhérent à l’histoire et à la culture nord-américaine a toujours caracterisé l’élite anglo-saxonne étasunienne. Une élite qui ne cesse depuis le milieu du 19ème siècle d’arborer son Manifest Destiny. A la fin de la première guerre mondiale, Wilson affirmait : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté » et George W. Bush d’ajouter en s’adressant à ses troupes au Koweit en 2008 : « Et il ne fait pour moi pas un doute que lorsque l’Histoire sera écrite, la dernière page dira la victoire a été obtenue par les États-Unis d’Amérique, pour le bien du monde entier ». Depuis deux decennies, l’élite ploutocratique en versant dans le néolibéralisme semble irrémédiablement atteinte de perversion narcissique où se mêlent haine et mépris de l’altérité, volonté de puissance, sadisme et manipulation. Une interview du cinéaste américain Aaron Russo (2) enregistrée quelques mois avant sa mort permet de mesurer le degré atteint par une telle perversion. Les guerre menées contre le monde arabe et les restrictions des libertés en Occident annoncent l’univers stalinien dont rêve la ploutocratie étasunienne. Un univers qui rappelle bien “1984″ de Georges Orwell que d’aucuns considèrent comme prémonitoire. Il serait plutôt plus pertinent d’y voir la source d’inspiration des think tank américains dans leur quête totalitaire.

Avec le néolibéralisme, nous passons d’une économie de l’exploitation du travail à une économie de la dépossession. La combinaison de l’endettement public, de l’endettement privé et de la spéculation financière constitue l’outil privilégié de ce hold-up du millénaire. En effet les conditions de remboursement sont arrangées de telle sorte qu’elles ne puissent aboutir qu’à la faillite des débiteurs, qu’ils soient individus ou états. Pratique systématique de l’usure, plans d’ajustement structurel, paradis fiscaux, délocalisations, compétitivité, flexibilité sont autant d’armes pour casser tous les acquis des travailleurs et démanteler les frontières nationales au profit d’une minorité avare de banquiers et de multinationales. Face à une telle escalade, la gauche européenne semble totalement hypnotisée n’ayant probablement pas encore digéré l’implosion de l’URSS. Mais quelle alterntive pourrait bien proposer une gauche qui a toujours hésité à mettre en doute le projet ambigu de la modernité et qui a toujours souscrit au développementisme! En se battant uniquement sur le front du partage de la plus-value, la gauche, de compromis en compromission, a permis au système d’atteindre sa phase finale avec le risque d’ine déflagration tous azimuts.

Face à cette capitulation, l’oligarchie mondiale a renforcé encore plus sa domination en récupérant tout en les pervertissant un ensemble de valeurs libertaires. Elle a su si adroitement profiter du concept cher à Gramsci, celui de guerre de position. En effet, dans les pays Occidentaux, le démantèlement du politique s’effectue non par la coercition mais par l’hégémonie, cette “puissance douce” permettant une domination consentie, voire même désirée. C’est ainsi que l’idéal anarchiste, égalitaire et antiétatiste fut complètement faussé par l’idéologie néolibérale. Les anarcho-capitalistes en rejoignant les anarchistes dans leur haine de l’état, considèrent par contre que le marché est seul en mesure de réguler l’économique et le social. Déjà à partir des années soixante l’idée du marché autorégulateur commençait à prendre de l’ampleur. Le néolibéralisme naissant, rejeton du capitalisme sauvage du 19ème siècle, s’allie paradoxalement à l’anticapitalisme viscéral des soixante-huitards pour s’élever contre l’autoritarisme et prôner une société ouverte et libérée de toutes les formes de contraintes. Ainsi du mythe d’une société sans classes des années soixante dix on succombe au nom de la liberté aux charmes d’une société éclatée faite d’individus atomisés. Ce culte de l’ego, synonyme de désintegration de toutes les formes de solidarité, constitue la pierre angulaire de la pensée anarcho-capitaliste et se reflète dans les écrits de théoriciens tels que Murray Rothba ou David Friedman. Ces derniers n’hésitent pas de prêcher le droit au suicide, à la prostitution, à la drogue, à la vente de ses organes…et vont jusqu’à avancer que l’enfant a le droit de travailler, de quitter ses parents, de se trouver d’autres parents s’il le souhaite…C’est ce champs de la pulsuonalité débridée qui commande désormais les liens sociaux et ruine les instances collectives ainsi que les fondements culturels construits de longue date. Comme le souligne Dany-Robert Dufour (3), Dans une société où le refoulement provoqué par le ” tu ne dois pas ” n’existe plus, l’homme n’a plus besoin d’un dieu pour se fonder que lui même. Guidé par ses seules pulsions, il n’atteindra jamais la jouissance promise par les objets du Divin Marché et développera ainsi une addiction associée à un manque toujours renouvelé. Aliéné par son désir, excité par la publicité et les médias, il adoptera un comportement grégaire, la négation même de cette obsession égotiste qui le mine. Ayant cassé tous les liens traditionnels de solidarité, l’individu s’offre aujourd’hui pieds et poings liés à une ploutocratie avide, sure de sa surpuissance. Si la stratégie néolibérale triomphe de nos jours, c’est bien parce qu’elle a su gagner cette guerre de position en menant à bien son offensive… idéologique.

Mais cette entreprise de désintégration du politique suit tout un autre cheminement lorsqu’elle s’applique aux pays de la périphérie. Le plan du Grand Moyen Orient mis en oeuvre depuis l’invasion de l’Irak et qui continue de fleurir dans les pays du printemps arabe combine à la fois la manipulation et la coercition. Si dans les pays du centre, la stratégie s’appuie sur l’atomisation post-moderne, dans le monde arabe, on tente par la fomentation des haines ethniques et religieuses de désintégrer ces sociétés et de les plonger dans les affres d’une pré-modernité montée de toute pièce. On essaie ainsi de les emmurer comme par magie dans un passé hermétique et prétendument barbare. Voici donc que le monde arabo-islamique se trouve soudainement embarqué à bord de cette machine à remonter le temps tant rêvée par Jules Verne. Egotisme post-moderne et tribalisme barbare formeront ainsi les deux pôles de cette dichotomie diaboliquement orchestrée qui est à l’origine de la pseudo fracture Orient Occident. C’est à l’ombre de ce show du choc des civilisations que s’opère la stratégie du chaos créateur.

Quelques actes terroristes spectatulaires par ci, campagne islamophobe surmédiatisée par là et le décor est dressé. Perversion narcissique et déni de soi, réminiscences de la déshumanisation coloniale, se font écho et s’étreignent. Les invasions occidentales deviennent d’autant plus légitimes qu’elles se prétendent garantes d’une civilisation menacée. A la violence répond paradoxalement la haine de soi et l’autodestruction. Celle-ci se manifeste par des réactions individuelles souvent suicidaires, témoignant d’un malaise social exacerbé face au désordre politico-économique régnant. Dans un pays traditionnellement paisible comme la Tunisie, le nombre des immolés par le feu et par l’eau se compte par centaines. Appeler la mort à son secours devient l’ultime alternative qui s’offre à tous ces désespérés. C’est sur ce fond pétri d’échecs cumulés depuis les indépendances que vient se greffer le rêve morbide de tous ces hallucinés régressifs fuyant la domination d’un Occident mégalomaniaque. L’aube de l’islam, devenue ce paradis perdu de la prime enfance constituera le refuge par excellence car situé derrière le rempart infranchissable et sécurisant des siècles. C’est ainsi qu’une irrésistible quête régressive ne souffrant aucune entrave et se dressant violemment contre toute alternative embrase depuis plus de deux ans le monde arabe. Or ce salafisme aveugle, impuissant face à la domination occidentale, préfère s’adonner à l’autoflagellation. L’Empire n’a pas mieux trouvé que de tourner le couteau dans la plaie narcissique de populations aliénées depuis longtemps par l’oppression coloniale. Il s’agit de raviver cette névrose du colonisé par des menées médiatiques où se mêlent l’offense et le mépris. Tout l’art consiste ensuite à orienter cette explosion de haine vers les présumés avatars locaux de l’Occident et de tous ceux qui de l’intérieur freinent cette marche à reculons. Les gourous islamistes à la solde des monarchies du Golfe et des services secrets américains se sont bien acquittés de cette tâche en poussant au Jihad contre leurs propres nations des dizaines de milliers de fanatiques survoltés. Un superbe gâchis qui en quelques années a fini par ruiner la majorité des pays arabes. Le chaos, faute d’être créateur resplendit par sa cruauté et sa gratuité, mais l’Empire ne fait aujourd’hui que s’enliser de plus en plus dans les sables mouvants de Bilad el-Cham. La forteresse syrienne ne semble pas ceder, cadenassant ainsi la route de la soie et le rêve hégémonique des néoconservateurs. Les dirigeants étasuniens, tout aussi prétencieux qu’ignorants de la complexité du monde arabo-musulman ont cru naïvement pouvoir tenir en laisse tous ces pays en louant les services de la confrérie des frères musulmans.

Après le grandiose mouvement de révolte égyptien et la destitution de Morsi, après la correction infligée à Erdogan et le renversement honteux de Hamad, les frères semblent irrémédiablement lâchés par leur suzerain. Un leurre de plus? Ou alors, comme le souligne le politologue libanais Anis Nakach, les frères musulmans n’ont été hissés au pouvoir que pour mieux dégringoler eux et leur idéologie islamiste devenue totalement contre-productive..pour les néolibéraux. Il s’agit maintenant de remettre le Djinn dans la bouteille et de le plonger dans la mer de l’oubli après qu’il se soit acquitté honorablement de sa tâche. Les masses arabes, après deux ans de désordre sous la direction des frères finiront par se jeter sans hésitation dans les bras des libéraux. Mais une autre raison a certainement réorienté la politique étasunienne : c’est cette ténacité des russes à défendre leur peau coûte que coûte. La prochaine conférence de Genève sur la Syrie changera fort probablement la donne au Moyen Orient en accordant plus d’influence à la Russie dans la région. Le thalassokrator américain, balourd sur les continents, préfère apparemment tenter sa chance ailleurs, sur les eaux du Pacifique…

En attendant, l’incendie qui embrase le monde arabe n’est pas près de s’éteindre de si tôt et les apprentis sorciers, épouvantés par l’agonie de leur vieux monde, continueront d’écraser, dans ce clair-obscur de l’histoire, tout ce qui contrarie leur folie hégémonique. ..

Dans la théorie du chaos, soit le système se transforme, soit il s’effondre totalement. Un simple battement d’aile peut changer le monde semble-t-il…

Fethi GHARBI

Notes de bas de page:

1) 11-Septembre : Susan Lindauer et les bandes vidéo manquantes du World Trade Center

2) Aaron Russo Interview Sur Nicholas Rockefeller

3) Dany-Robert Dufour ; Le Divin Marché – La révolution culturelle libérale

On supporte tous un cochon endormi…

Ayant décidé de faire la guerre à la pauvreté, il a laça  une grenade sur un pauvre. Les Cyniques, circa 1968

Le fardeau fiscal des contribuables va s’alourdir encore un peu plus en 2015-2016, Québec ayant décidé de puiser dans leurs poches 262 millions de dollars supplémentaires pour atteindre son objectif de déficit zéro. La Presse 

Depuis 2008, c’est la longue glissoire des gouvernements pour essayer de « redresser » l’économie. Personne ne parle de mondialisation et de libération des marchés: Ils sont naïvement perdus dans leurs analyses « interne » et bouchées. Ils ont fait Harvard, mais ça ne les empêche pas des êtres des pisse-vinaigre idiots. Des avares pour certains, mais des donateurs diligent pour un bataillon d’hommes d’affaires zombies.

Inhumanisés!

De l’huile dans les veines et des chiffres agrippés aux neurones. Il ne connaissent que ça. Bizarrement, la masse qui les nourrit – ladite classe moyenne – se dessèche. À force de tirer l’eau du puits, on fabricote un petit désert. Et ils s’acharnent en en tirer, goutte à goutte, de  cette masse de petits dignitaires angéliques, probe, laineux-moutonneux, pancartant dans les rues à l’heure précisée par les dignitaires-curés du bien du peuple, tout ce qui peut nourrir la race des Morlocks 

Ce qu’il y a d’agaçant dans se « mesures » pour redresser l’économie, c’est l’admirable charabia allié à la confiture des chiffres des « intervenants économiques », tous lustrés, dans une liturgie 21 ième siècle. Crédo et déisme métal-froid. Des cartésiens monocles: Ils voient d’un oeil, mais sont aveugles de l’autre… En plus, sourds des murmures, des cris, de la VÉRITÉ, crachés par les médias alternatifs.

Les SDF mondialisés  traînent leur chien, leur cochon, parce qu’ils les aiment. Nous traînons les nôtres par manque de choix. C’est la nouvelle forme de colonisation et d’empires invisibles qui a vu le jour au siècle dernier sous promesse de « richesses et d’accès à la bourgeoisie financière. Elle n’existât que pour enrichir le « pouvoir invisible » des conglomé-rats.

Nous voilà dans la promesse du Bonheur 2020, 2025, 2040… Comme une puante odeur de réchauffé du siècle dernier.

On supporte toujours des cochons endormis: plus ils s’engraissent les uns les autres, plus nous étouffons et ne pouvons dormir.

Gaëtan Pelletier

3 décembre 2014

Ceux qui se tirent dans le pied pour vivre…

Le deuxième danger, c’est une fausse manoeuvre. On a attribué à cette richesse monétaire, coupée de tout lien efficace avec le réel, une valeur nominale qui équivaut à 10 ou 100 fois – avec les produits dérivés, on ne sait plus très bien – celle des biens dont on prétend qu’elle est le symbole. À l’actif d’individus et de corporations sont inscrits des dizaines de trillions de dollars, qui ne pourraient être mis en circulation sans que l’on ne se rende compte qu’ils ne représentent aucune valeur.

La plupart de ces trillions de dollars sont en Bourse, aux confins de l’hyperespace, constituant une valeur totalement évanescente qu’il suffirait d’une crise de confiance pour faire disparaître. Priez pour votre âme, car l’hyperespace financier est un univers bien précaire. Pierre JC Allard, Jouer dans l’hyperespace

Le vieux couple

Quand j’étais enfant, dans mon petit village que 300 ou 400 âmes, un village enfermé au fond d’un pays qui donnait des terres aux pauvres pour qu’ils sèment du navet, des carottes, des choux, et des alambics…

C’était vers la fin des années 50. Au grand classement de l’internet du petit village : un couple.

Un couple de vieux qui ne mangeaient que du gruau.

Et quand les sacs étaient vides, ils y cachaient leur argent… Pour leurs vieux jours. Je pense qu’ils avaient déjà près de 80 ans.

C’était « au temps du steak «  et tout le monde trouvait le couple étrange : ils se privaient. Mais tout le monde enviait le couple : il était riche.

La tristesse du vieillissement, pour certains, c’est d’avoir toujours peur de manquer de quelque chose. Comme cette chanteuse québécoise qui a souffert pendant son enfance, et qui une fois fortunée s’est acheté deux frigos.

Passons.

Je sais… Mourir,  c’est partir un peu…

On dirait que l’humanité cultive les frigos…

 

Le syndrome de la rallonge de la vie

Le vieux couple avait peur de manquer d’argent pour s’acheter du gruau mais finalement, quand ils moururent, il y avait trois sacs de gruau et 30 sacs d’argent.

C’est le gruau qui les a fait vivre aussi vieux. Pas l’argent. Ils ont transformé leur peur en une chose qui ne nourrit pas.

Mais ce n’est pas seulement de la nourriture dont je parle, mais de la peur et du grand vide qui nous habite, du bel illusoire.

Il n’y a rien à bouffer dans un sac d’argent. Et le gruau ne bouche pas les artères. Mais personne ne le savait en ce temps-là. Il fallait bouffer du rouge pour être fort et en santé.

 

L’autre vieux couple

La problématique du vol des terres, mise en lumière lors des récentes crises alimentaires, est aujourd’hui d’une actualité brûlante tant le rythme s’accélère. Que cela soit en Afrique, en Asie, en Amérique latine et maintenant en Europe de l’Est, le nombre et la surface de terres vendues à des État ou des multinationales ne fait que croître. Les conséquences sont terribles pour les territoires touchés : destructions des cultures vivrières dans des pays déjà touchés par la faim, destruction des systèmes sociaux basés sur une petite paysannerie, appauvrissement des terres, pillages des ressources en eau… La terre est devenue un bien marchand comme un autre, une nouvelle proie pour les affameurs capitalistes. Saguenay Blogspot

 

 

Les riches engrangent leur gruau, cachent leurs fortunes pour  grossir leurs fortunes. Dans un vieux couple : la  politique est les affaires. La politique est le sac à gruau et les affaires se servent des sacs pour engranger leur avoir.

Mais ils sont tellement gourmant qu’ils finissent par n’amasser que du non-réel pour tenter de ramasser encore du non-réel pour investir dans le réel. Ou du moins ce qui semble être ainsi. Puisqu’à force de mettre de l’eau….

Pout ceux qui prennent leur pied : le trio débile

On a créé le papier par nécessité : plus les transactions grossissaient, plus il fallait mouvoir son avoir réel. Il y eut alors un génie pour créer le papier-transaction.

Papier ou pas papier, virtuel – comme les comptes à payer ou les cartes de crédit- on a perdu tout sens du  réel.

On en est à valser dans le virtuel.

On est certain que le papier a de la valeur… Ou les chiffres électroniques.

Ou on s’en fout… Puisque tout le monde joue…

Avec la venue des méthodes modernes, on a vite oublié que le but de « l’argent » n’est qu’échanger des biens qui sont consommables.

La vache pour la vache.

Le troupeau transformé en papier.

Le papier transformé en virtuel.

 

Les crétins de riches et de compagnies se tirent dans le pied.

C’est pour ça qu’un jour, rien ne marchera…

Même pas les riches.

Gaëtan Pelletier

 

L’art du « désardinage »…

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« Il faut rire sans comprendre , parce qu’on est Homme, et comprendre sans rire parce qu’on est rien » Marcel D’Amboise

Entre l’arbre et l’écorce, 1988

Dans le graphique ci-dessus, on peut voir qu’au cours de l’année 1962, au plus fort de la guerre froide, pas moins de 178 essais furent réalisés. Quant à la plus grosse arme nucléaire testée au monde, la « Tsar Bomba » russe dont l’énergie déployée dépassa les 55 mégatonnes, elle fut testée en 1961. Elle représenta une explosion 3 000 fois supérieure à celle d’Hiroshima.

Carte : Le nucléaire et la Nouvelle-Zemble (Russie)

Carte : Le nucléaire et la Nouvelle-Zemble (Russie)

Les essais nucléaires 

Dans la série des réussites de l’homo erectus, on gagné le gros lot de la bêtise. Tout ça par le charme discret des mécanos du nucléaire et de la charmante politique guerrière qui soudoie la jeunesse avec des armes et de fausses missions.

Le beau jardin de Moustaki, le rond jardin a été que trop postillé par quelques poisons à forme humaine venud  passer quelques années ici. Une petite vie avec de grands projets, une « VISION »… Et tout cela pour saupoudrer la petite boule sur laquelle nous vivons.

On ne peut pas vivre et -surtout- faire vivre, avec un coeur qui bat dans une âme déjà morte. Et tous les peuples de la Terre ont payé pour cette tuerie lente et jardinage à l’épandage de produits qui durent des siècles. Des champignons magiques non comestibles. Non comestibles ni par notre chair, ni par nos reins, ni par nos poumons, pas même une infime cellule de notre corps.

Plus d’air…

Nous respirons notre bêtise. Nous mangeons notre lâcheté. Mais davantage notre incapacité à juger par nous-mêmes du bien et du mal, non pas à travers les livres, les dieux, mais à travers la lecture de la Nature. Pas à travers les grands parleurs et vendeurs de « formats sociaux, mais à travers un peu de respect et d’amour, d’acceptation de nos différences.

Belle bête que ce « nouvel Homme » applaudissant, technocrasse, étourdi.

Il connaît le cosmos, ( du moins il le prétend), les sciences, la balayeuses électrique, l’épilation mâle,la chimie du gâteau,  le robot culinaire, le marketing,  et le reste de la quincaillerie de l’art de rendre aveugle des « kids » imberbes qui s’en vont se faire mutiler dans des pays lointain pour du pétrole, du pouvoir, d’apparence de « bien ».

Nous sommes tous un peu le poil de la queue des meneurs du totalitarisme mondial…

Échec et Math…

Vive le roi!

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Au lieu de continuer le jardin, il en a fait un jeu d’échec…

Nous déboulons sur une boule bleue…

Il faut savoir choisir ses champignons…

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Gaëtan Pelletier

22 avril 2014

Aux arbres citoyens!

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En 2009, le bonzaï à talonnettes se demandant ce qu’il pouvait encore dévaster en France, dans cette vision libre et non faussée et à court terme qui caractérise nos larbins ultralibéraux à la mesure de leur incompétence, de leur pauvreté d’esprit et de leur cupidité, décida sur des estimations erronées, d’augmenter la coupe de bois de 40% du patrimoine forestier.
Non content d’avoir massacré l’Office National des Forêts, à coups de réformes régressives dont la baisse de 20% des effectifs avec pour bilan le suicide de 24 gardes forestiers, gardiens sans doute un peu trop vigilants de notre biodiversité, il engagea avec enthousiasme la surexploitation intensive de notre forêt.
Couper plus pour respirer moins.
L’arbre devenait une marchandise comme les autres et la forêt, considérée à l’aune de l’industrie productiviste comme un gisement de richesse ultra compétitif.
Sauf que la forêt, renouvelable à cinquante ans, autant dire par les temps qui courent le changement climatique et les joyeux pics de pollution, jamais, on était mal barré question développement durable comme on dit dans la novlangue de chez nous.
François Hollande dont le changement s’était le jour même de son élection dissout dans la continuité pareille trouvant l’idée excellente, s’empressa de confirmer cette décision avec la foi du charbonnier converti et ce discernement visionnaire qui va si bien à son double menton.
– méga scieries, méga projets biomasse, coupes gigantesques offertes à des traders du bois à prix cassé sous la pression des lobbys industriels, pour une culture exclusive d’espèces résineuses dopée aux pesticides, vouée à la spéculation pour plus de rentabilité immédiate ; ou comment faire du profit tout en s’asphyxiant.
Enrichir quelques pères d’aujourd’hui pour ruiner les enfants de demain.
Et c’est ainsi qu’à partir du 8 avril 2014, les sénateurs examineront le projet de loi d’avenir sur l’agriculture et la forêt (LAAF) consistant grosso merdo à, faire table rase de nos forêts, aller aux champignons à découvert et pique niquer à l’orée du pas de bois.
C’est pourquoi je vous encourage à y aller fissa de votre signature, pour jouir demain du droit, entre autres, de pisser contre un arbre, de grimper dessus ou de piquer un roupillon à son ombre.
Dans ce monde au rabais ou la tête de bite socialisse, Lamy de la finance et de l’oligarchie ventrue et de Goldman Sachs, nous promet « courageusement » un salaire de misère pour un boulot de merde, il est plus qu’urgent de rappeler, que « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants » et que contrairement à ces bûcherons de la pensée tronçonnée, le pragmatisme justement, nous conseille « d’écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe » et d’investir sur l’avenir plutôt que de tout niveler par le pire.
Si « celui qui a planté un arbre avant de mourir n’a pas vécu inutilement », on peut aisément en déduire que nombre de nos politicards n’auront servi à rien. Quant à moi tout à mon optimisme, je cours planter deux glands et acheter un hamac.

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Via, Le humeurs de Marissé 

La capiteuse histoire de l’outil pensant

La vie est belle, mais elle a une odeur de hareng qui a passé trop de temps dans un bureau. Ouvrez les fenêtres. Nous sommes des épongés de l’âme et des poissons fumés et enfumés aux théories fumeuses.

Étonnamment, nos dirigeants ont pris la même route du virtuel que Face de Book: ils nourrissent de grands projets électroniques. Nous sommes des « emplois « , pas des humains. Des emplois. Et ils sont tous amis, d’amis qu’ils ne connaissent pas. Fondue chinoise et abracadabrante.

On ne mange pas de téléphones intelligents pour déjeuner. Alors, quand l’oubli – et il est déjà présent – aura court-circuité toute la base de l’économie RÉELLE, il ne nous restera qu’à bouffer de l’électronique, du High-Tech, et toute autre naïveté de ces « laïcs » qui sont victimes d’une nouvelle religion: l’invisible. Ils ont ça en commun: l’invisible. Et ils nous refilent leur maladie par le « système ».

C’est « capiteux » d’être déclaré intelligent. La diplomation permet de vous saupoudrer d’une couche de vernis vraisemblablement résistant au vernis de l’insignifiance.

Mais non…

Il n’y a  pas de gens plus intelligents: L’augmentation exponentielle des imbéciles a souillé la réalité de cette dite « intelligence » en faisant flâner la belle partie du cerveau : l’instinct, l’intuition. Le GBS ( Gros Bon Sens).

À côté du laïcisme d’État courant les ors des peuples, comme on l’a fait jadis, dans l’ère des grandes puissances Espagnoles, Françaises, et Anglaises, la nouvelle et « récente » ingénierie sociale a sculpté l’humain robotisé. Ce n’est plus un humain, c’est un outil.

Un outil pensant.

Une clef à mollette. Un monde à squelettes.

Nous sommes la pâte, ils sont le pain. Et dans la grande cacophonie du livresque, des rapports, des études, des mensonges.  Vous leur donnez de l’argent pour des services? Ils s’en vont ailleurs. Nous sommes SDF Alzheimer.

Quand votre pays achète des armes avec votre sueur, elles s’en vont tuer ailleurs. Mais « ailleurs » paye de ses sueurs l’achat d’armes pour un autre ailleurs. Votre enfant n’est pas un « ailleurs ». Sauf aux USA…

Dansons! Dansez! Dans les tours à bureaux. C’est si beau d’être délivré du travail acharné de la terre, du pousse-patate, des légumes racines.

Pendant ce temps, au pays de l’Agonisie , nous sommes le grand LOL. Nous agonisons.

Rongés jusqu’à l’os…

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Gaëtan Pelletier

7 novembre 2013