Archives de Catégorie: POÉSIE

Conseil amical à un tas de jeunes gens

Bukowski

Allez au Tibet.
Faites du chameau.
Lisez la Bible.
Teintez vos chaussures en bleu.
Laissez-vous pousser la barbe.
Faites le tour du monde en canoë de papier.
Abonnez-vous au Saturday Evening Post.
Ne mâchez que du côté gauche de la bouche.
Epousez une unijambiste et rasez-vous avec un coupe-chou.
Et gravez votre nom sur son bras.
Brossez-vous les dents à l’essence.
Dormez toute la journée et grimpez aux arbres la nuit.
Faites-vous moine et buvez des chevrotines et de la bière.
Mettez la tête sous l’eau et jouez du violon.
Faites la danse du ventre devant des bougies roses.
Tuez votre chien.
Présentez-vous comme maire.
Vivez dans un tonneau.
Fendez-vous la tête avec une hachette.
Plantez des tulipes sous la pluie.

Mais n’écrivez pas de poésie.

Charles Bukowski, Avec les damnés.

L’amour du tout collé

 FLickr  Blind Gold

Les vrais amours n’ont pas d’intention, ni d’attente. Les deux aimants ne cherchent que l’attraction du collé.

Alors on s’est étendus nus, d’une manière décente. Avec des draps qui rendait l’amour aveugle. Les yeux grands ouverts sur nos murmures. 

Il n’y a rien à dire.

Les mains font leur chemin délicieux comme pour trouver le centre de l’Univers. Aimer avec le doigté d’un respir, d’un souffle, d’un minus frémir.

Et pourtant…

Jusqu’au liquide affolé, les perles blanches des corps…

Étrange!

Voilà les liquides qui sont de feu.

C’est comme ça que je nous rêve. Durant tes absences. Avec les rires fous, les passages arrêtés.  Aimer et rire c’est comme créer du bonheur sans faire des enfants.

Un peu comme sculpter deux anges dans une musique du présent…

Gaëtan Pelletier

2007



LES ABEILLES DE LUMIÈRE

Abeille

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ABEILLES DE LUMIÈRE

L’OEUF-ENFANT

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J’ai raclé le sol, ce printemps
Pour qu’il en sorte du vert
Comme je racle ma vie
Chaque matin

Je ne fais rien à peu près. Je fais tout près d’un rien. Quand on a un petit orteil dans l’éternité, les êtres et les choses prennent une belle lumière. C’est comme ça que j’ai le pied sur Terre et l’œil accroché à l’étoile. Je ne sais rien. Je ne veux rien du savoir. Ni même des mots.
J’ai ramassé tant d’herbe séché. Mais je n’en ramasserai jamais autant que toute la paille d’Humains rencontrée dans ma vie.
C’est comme ça.

J’ai raclé le sol, ce printemps
Pour faire repousser l’enfant
À petits pas d’infini
Chaque matin

Je ne fais rien. Je me laisse faire. Personne ne crée les sons. Ils viennent à vous. Toute douceur n’est pas bonne à dire. Les humains, on dirait, parfois, sont des sourds qui ne s’entendent pas dans les guerres.

J’ai raclé ma vie, ces derniers temps
Pour décoquiller l’œuf enfant
Et c’est tout beau
Comme un printemps

Gaëtan Pelletier
19 avr. 09

Aimer en noir et blanc

La nuit, toutes les lumières du corps sont éteintes. Voilà celles de l’âme qui s’allument. Ah! Comme on voit « clair »!…  Quand tout est sombre.

Plus les ans grignotent ma chair, plus mon être s’aiguise. Je ne sais plus rien… J’ai compris que ne rien savoir est bien. Les enfants ne savent rien. Moi aussi.

J’ai jeté des idées aux feux.

Il ne me reste plus que le brut de la Vie. Pas d’idées, pas de théories, pas de projets. Rien que des pique-niques au bord d’un lac ou d’une rivière.

Prendre le chaud, le froid, les tiédeurs au moment où ils passent.

Comme prendre ta main quand elle passera.

On écrira bien des mots, mais les mots ne disent finalement rien. C’est de la beauté qui tente d’expliquer la beauté. Mais elle ne vaut pas, sans doute, le regard posé sur tes gestes, tes moues, et les sons délicieux de ta voix.

C’est mon repas d’oreille.

Ce soir, c’est fou, j’aurais envie d’écouter les lueurs de ton œil. Les vibrances de tes odeurs…

Il n’y a pas de silences chez les humains. Il n’y a que des poèmes cachés. Il y a aussi des discours bien lourds qui cherchent des raisons. C’est pourquoi l’amour est aveugle : il cherche la raison de l’amour. La raison est toute menue dans l’amour. Elle est là bien petite comme s’il fallait découvrir le mot aimer par autre chose. Cette autre chose que nous avons perdue.

Les sans amours sont des sans-abris. C’est ce qui fait la pauvreté de ce monde. Et la pauvreté de chacun.

On a peur de tout parce qu’on nous a divisé par l’avoir. Le monde a été « recréé » pour nous contrôler par la peur.

L’amour est une aventure au pays de l’autre.

Le refus d’aimer dans les contraintes illusoires est né de ces peurs. Là où il y a contraintes, il n’y  pas d’amour.

Homme, femme, enfant, peu importe… Le miroir est le pire ennemi de l’Homme.

La peur de perdre son identité, la peur de perdre ses petites habitudes, la peur de ne pas arriver « à temps ».

Les occidentaux vivent de par une calculette.

On ne sait pas vivre la beauté de la fleur, on sait seulement compter combien nous rapportera le bouquet.

La laideur du monde est née de la crainte. D’une sorte d’obsession de l’avoir sans doute issu des racines de la nature humaine en famine.

Le singe a livré son manque de bananes….

Sa frustration de territoire a créé la haine , la guerre, les combats, le sang qui coule…

Le reste est idée.

Voilà un mot qui résume bien le petit monde enfermé dans un échiquier.

Voilà un mot qui a été gonflé jusqu’aux simples amoureux.

Ceux qui rêvent d’un dimanche, d’un jour de repos, d’une nappe et quelques amis.

Quand on n’a pas droit à cela, c’est que la société a raté, et bien raté son rôle.

C’est une hache camouflée sous bien des formes…

Alors, ce soir…

Comme au soir de ma vie.

Comme après un long repas de la vie d’ici, je n’ai plus peur.

Si j’avais compris avant, je n’aurais jamais eu peur.

Si j’avais compris qu’il faut moins chercher à comprendre, mais bien plus à parfaire notre manière d’aborder l’amour.

Si on avait investi autant dans l’amour que la guerre, je pense que notre « art de vivre », notre bonheur,  nous aurait rendus riches à un coût moindre.

Le diable est dans la division.

Et plus nous nous jetterons sur les « grands projets », plus nous creuserons notre tombe .

Car tout ce qui est « grand » finit par diviser.

On finit par la peur de ne pas être heureux…

C’est bien la pire, car en s’y attardant, le bonheur est un silence qui n’a plus les mots – ou quoique ce soit de langage – pour nourrir le vide de nos « communications »…

© Gaëtan Pelletier, 26 mars 2011

La tresse des lueurs

« Le temps est l’image mobile de l’éternité immobile »
Platon
« Les fleurs sont l’expression d’une beauté inconsciente »
J. Krishnamurti
 
 
***
 
Tu feras de tes yeux, le parfum de ton âme
Là où il y a des fleurs d’ailleurs que la lumière pâme
Et tes mains serviront à modeler les amours
L’Univers est une lyre, un champ de vibrances des toujours
 
Peu importe le temps, peu importe les heures
La trame de l’Histoire, les ficelles de grandeurs
Chacun est un pas qui fait marcher l’autre
Et les autres sont les sentiers délicats, des hôtes
 
Tu feras de tes oublis la plus grande des connaissances
Celle incrustée, en ton âme, bien plus lointaine que la naissance
 
Peu importe le temps, peu importe les leurres
Le corps n’est qu’une horloge que l’amour transforme en fleurs
 
 
Gaëtan Pelletier
29 novembre 2012 

Aquar-elle

Aquarelle

Crédit image: Doux ressac 

aquarelle texte 2

LE VOL DE VELOURS

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Tu as tellement de beaux écrits dans tes yeux…

C’est comme la bible de la bible des amours!

C’est comme pas de mots avec tous les poèmes

Il y a des couleurs que je ne connais pas. Des lueurs. Des bouts d’Univers achalandés de voyages de tendresse. Des  voyages aux vols de velours. C’est comme ça quand mes yeux traversent ta chair, quand ils voient ce qui ne se voit pas.

De temps en temps… Comme ça. Je vais faire un tour à tes yeux d’Univers. De temps sans temps.

Ton visage est comme un film d’amour. Tu sais,  quand Harvey rencontre Emma? Ce ne sont pas les bons noms, mais c’est une histoire d’un brin d’éternité et de douceurs arrimées.  Les plus belles histoires sont les plus petites. Celle où il n’arrive rien mais tout arrive.

Je prends le voyage de tes yeux comme on prend le bus.

Chaque matin.

Chaque filet d’eau.

Chaque rire.

Et chaque petits pas de doigts frileux sur ma chair.

Je ne suis pas fort sur les fleurs. Ce ne sont que des apparences de petits feux. Alors je te donne le bouquet de mes yeux. Le grand mystère d’aimer…

Je te remercie de ta beauté.

Elle a le creux et le chavirement des rivières. Elle bouge, elle danse, elle se vire à l’envers dans des endroits qui se creusent.

La beauté ne demande pas d’expliquer la beauté.

C’est pour ça qu’on ne s’explique pas. Comme la beauté des fleurs…

Je te donne d’une main et tu reçois de tes yeux.

Tu me donne la main et je reçois de mes yeux.

C’est rien que des petits bouquets d’avant la nuit. Quand la Terre a fait le tour sans faire le tour de nos amours. Au moment du lit et des rêves fous.

Je m’en vais te dire bonjour avant le voyage de l’éteinte entre nos étreintes.

Tu as tellement de beaux écrits dans tes yeux

Que chaque soir j’en écris un peu…

Gaëtan Pelletier

9 mai 2009

Le bagage animé

Flaque d'eau

 

Je suis venu sur Terre, faire un tour
Mon corps pour bagage, en voyage

Je suis venu m’éblouir, voir un peu
La beauté des lieux et les âmes

Je naviguais, enfant, sur des ruisseaux
Découvrant des mers en radeaux
Flottant sur des miroirs de soleils brisés
La prunelle géante des tout petits toujours grands
La fièvre aux mains , à palper, affamées
Voulant saisir tous les souffles des jours

Le sablier a brésillé la fraîcheur des heures
J’a vu trop d’hommes piller, encager les ors
Dans les guerres perdues des faibles et des forts
Sans répit, sans regrets, sans paix que les leurres

Je suis venu sur Terre, faire un tour
Mon âme pour bagage, le corps en image

J’y partirai comme on quitte un visage
L’œil en larmes de tous les amours
Œillade est si frêle au fleuve des toujours
Un frémir lumineux, dans l’océan des âges

Gaëtan Pelletier
24 avril 08

LES CORPS SOUS LES FLEURS

Quand on est simples
Quand on a le cœur au bord des yeux
Quand on a l’âme qui sort de partout
Tout peut arriver…

Quand on est un temple
Quand de lumière on est fabriqués
Quand la tendresse nous fait frissonner
Tout peut arriver…

Alors, ils arrivent alors de partout
Les rois couronnés des zéros
Armés de chiffres, alliés des fous
Allant aux guerres pour décimer
L’enfant, la femme, le vieillard

La paix qu’on tue ne revient jamais
Et quand elle revient, elle a des airs
De guerre, de guerre et de guerre
Qui saigne le tendre et la lumière
Alors, ils reviennent de partout
Les âmes noires qui cherchent des nègres
Pour déchiffrer les terres de leur orgueil
Ils vendraient leur mère et leur Terre
Œil pour œil et chars de fer

Quand on est doux, sans valeur marchande
Ceux-là vous envahissent et vous hantent
Dans cette église bleue, ronde, pour un territoire
On tue tout ce qui vit pour un or noir

Quand on est simples
Quand on a le coeur au bord des yeux
Quand on a l’âme qui sort de partout
Dans un jardin plus petit que la faim
Tout peut arriver…

Alors, les voilà partout, labourant
Sans semer, sinon que la mort
Dans des tombes béantes
Enfouissant les corps et les fleurs

Gaëtan Pelletier
Kamouraska
28 décembre 2000