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L’Imposture de la Modernité par Pierre Rabhi

Sélectionné par Tchels0o, pour “Nos Libertés”, le 26 septembre 2011.

Je ne partage pas l’idée selon laquelle l’économie de marché a sorti le monde de la précarité. Je suis témoin du contraire. Dans cette oasis du Sud algérien où j’ai grandi, j’ai vu une petite société pastorale bouleversée par l’arrivée de l’industrie houillère. Mon père, qui faisait chanter l’enclume pour entretenir les outils des cultivateurs, a dû fermer son atelier pour s’abîmer dans les entrailles de la terre. Au Nord comme au Sud, des hommes ont été consignés pour faire grossir un capital financier dont ils n’avaient que des miettes. Ils y ont perdu leur liberté, leur dignité, leurs savoir-faire. J’avais 20 ans quand j’ai réalisé que la modernité n’était qu’une vaste imposture.

Je n’ai cessé, depuis, de rechercher les moyens d’échapper au salariat, que je considère, à tort ou à raison, comme facteur d’aliénation. C’est ainsi que je suis devenu “paysan agroécologiste sans frontières”. Depuis trente ans, j’enseigne en Afrique des techniques que j’ai d’abord expérimentées sur notre ferme ardéchoise. Je rencontre des agriculteurs pris dans le traquenard de la mondialisation. Des hommes à qui l’on a dit?: « Le gouvernement compte sur vous pour produire des devises avec des denrées exportables. Vous devez cultiver plus d’arachide, de coton, de café. Il vous faut pour cela des engrais, des semences, des pesticides. » Dans un premier temps, on leur distribue gratuitement. Cadeau empoisonné. Car, à l’évidence, la terre est dopée et la récolte est plus abondante. Impressionné, le paysan retourne à la coopérative. Cette fois, les produits miracles sont en vente, à prix indexé sur celui du pétrole qui a servi à produire des engrais. « Tu n’as pas d’argent?? On va te les avancer et on déduira de la vente de ta récolte. »

Le paysan sahélien qui cultivait un lopin familial se retrouve alors propulsé par la loi du marché dans la même arène que le gros producteur de plaines américaines?; endetté, puis insolvable. On a ainsi provoqué une misère de masse, bien au-delà de la pauvreté. Le travail que nous faisons au Burkina Faso, au Maroc, au Mali et, depuis peu, au Bénin et en Roumanie, consiste à affranchir les agriculteurs en leur transmettant des savoir-faire écologiques et en réhabilitant leurs pratiques traditionnelles.

Pendant des siècles, on a su travailler la terre sans intrants et sans la crise qui affecte aujourd’hui même les pays dits prospères. Je réfléchis à la création d’un modèle qui s’appellerait “un hectare, une famille, un habitat”. Demain, on ne pourra plus assurer les retraites, les indemnités de chômage. Il faudra réapprendre à vivre avec un potager, un verger, un clapier, un poulailler, une ruche et des petits ruminants. Retrouver une performance qui ne se fonde pas sur une croissance illusoire mais sur la capacité à satisfaire ses besoins avec les moyens les plus simples.

Pierre Rabhi

Pour aller plus loin sur ce sujet on pourra consulter, notamment :
Le Blog de Pierre Rabhi
Colibris

http://blip.tv/play/AYLVj3sC.htmlhttp://a.blip.tv/api.swf#AYLVj3sC

Les gouvernements européens dans les mains des corporations

20130412122702

Un texte essentiel, basique, fondamental, dont chaque phrase, chaque mot est porteur d’intelligence, de sens, d’espoir

 

Conférence de l’agriculture familiale de l’Union Européenne

 

Par Diego Montón – Movimiento Nacional Campesino Indígena
Secretaría operativa CLOC Vía Campesina

04-12-2013

L’année 2014 a été déclarée année mondiale de l’Agriculture Familiale par la FAO dans le cadre de la crise alimentaire qui frappe les peuples du monde, cela semble être une opportunité pour approfondir les analyses et défis. Cependant on s’aperçoit d’emblée qu’on ne pourra éviter la bataille du sens. Que signifie Agriculture Familiale ? Quelle est son importance réelle ? Quelles sont les causes de la faim ?

Les corporations se sont déjà lancées à l’assaut pour capter la mémoire historique du rôle des paysans et paysannes, et là, elles y vont à fond, construisant une narration qui occulte les choses et subordonne l’agriculture mondiale à leurs intérêts spéculatifs.

La Conférence de l’Agriculture Familiale qu’a organisé la Commission Européenne, à la fin novembre, à laquelle nous avons participé, une vingtaine de compagnons et compagnonnes de la CLOC (Coordination Latino Américaine des Organisations des Campagnes) et de la Via Campesina fut exemplative.

Lamentablement comme pour le reste de la politique, les gouvernements européens répondent directement à l’idéologie imposée par le capital financier. Ainsi, paradoxalement à l’ouverture de la conférence il n’y eu pas d’orateurs des organisations paysannes et de l’agriculture familiales, seuls parlèrent des fonctionnaires et à notre grande surprise, un exécutif d’UNILEVER qui présenta ses « réalisations » et expectatives pour l’année de l’agriculture familiale.

Unilever est une transnationale agro-alimentaire qui dirige 400 marques dans 100 pays, fameuse pour ses « cubes » Knorr, et sa production mondiale de 50 millions de cubes par seconde. Bien que cela soit peu diffusé, dans la matière première utilisée abondent les transgéniques et agro toxiques, les conservateurs et les produits chimiques, et par-dessus le marché, des dénonciations ont été faites au sujet de ces cubes produits par le travail des infantile et précarisé.

Le discours des fonctionnaires européens est celui d’une “Agriculture Familiales” qui doit être « protégée » pour des questions de culture, et des problèmes sociaux, mais relever le défi d’alimenter l’humanité en 2050 ne sera possible que par les corporations. Ainsi le projet d’Unilever et ses programmes « d’incorporation » de l’agriculture familiale à ces chaînes productives, se transforme en projet de l’Union Européenne. Productivité, compétitivité, rentabilité, innovation, etc, sont les paroles qui prédominent dans un discours vide d’analyses, sans que soit prononcée la parole crise. C’est dire que le discours des gouvernements européens est hautement idéologique, prisonnier des narrations et négoces des corporations.

Il faut donc faire remarquer l’exception, parmi les discours officiels, que constitua l’intervention de Graziano da Silva, le Brésilien directeur de la FAO. Graziano ne rentra pas dans les causes, mais il fut clair quant à l’importance de l’Agriculture paysanne ; “Le problème n’est pas de l’ordre de la productivité, c’est une question d’accès et de la distribution des aliments (…). Les agriculteurs familiaux ont été et seront ceux qui résoudront le problème de la faim dans le monde (…). Le marché global ? Où est-ce qu’il se trouve ? Comment peut-on acheter des aliments là ?(ironise-t-il). Il faut renforcer les marchés locaux et le rôle de l’agriculture familiale. Le marché global des aliments et l’agriculture industrielle implique une immense perte d’aliments par décomposition(…) » Il faut dire que cette position novatrice de la FAO génère un scénario favorable dans contexte institutionnel international. Les gouvernements Européens par contre, comme toujours face à la crise du capitalisme et du libéralisme appliquent stupidement les recettes libérales qui ne font rien d’autre que d’empirer la situation des peuples.

Mais il y eu une autre surprise lors de cette conférence quand s’est rendu compte de la présence de Etchvere, le Président de la Société Rurale Argentine, cette entité oligarchique de propriétaires terriens qui grandit en tuant des indigènes en 1880 et s’appropriant leurs terres, et qui  continue de le faire à présent, cette entité qui a conclu des alliances avec des transnationales qui a provoqué et accompagné chaque dictature civico-militaire, qui a essayer par tous les moyens d’éliminer la démocratie. Ils vinrent comme membres de l’OMA (Organisation Mondiale des Agriculteurs), qui est devenue héritière de la FIPA et qui prétend également participer à l’année de l’agriculture familiale.

J’ai vu Etchevere et immédiatement m’est revenu à la mémoire notre compagnon Cristian Ferreira, assassiné par un sicaire dans sa maison, devant sa famille. Cristian était un dirigeant du Mouvement Paysan, un jeune, son “péché” fut de promouvoir l’agriculture paysanne et d’avoir détenu un entrepreneur qui voulait s’approprier la terre communautaire. L’entrepreneur aujourd’hui est emprisonné. La Société Rurale agit politiquement et judiciairement pour le faire libérer. De même que Cristian me passèrent en tête des centaines de paysans et de paysannes assassinés au Honduras, au Paraguay, au Guatemala, et dans tant d’autres pays de Notre Amérique Latine en lutte quotidienne pour la terre. Au cours de ces mêmes journées, un gang de nervis agressait violement un campement et un barrage établi pour empêcher la construction d’une usine de MONSANTO, dans le village de Malvinas, Cordoba, Argentine, une résistance dont les meneuses sont les mères dont les enfants souffrent ou souffraient de cancer et de leucémies causés par les fumigations au Glifosate qui se pratiquent quotidiennement dans les villages ruraux du Cône Sud et dans d’autres régions du continent

Mais les gouvernements européens nous viennent encore une fois avec les comptes de fées, d’une harmonie possible entre corporations et paysans, dans laquelle résiderait la solution. Celle d’un prétendument libre marché dans lequel nous pourrions tous être en compétition et dont les règles sont « transparente ».

Voyons quelques données : avec seulement ¼ des terres arables du monde, les paysans et paysannes alimentent 70% de la population mondiale, et selon la FAO, plus de 40% des aliments de la chaîne agro-industrielle se perdent par décomposition. 90% du marche mondial des grains est entre les mains de quatre corporations : ABC, Bunge, Cargil et Dreyfus. Monsanto contrôle 27% du marché global des semences et joint à 9 autres corporations plus de 90% du Marché des agro-toxiques. Cette concentration leur permet de faire pression par la spéculation pour que les prix des marchandises augmentent systématiquement. En plus de leur alliance étroite avec la finance internationale leur permet de disposer d’immenses masses de capital d’origine spéculative qui est utilisé pour l’accaparement de Terres, le lobbying et la pression sur les gouvernements du monde, la corruption, etc…

De quel marché libre nous parlent-t-ils ? Le marché est otage des corporations et du capital financier.

Si nous ajoutons au monopole les problèmes de perte de biodiversité et de crises du milieu ambiant provoquée par de grandes extensions de monocultures, les graves problèmes de santé et la contamination par des milliers de tonnes d’agro-toxique par fumigation non discriminée, le travail d’esclave, l’usage sans discrimination de combustibles fossiles, la destruction des marchés locaux, entre autres, il nous apparaît clairement qu’il n’est pas possible d’harmoniser l’agriculture paysanne avec l’agriculture des corporations, comme il ne sera pas possible d’en finir avec la Faim par ce modèle né de la révolution verte.

La Via Campesina,, malgré qu’elle n’était pas des mieux placée,  rendit cela très clair dans la conférence, faisant preuve de consistance, d’humilité et de la force de la vie paysanne. Les fonctionnaires européens ne s’attendaient pas autant de critiques, et ils furent surpris par les applaudissements que reçurent chaque compagnon et compagnonne qui levait la main et parvenait à exprimer ces idées. Avec des visages africains, asiatiques, latino-américains et européens, ici, est apparue la voix paysanne, millénaire, vive et porteuse d’espoir.

Il est à espérer que cette situation se reproduise sur tous les continents, un fort débat autour de l’année de l’agriculture familiale.

Pour l’année à venir se dessinent d’importants défis idéologiques et politiques. Nous devons parvenir à potentialiser la mobilisation et la lutte dans le monde entier, soutenant nos luttes historiques. Réforme Agraire pour la Souveraineté Alimentaire, aiguisant le regard sur notre principal ennemi : Les corporations transnationales et leur projet idéologique et technologique.

Il est fondamental d’établir les meilleures alliances, de parvenir à connecter tous les processus de lutte et de résistance, avec des messages qui soient capables de transmettre quels sont les enjeux « La subordination totale de l’agriculture aux intérêts des corporations », ce n’est pas un problème des paysans, c’est le problème de l’humanité toute entière. Pour cela notre projet paysan et populaire doit pouvoir s’intégrer dans un projet politique populaire qui exprime les projets des secteurs populaires paysans, travailleurs, désoccupés, indépendants et professionnels, qui permettent que nos luttes et projets soient reflétés dans les politiques publiques.

En Amérique Latine, nous avons le défi de porter le débat à l’ALBA, UNASUR, MERCOSUR, à la CELAC, et porter ce débat dans ces scénario qui ont permis de grandes avancées vers l’intégration anti-impérialiste et la construction d’une nouvelle hégémonie, mais qui a présent se retrouve engagé dans une grande bataille concernant le modèle à suivre, et dans laquelle la re-primarisation des économies est une grande menace.

Difficile de concevoir une Amérique Latine unie et libre si son agriculture reste subordonnée aux corporations et dans cette discussion, la question technologique est clé, l’agro-écologie doit avoir le caractère d’une « innovation ». La Banque du Sud devrait devenir un outil qui permette aux gouvernements de financer le développement agricole rural depuis la perspective de la Souveraineté Alimentaire et La Réforme Agraire est une politique continentale urgente.

Cela sera possible en renforçant les organisations et en amplifiant nos luttes, avec un caractère créatif et diversifié, combinant l’action directe, avec l’action politique et le dialogue avec ces gouvernements progressistes et populaires articulant au niveau continental, national et local. Conservant l’autonomie nécessaire pour éviter que la bureaucratisation étatique et libérale et le scénario à court terme des gouvernements ne rendent la marche trop lente.

Les paysans et paysannes, nous allons continuer à alimenter les peuples, octroyant la vie et la liberté, c’est cela notre tâche historique.

Traduction Anne Wolff

 

Source  espagnole Los gobiernos europeos en las manos de las corporaciones | Minga Informativa

« LES GRANDS MÉDIAS OCCULTENT QUE MONSANTO A POUSSÉ 284.000 PAYSANS INDIENS AU SUICIDE » EXPLIQUE LA SCIENTIFIQUE VANDANA SHIVA À BOTUCATU (BRÉSIL)

C’est pour près de 3000 personnes que la célèbre scientifique indienne Vandana Shiva a réalisé un exposé d’une heure et a répondu aux questions, ouvrant la IIIème journée internationale d’agro-écologie à Botucatu, Brésil, l’après-midi du 31 juillet 2013.

Vandana Shiva a commencé par raconter sa vie d’étudiante en biologie et en physique quantique à l’université, aliénée par rapport aux réalités du monde, jusqu’au choc que signifia pour elle le tragique accident survenu dans l’usine états-unienne de pesticides Union Carbide, installée à Bhopal qui causa la mort de 35 000 indiens, il y a trente ans. A partir de là, elle s’est convertie à la cause du peuple et n’a cessé d’enquêter sur les activités des entreprises transnationales dans l’agriculture.

Elle est aujourd’hui considérée comme une des principales scientifiques et chercheuses en matière des atteintes à la santé et de la destruction de la biodiversité que les OGM et les produits agro-toxiques des entreprises transnationales causent dans le monde entier.

Elle est repartie des conséquences de la “révolution verte” des années 60, que le gouvernement des États-Unis imposa à son aire d’influence comme moyen de vendre plus de produits agro-chimiques et plus de marchandises agricoles, subjuguant la paysannerie de tous ces pays. Résultat : 65% de toute la biodiversité et des ressources en eau douce mondiale ont été polluées par les agro-toxiques. Des études montrent que 40% de l’effet de serre qui affecte le climat planétaire est causé par l’usage excessif et non nécessaire de fertilisants agricoles chimiques. Dans de nombreuses régions d’Europe, à la suite de la mortalité et de la disparition des abeilles, la productivité agricole a déjà chuté de 30%. Vandana Shiva a rappelé que si nous nous calculions les préjudices et les coûts nécessaires pour rétablir la biodiversité, rééquilibrer l’environnement et remédier aux dégâts climatiques, le montant en dollars dépasserait le chiffre d’affaires de la vente de biens par les entreprises.

En ce qui concerne l’action des entreprises transnationales qui opèrent dans l’agriculture – Monsanto, Bungue, Syngenta, Cargill – Vandana explique qu’elles contrôlent la production et le commerce mondial de la soja, du maïs, du colza et du blé, martelant via la publicité que l’humanité dépend des aliments produits par l’agro-business. En réalité l’humanité se nourrit de centaines d’autres végétaux et sources de protéines qu’elles écartent et n’ont pas encore pu contrôler.

Pour la chercheuse “ces entreprises qui promeuvent les OGM n’ont rien inventé et n’ont rien développé. La seule chose qu’elles ont faite fut d’opérer des mutations génétiques qui existent dans la nature pour rentabiliser la vente de leurs produits agro-toxiques.”

Elle a expliqué que Monsanto a réussi à prendre le contrôle de la production du coton en Inde avec l’appui de gouvernements soumis, néo-libéraux et qu’aujourd’hui 90% de la production dépend des semences et des poisons. Ce qui a entraîné une destruction du mode paysan de production du coton et l’endettement généralisé des producteurs. La conjonction de l’usage de produits toxiques qui ont mené à la dépression et à la honte de la dette, ont poussé depuis 1995 284.000 paysans indiens au suicide. Un véritable génocide occulté par les grands médias du monde entier et dont le coupable principal est l’entreprise privée Monsanto.

Malgré tout ce sacrifice en vies humaines, Monsanto reçoit dans son pays 200 millions de dollars annuels, perçoit des royalties pour l’usage de semences génétiquement modifiées de coton.

La critique du modèle de l’agro-business en général

Le modèle de l’agro-business n’est qu’une manière de s’approprier les bénéfices des biens agricoles mais il ne résout pas les problèmes du peuple. La preuve : en augmentant beaucoup la production, nous pourrions alimenter 12 milliards de personnes alors qu’aujourd’hui nous avons un milliard de personnes qui souffrent de la faim quotidiennement, 500 millions d’entre elles étant des paysans qui ont vu leur système de production d’aliments détruit par l’agro-business.

Les produits agricoles sont de simples marchandises, plus des aliments. 70 % des aliments dans le monde restent produits par les paysans. Nous devons comprendre que les aliments sont la synthèse de l’énergie nécessaire aux êtres humains pour survivre à partir du milieu où ils vivent, recueillant cette énergie de la fertilité et de l’environnement. Plus grande la biodiversité naturelle, plus grand le nombre de sources nutritives et plus saine pour les humains l’alimentation produite dans cette région. L’agro-business a détruit la biodiversité et les sources d’énergie véritables.

Les entreprises utilisent le fétiche de la publicité des techniques modernes de la bio-technologie utilisées pour augmenter la productivité des plantes. Mais ce n’est qu’un hameçon : quand on fait des recherches sur ces bio-technologies on se heurte au secret. Dans le fond elles ne sont que des mécanismes pour augmenter la rentabilité des grandes plantations ; l’agriculture industrielle est la standardisation de la connaissance, la négation de la connaissance de l’art de cultiver la terre. La vraie connaissance est développée par les agriculteurs eux-mêmes et par les chercheurs dans chaque région, dans chaque biome, pour chaque plante.

Le modèle de l’agro-business veut transformer les personnes en « consommateurs » de leurs produits. Nous devons combattre l’usage et le réductionnisme du terme “consommateurs”, pour utiliser l’expression « êtres humains » ou personnes qui ont besoin de vie saine. Le consommateur est une réduction subalterne de l’être humain.

Les entreprises de l’agro-business disent qu’elles incarnent le développement et le progrès, qu’elles contrôlent 58% de toute la production agricole mondiale, mais en fait elles ne donnent du travail qu’à 3% des personnes vivant dans le monde rural. C’est donc un système anti-social.

La scientifique indienne a révélé qu’elle fait partie d’um groupe de 300 autres chercheurs internationaux qui se sont consacrés à étudier l’agriculture pendant trois années intensives et ont démontré que ni la révolution verte des États-Unis ni l’usage intensif des semences transgéniques et des produits agro-chimiques ne peuvent résoudre les problèmes de l’agriculture et de l’alimentation mondiales. Seule peut le faire la récupération des pratiques agro-écologiques em harmonie avec la biodiversité, partout sur la planète.

Elle a conclu sa critique du modèle de l’agro-business en montrant comment son projet génère la destruction, la peur, parce qu’ il est basé sur la concentration et l’exclusion. C’est pour cela que les entreprises procèdent à l’intimidation ou à la cooptation des scientifiques qui s’opposent à elles.

La solution : l’agro-écologie

Le modèle agro-écologique est le seul qui permette de développer des techniques accroissant la productivité et la production sans destruction de la biodiversité. L’agro-écologie est la seule forme de créer de l’emploi et des formes de vie saines pour que la population puisse vivre en milieu rural sans être contrainte de se marginaliser dans les villes.

Surtout, les méthodes agro-écologiques sont les seules qui permettent la production d’aliments sains, sans poisons.

6 recommandations aux jeunes étudiants en agro-écologie et aux producteurs agricoles.

1. La base de l’agro-écologie est la préservation et la mise en valeur des sources nutritives existantes dans le sol – en cela elle s’est référée à une autre scientique présente à cette rencontre et qu’elle a écoutée attentivement – la professeure Ana Maria Primavesi. Nous devons appliquer des techniques qui garantissent la santé du sol et de cette santé recueillir les fruits en termes d’énergie saine.

2. Stimuler et promouvoir le contrôle des semences par les agriculteurs. Les semences sont la garantie de la vie. Nous ne pouvons permettre que des entreprises privées, transnationales, les transforment en marchandises. Les semences sont un patrimoine de l’humanité.

3. Nous devons lier l’agro-écologie à la production d’aliments sains qui garantissent la santé et peuvent ainsi conquérir les coeurs et les esprits des habitants des villes comme des zones rurales, de plus en plus empoisonnés par les marchandises traitées par les agro-toxiques (multiplication de cancers depuis quarante ans). Si nous lions les aliments à la santé des personnes, nous gagnerons des millions des habitants des villes à notre cause.

4. Nous devons transformer les territoires sous contrôle des paysans en véritables sanctuaires de semences, d’arbres sains, de cultures de la biodiversité, d’élevage d’abeilles, de diversité agricole.

5. Nous devons défendre l’idée, qui fait partie de la démocratie, de la liberté des personnes de choisir les aliments. Les produits de référence ne peuvent pas se réduire à ceux que les entreprises décident de mettre dans les rayons.

6. Nous devons lutter pour que les gouvernements cessent d’utiliser des fonds publics qui appartiennent à l’ensemble des citoyens, pour les transférer en subventions aux grands propriétaires et entrepreneurs de l’agro-industrie. C’est ce qui se passe dans le monde entier et aussi en Inde. Le modèle de l’agro-business ne survivrait pas sans ces subventions et sans les avantages fiscaux offerts par les gouvernements qui les garantissent.

Sur les difficultés de la transition à l’agro-écologie…

En Inde, rappelle Vandana Shiva, on a vécu des problèmes majeurs à l’époque du colonialisme anglais. Gandhi a enseigné que la force est de toujours “lutter pour la vérité”. Le capital trompe, ment, pour pouvoir accumuler des richesses. Et la vérité est avec la nature, avec les personnes. S’il existe une volonté politique de réaliser des changements, s’il y a une volonté de produire des aliments sains, il deviendra possible de les cultiver.

Vandana Shiva a conclu en appelant tous les citoyens présents à s’engager dans la journée mondiale de lutte pour les aliments sains et contre les entreprises transnationales que la Via Campesina, des mouvements de femmes et des centaines d’organisations réaliseront dans la semaine du 16 octobre 2013 : ce sera l’occasion d’unifier nos voix sur le plan mondial.

Traduction du portugais : Thierry Deronne

Voir en ligne : http://mouvementsansterre.wordpress…

http://www.pressegauche.org/spip.php?article14782

Articles en relation:

Le libre-échange c’est la dictature des entreprises:

https://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/10/30/vandana-shiva-le-libre-echange-cest-la-dictature-des-entreprises/

Bio et hyperproductive : la ferme magique d’un agriculteur québécois !

Interview de Jean-Martin Fortier, producteur canadien, est convaincu que l’on peut produire beaucoup de légumes sains et bios sur une petite surface.
La preuve avec la micro-ferme qu’il exploite au Québec.

Jardinier-maraîcher ?
Fermier de familles ?
Jean-Martin Fortier lui même a du mal à qualifier son métier.
Ce canadien de 35 ans exploite depuis 2005 la ferme des Jardins de la Grelinette, à Saint-Armand, à quelques kilomètres de Montréal, au Québec.
Sa ferme est une micro-ferme.
Elle mesure moins d’un hectare, loin de la taille moyenne d’une exploitation française qui est de 55 hectares.

Avec sa compagne, ils appliquent des techniques découvertes en voyageant et travaillant dans des fermes notamment au Nouveau-Mexique et à Cuba.
Dans ces exploitations, les fermiers produisent beaucoup de légumes, sans pour autant utiliser de tracteur ni d’intrants, le tout sur une très petite surface.
Ils ont suivi leurs traces, et viennent d’écrire un livre pour expliquer leurs méthodes : Le jardinier-maraîcher (Ecosociété, 2012).
De passage en France, Jean-Martin Fortier a expliqué sa démarche à Terra eco (1).

Le jardinier-maraîcher
Manuel d’agriculture biologique sur
petite surface
Jean-Martin Fortier
Préface de Laure Waridel
Illustrations de Marie Bilodeau 

ISBN 978-2-89719-003-3
août 2012- 200 pages – 30 $ – 25 euros
En partenariat avec Équiterre

 Terra eco : Pourquoi avez-vous souhaité travailler sur une très petite surface, ce que personne n’avait jamais fait au Québec ?

Jean-Martin Fortier : Nous souhaitions démarrer notre production, mais nous n’avions pas les moyens d’investir beaucoup.
On a été obligés de viser petit en quelque sorte, même si nous avions pu voir au cours de nos voyages que d’autres le font déjà ailleurs et que cela marche.
Après coup, nous avons même réalisé que la plupart de nos méthodes s’inspirent de ce que faisaient les maraîchers au XIXè siècle, notamment en France autour de Paris.
On n’a rien inventé, c’est juste une autre façon de penser.

 Pouvez-vous résumer votre méthode de production, que vous appelez bio-intensive ?

Puisque nous travaillons sur une petite surface, il nous a fallu intensifier au maximum notre production.
L’une des solutions est de ne pas organiser les plantations avec les traditionnels rangs, qui sont pensés pour laisser passer les tracteurs.
Nous travaillons sur des bandes de terre surélevées, que nous appelons « planches » (voir image ci-dessous).
Ces planches ne sont jamais labourées, jamais retournées, et alimentées régulièrement avec de la matière organique, pour disposer d’un sol intact et d’excellente qualité où les racines vont pouvoir descendre en profondeur.

Les légumes y poussent très serrés, si bien que quand ils sont aux trois quarts de leur croissance, les extrémités des légumes se touchent, ce qui limite la lumière, et garde l’humidité.
On a alors un terrain idéal pour les vers de terre et ça limite la pousse des mauvaises herbes.
Au final, nous avons revisité toutes nos techniques de travail pour se concentrer sur la qualité du sol, pour avoir le sol le plus riche et le plus meuble possible.

-  Ce modèle est-il rentable économiquement ?
Tout à fait.
On produit beaucoup de légumes sur une saison qui est pourtant assez courte au Québec.
On réussit à nourrir plus de 200 familles, qui payent 25 dollars canadiens (18 euros) par semaine pour des paniers pouvant nourrir 2 à 4 personnes.
Nous avons dégagé un chiffre d’affaires de plus de 130 000 dollars en 2011 (97 000 euros).
La plupart des Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) parviennent à ces chiffres avec 5 hectares de terrain et des outils mécanisés.
Nous avons moins de coûts, nous avons démarré avec seulement 36 000 dollars d’investissements (26 000 euros), et nous arrivons à dégager plus de 45% de marge nette.
Et ces méthodes ne donnent pas juste du rendement, cela donne aussi une efficacité et une grande qualité de travail.
Je n’utilise pas la qualité de mon système pour en faire plus, mais pour en faire suffisamment pour avoir aussi du temps à passer avec les enfants.
Nous avons donc aussi une bonne qualité de vie.

- Dans votre livre, vous expliquez que vous transplantez vos légumes, que vous utilisez des serres chauffées et des engrais commerciaux… 
On est loin de techniques plus neutres, comme la permaculture. 
Vous devez faire des compromis ?
La différence majeure, c’est que la permaculture est peu intensive et vise la productivité sans effort.
Mais je ne suis pas sûr qu’on puisse vraiment vivre de la permaculture.
Cela dit, nous tentons d’utiliser le moins de carburants fossiles, cela nous coûte à peine 5 000 dollars par an (3 700 euros), en alimentant par exemple notre camion de livraison avec de l’huile végétale de récupération.

- La France a perdu un quart de ses agriculteurs sur les dix dernières années. 
La ceinture maraîchère parisienne a quasiment disparu. 
Ce modèle de petites fermes intensives pourrait-il être une solution en France ? 
J’en suis convaincu à 100%. Les micro-fermes intensives sont un « retour en avant », elles permettent de nourrir les gens sainement et de faire bien vivre les producteurs.
Au Québec, nous parvenons peut-être à vendre nos légumes un peu plus cher qu’en France, mais notre saison de production est beaucoup plus courte que la vôtre.
Et vous avez la démographie ici pour vendre toute la production tout le temps, alors qu’au Québec, on a une densité de population beaucoup plus faible.
En plus vous avez beaucoup de petites surfaces agricoles.
Et les gens prennent partout de plus en plus conscience de l’importance de manger local, bio, de connaître les gens qui produisent…
J’espère que les techniques que j’ai développées vont être partagées, développées et améliorées ici.
Quand ça marchera, ça fera sens pour beaucoup de gens et le système va être imité.


Pour aller plus loin :

Une vidéo montrant la technique de production du mesclun de Jean-Martin Fortier est à voir sur :
http://www.terraeco.net/Bio-et-hyperproductive-la-ferme,48510.html

Publié il y a 1 week ago par 

LEY 9.70 documental Colombia, Monsanto en Colombia

https://www.youtube.com/watch?v=SRZk0D1WqRw

Pourquoi «9,70»?

En  2012  indépendamment décidé de faire un documentaire racontant  l’histoire que nous voulions raconter ,  de la façon dont nous voulions raconter  et dans  le temps le permet notre budget .  9,70 Ce documentaire est appelé
Le gouvernement colombien a promulgué en 2010 une série de lois et de résolutions en un temps record.  L’idée:  la signature de l’Accord de libre-échange avec les États-Unis . Une des conditions qui mettent le gouvernement de  Barack Obama  et son prédécesseur  George W. Bush  était législation  sur la privatisation de la graine.
Une telle loi est la résolution 9.70.  Cette résolution interdit une pratique ancienne que les agriculteurs engagés dans la production de la nourriture, qui était de mettre de côté une partie de leur récolte pour la prochaine campagne de semis. Les graines obtenues de cette façon jamais des cultures fortes et plus efficaces.  9,70 La résolution interdit cela et condamne ceux qui le font en prison. 
Pour voir la bande-annonce  http://www.youtube.com/watch?v=B8JgD0jPXbg

Campoalegre

Le documentaire examine les effets de la décision en prenant comme exemple le cas de  Campoalegre, une petite ville au sud de riz Colombie  où la mesure a été appliquée aux dernières conséquences. En 2011, l’agence de contrôle agricole en Colombie (ICA) est venu au village et a saisi 70 tonnes de riz. Il est ensuite retourné avec les forces d’opérations violentes et finalement détruit la semence dans une benne à ordures comme illégale. Au total,  70 000 kilos de nourriture ont été jetés ,  et les propriétaires de riziculteurs ont perdu des millions et ont été accusé.

Les paysans, les peuples autochtones, les Afro-Colombiens et les agriculteurs en général, pour les générations qui ont été manipulés, conservés et les semences améliorées, ne comprennent pas la signification du présent décret qui privatise l’exercice même de l’agriculture.

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Critique et partagez le documentaire réalisé par Victoria Solano:

En 2011 et en un temps record une série de règles et de lois imposées par les Etats-Unis ont été proclamés par le gouvernement colombien pour permettre l’entrée en vigueur du libre-échange.

La résolution 9.70 a été publié en 2010 pour réglementer l’utilisation de la semence en Colombie. Une résolution qui applique les concepts de propriété intellectuelle et de graines qui a été adoptée en tant que condition de l’approbation de l’Accord de libre-échange (ALE) entre la Colombie et les États-Unis.

Le documentaire examine les effets de la décision en prenant comme exemple le cas Campoalegre, une ville au sud de la Colombie, qui a reçu la résolution. En 2011, l’ICA est venu à la ville et ont saisi 70 tonnes de riz, puis revint avec la police, et finalement détruit la semence dans une benne à ordures comme illégale.

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El pasado sábado os presentamos “Eloy”, un excelente cortometraje. Hoy vamos a conversar con su directora Victoria Solano. Nacida en Colombia, actualmente vive en Argentina.Estudió medios audiovisuales con énfasis en cine en Colombia, e hizo una maestría en periodismo en la Universidad de San Andrés, en Argentina. En Colombia trabajó funtamentalmente en como directora de post-producción de programas institucionales y culturales, involucrándose esporádicamente en la asistencia de dirección de comerciales.

En el año 2011 ganó el fondo de PROIMAGENES EN MOVIMIENTO por el guión del cortometraje: ¨Los Helados del Cumbal¨ . En el rodaje Victoria fue asistente de dirección y posteriormente lideró el proceso de montaje del proyecto.

En Argentina publicó investigaciones y minidocumentales para grandes medios como clarín.com, desempeñándose como periodista audiovisual.

En el año 2012 fundó la productora Clementina Producciones, con la que participó en el concurso CINEXPERIENCIA MDQ como directora del cortometraje ¨Eloy¨, mejor corto profesional del concurso. Posteriormente el corto hizo parte del ciclo de cine COSTA CINE, realizado en la ciudad de Concordía, Argentina.

Actualmente se encuentra en la post- producción de su documental 9.70. La película fue incluida en el catálogo de proyectos de DOC BUENOS AIRES 2012 y participó en la rueda de negocios VENTANA SUR, en el mes de abril será emitida por el CANAL TELESUR.

J.L.P: ¿Cómo surgió “Eloy”?

Victoria Solano: Marco Cartolano, que es el guionista, y yo teníamos una fuerte inquietud por empezar a realizar nuestros proyectos de manera independiente, no queríamos esperar convocatorias o patrocinios. En ese momento nos enteramos de la existencia de un concurso en el que teníamos que rodar nuestra historia en 24 horas: Cinexperiencia, ese fue el empuje que necesitábamos para convertir ese monólogo inicial que era Eloy en un cortometraje. Se unió la oportunidad de Cinexperiencia con los deseos que teníamos de rodar.

J.L.P: ¿Qué fue lo más difícil del rodaje?

V.S: “Eloy” fue mi primer proyecto como directora, tenía muchas preguntas, muchas propuestas y ganas de probar algunas cosas, pero todo esto se dió en el marco de una competencia. Teníamos que rodar cerca de 86 planos en 24 horas, completamente en exteriores. Yo sentía que no tenía espacio para el error, éramos 8 personas que estábamos ahí y todos habíamos hecho esfuerzos de toda índole para estar en el rodaje, algunos  hasta tuvieron que pedir permiso en su trabajo para poder participar. Como dije antes, sentía que no me podía equivocar. Tenía la responsabilidad de responderle al equipo técnico, a los actores y a los extras que se entregaron por completo al proyecto. Así que había que hacerlo bien, había que maximizar el  tiempo y lograr un producto que fuera competitivo para el concurso. Todo esto por primera vez.

J.L.P: ¿Qué referentes cinematográficos tienes?

V.S:La verdad son muchos y de maneras diferentes, por ejemplo, de Jean- Pierre Jeunet, me encanta la capacidad que tiene de crear mundos  y sumergirnos en ellos. De Stanley Kubrick me gusta la limpieza cinematográfica que tiene, los planos simétricos, las secuencias perfectas y la manera en la que logra describir a sus personajes en un solo plano. También me gusta el punto de vista único  de las historias que nos ofrece Tarantino en su cine, siento que puede traspasar cualquier temática y género parado desde su forma de ver la vida.

Últimamente he estado viendo mucho a Wes Anderson, respeto y admiro mucho la coherencia de su cine, son historias que se responden así mismas en todos los aspectos, existen mil formas de encararlas pero parece que cada decisión que toma va en el mismo camino de las otras. No puedo dejar de mencionar a Martín Scorsese,  que es para mí el mejor director de actores y a Cristopher Nolan que tiene la capacidad de jugar constantemente con nuestra mente de un lado al otro y de sorprendernos mientras vemos sus películas.Creo que todos ellos tienen algo en común, que es lo que los hace interesantes, y es el punto de vista único que ofrecen de las historias.

J.L.P: Háblanos ahora de tus proyectos

V.S: Mi proyecto más importante en este momento se llama Clementina Producciones. Se trata de una productora que estamos montando con Marco Cartolano. Clementina tiene como función contar historias y hacerse cargo de ellas desde su idea hasta su distribución. No queremos vivir de la publicidad o de los institucionales, no queremos tener clientes, queremos ser una especie de colectivo donde el cine no se haga de manera vertical, sino como una cooperativa de artistas que trabaja mutuamente por llevar buenas historias a la pantalla grande. Tenemos un gran equipo de artistas, actores y profesionales que nos acompañan en este sueño.

En ese sentido tenemos muchos proyectos. Estamos en la post-producción del documental 9.70, que será emitido próximamente en el Canal Telesur. En la producción de un minicorto llamado ¨Encandilada¨ y otro llamado ¨Dante y el sueño¨ que esperamos lanzar en el segundo trimestre de este año.

J.L.P: En España estamos padeciendo la mayor crisis que se recuerda y eso está afectando con gran impacto al cine ¿cómo veis todo esto en Argentina?

V.S: Yo pienso que el contexto de un país se ve reflejado en su cine, pero también tiene que ver con la manera en la que el estado lo mira y el lugar en el que lo pone. Yo viajé a Argentina buscando más oportunidades de hacer cine y me encontré con un país que le está apostando a exportar contenidos audiovisuales, un país que propone espacios como concursos, convocatorias, festivales, circuitos de exhibición y con Ventana Sur, que es la rueda de negocios audiovisuales más importante de Latinoamérica, todo eso habla de un entorno, un clima propicio para promocionar nuestro trabajo patrocinado por entidades estatales.

Todo lo anterior desde el punto de vista de la distribución, que es la parte más compleja del cine, por lo demás hacer cine hoy no es tan caro, está al alcance de nuestras manos, lo que más se necesita son buenas ideas y trabajar en ellas, eso fue  otra cosa que encontré acá, una gran cantidad de actores y otros artistas talentosos con ganas de dedicar esfuerzo y tiempo a estos proyectos. Es una gran llave lo que se está formando hoy en Argentina.Hoy en día hacer cine no es tan caro, se trata de tomar la decisión de hacerlo y encontrar la mejor manera de difundirlo, la gente sigue consumiendo contenidos interesantes. Yo estoy segura de que muchos directores talentosos de  España encontrarán la manera de seguir haciendo buen cine sin necesitar un gran presupuesto, lo importante es que los circuitos de distribución se mantengan vigentes y que se sigan escribiendo buenas historias que no tengan necesariamente como temática principal la crisis.

J.L.P: Los cortometrajes ya no se pasan en los cines que es su espacio de
visionado lógico y más adecuado ¿cómo ves la red como vehículo de transmisión de todos estos trabajos?

V.S: Actualmente  el cine, la televisión, la radio, los libros, todos los medios están en Internet, yo pienso que es una gran herramienta de difusión. Todos queremos ver nuestras películas en pantalla grande, pero no debemos subestimar el poder de internet, por ejemplo, sin internet hubiera sido imposible que un español viera “Eloy”, Internet es eso, es la posibilidad de llegar a una mayor cantidad de  público, sin tener que sacrificar la calidad.Claro que yo quiero que los cortometrajes se vean en festivales y en salas de cine o en tv, pero una cosa no anula la otra, para mi Internet es  la posibilidad de llegar a lugares y personas que de otra manera sería imposible. Y al final de la historia hacer cine adquiere significado cuando alguien puede ver tu trabajo.

J.L.P: Cineastas o películas favoritas.

V.S: Los cineastas los que mencioné y pues, casi la mayoría de sus películas. Me faltaría mencionar El Eterno Resplandor de una Mente sin Recuerdos.

Curiosamente encontré un gran referente cinematográfico en la literatura, se trata de  un librito que se llama Lecciones de Cine, que para mí fue muy impactante, porque te permite ver al director fuera de la alfombra roja o del set de grabación que es lo que normalmente tenemos en el imaginario. Cuando empecé a leer este libro me di cuenta de que los grandes directores tienen dudas de cosas complejas y simples, que han tenido un proceso y que no se formaron de un día para el otro. En este momento ese libro es un gran referente audiovisual, es como a sentarse a tomar un café con los directores que admiras, poderles pedir consejo y darse cuenta que son tan humanos como tú.

J.L.P ¡Gracias, Victoria!

V.S: ¡Muchas gracias a ti, José!

José López Pérez

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poesía

Por un mundo mejor. Lo sentimos, traducido por Google.

https://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/08/22/el-cuerpo-en-los-flores/

Bio et hyperproductive : la ferme magique d’un agriculteur québécois

(Crédit photo : DR)
Interview – Jean-Martin Fortier, producteur canadien, est convaincu que l’on peut produire beaucoup de légumes sains et bios sur une petite surface. La preuve avec la micro-ferme qu’il exploite au Québec.

Jardinier-maraîcher ? Fermier de familles ? Jean-Martin Fortier lui même a du mal à qualifier son métier. Ce canadien de 35 ans exploite depuis 2005 la ferme des Jardins de la Grelinette, à Saint-Armand, à quelques kilomètres de Montréal, au Québec. Sa ferme est une micro-ferme. Elle mesure moins d’un hectare, loin de la taille moyenne d’une exploitation française qui est de 55 hectares.

Avec sa compagne, ils appliquent des techniques découvertes en voyageant et travaillant dans des fermes notamment au Nouveau-Mexique et à Cuba. Dans ces exploitations, les fermiers produisent beaucoup de légumes, sans pour autant utiliser de tracteur ni d’intrants, le tout sur une très petite surface. Ils ont suivi leurs traces, et viennent d’écrire un livre pour expliquer leurs méthodes : Le jardinier-maraîcher (Ecosociété, 2012). De passage en France, Jean-Martin Fortier a expliqué sa démarche à Terra eco (1).

- Terra eco : Pourquoi avez-vous souhaité travailler sur une très petite surface, ce que personne n’avait jamais fait au Québec ?

Jean-Martin Fortier : Nous souhaitions démarrer notre production, mais nous n’avions pas les moyens d’investir beaucoup. On a été obligés de viser petit en quelque sorte, même si nous avions pu voir au cours de nos voyages que d’autres le font déjà ailleurs et que cela marche. Après coup, nous avons même réalisé que la plupart de nos méthodes s’inspirent de ce que faisaient les maraîchers au XIXè siècle, notamment en France autour de Paris. On n’a rien inventé, c’est juste une autre façon de penser.

- Pouvez-vous résumer votre méthode de production, que vous appelez bio-intensive ?

Puisque nous travaillons sur une petite surface, il nous a fallu intensifier au maximum notre production. L’une des solutions est de ne pas organiser les plantations avec les traditionnels rangs, qui sont pensés pour laisser passer les tracteurs. Nous travaillons sur des bandes de terre surélevées, que nous appelons « planches » (voir image ci-dessous). Ces planches ne sont jamais labourées, jamais retournées, et alimentées régulièrement avec de la matière organique, pour disposer d’un sol intact et d’excellente qualité où les racines vont pouvoir descendre en profondeur. Les légumes y poussent très serrés, si bien que quand ils sont aux trois quarts de leur croissance, les extrémités des légumes se touchent, ce qui limite la lumière, et garde l’humidité. On a alors un terrain idéal pour les vers de terre et ça limite la pousse des mauvaises herbes. Au final, nous avons revisité toutes nos techniques de travail pour se concentrer sur la qualité du sol, pour avoir le sol le plus riche et le plus meuble possible.

- Ce modèle est-il rentable économiquement ?

Tout à fait. On produit beaucoup de légumes sur une saison qui est pourtant assez courte au Québec. On réussit à nourrir plus de 200 familles, qui payent 25 dollars canadiens (18 euros) par semaine pour des paniers pouvant nourrir 2 à 4 personnes. Nous avons dégagé un chiffre d’affaires de plus de 130 000 dollars en 2011 (97 000 euros). La plupart des Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) parviennent à ces chiffres avec 5 hectares de terrain et des outils mécanisés. Nous avons moins de coûts, nous avons démarré avec seulement 36 000 dollars d’investissements (26 000 euros), et nous arrivons à dégager plus de 45% de marge nette. Et ces méthodes ne donnent pas juste du rendement, cela donne aussi une efficacité et une grande qualité de travail. Je n’utilise pas la qualité de mon système pour en faire plus, mais pour en faire suffisamment pour avoir aussi du temps à passer avec les enfants. Nous avons donc aussi une bonne qualité de vie.

- Dans votre livre, vous expliquez que vous transplantez vos légumes, que vous utilisez des serres chauffées et des engrais commerciaux… On est loin de techniques plus neutres, comme la permaculture. Vous devez faire des compromis ?

La différence majeure, c’est que la permaculture est peu intensive et vise la productivité sans effort. Mais je ne suis pas sûr qu’on puisse vraiment vivre de la permaculture. Cela dit, nous tentons d’utiliser le moins de carburants fossiles, cela nous coûte à peine 5 000 dollars par an (3 700 euros), en alimentant par exemple notre camion de livraison avec de l’huile végétale de récupération.

- La France a perdu un quart de ses agriculteurs sur les dix dernières années. La ceinture maraîchère parisienne a quasiment disparu. Ce modèle de petites fermes intensives pourrait-il être une solution en France ?

J’en suis convaincu à 100%. Les micro-fermes intensives sont un « retour en avant », elles permettent de nourrir les gens sainement et de faire bien vivre les producteurs. Au Québec, nous parvenons peut-être à vendre nos légumes un peu plus cher qu’en France, mais notre saison de production est beaucoup plus courte que la vôtre. Et vous avez la démographie ici pour vendre toute la production tout le temps, alors qu’au Québec, on a une densité de population beaucoup plus faible. En plus vous avez beaucoup de petites surfaces agricoles. Et les gens prennent partout de plus en plus conscience de l’importance de manger local, bio, de connaître les gens qui produisent… J’espère que les techniques que j’ai développées vont être partagées, développées et améliorées ici. Quand ça marchera, ça fera sens pour beaucoup de gens et le système va être imité.


Pour aller plus loin :

Une vidéo montrant la technique de production du mesclun de Jean-Martin Fortier :

La culture du mesclun from Les Jardins de la Grelinette on Vimeo.

Le livre : Le jardinier-maraîcher

(1) Cet entretien a été réalisé à la ferme bio d’Eric Chatelet à Longpont-sur-Orge (Essonne), lors de la formation « S’installer en maraîchage sur une petite surface », organisée par la couveuse d’activités agricoles les Champs des possibles.

 http://www.terraeco.net/Bio-et-hyperproductive-la-ferme,48510

Les Secrets du fumier par Pierre Joigneaux

Par Julien, pour “Nos Libertés”, le 19 mars 2012.

Le site “Nos Libertés” a choisi de proposer des solutions alternatives à l’impasse des géants industriels, ayant pour objectif de permettre à chacun d’entre nous d’accéder à l’autonomie. Car l’autonomie est la seule révolution par le bas qui permettra d’enlever aux pouvoirs économiques en place leur puissance.

Partant du fait qu’un certain nombre de connaissances et de savoirs ont été parfois détruits, nous avons choisi de rééditer des livres anciens sur le sujet de l’autonomie. Dans ce cadre, nous ressortons l’excellent ouvrage de Pierre Joigneaux : “Les Champs et les Prés” (1888).

« Si notre or est fumier, en revanche, notre fumier est or », Victor Hugo in “Les Misérables” (1862). Nous avons de l’or sous les pieds, le fumier, et nous le jetons par la fenêtre… Dans ce livre Pierre Joigneaux (1815-1892) explique, en détail, le rôle capital du fumier pour le cultivateur. La terre a, en effet, besoin d’être richement nourrie si l’on veut qu’elle soit productive. Pierre Joigneaux est l’homme qui réussit à faire voter, le 16 décembre 1873, une loi à l’Assemblée Nationale afin de transformer le Potager de Versailles en École nationale d’horticulture.

Pierre Joigneaux est très bien placé pour parler de ce sujet essentiel puisqu’il fût l’un des plus grands agronomes français du XIXe siècle, ayant à son actif plus d’une dizaine d’ouvrages pratiques et des centaines d’articles dans la presse sur la question de l’agriculture.

Pierre Joigneaux était un homme épris de liberté qui dût fuir la France, du fait de son opposition au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Persuadé que le savoir était la question centrale pour la promotion de la démocratie, il passa sa vie entière à transmettre le savoir des anciens aux paysans de son époque.

Extraits :

Comme quoi il faut rendre a la terre ce qu’elle nous prête

– À la bonne heure, commença M. Mathieu, voici une saison qui s’annonce bien. Dix-huit pouces de couverture blanche sur nos emblaves, douze degrés de froid là-dessus ; s’il ne vient point de contretemps mal à propos, les insectes auront fort à souffrir cet hiver. Les musaraignes boiront plus qu’à leur soif au moment du dégel, les taupes et les mulots aussi, sans compter des centaines d’autres bêtes qui logent sous terre, vivent dessus et font plus de mal que de bien où elles passent.

– Et notez encore, monsieur Mathieu, fit observer Jean-Pierre, que la gelée divise le sol et défait les mottes, et que les mottes ainsi défaites rechaussent les racines des plantes déchaussées. Et notez, d’autre part, que neige qui dure empêche le sol de se refroidir et vaut une toute petite fumure. Quand ça tombe de là-haut, au dire des gens qui s’y entendent, ça fait dans l’air l’effet des blancs d’œufs dans le vin. Les flocons, qui descendent serrés, ramassent toutes sortes de choses malpropres, et vous savez que l’on peut, en fait de culture, dire, touchant les choses malpropres, ce que l’on dit en médecine touchant les amers : — Mauvais à la bouche, mais bon au corps.

– C’est vrai, Jean-Pierre, répondit M. Mathieu ; mais tâchons de ne pas aller plus vite que le violon et de mettre un peu d’ordre dans notre enseignement. Avant-hier et hier, nous avons vu que, pour être ensemençables, les terrains avaient besoin de tels ou tels ingrédients, et aussi d’un bon labourage et d’un bon assainissement dans certains cas. Maintenant, supposons que les terrains en question n’aient jamais été ensemencés de main d’homme et qu’il n’ait poussé là-dessus, de toute éternité, que de mauvaises herbes, verdoyant en mai, portant graines en juillet, mourant en automne et pourrissant en hiver, nous n’aurons pas la peine d’aller chercher midi à quatorze heures pour les mettre en culture. Nous les défoncerons, les défricherons, les labourerons, les ensemencerons. Et puis, avec un coup de herse pour recouvrir la graine et un tour de rouleau pour tasser un peu la terre, s’il en est besoin, la besogne sera finie. L’air et le soleil aidant, la graine germera, l’herbe poindra, la fleur passera en sa saison, et, le moment venu, nous y mettrons la faucille ou la faux.

Jusqu’ici, tout va bien, continua M. Mathieu ; mais, les années d’après, en serons-nous quittes à si bon marché avec les mêmes terrains ? Assurément non. Pour nourrir la paille et le grain, que nous aurons fauché, moissonné, mis en meules ou mis en grange, le sol aura fait des frais ; il aura donné de ses richesses, diminué ses provisions ; il se sera appauvri tant soit peu. Autrefois, ce que le sol prêtait aux mauvaises herbes poussant sans culture, les mauvaises herbes le lui rendaient en pourrissant sur lui ; ou bien, si les troupeaux y paissaient, ils ne s’en retournaient pas à l’étable sans rendre à la terre, sous forme d’urine et d’excréments, ce qu’ils lui avaient enlevé sous forme d’herbe. Le cultivateur ne récoltait rien, n’emportait rien ; mais une fois que la charrue a défriché, c’est une autre affaire. Le cultivateur qui emporte les gerbes, emporte nécessairement une partie des vivres qui se trouvaient dans le sol ; et s’il continue ainsi plusieurs années de suite, le garde-manger s’épuise, le sol se ruine petit à petit, et un jour vient où il n’a plus de quoi nourrir la semence qu’on lui confie. La terre ne donne pas, elle prête. Si vous ne lui rendez pas les vivres qu’elle avance pour la nourriture des plantes, tant pis pour elle et tant pis pour vous : vous devenez misérables tous deux et vous ruinez du même coup.

Voyez plutôt comme le bon Dieu s’y prend. Un gland, une amande, un pépin tombent sur le sol, y germent et y prennent racine. Pendant huit ou neuf mois de l’année, la terre prête aux petits arbres, qui poussent, son eau, ses sels, ses vivres, sa substance. C’est bien. L’automne arrive avec les gelées blanches et les coups de vent. Que font nos petits arbres en question ? Ils se dépouillent de leurs feuilles jaunies, les laissent tomber à leurs pieds, et là, ces feuilles pourrissent et retournent à la terre en qualité d’engrais. La terre a prêté au printemps, on lui rend la chose en automne. Les bons comptes font les bons amis. Est-ce que les arbres des forêts pousseraient comme ils poussent, s’ils empruntaient toujours et ne rendaient jamais ?

– Je crois même, fit remarquer Jean-Pierre, que les arbres des bois et les herbes des friches rendent au sol plus qu’ils ne lui empruntent, car où les arbres et les mauvaises herbes ont poussé des centaines d’années, ceux qui défrichent font venir de riches avoines plusieurs fois de suite sans y mettre de fumier. – Tu as raison, Jean-Pierre, les végétaux remboursent souvent avec intérêt. Ils rendent au sol ce qu’ils en ont reçu, plus un peu de ce qu’ils ont reçu de l’air, car note bien qu’ils vivent aussi comme nous autres de l’air qui court. Qui respire vit.

Ainsi donc, continua M. Mathieu, il est bien entendu que toute terre qui ne rentre pas dans ses déboursés est une terre qui s’appauvrit, et que tout cultivateur qui n’entend pas raison sur ce point est un mauvais cultivateur. Je cultive un arbre, je dois à cet arbre qui me donne ses fruits, une bonne partie de ses feuilles au moins. Je cultive du froment qui me donne son grain, je dois au sol qui en portera de nouveau, une bonne partie de sa paille pourrie et l’engrais de ceux qui ont mangé le pain. Je cultive de la vigne pour presser et boire le jus de sa grappe, je dois au vignoble les feuilles du cep et le marc du raisin et les cendres des souches. Je cultive l’olivier pour son fruit, je lui dois de même ses feuilles et son marc. Je cultive le chanvre, je dois de même à la terre qui le produit, ses feuilles battues, ses débris, le marc de la pressée d’huile et les boues du routoir. Et ainsi pour tous les végétaux. Je suis persuadé qu’il n’y a pas de meilleure nourriture pour une plante que ses propres débris : feuilles mortes, pailles pourries, résidus quelconques.

– Vous pourriez bien avoir raison, monsieur Mathieu, s’écria Nicolas ; mais que voulez-vous, quand on ne sait, on ne sait, et, la plupart du temps, nous faisons les choses comme les corneilles abattent les noix, à tort et à travers.

– Nous tournons comme qui dirait dans un cercle, reprit M. Mathieu. La terre produit les végétaux, et les reprend morts et pourris sur une friche pour en reproduire d’autres. Si, au lieu d’avoir affaire à une friche, nous avons affaire à une terre cultivée à bras d’homme, les bêtes et les gens profitent de la récolte, la mangent, ou l’emploient en litière ; puis ils vous rendent en urine, excréments, fumier, ce qui doit retourner au sol qui leur a fourni leur nourriture. Tout animal, homme ou bête, fume autant de terrain qu’il lui en faut pour produire les végétaux nécessaires à sa subsistance. La terre donne les végétaux, les végétaux nourrissent les animaux, et les animaux, après avoir rendu en fumier, au sol, une portion de ce que celui-ci leur a avancé, finissent par lui rendre le tout, chair, os, poils, cornes, sang et le reste. Il pousse là-dessus de nouvelles plantes qui donnent de nouvelles bêtes, et quand le tour du cercle est parcouru, nous recommençons la même promenade, et toujours et sans discontinuer.

Toute la théorie des engrais est là-dedans. La terre prête, le cultivateur est tenu de rendre ; comment doit-il s’y prendre pour faire la restitution ? C’est ce que nous allons voir.

Sur le terrain qui a fourni sa substance aux plantes, on peut rapporter du terrain de même nature, n’ayant encore rien fourni. Si les plantes, venues sur le terrain n’ont pas été récoltées, on les retourne avec la charrue. C’est la fumure en vert. On peut ne pas retourner les plantes avec la charrue, les laisser mourir et pourrir sur place, et donner ainsi à la terre le temps de se reposer, de se rembourser de ses dépenses et de refaire ses forces. C’est la friche.

On peut, au fur et à mesure que les herbes paraissent, les mettre en terre par le moyen de labours fréquents. C’est la jachère. Si les plantes ont été mangées par l’homme ou par les animaux, on rend au terrain les excréments et les urines de l’homme ou des animaux. Si les plantes sèches ont servi à faire de la litière, on les rend à l’état de fumier. Si les plantes ont été brûlées, on rend au terrain les cendres qu’elles ont fournies. Si les plantes ont servi à des opérations industrielles, on rend au terrain les résidus de ces opérations, tels que tourteaux, marc de raisin, pulpe, eaux de féculeries, résidus de brasseries, etc. En somme, la restitution se fait ordinairement sous forme de terres rapportées, sous forme de végétaux enfouis en vert, sous forme de friches, de jachère, sous forme d’urines et d’excréments, sous forme de fumier, sous forme de cendres, et enfin sous forme de résidus quelconques.

– Sans doute, continua M. Mathieu, il y a encore d’autres manières de restituer au sol ce qu’il prête aux végétaux, mais c’est l’exception. Je sais bien qu’on peut lui rendre la laine des moutons, quand les chiffons ne servent plus à rien, le sang, la chair, les os, les poils, les ongles des animaux morts de maladie ; mais, encore une fois, c’est l’exception ; ce n’est pas avec cela qu’on se tire d’affaire dans une ferme. Et, d’ailleurs, quand le moment sera venu d’en parler, nous en parlerons.

– Ce que vous nous expliquez, monsieur Mathieu, dit Jean-Pierre, me paraît clair et simple comme bonjour. J’emprunte, je profite du prêt ; je rends ensuite, car, autrement, je ne trouverais plus mon prêteur dans de bonnes dispositions à mon égard. Tout ceci est convenu, arrêté. Voilà ce que je sais bien ; mais ce que je ne sais pas au juste, c’est le moment qu’il me faudra choisir pour acquitter ma dette envers la terre. Tenez, monsieur Mathieu, pour être plus clair et sans vous commander, je vous demanderai si toutes les saisons sont bonnes pour fumer la terre, ou, si, pour cela, le printemps vaut mieux que l’automne ou l’automne mieux que le printemps ?

– Bravo ! Jean-Pierre, voici une question bien posée. J’y réponds sans tourner autour.

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Prix de vente : 13 euros TTC
Nombre de pages : 154
Couleur : noir et blanc
ISBN : 979-10-91342-00-1
Éditeur : Nos Libertés