Archives de Catégorie: LITTÉRATURE

Le fleuve

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On ne traverse jamais le même fleuve.  Héraclite 

 

C’est tout broussaillé
Avec des de mots en fine lamelles 
Qui tranchent la gorge des hommes 
On nage en tentant de figer la rivière 
la débordante, la changeante 
On ne sait où boivent toutes les eaux des rivières 
Pour nous nourrir en une éternité et inventions sans fin 
 
C’est brouissaille et nous sommes broussaillés 
Le fruit a oublié l’arbre  
Et le langage l’amour 
Les idées sont fripées 
Et sont en guerres d’idées 
Et l’on dira que c’est penser… 
 
Gaëtan Pelletier 
 
 

Les matins comme les autres

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Je prends mes skis de fond, je les glisse dans l’auto, et je pars. Je pars pour nulle part. Car la seule route est celle de la tranquillité. Avoir de la glace au bout des orteils, c’est seulement avoir conscience qu’une fois déglacé, à l’aise, le petit bonheur est là. Le bonheur est une série de petites joies tressées. On n’en sort pas. On en sort par les grandes causes. Les fatigantes grandes causes qui ne sous sortent de rien. Écrire des phrases, des mots, chercher une  vérité, puis une autre. Relire et relire un passage, une pensée.

Tout ça c’est rien.

À force de devenir vieux, les yeux de l’âme commencent à voir plus clair. On rajeunit avec ces infimes regards perçants de l’enfance où tout nous  fascine. C’est là le grand luxe de ne plus travailler, du moins pour la lutte de « devenir quelqu’un ». Car devenir quelqu’un c’est devenir soi. Et il y a tant d’autres qui veulent vous nourrir aux idées, qu’il faut en jeûner de temps en temps.

C’est un matin comme les autres : je me dirige vers le camp, et le sentier me dirige vers la vie. Le soleil fait de la frange de lumières découpées. Ça se répand sur le sol comme des lames lumineuses. Il n’y a que ça… Tout ça emmêlé aux arbres blessés par la pollution et la vie des arbres, la dureté de la Nature…  Comme s’ils souffraient eux aussi. Ils ont tous de petites blessures, certains sont écrasés, déracinés par le vent, d’autres sont chichement plantés, comme s’ils ne pourront jamais devenir adulte.

C’est comme ça. C’est comme les humains.  Je deviens deux yeux qui marchent, fasciné par les vieux pommiers. Chaque pas me rappelle mes premiers pas, chaque respiration ce grand air d’hiver de l’enfance.

Ce matin-là, il y avait 5 perdrix qui semblaient avoir une discussion à l’entrée du bois. Le moteur les a fait fuir. Comme je fuis le bruit. Comme je fuis les gens bruyant qui ne parlent que de l’esprit. Le silence, lui, est comme un grand lac dans lequel on se baigne pour se laver de tous les cris du monde, des guerres, du sang, et du martelage incessant, journalier.

Nous sommes ce que nous mangeons… Nous mangeons des nouvelles, des re-nouvelles, les mêmes, des idées, des phrases toutes faites, des éclairs d’esprit, du battage assidu des formules politique, des idoles, des statues parlantes.   Plus il y a de tireurs, plus ça mitraille. Plus on apprend rien dans cette société-pub, plus nous en gobons. C’Est comme le sucre et le gras.  Nous en voulons, nous en voulons… Sans jamais être rassasiés. Le vide est un creux qui se creuse et nous creuse. Il faut le remplir…

***

Je souffre, je marche, je ski, je trébuche, je contourne les obstacles. Quelques oiseaux se prennent pour Céline Dion. Il n’y a rien de clinquant. Je regarde les traces des petits animaux qui passent et repassent. Plouc! Comme une empreinte digitale sur la neige. Comme une écriture de la Vie, infime, clandestine, codée, indéchiffrable…

La beauté de cette petite planète est d’une infinitude qui me paralyse à chaque fois. Et à boire et manger de la tranquillité des bois, de l’insonorité inquiétante, peu après la peur, s’installe le mutisme parlant. La peur du vide qui nous mène à s’agiter comme une queue de chien qui tourne affolée sous le regard du chien trompé.

C’est le silence… Le soupir de la grande musique.

Après une heure de mouvements « sans pensées », rien que figé aux mouvements, l’esprit cesse de hurler, de s’exciter, de s’apeurer et, surtout, de se nourrir dans les ribambelles de « nouvelles », je retourne au camp et j’avale un café, tranquille, encore frileux, le bout des doigts mordus par le froid, mais l’âme léchée par la Nature, la Vie, avec une seule question…

« Comment pourrais-je me passer un jour de cette beauté semée partout et que nous détruisons chaque jour? ».

Je suis passé de la chair au squelette… À force de faire le pèlerin des grandes causes. À force de croire que ce que nous créons et détruisons est une gloire « profitable ».

Je sors du bois, fouetté de café, de chaleur, d’un sourire lancé aux arbres, comme un remerciement.

J’ai appris ce matin que les arbres penchés, à genoux, pieux, étaient morts…

Le vent les a jetés par terre. Même les plus robustes, les grands…

Une fois écarté des autres, trop écartés, trop solitaires, ils m’ont appris qu’une certaine proximité est nécessaire pour garder la forêt en santé.

Nous ne sommes pas différents de la forêt… Mais en cette ère de solitude vantée, il faut savoir doser ses journées. Les matins sont les matins de silence. On vient y ramasser parfois ce dont il faut parler le soir.

Et j’ai vu certains arbres s’étouffer de proximité.

Gaëtan Pelletier

25 décembre 2012

RITA


C’est la faute à la vie si nous mourrons.

C’est comme une fenêtre : la lumière y entre, mais en cas de feu, c’est pour sortir. C’est pour ça que de temps en soir, je m’étends sur une plage blanche : j’ai le feu, mais je ne veux pas sortir. J’écris des plages et des plages… Rien que pour voir si un jour poussera un océan.

J’ai toujours trouvé injuste que «Dieu» ne nous ait pas permis de nous pratiquer un peu à mourir avant que ça ne se produise… Et si le temps existe, ce n’est que pour voir l’éternité passer…

Comme une fille trop belle…

Et Rita était belle. Si belle! Elle était simple comme une candeur qui jouait du rire.
S’il y avait une musique plus belle que celle de Rita, comme disait mon oncle, Dieu l’a gardée pour lui.

J’aimais faire l’amour à Rita dans une auto. On s’enroulait sans rouler. On ouvrait la fenêtre et les grillons avaient des orgasmes à nous écouter gémir.

C’était une auto grise figée au bout d’un champ.

La vie est un toujours «en cas de feu». Et tout est une fenêtre. Quand je faisais l’amour à Rita, j’avais le feu sans la douleur du feu. Elle faisait tellement de bruit avec son rire, que le feu fuyait. … Alors on était toujours deux braises sans que nos maisons brûlent.

Ce doit être ça l’amour : tout flamme mais rien ne brûle.

La pensée sans émotion, c’est comme un chat empaillé.

Et Rita, elle, ne pensait pas trop. Un vrai chat… Rita était dévotion. Elle ne vous prenait pas pour vous garder. Elle se gardait de vous prendre. Elle ne demandait pas la lune, elle l’était. Je ne lui ai jamais donnée de fleurs… Lui en donner ça aurait été la prendre et la prendre et tout lui redonner.

Qui donc dans ce monde offre des fleurs à une fleur?

C’est la faute de la vie si nous vivons.

J’évite d’être un chat empaillé, et je ronronne sur le matelas blanc dans le noir. Des feuillets. Comme des autos qui me mènent à cette auto au bout d’un champ.
J’écris pour entendre le rire de Rita.
On dit que l’Univers est né il y a de milliards d’années… Certes, une grande explosion. On l’a dit. Et c’est savant. Je me suis dit que Dieu a eu un orgasme et que nous vivions sur le cadavre d’un spermatozoïde qui a perdu la queue. Et ceux allumés dans l’Univers cherchent encore un vagin… Qui sait?

Et pour la question de fleurs, je vois bien que nous ne sommes que des annuelles. Il faut se replanter à chaque année.

Une auto au fond des bois. Une banquette pour le festin…

Rita-bobo. Rita becquer bobo. Rita la tendresse. Rita la délicatesse.

C’est pour ça que j’arrive à dormir. Si la journée n’a pas été bonne, je me fais un bon matelas dans une auto au fond d’un champ. Car Rita n’est plus là. Je sais qu’elle me cherche dans un trou noir quelque part. Sans auto, sans rien.

Je pense que Rita avait raison. Pourtant sans feuillets…. Et sans mots…

Aimer vraiment n’a pas de mots.

Aimer est un rire qu’on écoute.

Gaëtan Pelletier

Chimanda Adichie: Le danger d’une histoire unique

Elle

Elle s’est levée un matin avec les yeux d’un orfèvre

Elle et ses yeux trop mouillés, que d’or après le dormir

Elle lorgnait mes bijoux et moi de frémir

J’avais les mains d’un chercheur, saoul des draps…

De la fenêtre entrouverte les oiseaux mozardaient, et des raies valsaient de lumière aux murs et au plancher. Des stries étranges, emmêlées aux froissements d’ailes d’ange. C’était l’été en plein ciel, nous sortions de la nuit longue d’un hiver noir. Un vent chaud caressait les rideaux dansottant aux fenêtres. Le cadran cessa de respirer. Et de par des reflets, des bougeoirs se pendirent aux murs. Une lueur se promenait sur le lit. Lumignon tout mignon, une braise pour les endormis que nous étions…

Elle a respiré ce matin comme une lumière étouffant dans l’ombre

Elle avait mes yeux et je nous regardais

Elle prit d’un doigt tendre la chaleur d’une bougie

Nous étions déjà de feu, l’incendie descendit…

Les odeurs des roses au jardin répandirent leur couleur sur nos joues. Au petit jour, tout est grand… L’édredon devint une mer bleu valsant de vagues, sous des reflets salins s’étendirent notre monde. C’était bien plus que la Terre, c’était bien plus que la chair…C’était, simplement… Et quand les deux furent un/une, les paupières se refermèrent… Il n’y avait plus personne pour voir la lumière, j’ouïr le chant, plus rien…

Il se rendormit sur Elle… Un peu de lui en Elle…

Gaëtan Pelletier

Circa 2000

Damien Rice – On Children

On Children
 Kahlil Gibran

Your children are not your children.
They are the sons and daughters of Life’s longing for itself.
They come through you but not from you,
And though they are with you yet they belong not to you.

You may give them your love but not your thoughts,
For they have their own thoughts.
You may house their bodies but not their souls,
For their souls dwell in the house of tomorrow,
which you cannot visit, not even in your dreams.
You may strive to be like them,
but seek not to make them like you.
For life goes not backward nor tarries with yesterday.

You are the bows from which your children
as living arrows are sent forth.
The archer sees the mark upon the path of the infinite,
and He bends you with His might
that His arrows may go swift and far.
Let your bending in the archer’s hand be for gladness;
For even as He loves the arrow that flies,
so He loves also the bow that is stable.

Marianna, Kahlil's Sister
Marianna, Kahlil’s Sister. Painting by Kahlil Gibran

 

L’opération « Christmas »

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Chapitre 1: la mise en place 

Ce soir-là, en 2039, toute ma famille et moi, vers 10 heures, attendions fébrilement la nuit de Noël… et les cadeaux. Avec le réchauffement climatique, il ne pleuvait plus dans les villages le long du Fleuve Saint-Laurent.  Mais un plan mondial avait été établi pour stabiliser le système économique mal en point et recréer une véritable atmosphère de fêtes. Dû à l’absence ce neige, des avions Dseries de Bombardier avaient été envoyés à l’aéroport de Rivière-du-Loup ,tous  étaient équipés de canons à neige pour bombarder tous les villages le long du Fleuve Saint Laurent.  Un père Noël robotisé Made in MexiChina parcourait la ville pour livrer les cadeaux. Des haut-parleurs crépitaient des messages de paix et de joie en des HO! OH ! joviaux dans un vacarme quasi assourdissant. Huit modèles tous gréés de rennes intelligents et souriants s’arrêtaient aux maisons.

La magie totale… Les enfants étaient émerveillés. Les adultes également, je dois l’avouer…

***

Marie-Sarah, avec ses grands yeux bleus, attendait le père Noël avec le cadeau que nous lui avions promis: un mini laboratoire d’apprentissage de la chimie. Elle n’avait que 14 ans, mais l’État, de par sa panoplie de tests,  l’avait déjà désignée comme une candidate aux changements à venir concernant le climat de la planète.   Coraçon, issu de mon deuxième mariage,  devait recevoir en cadeau un job  dans une usine cybernétique  de Californie où s’effectuaient des recherches pour créer  un robot unique qui allait réglementer le Nouvel Ordre Mondial II vers les années  2050.

Comme ce fut le cas dans les années 1930, 40 et 50 au Québec, chaque famille devait fournir aux dirigeants du Vatican un prêtre, une religieuse, un missionnaire pour transmettre la « parole de dieu » et convertir les païens sur toute la surface de la Terre,  en ces temps d’hyper matérialisme,  chaque famille devait fournir un économiste, un administrateur, un gérant, un intendant, ou un gestionnaire  peu importe. Fallah était le désigné. Bien qu’il adorait  écrire des poèmes et des livres dits d’amusement, il s’était présenté en candidat volontaire pour l’opération Christmas. C’était là une obligation à laquelle personne ne pouvait se soustraire sous peine d’emprisonnement. Dû aux difficultés financières des États, les prisons n’existaient plus: On avait trouvé le moyen de financer le système carcéral en congelant les condamnés dans une filière métallique en attendant qu’ils meurent ou qu’ils se réveillent au bout de 10 ans , selon leur sentence. Donc, ni nourriture, ni gardiens, mais par un système entièrement automatisé.

***

La crise économique s’était accentuée,  mais cette fois pour une survie planétaire on travaillait  depuis six ans  à l’opération Christmas.   Cette opération en provenance du G69 stipulait que chaque famille devait dépenser 2,500 $ pour acheter des cadeaux. En fait quelque chose de matériel pour faire rouler les usines. Mais cet « apport » à l’opération était établi  selon les revenus de chacun. La base étant de 839$. Le projet avait été nommé:REMF. La Reprise Économique Mondiale Finale. Chacun d’entre nous avait un job consistant à surveiller des robots. Même les restaurants étaient équipés de cuisiniers robots, de caissières et de serveuses qui quelquefois défaillaient  . Certains travailleurs devaient alors remplacer le robot tout en s’excusant du service. Un robot baptisé EX pour excuses.  Pour ceux qui travaillaient dans les usines, un système de cryptage avait été établi pour ne pas trouver les sources des matières premières. Apparut alors une nouvelle génération de complotistes qui voulaient prouver que certains pays étaient carrément disparus de la carte et que toute information sur leur situation avait été fabriquée  par quelques États encore en « action ». Le matin, on pouvait se réveiller et se faire dire que 6 millions d’habitants d’une ville n’existaient plus parce qu’on avait trouvé en dessous suffisamment de minerais pour les 20 années à venir et qu’on avait déplacé les populations par nécessité. Les « déplacements » de populations étaient maintenant si nombreux que personne ne les filmaient.

Noël-là fut de toute beauté. Nous avons eu droit à un spectacle étonnant : des milliers de sapins de Noël, tout illuminés et scintillants, traversaient le ciel , s’emmêlant aux étoiles.  La foule rassemblée au Parc Ernest-Ouellet était fascinée. Un DJ avait fait un montage de centaines de chansons dont les notes multicolores flottaient dans l’espace  sur ne portée lumineuse. Tout cela entremêlés  à des visages  projetés en trois dimensions de  chanteurs et de musiciens qui avaient marqué l’art musical sous toutes ses formes. Entre autres John Lennon, que l’on avait ressuscité. Et ce n’est pas une image: il y avait des John Lennon partout qui vous serrait la main et vous parlait avec son accent scouse de Liverpool. Tous les messages de paix et d’amour avaient en quelque sorte été récupérés. On trouva même un Bill Gates, lui aussi ressuscité,  qui donnait de l’argent ici et là en guise de cadeaux.

De larges banderoles flottaient dans   le ciel:

THIS WORLD IS YOURS

THIS COUNTRY IS YOURS

OPERATION CHRISTMAS WILL DESTROY THE POVERTY

Nous avions des larmes aux yeux. Et chacun se présentait devant le micro pour chanter, et quand il chantait faux, un programme réglait automatiquement la note.  Et parfois, il /elle  la rendait vibrante et chaude au point que certains,  qui n’avaient jamais chanté de leur vie pleuraient de joie en trouvant en eux un talent factice mais troublant: les robots avaient enfin pu reproduire de profondes émotions.

Puis quand vint l’heure du repas, nous avions l’obligation d’avaler dix comprimés anticancer, vendus  au coût de 1$ par la firme Phaizer et ses représentants en blouses blanches. Tous des robots. Certains étaient tellement sophistiqués qu’on leur listait  nos symptômes et le robot, transmettant ceux-ci en temps réel à une énorme usine mobile qui fabriquait un médicament sur mesure. Plus tard, plusieurs se rendirent compte que le médicament était une formule unique sous diverses appellations et formats.

***

Cela se passa le 24 décembre 2039 dans la petite ville nommée Cruciville, au nord de la province de Québec, là où plusieurs avaient déménagé pour quitter les chaleurs insupportables des étés du long Fleuve Saint-Laurent.   Le lendemain, nous avions l’intention d’aller piqueniquer au parc. Nous étions choyés. Il restait encore des lacs quasiment en eaux pures que tentaient de rejoindre certains groupes de « survivalistes. »

Pendant les décennies suivant le célèbre COP21  Montréal s’était étendu vers Québec et l’Ontario, avec ses 22 millions d’habitants  sans capacité de respecter les règles élémentaires d’hygiène. De sorte que le Fleuve Saint-Laurent, là où étaient entrés Cartier et Frontenac,  était depuis longtemps déclaré zone sinistrée. Des poissons échappés des bateaux en provenance de l’Asie avaient infesté le fleuve de créatures  bizarroïdes  qui se multipliaient à un rythme alarmant, l’eau s’étant réchauffée.  De plus, ces poissons  n’étaient pas comestibles tant la pollution les avaient affectés. Mais plusieurs, tenaillés par la faim, capturaient de ces créatures parfois difformes, sans autres  alternatives.

Mais l’exubérance et l’espoir  qui nous envahissaient t  était d’en finir  cette ère d’austérité qui régnait depuis près de 30 ans. Jamais opération d’une telle envergure n’avait eu lieu. Il était temps…

Chapitre 2: l’accalmie

Le GMP ( Gouvernement Mondial Planétaire) avait inclus dans son plan la fermeture des bourses et annoncé un congé d’une semaine, que l’on nomma en rappel au film des années 50,   » Le jour où la Terre s’arrêta ». Ont voulu désarmer l’arme la plus fatale de l’histoire de l’humanité: l’économie parallèle qui avait détruit presque tous les pays à commencer par la Grèce, cette « première réussite » d’une oligarchie mafieuse invisible.

Durant la période du 26 décembre au premier janvier, jour de la réouverture des marchés, le climat de repos fut l’un des plus surprenants de l’histoire: personne ne travaillait, personne ne se levait au son d’un cadran le matin, et les gens, souriants, vivaient enfin une période de tranquillité qui tranchait avec ce rythme effarant des années précédant l’opération Christmas.

Le 6 janvier au matin, toutefois, le réveil fut plus que brutal: pour se renflouer, les banques saisirent 80 % des demeures et des commerces et toutes les PME furent englouties dans quelques compagnies sans provenance traçables .  Ce fut le commencement du plus grand spectacle jamais vu sur Terre. Pendant une semaine on tenta de comprendre ce qui c’était passé et,  à force de recoller les morceaux, on se rendit compte que la planète avait sans douté été la victime de la plus puissante et dernière fraude « globalisée »:  Les milliers de milliards de dollars amassés disparurent des comptes des pays, des banques nouvellement formées.  Les auteurs de l’opération disparurent.

Là où les populations étaient denses, le prix du litre d’eau grimpa . On tria alors les qualités de l’eau en trois « formats »:

L’eau pure     ( sans plomb, 1.49$ le litre )

L’eau potable  ( traitée, mais supposément sans danger: 1.39$ le litre).

L’eau LN ( L’ Eau Nocive, servant aux lavages et douches vaporisantes: 99 cents le litre)

On découvrit plus tard que cette  , d’une arnaque sans précédent, longuement préparée,   avait acheté la majeure partie de la Sibérie et le lac Baïkal, la plus énorme réserve d’eau douce de la planète que l’on qualifiait de « Perle de Sibérie ». Toux ceux qui y habitaient furent déplacés plus au sud par des armées de robots sans pitié. Des  centaines  de millions d’humains migrèrent ainsi  à la recherche de nourriture et d’eau. Dans des climats insupportables, des marées d’humains périrent. Certains eurent l’idée de creuser la terre et d’y créer des habitats avec ce qui restait des réserves d’eau souterraine, hors de la lumière du jour, comme des rats.

Ma famille et moi avons simplement migré à quelques centaines de kilomètres, au nord du Canada, là où j’allais chasser, là où il y avait de l’eau, dans une forêt encore vierge qui,  curieusement,  s’était de nouveau peuplée d’animaux migrants.

J’ai su, quelques années plus tard, que les hommes du Sud avaient entrepris une guerre avec les armes abandonnées par les dirigeants du GMP. Je n’ai rien su de leurs réussites, mais je savais qu’au sein même de ce GMP s’ourdissaient des complots, des conflits internes qui feraient en sorte qu’en 30 ans, voire moins, leur « système » allait probablement s’effondrer.

Il avaient créé le chaos, car ils étaient les acteurs du chaos.

Nous avons alors compris que pendant des millénaires, par diverses classes dirigeantes , leurs « jouets » c’étaient nous…

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Gaëtan Pelletier

 

Le petit peuple aux grandes oreilles

grandes oreilles

 

« Tout est vibrations. On vit par vibrations et on meure par déclins de vibrations. Ou par excès… »

 

***

Au soir du 16 septembre , pendant la canicule qui passait en une vague de chaleur inusitée,  un grande créature à tête énorme, en provenance d’une autre planète, posa son vaisseau spatial en forme de tasse  près d’une maison situé en bordure du Maine et du Canada. Il se glissa dans la demeure  d’un résident endormi qui,  le jour même,    s’était acheté un violon. Le E.T., en provenance du peuple d’Oreillon , une planète située à 24 année lumière de la Terre, découpa de ses ongles la porte patio de la maison et fit  le tour du propriétaire comme il est écrit dans tous les romans et dans les contes en banques.

Pendant que l’occupant ronflait,le  E.T. grandes oreilles découvrit deux objets étranges: un revolver de calibre 38 et un violon. De par sa physionomie, l’humanoïde était complètement atrophié de tous les autres sens vu ses yeux en mini-billes, sa fine bouche aux lèvres minces et son nez minuscule.  Mais ses oreilles étaient si grandes que lorsqu’il se pencha pour saisir le violon, les lobes ramassèrent un peu de poussière sur le plancher. Et il entendit la poussière glisser sur le plancher…  Il  saisit le violon, ainsi que l’archet, étudia les deux pièces et entendit à travers les écouteurs  d’un appareil un bruit étrange: l’homme avait joué une fois. Puis il s’était saoulé.

***

Sur Oreillon, c’était la guerre. Et lorsque le Lobeéiste se présenta devant le grand chef, on octroya un budget de milliards particules de bois pour étudier l’appareil. Car sur Oreillon on, on se chauffait au bois, on mangeait du bois, et tout ce qui se déplaçait roulait au bois. On était certain que toute la vie d’Oreillon  dépendait du dieu Bois. Le dieu Bois, une fois planté et parvenu à maturité se mettait à chanter  par le vent et les églises-forêt se remplissaient de disciples aux grandes oreilles. Mais en même temps, vu le nombre d’habitants toujours croissant, les Oreillés  se déchiraient entre eux pour les parties de la planète  aux grands boisés.

Au bout de quelques semaines, le chef du clan Brisebois, annonça à son peuple qu’il avait enfin trouvé l’arme fatale qui allait anéantir les 7 continents:  du Do, du Ré, du Mi, du Fa et du Sol du La du Si…

Il dévoila alors, caché sous un immense hangar, un violon gigantesque, tout luisant, avec un archet fabriqué des cheveux de toutes les têtes des guerres précédentes scalpées et emportés, suspendues aux murs.

Pendant les mois qui suivirent, les usines se mirent en branle pour fabriquer des violons 1/4, 1/2, et 4/4 pour armer les fantassins. 600, 00 violons sortirent des usines d’armement.

Le peuple applaudit lors d’une parade imposante le jour du Seigneur Bois. Des rangées de fantassins tenant leur violon sur l’épaule passèrent devant le chef suprême  Kaing Wonk. Mais dès qu’ils se rendirent à l’église-forêt pour prier, ils constatèrent que leur église avait disparue. La fabrication des violons avait nécessité l’abattement de tous les arbres. Et quand ils vinrent pour pêcher, les poissons avaient également disparus, car on avait utilisé leurs  huiles pour vernir le bois des violons. Constatant une pénurie du côté de la fabrication des archets, tous les habitants durent se raser et donner leurs cheveux pour « l’effort de guerre » demandé.

 » Une fois rasés, vos oreilles n’en seront que plus grandes », martela le Grand Élu Kaing WonK.

Quelques semaines plus tard, les armées  de la peuplade Do se lançèrent  à l’attaque de la peuplade Ré. À leur grande surprise, l’armée qui se présenta devant eux avaient les mêmes armes. Étant donné que chacun avait dépensé tous leurs arbres pour fabriquer des armes, ils se retrouvèrent dans un désert fauché et les sons furent multipliés par dix: il n’y avait plus de barrière, plus de nourriture, et plus rien pour faire avancer les machines qui transportaient les gros violons.

On retrouva 777,000 Oreillés, tous saignant des oreilles sur le champ de bataille, leurs petits yeux fermés.  Quelques soldats affamés, en train de bouffer leurs violons, furent achevés à coups de sons. Quelques uns trouvèrent des racines d’arbres encore enfouies, les mangèrent et furent condamnés à être pendus.

« Mais il n’y a plus d’arbres », fit remarquer un monarque lors d’une réunion.

« Il y a toujours une solution », rétorqua le monarque.  Ici, on ne pend pas, on tue par le son. Alors, rassemblez un peloton de violons et qu’ils jouent à   à 12 heures ,  quand le condamné sera assis.

Chose demandée, chose faite. Le lendemains, 250,000 Oreillés se présentèrent su la place publique avec leurs enfants à qui ils avaient appris à jouer du violon.

L’Oreillé condamné explosa comme une coupe de champagne.

Et tous applaudirent.

***
 » Il faut une trêve », fit remarquer le Monarque du clan La.

Et la trêve dura 25 ans. Le temps que repoussent les arbres.

La bataille débuta le 15 septembre de notre ère et se termina le 21 septembre.  Il n’y avait plus d’église pour prier, ni de nourriture. Plus rien ne poussait. Toutes les espèces animales disparurent, n’ayant plus de maison pour vivre.

On attendit encore 30 ans, mais les arbres poussaient à un rythme de plus en plus lent. Une étrange épidémie toucha le peuple: l’air étant devenu irrespirable, de bizarres nuages bleutés recouvrirent la planète.

Gaëtan Pelletier

 

 

Les voirs sous paupières

 
 
Veuillez gréer vos yeux
Comme des bateaux pour l’amer
C’est la guerre de la guerre
Et les hommes deviendront des gueux

 

Veuillez  gréer vos oreilles
Dans la musique et l’éveil
Le sang coulera des bruits
Comme un acide nuit

 

Pourtant, dans le plaisir des champs
Entre les hirondelles et crépitements
Des chants et  toujours des chants
Il ne reste que l’amour de celui qui parle aux vents

 

Gardez la lueur de vos yeux
Comme celle des dieux
Au dormir des sables et des terres
Qui sait de la Terre le grand mystère ?

 

J’ai des mains plein les bras
Des parfums de lumière et d’aura
Cultivés en serre et en serres
C’est quand on ferme les yeux ,
Que l’on voit…

 

© Gaëtan Pelletier
22 août 2011

QUEL BEAU JOUR!

En autant que le silence se fasse entendre
En autant que la pluie fasse l’amour aux fleurs
En autant qu’un rire pétille nos tendresses
Dans les amours des après-midi…

Quel beau jour!
Quel beau jour!

En autant  qu’il m’est permis de voir la gouache de tes yeux
En autant que tu frissonnes sur la route de mes doigts
En autant qu’une douceur soit le vœu de nos voeux
Dans les amours des après-midi…

Quel beau jour!
Quel beau jour!

En autant que ce soit dimanche, chapelle et tour
En autant que je sois à genoux devant un temple rose
En autant que le temps mette fin à ses jours
Dans les amours des après-midi…

Quel beau jour!
Quel beau jour!

En autant qu’une éternité s’infiltre aux rideaux cloîtrés
En autant que ce lit devienne un champ de guerre aux hier
En autant que nous semions en les labours de nos chairs
Dans les amours des après-midi…

Quel beau jour!
Quel beau jour!

Gaëtan Pelletier, 7 mars 99