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Le Colosse de Maroussi

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L’expérience de la lumière

A son retour à New York, après son voyage en Grèce, Henry Miller s’attaqua à la rédaction du récit de ce voyage. La Grèce, écrit-il, fut pour lui une Révélation. Non pas seulement, et prosaïquement, la révélation des lieux visités en Grèce, mais surtout une révélation personnelle ; la révélation de ce que c’est qu’être homme, et de ce que devait être le reste de sa vie. Rien que cela. La force des impressions que l’écrivain recueillit en Grèce est sensible dans lesPremières impressions sur la Grèce qu’il rédigea au cours de ce voyage, et dont il fit cadeau à son ami le poète grec Georges Séféris. Avec Le Colosse de Maroussi, l’écrivain livre une version plus aboutie destinée, elle, à la publication.

 

Le « colosse » de Maroussi (ou d’Amaroussion) est un homme auquel Miller a été présenté en Grèce et qui l’a accompagné dans sa découverte progressive de ce pays – physiquement ou en pensée. Katsimbalis – tel est son nom – est un personnage. Un homme si haut en couleurs qu’il surplombe de sa présence tout le récit de Miller. Un conteur né, en ce sens qu’il ne vit que pour (et par ?) la parole. Sitôt éveillé, il commence à baragouiner, et une fois la machine à nouveau chauffée rien ne peut plus l’empêcher de tout transformer en histoires : le moindre incident de sa propre vie, tout ce dont il est témoin, le plus insignifiant des objets, tout, absolument tout est englobé dans la parole de Katsimbalis. Il est l’incarnation du Logos ! La narration de Miller est elle-même pleine de cette emphase qu’il prête, d’abord, à son ami Katsimbalis – au point que l’on pourrait se demander si ledit Katsimbalis a réellement existé ou s’il n’est qu’une invention de Miller pour donner corps à la primauté de la parole dans l’expérience vécue.

 

La guerre est sur le point d’éclater lorsque Miller se rend en Grèce en 1939. Il répond à l’invitation de son ami, l’écrivain Lawrence Durrell, qui réside à Corfou, mais il cède aussi au charme ensorcelant des récits que lui a faits sa voisine en France, l’Américaine Betty Ryan, qui, avant même l’apparition de Katsimbalis, s’impose comme une figure propre à magnifier tout ce dont elle parle. « Sans Betty Ryan », commence par écrire Miller, « jamais je ne serais allé en Grèce. » Betty Ryan est ainsi la figure originelle du livre, celle qui annonce dès les premières pages ce que fera ensuite Henry Miller l’écrivain durant trois cents pages (édition de poche) : « Je l’écoutais toujours avec grande attention, non seulement pour l’étrangeté de ses expériences, mais parce qu’elle avait l’air de peindre ses pérégrinations en les racontant. Ses descriptions demeuraient fixées en moi comme des toiles de maître parfaites. » Deuxième figure tutélaire : celle de Durrell. Miller évoque les lettres que lui envoyait ce dernier de son refuge corfiote, des lettres si littéraires et poétiques qu’elles sont déjà une invitation à mêler le réel et l’imaginaire : « Durrell est un poète ; ses lettres s’en ressentaient : elles créaient en moi une certaine confusion – tant rêve et réalité, histoire et mythologie s’y fondaient avec art. »

 

L’écriture de Miller a souvent l’air si naturelle, sur le mode de la conversation enflammée, que l’on pourrait croire que le bonhomme écrit au fil de la plume. La présence de ces deux figures tutélaires dans les deux premières pages de son livre nous rappelle qu’il n’en est rien – ou qu’en tout cas ce n’est pas l’exact reflet de la réalité. Car le récit que livre ici l’écrivain américain de son séjour en Grèce est à l’image de l’art de la narration qu’il prête à ces figures : le mythe, le rêve, l’Histoire (même si Miller répète à loisir qu’il n’a qu’un vernis de connaissances historiques et que ce n’est pas ce qui lui importe, l’artiste s’autorisant à réécrire le passé au gré de ses impressions et de ses désirs, sa découverte de la Grèce reste celle d’un esprit cultivé, nourri à la littérature et à la fréquentation de gens cultivés) se mêlent constamment dans une narration enfiévrée, émue ou furieuse, où le narrateur, non seulement se met lui-même en scène, mais compose ses descriptions comme des toiles et conte ses aventures avec un sens certain de l’hyperbole et de la mise en scène, volontiers « clownesque ». C’est la Vie même que Miller veut exprimer à travers ce « récit de voyage » qui touche parfois à la révélation mystique.

 

La Grèce est, aux yeux de Miller, pays de lumière. Cette lumière, sensible même la nuit – comme si le paysage refusait de croire à la disparition du jour -, baigne chaque lieu, chaque expérience d’une spiritualité inhérente au pays lui-même ; la Grèce apparaît ainsi à Miller comme une terre sacrée, où les dieux prenaient jadis figure humaine pour se promener parmi les hommes. Sacrée donc, mais aussi, justement, à taille humaine. Les sites que visite Miller – et il visite les plus célèbres, de l’Acropole à Mycènes, de Cnossos à Corinthe, d’Argos à Phaestos, d’Eleusis à Sparte, non selon un plan préétabli mais au gré des opportunités et des invitations – lui apparaissent comme le témoignage du caractère sacré de la Grèce, au sens religieux, mais aussi comme des lieux où l’homme trouve sa place. Constamment l’écrivain compare la Grèce aux Etats-Unis – au détriment de ceux-ci. Au gigantisme américain répondent les dimensions humaines de la Grèce. Cette caractéristique vaut également pour les Grecs : à leur contact, Miller redécouvre ce que c’est qu’être humain, il éprouve la dignité et la beauté jusque dans la misère. Pourtant son périple le met au contact de nombre d’hommes qu’il juge antipathiques et dénués d’intérêt ; ce peuvent être des Anglais – il ne les aime pas du tout, c’est le moins que l’on puisse dire, même si Durrell est de ses amis -, des Américains ou des Grecs – les pires de ces derniers étant, souvent, des Grecs revenus d’Amérique et si pénétrés des « valeurs » de ce grand pays qu’ils ne savent plus voir la beauté de leur terre d’origine. Mais, au milieu de cette faune grouillante et souvent survoltée, Miller découvre surtout l’humble et chaleureuse humanité de ceux qu’il considère comme les vrais Grecs. Des gens attachants parce que capables de donner et de partager, ne fût-ce que par le spectacle qu’ils offrent. Miller, ainsi, s’arrête sur la simple vision de femmes au travail ou d’enfants en haillons – des visions qui, pour révélatrices qu’elles soient de la misère réelle dans laquelle vit le pays, le touchent par ce qu’elles contiennent de vérité. La vérité de l’homme, de ce qu’est la vie sur la terre – comprenez : de ce qu’elle devrait être selon Henry Miller.

 

La Grèce pour laquelle s’enthousiasme l’écrivain, c’est une Grèce qui n’a pas encore succombé, comme le reste de l’Europe que Miller connaît (il a vécu longtemps en France), au mode de vie américain. L’Amérique moderne est, pour Miller, l’antithèse de la Grèce ; c’est la terre de l’égoïsme, de la futilité érigée en principe de vie, la négation de la vie. Dans Le Colosse de Maroussi, Miller commence à élaborer la vision du monde qu’il mettraen forme peu après dans Le Monde du sexe. Là où tous les Grecs dévoyés qu’il croise dans Le Colosse…, revenus convertis d’Amérique, ne voient que justice sociale et égalité des chances, enrichissement pour tous, Miller, lui, voit une gigantesque machine à fabriquer la mort. Il s’étonne de la surdité de ses interlocuteurs, qui refusent d’entendre l’existence de millions de pauvres aux Etats-Unis. Pour un Grec, être Américain, c’est forcément être riche. Et entendre Miller déclarer qu’il ne l’est pas, qu’il ne l’a jamais été, qu’il n’est pas « dans les affaires », est une source d’étonnement renouvelée, tout au long de ce voyage en terre sacrée.

 

La richesse du Colosse de Maroussi, c’est que le livre est à la fois récit de voyage et élaboration d’une vision du monde. C’est lui-même que Miller met en scène du début à la fin de son récit, même s’il accorde une place prépondérante aux personnages rencontrés. C’est par lui, par sa subjectivité exacerbée, que le lecteur a accès au pays et à ses habitants. Les digressions sont légion, parce que la narration épouse le rythme même de la vie ; ainsi la visite d’un site n’a-t-elle pas pour principal attrait la description plus ou moins détaillée, plus ou moins « juste », du site en question, mais l’expérience qu’elle constitue. Miller est un conteur admirable, qui accorde autant d’importance aux déplacements, aux moments qui précèdent l’arrivée proprement dite sur le lieu annoncé et aux réflexions qui suivent la visite en elle-même. Parfois, d’ailleurs, il ne reste que peu de choses de la visite, tant l’émotion submerge le décor. Ainsi Miller fond-il en larmes – ou presque – à plusieurs reprises, en découvrant par exemple la plaine d’Argos, ou le cadre naturel dans lequel est sertie Phaestos. Car ce ne sont pas tant les sites que le pays lui-même qui bouleverse l’artiste à chaque nouvelle étape.

 

Comme dans ses Premières impressions, Miller ne cache pas son mépris des archéologues et des savants, qui ont le tort à ses yeux de négliger le vivant et de mettre au jour, avant tout, ce que le passé a précisément de plus mort. A quoi bon les objets qui iront vieillir dans les musées ? A quoi bon les discours pleins d’érudition et de morgue des spécialistes ? (Citons ceci : « Des hommes qui ne croient plus en rien écrivent de doctes volumes sur des dieux qui n’ont jamais existé. Cela fait partie du galimatias de la culture. Il suffit d’être très fort à ce jeu : on finira par décrocher un siège d’académicien, où le gâtisme vous changera peu à peu en chimpanzé à tous crins. ») La vie, celle qui intéresse l’écrivain, est dans la terre. C’est d’ailleurs en elle, dans le tombeau d’Agamemnon – où Agamemnon n’est plus – que l’écrivain place le moment de sa « conversion ». « Debout dans le tombeau d’Agamemnon, j’ai vraiment passé par une seconde naissance. » En ce lieu, ce n’est pas Agamemnon qui importe ; car peu importe, en effet, le « quidam » qu’on appelait Agamemnon. C’est au niveau spirituel que se place l’expérience : en ce lieu, Miller voit le sens même de la destinée humaine. « Ici, en ce lieu maintenant dédié à la mémoire d’Agamemnon, un crime hideux et secret a anéanti l’espoir humain. Deux mondes gisent côte à côte : celui d’avant et celui d’après le crime. » Le crime étant ce qui définit le monde moderne d’après Miller : l’homme n’aura chance de progresser et d’atteindre à ce qui l’attend vraiment – devenir ange – que lorsqu’il aura banni le crime, sur lequel se fondent toutes les relations humaines (nous sommes, rappelons-le, à la veille d’une seconde Guerre mondiale, qui pour Miller ne sera pas la dernière et qui ne vaut pas comme événement exceptionnel mais comme un épisode supplémentaire de la grande histoire de l’absurdité moderne). En attendant, « Nous aurons beau creuser éternellement, fouir comme des taupes, la peur sera toujours sur nous, plongeant en nous ses griffes, nous sautant dessus, nous violant par derrière. »

 

Quelle voie choisir alors ? Car c’est aussi la question que pose, en filigrane peut-être, mais en profondeur aussi, la réflexion de Miller. Selon lui, la destinée de l’homme est de « devenir un dieu » (ou « un ange », comme il l’écrit aussi). Cette divinité, toutefois, n’est pas une transcendance absconse. Elle est ce que l’humanité peut être une fois débarrassée du crime. Et le sens du divin qui assaille l’écrivain en terre grecque, ce n’est pas une foi mystique en ces dieux qu’inventèrent les Grecs ; c’est au contraire une foi en l’homme, en sa nature créatrice et aimante, telle qu’elle apparaît, aux yeux de Miller, dans ce qu’il voit en Grèce. L’expérience « millerienne » de la Grèce, c’est cela : la découverte d’une sorte d’épure, la vision – réelle ou ressentie, peu importe au fond – d’un état du monde antérieur aux scories de la modernité. Le mépris de Miller pour l’Histoire et l’archéologie montre assez que son expérience de la Grèce est d’abord une expérience spirituelle ; il s’agit bien pour lui d’une vision du monde, où le passé de la Grèce, comme sa réalité présente, ont d’abord valeur signifiante, et non valeur en soi.

 

De son livre, il écrit au moment de prendre congé : « Je livre ces notes de voyage, non comme un apport à la connaissance humaine, car ma connaissance est bien petite et de peu d’importance, mais comme une contribution à l’expérience humaine. » L’expérience, ici, d’un homme qui s’accroche désespérément à la foi ; la foi en l’homme. « Du moment que l’homme cesse de croire qu’un jour viendra où il se changera en dieu, on peut être certain qu’il est mûr pour se changer en asticot. »

Thierry LE PEUT 

 

LES CORPS SOUS LES FLEURS

Quand on est simples
Quand on a le cœur au bord des yeux
Quand on a l’âme qui sort de partout
Tout peut arriver…

Quand on est un temple
Quand de lumière on est fabriqués
Quand la tendresse nous fait frissonner
Tout peut arriver…

Alors, ils arrivent alors de partout
Les rois couronnés des zéros
Armés de chiffres, alliés des fous
Allant aux guerres pour décimer
L’enfant, la femme, le vieillard

La paix qu’on tue ne revient jamais
Et quand elle revient, elle a des airs
De guerre, de guerre et de guerre
Qui saigne le tendre et la lumière
Alors, ils reviennent de partout
Les âmes noires qui cherchent des nègres
Pour déchiffrer les terres de leur orgueil
Ils vendraient leur mère et leur Terre
Œil pour œil et chars de fer

Quand on est doux, sans valeur marchande
Ceux-là vous envahissent et vous hantent
Dans cette église bleue, ronde, pour un territoire
On tue tout ce qui vit pour un or noir

Quand on est simples
Quand on a le coeur au bord des yeux
Quand on a l’âme qui sort de partout
Dans un jardin plus petit que la faim
Tout peut arriver…

Alors, les voilà partout, labourant
Sans semer, sinon que la mort
Dans des tombes béantes
Enfouissant les corps et les fleurs

Gaëtan Pelletier
Kamouraska
28 décembre 2000

 

Les oeufs brouillés des poules

– Est-ce qu’il  va entrer dans le coffre? 

– Oui, en lui cassant les jambes… 

Extraits d’un dialogue de film américain. 

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Les Amharas d’Éthiopie chauffent maintenant leur maison avec les racines des arbres. La population est trop nombreuse et les surfaces cultivables ne fournissent plus. Ils font des kilomètres pour aller chercher de l’eau. Et leur nourriture de base est l’orge. En bas, c’est l’or… En bas, c’est dans le frétillement de l’orgie de la médiatisation des faits divers, les GRANDS faits. On est terrorisés par le terrorisme.

Il n’y a pas de policier chez les Amharas… Ils sont tellement occupés à survivre qu’ils n’ont pas le temps de s’entre-tuer. Pays d’un ennui mortel.

Pas de nourriture, ou à peine, pas de McDo, i ls devront donc un jour abandonner leur mode de vie et aller vers les villes, s’instruire, et parler à des machines.

***

Nous en sommes rendus là. Avec tout le  »  bric-à-brac  » à venir, les sociétés de plus en plus démunies avec des banques de mieux en mieux munies, nous devront déménager sur Mars.

Il y a quelques jours je marchais dans le bois, en raquettes et voyait les pistes de chevreuils et de lièvres. Mais il y a de moins en moins de lièvres. Il y a 15 ans, les lièvres couraient partout. Il y en avait à  ne pouvoir les compter. Un jour, un type eut l’idée de raser une partie de la forêt. La moitié, en fait… Les lièvres sont partis… en ville?  Tous les gens sont partis en villes, mais il mangent ce que produisent les paysans de la campagne.  Mais là, dans les bois, quand on attend un peu, il y a comme une chandelle qui s’éteint au bout de la neige. C’est merveilleux. Les arbres disparaissent et deviennent tous noirs. On n’y voit rien, mais il laissent des ombres qui s’étirent sur la neige comme s’ils dormaient et qu’ils allaient se relever le matin en levant les branches en baillant.

C’est les complots…

« Macbeth: [La vie] est un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

On devrait démarrer un concours pour trouver lequel ou lesquels trouvent les complots les plus étranges pour « expliquer » les événements de ce monde. C’est bizarre toutes ces explications qui barbouillent la toile. Le sensationnalisme a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer. Des gens qui n’avaient jamais lu Charlie Hebdo au Québec se levaient à six heures le matin pour aller chercher leur « exemplaire ». À se demander si avant les meurtres des auteurs ils connaissaient la « revue ».

Mais au grand concours, on devrait donner à Allain Jules  le rôle de Shakespeare de la toile. À chaque jour son complot.  Les avions font finir par tomber vers la lune. Et les papillons tournent alentour de l’ampoule « allumée »….  On a nos icônes et nos Icare pour presque rien. CliC! Clic! Clic!

L’internet, c’est comme le bois: on dirait qu’il ne reste plus que les racines pour se chauffer tellement on ne prend pas le temps de laisser pousser les arbres.

Les Amharas, eux, n’ont pas le loisir de s’évaporer sur un clavier pendant des heures à sonder le machiavélisme du monde. Non. Il vivent. Dire que deux ou trois aidants pourraient leur expliquer qu’il fait planter des arbres et … attendre.  Mais ils se chauffent également aux excréments séchés des animaux. Sauf qu’il leur faut les ramasser mous pour les mettre en tas.

Tas saisi?

 

Et pas un occidental bouffeur de caca de supermarchés ne voudrait ramasser les crottes pour chauffer. Ça lui soulève le cœur. Mais quel délice que de se nourrir des intellectuels de passage qui se chauffent à la merde du monde jamais rassasié.

Mais bon!  Houellebecq a été Prix Goncourt…

« Olga cependant, une fille de toute façon pas très protéines, préférait la confiture de fraises de bois »

Et c’est Gallimard qui le cautionne.

La mode est à « l’énervisme » et à la confiture intellectuelle sucrée-salée. Quand il n’y a pas de vie dans les livres, c’est comme les œufs brouillés: Un intellectuel cuisinier n’arrive pas à trouver la poule.

La vie est compliquée parce qu’on nous l’a compliquée. La vie est dure parce qu’on nous l’a rendue plus dure malgré le « progrès ».  La vie est horrible parce qu’on l’a vendue à des marchands. Et qu’on est, au départ, la marchandise…

 

Gaëtan Pelletier

Retour vers le futur

…jusqu’à ce que le lion raconte sa propre histoire, le récit de la chasse glorifiera toujours le chasseur. 

 

Dans l’intranslucide chasse à tous les trésors de la Terre, on trouvera toujours de ces gens qui font l’Histoire, la trafiquent à leur compte. Ils ont préparé les lionceaux dès l’enfance, saboté les familles. On se tord comme des guenilles pour fournir aux chasseurs « élus » les châteaux princiers.

Toutes les grandes entreprises de ce « monde » ont été construites par des esclaves.

Dans la marmite surchauffée  du petit vaisseau volant bleu, la canaillerie a – de tous les temps – esclavagé les « fidèles », les aveugles de l’esprit. Et l’esprit est un interprète gourd.

Les requins ne sourient pas… Et c’est ce qu’on aime d’eux. Les requins ont l’air sérieux, puissants, forts. Requin-président et toute la petite bourgeoisie effarouchable danse dans les temples-magasins la grandeur de l’ère de la techno civilisation.

…bourrés et bourrés comme des divans capiteux de nourriture chimio travestie qui conduit à la chimio pharmacologie…

Voter est déjà un signe d’agenouillement devant la clique poudreuse. Le pouvoir est une drogue, mais à renifler les bêtes du pouvoir, les enivrés gagnent de la tête. Mais en perdent le « bon sens »….

DONNE-MOI MON BISCUIT! cui cui cui 

Les friandises des adultes:

Les nazis donnaient la croix de fer…

La France est une distributrice de croix pour tous les petits affriolés ardents et chiots piteux.

Et dans le plus grand, le plus spectaculaire pays du monde: Medal of Honor

Nouvelle de SF, version MP1 

Le dernier des travailleurs 

En l’an 2075, les derniers travailleurs quittèrent la dernière usine du monde: l’usine à fabriquer des robots. 

Ce qu’ils ignoraient c’est qu’ils avaient fabriqué la dernière voltige en matière de « génie humain… » la fabrication d’un robot qui fabriquerait tous les robots nécessaires à la marche de ce monde. 

S’imposa – par un régiment lent et vicieux- l’ère nouvelle des dirigeants ayant enfin parvenu à leur fin par l’accaparement des terres, le tressage lent en louvoiements hypocrites des multiples crises monétaires et la concentration des richesses en quelques conglomérats qui n’eurent plus que pour jeu: la lutte monétaire.

Le dernier travail: polir et nettoyer les robots. Servir cette nouvelle race de seigneurs et travailler sous terre à des projets intra-planétaires  et extra-planétaires.  

Tous avaient le droit de voter, mais tous avaient le droit de ne pas voter. 

Tous avaient le droit de se taire, mais tous avaient le droit de parler dans une machine pour exprimer et analyser aux fins d’amélioration de leur monde sur une plateforme virtuelle leur désagrément. En gros, tous avaient le droit de gerber en format électronique. 

Tous DEVAIENT transmettre un rapport de 20 pages, journalièrement,  dans le but de parfaire leur statut de travailleur-progrès. 

Tous avaient le droit de se parler entre eux par des voies de communications à distance. 

Tous avaient le droit de se faire des amis. 

Tous avaient le droit d’écrire dans un commentaire d’échanges qu’ils n’étaient pas un robot. 

Une machine, au service de LETACMOA, dirigée par une firme indépendante de robots avait pour tâche d’analyser et de transmettre un rapport aux plaignants. Mais le plaignants devait répondre au robot sous peine de sanction(s). 

Tous devaient étudier -et ce gratuitement – afin de ne pas être des serviteurs, mais des critiques instruits, libres, et au parfum du système dans lequel il vivait pour parfaire ce système. 

Tous avaient le droit de se plaindre de quelconque injustice. On lui attribuait alors un avocat-robot pour la défense.  

Deux mois par an, tous les non-robots avaient le droit de voyager sur une île, à l’équateur, pour des festivités arrosées d’alcool, de bains, de soleil.  

Tous avaient le droit de demander aux robots-serviteurs  de suivre ses ordres.

Tous avaient le droit d’être créatifs: il y avait alors un concours du meilleur robot à construire lors des cérémonies vacancières.

En l’an 2075, Robert et Camomilla remportèrent le prix en créant un robot féminin,  à la peau noire, et qui pouvait répéter toutes les citations célèbres écrites par les artistes de jadis. Mais sa principale qualité était de former un travailleur en l’espace de 39 secondes. C’était un record.

Il y eut une fête foraine avec des feux d’artifices énormes constituées de fusées qui explosaient dans l’espaces.  

Et l’on hurlait, les dents grandes ouvertes:

Yeah! Yeah! YES!

Gaëtan Pelletier

3 janvier 20XX

QUAND?

Quand la Terre nous aura tous enterrés
Après l’avoir pourrie comme une pomme
Adam
Ève
Savants serpents

La petite bulle bleue se refera des oeufs
Sans caviar
Quand nous nous serons tous pendus à nos cravates
Dans les discours et rapports des banquiers
Il dormira des ors sur les enfants morts affamés

Les eaux se reposeront de notre merde
La cuvette bleue nous aura noyés

Gaëtan Pelletier
7 novembre 2000

 

Les Supercheries Littéraires : Comment rendre célèbre un écrivain qui n’existe pas

LA RÉPONSE DE DIEU

Photo : Marc Lafontan

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À ceux qui se demandent où je suis
Je suis ici et là
Las qu’on me cherche ici
Sans me trouver partout

On me prie chaque jour
À travers tous les dieux
Épargner les êtres qui vont souffrir
Pendant qu’ils se battent entre eux

Je suis une image que l’on pend aux murs
Je suis le murmure qui sort de vos bouches
Je suis celui qu’on accouche
Quand on cherche l’enfant que vous êtes tous

Je suis la goutte et l’océan
Les étoiles, les yeux des enfants
Je suis la Terre, le Paradis
Je suis bel et bien ici

Je suis l’espoir des aveugles
Et toutes les graines de tous vos printemps
Apprenez vous même à voir
Un peu de moi en vous de temps en temps

Je suis Allah, Jésus, Jéhovah
Vous m’avez toujours divisé en trois

Ne cherchez plus, ne cherchez plus
Si vous ne savez me trouver
Je suis le diable que vous avez inventé

P.S.: Extrait d’un texte de chanson en collaboration avec
Michel Schwingrouber, chef de choeur, auteur, compositeur-interprète Français.

Gaëtan Pelletier
1998

MARIE-LUEUR

L’OEIL DE DIEU

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En ouvrant le journal ce matin, j’ai aperçu la photo de Marie-Ève. Je la vois encore à mes côtés, dans la classe, elle avec ses grands yeux fatigués, me dire qu’elle avait besoin d’aller aux toilettes.

– J’ai un cancer…

Je n’ai rien dit. J’ai dû faire une moue étrange. Elle a ajouté :

– Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas morte.

Non, mais je le sentais, je le savais, sans savoir pourquoi. 29 ans. Un beau brin de fille. Courageuse. Une belle âme. 21 grammes? On traîne du plomb quand on vit. On ne sait que dire à ceux qui vivent, que dire à ceux qui sont près de mourir. J’espérais pour elle…

La vie est faite de lumière qui arrivent et qui repartent.

Elle s’enferme dans des miroirs d’âmes, et vient un moment où les miroirs partent en voyage.

***

Je me suis levé ce matin et me suis précipité dans le potager.  Pour arracher les mauvaises herbes. C’est comme si on faisait ça toute sa vie : arracher les mauvaises herbes de son âme. À coups de pioche. En creusant, creusant… Mais rien n’est assez profond… Ou bien ça l’est trop.

Ce qui nourrit est parfois caché, enfoui.

J’ai fini par comprendre que posséder nous rendait esclave. Tous ces objets, ces gadgets que je possède sont des choses que je traîne. Je suis comme une voiture de jeunes mariés avec sa panoplie de canettes qui sonnent quand ils partent, qui s’entrechoquent sur l’asphalte.

Chère Marie-Ève, je vois encore tes yeux creux et noirs. Les yeux de quelqu’un dont la lumière s’en va peu à peu, grain à grain, couleur à couleur. Des yeux denses mais noyés dans la douleur. Des yeux entre ici et un «quelque part» inconnu…

Des iris, des fleurs, des beautés que l’univers sème ici et là et auxquelles nous nous attardons peu souvent.

C’est peut-être par toi que j’ai compris que s’il n’y avait pas la lumière des autres, la nôtre ne verrait rien.

Quand j’y pense, Marie et Ève… C’est comme le commencement d’un tout.

Il n’y a pas que les mères qui mettent les enfants au monde. Les enfants accouchent aussi d’adultes.

Et dans la douleur. Sauf qu’il faut des yeux pour le voir.

C’est comme ça que chaque être humains, même sans le savoir, met au monde l’Humanité entière.

Car tes yeux m’habitent encore.

Gaëtan Pelletier , 2011 

Du pain et des livres

Après avoir lu trop de livres ennuyants, on finit par se décider à les faire soi-même. Comme le pain… 

Gaëtan Pelletier

L’anecdotariat 2

casabet64:</p><br /><br /><br />
<p>Piero Fornasetti<br /><br /><br /><br />

CHAPITRE DE CRASSE INVISIBLE

Je travaillais les fins de semaine. Du vendredi soir au dimanche, alors que je quittais vers 1 heure du matin mon travail . Dans un resto…   Et le patron m’aimait. Je ne parlais jamais : je décrassais des chaudrons. Il aimait mon silence, mon sourire, mes rires à ses blagues grivoises,  et mon déguisement d’esclave. À travers la propreté des chaudrons. On ne peut pas faire de révolution en lavant des chaudrons. C’est ce que tout le monde pensait. Mais je savais que ce n’était pas le chaudron qui m’aiderait à faire une révolution. Mais le patron savait peu de choses de moi : il ignorait que je m’étais pratiqué à avoir des mouvements mécaniques, robotiques, que je décortiquais au ralenti comme dans les postures de yoga , au point de savoir nager de par l’esprit dans d’autres mondes tout en étant physiquement « rentable » pour la boîte. Il faut cesser d’attendre, de se laisser aller aux gestes répétitifs. On regarde ses doigts frotter, on écoute  l’eau du robinet couler puis, à force de pratique, on passe deux jours à sculpter son esprit rien qu’en dégraissant les chaudrons.  C’était un oncle qui m’avait appris la longueur du temps, sa qualité et, surtout, à ne pas se laisser infiltrer par tout ce qui saccade et rend nerveux.  Au bout de trois ans, je maniais l’art de décrasser les chaudrons avec une acuité surprenante : je voyais les bulles gonfler, les gouttes se projeter dans l’air, éclabousser le comptoir. J’ai fait des bruits environnants bien des musiques, des odeurs de petites symphonies nasales. J’ai fini par aimer ce travail et même à m’y reposer pendant  le grand chahut des cuisines, des autres travailleurs en train de crever de stress qui sortaient du restaurant comme après une bonne guerre.

Le reste de la semaine, je me promenais en bus à travers le  Québec. Parfois en stop.  Un sac à dos, rien qu’un sac à dos rempli de livres, de fruits secs et de quelques bouteilles d’eau.  J’ai vu les champs de blé, les champs jaunes, des champs fauchés comme moi,  et j’ai goûté à tous les vents comme si c’était les dernières bouffées d’air que « dieu » m’envoyait. J’aimais les bouffées d’air comme si la vie emballait ses cadeaux et me les giflait  ensuite. J’étais giflé de cadeaux. Noël! Sans attentes, on reçoit tout. Je me disais que j’avais un jour devant moi. Et je m’arrangeais qu’il soit une éternité dans une sorte de contemplation que j’avais appris en marchant, en comptant chaque pas, en laissant mes yeux traîner sur les nuages et sur les gens. Mon cerveau n’avait rien de différent des chaudrons du restaurant: Pendant longtemps, la crasse de la propagande, des pubs, des vendeurs d’autos, des Ipadophiles, m’avait collé au fond de l’esprit. Je suis sorti de cinq ans de travail dans une école pour me rendre compte que l’école était devenue une machine à tricoter des citoyens dociles. Dociles, mais surtout bien sculptés à toutes les petites religions qui traînent. Surtout celle de l’avoir.  Mon numéro d’assurance sociale était le 254-619-876. Les nazis marquaient les juifs. Avec mon NAS, j’étais marqué à jamais du contrat avec l’État canadien. Ce qui fait un peu bétail. Mais bon, on ne peut pas être à la fois le chef du cheptel et la vache à lait monétaire. Nous finissons presque tous par n’être que le chiffre des mégalomanes aveugles.

 © Gaëtan Pelletier, 2014