Archives de Catégorie: POÉSIE

QUEL BEAU JOUR!

En autant que le silence se fasse entendre
En autant que la pluie fasse l’amour aux fleurs
En autant qu’un rire pétille nos tendresses
Dans les amours des après-midi…

Quel beau jour!
Quel beau jour!

En autant  qu’il m’est permis de voir la gouache de tes yeux
En autant que tu frissonnes sur la route de mes doigts
En autant qu’une douceur soit le vœu de nos voeux
Dans les amours des après-midi…

Quel beau jour!
Quel beau jour!

En autant que ce soit dimanche, chapelle et tour
En autant que je sois à genoux devant un temple rose
En autant que le temps mette fin à ses jours
Dans les amours des après-midi…

Quel beau jour!
Quel beau jour!

En autant qu’une éternité s’infiltre aux rideaux cloîtrés
En autant que ce lit devienne un champ de guerre aux hier
En autant que nous semions en les labours de nos chairs
Dans les amours des après-midi…

Quel beau jour!
Quel beau jour!

Gaëtan Pelletier, 7 mars 99

La guérilla atrophiée

Guerre

Petit homme mécanique, hors-logé, trafiqué, brigandé par la race des saigneurs, où vas-tu?

Dans le silence fébrilisé, la danse sarcastique et le sang-pétrole, tu givres, mou comme un brin d’herbe noyé.

Homme délumiéré.

Ombragé de la voix. Aveugle et déambulant avec la canne blanche des États.

Tu pleures comme pleurent tous les enfants cherchant leurs parents.

Et dans la pénombre circulaire, d’une société bicyclette-stationnaire, tu peines et tu peines, parfois bien vêtu, des neurones, mais nu de la vérité.

Déparadisiqué, tronqué, flambé, toi, la merveille des merveilles du monde!

Te voilà à zéro.

Le progrès, cette machine à voyager dans le temps,  à travers les grands férus des savoirs inutile, des becs à ongles d’acier, que tu paies pour te faire tuer, le progrès te ramène à l’ère des cavernes.

Menottés de tes frissons. Tu crois! Tu crois croître! Mais tu croupis, t’accroupis, petite île ou petite elle dans son Pacifique océan virtuel.

La guerre! La guerre! La guerre!

Elle a avalé des millions d’enfants…

Où vas-tu? Petit homme…

Au pas des GPS tronqués…

Que la machine est belle!

La tuerie de toute beauté!

On te vend de la colle à lambeaux chaque jour…

Guérira, guérira pas? Guérilla, guérilla pas…

Gaëtan Pelletier

15 mais 2013-05-15

Boomerang

 

etudes_mains
 
Porter de ses mains les mains des autres
Porter ses douleurs en voyant celles des autres 
Porter ses yeux comme la vue d’un monde autre 
Porter la lumière et les ombres hautes 
Porter ses dires comme des fleurs de sourires 
Porter ses petitesses comme les grandeurs des grandeurs 
Porter ce qu’on sait comme un vide pour cueillir ce qu’on peut apprendre 
Porter ses petits paradis des jours,   si infimes,  si ténus
Comme on porte le fil de la soie que nous sommes 
Porter ses petits jours comme si chacun d’eux  étaient longueur d’ une vie 
Porter les autres comme on porterait soi 
Porter pour qu’enfin tous soient transportés 
Porter pour que ce monde aille quelque part… 
Et nous revienne par les autres 
 
 
 
 gp
 

LE SOURD QUI REGARDAIT LA PLUIE

J’ai toujours aimé la pluie. Je me souviens qu’à douze ans, nous courrions vers la rivière pendant qu’il pleuvait. Et cela sous un ciel noir entaillé de raies de lumière qui tailladaient l’asphalte noire.

Nous foncions vers la rivière, comme pour rejoindre toute cette eau du ciel qui pétaradait dans les rues, ruisselait, cherchait des fissures dans la Terre. Mais nous savions qu’elle finissait toujours à la rivière.

Nous nous jetions à l’eau, pataugeant, heureux. Comme dans le ventre d’une mère.
Chaque gouttelette fêtait le sol. Elles s’y enfilaient comme des aiguilles humides.
Et la rivière enflait, ses courants grossissaient.
Comme le ventre d’une mère.

Je les ai vues, et je les vois encore ….

Faire l’amour à la terre, diamantant les fleurs de perles de lumière. Des grappes de bulles pellucides. Des micas liquides.
Comme pour faire l’amour aux couleurs des fleurs et du vert des fougères.
Des micas liquides…
Je les vois… Je les ai toujours vus…

Aujourd’hui c’est un jour de pluie. Je suis paresseux comme un chat. Même si la société m’a appris à en avoir honte de l’être. Je n’ai pas travaillé : j’ai appris à savoir l’univers.

Alors je me suis assis, après le déjeuner, sur les dalles de pierre, simplement à regarder couler cette nourriture du ciel sur le potager. Silencieux comme dans les grandes peines. Mais heureux d’un silence heureux à simplement regarder et boire la beauté descendre goutte à goutte.

Pendant qu’à la télé, à travers ces hordes de vacanciers qui attendent le «beau temps», j’ai pris conscience que le beau temps n’est que celui que l’on prend quand il est là. Parfois c’est le vent qui de sa rage gifle les arbres et couche les herbes mouvantes.

Alors je laisse simplement la vie venir à moi. Qui donc a dit que la pluie était laide? Je viens d’apprendre que quelqu’un a décidé de ce qui était beau. Et j’ai avalé cette notion de beauté… Comme une vérité. Encore….

Je reste là, accroupi. La pluie tambourine sur le toit métallique du garage. Plus près, c’est un son feutré… Sur chaque objet un son différent. Une symphonie de clapotis. J’ai été sourd pendant dix ans. Dix ans… Même maladie que Beethoven… Et depuis que j’ai recouvré l’ouïe, je ne suis plus le même. J’ai appris à lire sur les lèvres, j’ai appris la faim des sons…

Je vois des taches protéiformes : quelqu’un, quelque chose, dessine des formes vivantes sur les pierres de l’entrée. Quelqu’un ou quelque chose tresse des couleurs et des lumières nouvelles sur tout ce qui entoure la maison. Tous mes sens emmêlés sont pris dans cette toile d’araignée invisible. Un yoga sans postures…

C’est beau! C’est beau parce que des diamants habillent des fleurs, et plus encore, ils musiquent sur les feuilles des arbres, descendent du toit… Je ne sais plus si j’entends où je vois.

Les nuages se déchirent et se recousent, griffés par les mains qui brassent le gris et le noir et jettent de temps en temps une raie blanche, ou des cheminées de lumières qui fouillent les environs.
J’ai toujours aimé la pluie.
Mais on m’a défendu de l’aimer.
On m’avait tant dit que la pluie était laide.
Et toutes les chaînes de télévision le disent : « Il ne fera pas beau, il va pleuvoir».
Quelqu’un ou quelque chose a décidé de ce qui serait «beau».
Ce n’est pas New York. Ce n’est pas la Floride. Ce n’est pas non plus une île du Pacifique.
C’est ici.

Le chat est assis, tranquille, sur son promontoire de carton que je lui ai fabriqué. Il hume toutes les odeurs, s’étonne de cet abreuvoir étrange qui tombe du ciel.
Il s’appelle «Café» parce qu’il est noir…Le chat de ma fille…
Mais le café, avant d’être grillé, il est vert.
– On n’est pas mûrs, toi et moi… On ne le sera jamais… On sait s’étonner….

Le chat me regarde. Tout le monde a sept vies, c’est juste qu’on est que trop hypnotisés par la vision des autres…

– On se fait tuer, toi et moi…
– Ronnnnnnnnnnnnn!
– T’as raison… Tu n’est pas le Petit Robert, mais tu dis tout… C’est que les autres ne comprennent pas.
…. Pour dîner? Du poisson en boîte?

Il ne saura jamais que son poisson existe de par ces petits grains tombés du ciel. Tous les ruisseaux, toutes les rivières, tous les océans…

Il faudrait qu’il fasse comme les humains : aller à l’école pour apprendre à vendre des objets et des idées inutiles. Ou bien créer des armées et défendre les commandites de cigarettes sur les voitures F1.

Comme les soldats cravatés qui s’inquiètent du PIB et d’Oussama Ben Laden…

Je l’insulte :
– Viens, espèce de frite brûlée, on va aller s’étendre…

On est là sur le lit, les paupières closes, et les oreilles toutes ouvertes à ces pétarades sur le toit. Quand on tend bien l’oreille, c’est une musique… Comme si Dieu s’était fabriqué un clavier de cette tôle galvanisée…

Le chat ronronne.

La fenêtre a l’air de pleurer sous ses gouttelettes qui coulissent.
Maintenant je sais qu’elle s’en ira à la rivière.
Et ça me rend heureux.
Quand on sait où va l’eau, on entend un peu mieux la voie de la Vie.

Gaëtan Pelletier

11 octobre 2004

Il restera la Terre

SOURCE DE L’IMAGE

© Roseline d’Oreye. Tous droits réservés.

Avec la permission de l’auteure. Vous pouvez visiter le site de Roselyne : http://www.roselinedoreye.be/

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Au temps des argiles

Conseil amical à un tas de jeunes gens

Bukowski

Allez au Tibet.
Faites du chameau.
Lisez la Bible.
Teintez vos chaussures en bleu.
Laissez-vous pousser la barbe.
Faites le tour du monde en canoë de papier.
Abonnez-vous au Saturday Evening Post.
Ne mâchez que du côté gauche de la bouche.
Epousez une unijambiste et rasez-vous avec un coupe-chou.
Et gravez votre nom sur son bras.
Brossez-vous les dents à l’essence.
Dormez toute la journée et grimpez aux arbres la nuit.
Faites-vous moine et buvez des chevrotines et de la bière.
Mettez la tête sous l’eau et jouez du violon.
Faites la danse du ventre devant des bougies roses.
Tuez votre chien.
Présentez-vous comme maire.
Vivez dans un tonneau.
Fendez-vous la tête avec une hachette.
Plantez des tulipes sous la pluie.

Mais n’écrivez pas de poésie.

Charles Bukowski, Avec les damnés.