Archives de Catégorie: AFRIQUE

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Que porte la femme?

« La nouvelle ruée vers l’Afrique bat son plein »

Tony Busselen

Depuis l’époque coloniale, ceux qui cherchent des matières premières peuvent faire ce qu’ils veulent en Afrique, pratiquement sans entrave. Après la décolonisation, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont affaibli bon nombre d’États en leur imposant des réformes structurelles. Aujourd’hui, toutefois, certains gouvernements africains tentent de résister.

Tony Busselen. Au temps du colonialisme, l’Afrique était connue comme fournisseur de matières premières. Aujourd’hui, le continent semble surtout débordé par la misère, la guerre, des dictateurs corrompus ou des seigneurs de guerre. Pourtant, Raf Custers a estimé que c’était le moment idéal d’écrire un livre sur les grandes entreprises minières et les matières premières en Afrique.

Raf Custers. Ça a commencé en 2007 avec un rapport de l’UNCTAD (l’agence des Nations unies pour le commerce et le développement, NdlR) révélant l’ampleur croissante des exploitations minières. C’était une rupture car, pendant deux décennies, les prix des matières premières avaient été bas et il y avait eu peu d’investissements. Le bouleversement est surtout venu des pays émergents, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, qui avaient de plus en plus besoin de matières premières et se sont entre autres tournés vers l’Afrique. C’est pourquoi on a également parlé d’une nouvelle ruée vers l’Afrique de la part des grandes compagnies minières, tout comme il y a cent ou cent cinquante ans.

Le ministre malien des Finances a lui-même admis que le gouvernement ne savait pas combien d’or les entreprises minières exportaient…

L’Afrique doit-elle donc s’attendre à une seconde vague de colonisation ?

Celle-ci est déjà en route depuis un bout de temps. Elle a commencé dans les années 1980 et 1990, avec les réformes imposées aux pays africains par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. On n’appelait pas encore ça austérité, mais ajustement structurel. Mais ça revient au même : l’État a dû dégraisser et les investisseurs privés ont pu agir en toute liberté. Nous savons depuis que ces réformes ont été un flop. C’est pourquoi on entend de plus en plus souvent, en Afrique, des voix qui réclament une seconde indépendance.

Que signifiaient alors ces réformes, en pratique ?

Raf Custer
Qu’au Mali, par exemple, des entreprises privées allaient exploiter les mines d’or, mais ç’a été carrément du pillage. Des pays comme la Zambie et le Zaïre de l’époque ont été obligés de morceler leurs grandes entreprises minières et de les transformer en dizaines de joint-ventures où les investisseurs privés occidentaux étaient les patrons. Partout, ces contrats étaient très avantageux pour les sociétés minières. Pendant des années, elles ont été exemptées d’impôt et elles ne paient que de faibles royalties (le pourcentage des recettes payé aux autorités par l’exploitant, NdlR). Et elles donnent du travail à relativement peu de monde.

Les pays riches en matières premières restent souvent très pauvres. Les États africains ne sont-ils pas les premiers responsables de cette malédiction des matières premières ?

Un pays comme le Congo est un exemple typique de ce à quoi peut aboutir un ajustement structurel. L’État y est ramené à une espèce de carcasse dotée d’un appareil d’État impuissant. Les grandes entreprises transnationales y jouissent d’une liberté énorme. L’administration n’a rien. Un exemple : dans le bassin du fleuve Congo, on peut construire des centaines de micro-barrages afin de faire de l’électricité. Dans les années 1990, on a établi un inventaire de ces endroits. Mais, à la société nationale d’électricité, ils n’ont toujours qu’un seul exemplaire de cet inventaire. Que peut faire une telle administration face aux entreprises privées ?

Les entreprises font ce qu’elles veulent. Prenons le Mali, où il y a des mines d’or. Le ministre des Finances a lui-même admis que le gouvernement ne savait pas combien d’or les entreprises minières exportaient…

Mais n’innocentez-vous pas les élites locales ?

Au Congo, l’ancien dictateur Mobutu est à la base de la corruption. Il ne faut pas oublier qu’il était un ami des États-Unis, pendant la guerre froide contre l’influence de l’URSS. Au début des années 1980, il a libéralisé de grands pans de l’économie. Il avait donné comme directive littéralement : « Débrouillez-vous. » Le secteur informel s’est fortement développé. Toutes sortes de réseaux y sont actifs, qui s’infiltrent dans ce qu’il reste encore de l’État, dans l’administration, l’armée, etc. L’Occident essaie d’avoir prise là-dessus. Mais plus l’Occident exerce des pressions, plus ces réseaux se replient sur eux-mêmes. Ce qui se passe à la surface est une chose ; ce qui se passe en dessous, c’est tout à fait autre chose. Je compare ça à une partie d’échecs, mais avec un échiquier à six côtés et quatre étages. Toute une série de joueurs visibles et invisibles déplacent leurs pièces en même temps.

Au Congo, certains acteurs privés sont devenus immensément riches, alors que le peuple vit dans la misère. Les choses ont-elles fondamentalement changé depuis l’époque Mobutu ?

Mobutu a été chassé par une insurrection populaire, mais le système n’a pas disparu tout d’un coup. En outre, une guerre a ensuite éclaté. Le Congo a vécu près de dix ans en guerre, avec des rébellions attisées de l’extérieur. Comment avoir emprise sur un tel chaos ? Comment s’en prendre aux réseaux corrompus ? Le président précédent, Laurent-Désiré Kabila, a essayé de le faire à la fin des années 1990. Les États-Unis étaient alors au sommet de leur puissance. Les mobutistes n’ont jamais entièrement disparu et Kabila a été assassiné. Joseph Kabila a succédé à son père. Il parvient à rester debout dans ce panier à crabes, où ont survécu en partie, forcément, les mêmes pratiques.

Mais, sous sa direction, le Congo progresse. Il se heurte au pouvoir des grandes entreprises minières, il a fait modifier les contrats miniers, il essaie d’agir en souveraineté face à la tutelle de l’Occident. Cela donne des résultats. Le Congo produit aujourd’hui trente fois plus de cuivre qu’il y a dix ans. Et l’État en tire davantage des revenus. Le dernier rapport de l’EITI, l’initiative destinée à rendre visible les flux d’argent entre les sociétés minières et l’État, en dit long à ce propos. En 2010, l’État a perçu 875 millions de dollars des entreprises, soit deux fois plus qu’en 2007. Et ce, du fait que la perception fonctionne mieux et qu’il y a moins de fuites d’argent du système. Cela reste une tâche difficile et de longue haleine. Les joueurs d’échecs invisibles continuent à saboter tout progrès, mais il y a moins de joueurs autour de l’échiquier qu’il y a dix ans. Je vois la situation progresser, et je ne suis pas le seul.

Grondstoffenjagers (Les chasseurs de matières premières), Raf Custers, Ed. EPO, 2013, 264 p., (en néerlandais)

tlaxcala-int.org

Après le coton, Monsanto cherche à multiplier les Ogm en Afrique de l’Ouest

Biotechnologies

Patrick Piro

Le Burkina Faso, l’un des pays les plus pauvres de la planète, a opté pour une variété OGM de Monsanto dans l’espoir de redresser sa filière cotonnière, qui fait vivre trois millions de personnes. Promesses de rendements non tenues, droits de propriété prohibitifs, coton de moindre qualité… Le bilan est plus que mitigé. Qu’importe, Monsanto cherche à étendre son coton OGM et travaille sur des haricots et du sorgho génétiquement modifiés. Certains craignent « une mainmise des biotechnologies » sur les cultures alimentaires.

Le moral remonte, au sein de la filière coton burkinabé : la campagne 2012 vient de s’achever sur une très bonne récolte d’environ 630 000 tonnes. C’est près de 60 % de mieux que la précédente saison. « La production de coton transgénique s’accroît chaque année », affirme Karim Traore, président de l’Union nationale des producteurs de coton (UNPCB), qui regroupe la majeure partie des cultivateurs du pays. Sur 500 000 hectares de coton, environ 55 % auraient reçu cette année des semences OGM.

L’ « or blanc » est vital pour ce pays, premier producteur d’Afrique de l’Ouest : il représente plus d’un tiers du produit intérieur brut et 60 % des recettes d’exportation. Le coton fait vivre indirectement près de trois millions de personnes, un cinquième de la population. Mais depuis peu, cette monoculture s’est retrouvée impuissante face aux ravageurs, devenus résistants aux insecticides classiques. Les autorités ont alors fait le pari du coton transgénique dans l’espoir de surmonter la crise : une variété développée par la firme étasunienne Monsanto et l’Institut de l’environnement et de recherches burkinabé (Inera), intégrant des gènes de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt) produisant des toxines mortelles ou dissuasives pour certains insectes.

Promesses de rendements mirobolants

Au lancement de ce coton « Bt », les autorités prédisent des rendements mirobolants – 45 % de plus qu’en conventionnel ! Mais du laboratoire au champ, les promesses ont pris l’allure de mirages. Dans le petit village de Banwaly, au cœur de la région cotonnière de Bobo-Dioulasso, cinq des huit groupements de producteurs ont adopté le coton Bt. Seydou Cissé lui a consacré ses 4,5 hectares de terre. Son bénéfice annuel, à l’hectare, est de l’ordre de 60 000 francs CFA (90 euros). À peine mieux qu’avec une variété conventionnelle. Parmi les quelques dizaines de paysans rencontrés, aucun n’approche, et de très loin, les rendements vantés. Certains affirment même avoir rapidement lâché la variété OGM en raison de récoltes inférieures aux précédentes. « Nous n’amendons qu’avec du compost naturel, les plants donnaient principalement… des feuilles ! », témoigne Sid Mamadou Sawadogo, à Koumana.

« Sur les plus grandes exploitations, où l’on respecte toutes les préconisations, on obtient jusqu’à 2,7 tonnes à l’hectare, relève Déhou Dakuo, directeur du développement de la production à la Sofitex, la principale des trois sociétés cotonnières du pays, qui contrôle 80 % de la production. Cependant, toutes exploitations confondues le gain de productivité moyen, sur cinq ans, s’élève à environ 15 %. » Dans ce pays très rural, l’un des plus pauvres au monde, 60 % des paysans ne possèdent que de petites parcelles, et travaillent encore à la binette traditionnelle (daba) : leur rendement tourne autour de 500 kg à l’hectare. Le grand bond n’est pas pour eux. « On leur a fait miroiter des perspectives trop optimistes », reconnaît le cadre, qui les renvoie pourtant à leur responsabilité : ils prendraient trop de liberté avec le mode d’emploi du « paquet technologique », selon le jargon de l’agro-industrie.

Du laboratoire à la réalité

Nombre de cultivateurs ont cru pouvoir se passer totalement d’insecticides : travail moins pénible, intoxications réduites, plus de temps pour les cultures vivrières, cet avantage du coton OGM est plébiscité. Or il faut conserver deux aspersions de pesticides sur les six nécessaires en conventionnel – la variété Bt est inefficace contre les « piqueurs-suceurs » (pucerons, cochenilles…). Le coton OGM est aussi exigeant en engrais. Les sociétés cotonnières ont identifié une anomalie généralisée : le détournement d’au moins 30% de l’engrais « coton » vers les parcelles de maïs. « Nous avons eu beau expliquer le préjudice pour le coton, rien à faire ! », soupire Déhou Dakuo.

La stratégie de redressement de l’industrie cotonnière par l’adoption rapide du coton Bt, promue avec enthousiasme par les chercheurs, les sociétés cotonnières et l’État, se heurte à la logique des paysans. Ils sont davantage préoccupés d’assurer leur subsistance que de spéculer sur les revenus d’une culture de rente et de contribuer aux rentrées de devises du pays. C’est aussi la conséquence d’un système de préfinancement spécifique à la filière : la société cotonnière avance tous les intrants aux groupements locaux de producteurs, qui la remboursent quand la récolte leur est payée.

Le coût des droits de propriété intellectuels

« Une majorité de paysans entre dans le circuit du coton dans le but d’accéder à de l’engrais à crédit, intrant coûteux qu’il ne pourraient pas se payer autrement », confirme Aline Zongo, responsable de formation à destination des paysans délivrés par l’ONG africaine Inades [1]. Peu importe à l’agriculteur que sa récolte de coton reste modeste, pourvu qu’elle lui permette en bout de saison de solder son ardoise auprès de la société cotonnière. Si « l’évasion » d’engrais n’est pas un phénomène récent, elle est plus préjudiciable aux rendements avec la variété OGM. De guerre lasse, la Sofitex a récemment consenti à livrer aux groupements de producteurs un surplus d’engrais. Mais seulement pour les cultivateurs qui sèment plus de trois hectares de coton. La moitié d’entre eux en est donc délibérément exclue. La société envisage en contrepartie de les convertir à d’autres cultures de rente, comme le tournesol.

Le malaise principal concerne le pari économique imposé par le modèle Monsanto. Le prix des semences, surtout, reste en travers de la gorge de tous les paysans. En début de saison 2012, le sac, calibré pour ensemencer un hectare, coûtait 27 000 FCFA (41 ?) contre 814 FCFA (1,2 ?) pour les variétés conventionnelles ! Ces dernières sont certes subventionnées à 80 % par l’État, mais cette aide n’explique pas une telle différence, pas plus que les coûts d’élaboration : depuis peu, les semences OGM ne proviennent plus de Monsanto, mais de champs classiques dédiés à leur multiplication.

Risque financier

L’énorme surcoût provient de la dîme prélevée au titre des droits de propriété intellectuels. Aux États-Unis, le différentiel de prix entre semences conventionnelles et transgéniques n’a cessé de croître pour atteindre un rapport de un à six en 2009, calcule Charles Benbrooke, directeur scientifique de l’US Organic Center. « Le mode de calcul de la valeur ajoutée obtenu par cette innovation tout comme sa répartition laissent songeur », écrivent Camille Renaudin, Hugo Pelc et Julien Opois, auteurs d’une étude sur le coton OGM au Burkina [2].

Au Burkina Faso, sur 27 000 FCFA, Monsanto prélève 28 %. La recherche et d’autres structures professionnelles perçoivent 12 %, et les producteurs 60 %. En théorie… Les parts versés à Monsanto et aux institutions sont fixes. Mais ce qui revient aux paysans est calculé sur le rendement initialement prévu [3] Le gain, pour les producteurs, est en réalité, et fréquemment, trois à quatre fois moins important. « En fait, les producteurs assument le risque financier que comporte cette technologie et tendent à devenir ainsi les principaux gestionnaires des incertitudes inhérentes à leur activité agricole », estiment les chercheurs.

Un coton OGM de moindre qualité

Derrière leur soutien officiel à l’option OGM, les cadres de la filière dissimulent mal une certaine gène. Car les producteurs ont dû assumer d’autres déconvenues que celle des rendements. En 2011, ils se sont mis en grève un peu partout dans le pays, avec violence parfois (destruction de champs, décès d’une personne), pour protester contre le coût élevé des intrants (variétés conventionnelles comprises, concernées par les engrais et les pesticides) mais aussi la faible rémunération du coton. La qualité « burkinabé », habituellement appréciée par les marchés, a été déclassé il y a plusieurs mois car la fibre de la variété OGM est nettement raccourcie. La raison aurait été identifiée : un effet secondaire inattendu de la manipulation génétique, « et en cours de correction par la recherche », assure-t-on à la Sofitex.

Discours dominant, mais que n’endosse cependant pas Maxime Sawadogo, responsable technique à l’UNPCB, qui incrimine en premier lieu les machines d’égrainage des sociétés cotonnières, calées pour les fleurs conventionnelles. Faudra-t-il adapter l’outillage ? En changer – et avec quels fonds ? Et ce n’est pas tout… Le dérèglement climatique, qui perturbe les saisons pluvieuses, complique chaque année la tâche des agriculteurs. « Il n’est plus rare d’avoir à refaire le semis parce qu’il n’a pas levé, d’autant plus que le Bt est sensible à la sécheresse, explique-t-on à Koumana. Il faut alors racheter des sacs. Mais au prix fort quand c’est de l’OGM ! »

Des OGM contaminés par… la nature

Intenable. La filière a finalement obtenu, en 2010, que la redevance de Monsanto soit calculée sur la superficie effectivement cultivée en OGM, et plus sur le nombre de sacs de semences écoulés. Cependant, si les semences « deuxième semis » sont remises gratuitement, ce n’est qu’après constat de l’échec de la première levée. Et la Sofitex en convient : le délai d’intervention est source de préjudice supplémentaire pour les paysans. La filière a également tenté de s’attaquer au prix du sac. « Mais ça ne bouge pas, convient Maxime Sawadogo. Monsanto veut conserver ses marges… »

La variété transgénique génère encore d’autres soucis : la production de semences, en volume, n’est pas à la hauteur des attentes. Ce qui expliquerait – plutôt qu’un début de désaffection de la part des paysans -, une stagnation des surfaces semées depuis le pic de 2010 (66 % des 370 000 hectares gérés par la Sofitex). Le problème : un « manque de pureté des semences, explique Déhou Dakuo, dû à des mélanges le long de la filière. » Ce ne sont plus les OGM qui contaminent les semences conventionnelles, mais l’inverse ! La société multiplie, avec l’aide de Monsanto, les formations pour les producteurs de semence, dont plus de la moitié ont été écartés en raison de la qualité insuffisante de leur livraisons. Au groupe restant a été confiée la réalisation d’un « plan semencier » destiné à fournir « rapidement » quantité et qualité. Parmi les contraintes : maintenir une distance minimum de 300 mètres vis-à-vis du champ conventionnel le plus proche…

Des OGM dans toute l’Afrique de l’Ouest ?

En Inde, qui cultive du coton Monsanto depuis 2002, des souches d’insectes résistants aux toxiques Bt sont apparues, obligeant à revenir aux aspersions de pesticides : une catastrophe économique doublée d’un fiasco sanitaire. La chute de rentabilité a provoqué la ruine de dizaines de milliers de paysans, des mouvements de contestations très violents et même des vagues de suicides. Rien de tel, pour l’instant, au Burkina-Faso, où le coton Bt a été agréé officiellement en 2008. Reste que la société civile y est opposée depuis le départ. Le généticien Jean-Didier Zongo, qui anime la Coalition de veille face aux OGM, critique sévèrement la précipitation gouvernementale et l’opacité des décisions : « Les premiers essais, en 2003, étaient clandestins et très mal confinés ! » Et il a fallu attendre 2006 pour que des lois, des procédures et des organismes d’encadrement soient mis en place, trois ans après les premiers essais et en totale contravention avec le Protocole de Carthagène sur la biosécurité.

En 2010, Monsanto a sollicité un renouvellement de dix ans de son agrément. Et présente son étude d’impact socioéconomique [4]. « Nous l’avons rejetée, elle était trop peu étoffée », explique Chantal Zoungrana-Kaboré, directrice de l’Agence nationale de biosécurité (ANB). Principal reproche : l’absence d’interprétation à l’échelle des familles, point crucial pour évaluer le bénéfice du coton OGM. L’ANB a cependant consenti à Monsanto une rallonge de deux ans dans l’attente d’un rapport plus conforme à son cahier des charges. Fin février 2013, le rapport n’était toujours pas sur la table de l’ANB. Alors que la saison 2013-2014 va débuter, le coton Bt ne dispose plus d’agrément depuis fin 2012… Mais entre les impasses du coton conventionnel et la fuite en avant transgénique, de quelle marge de manœuvre disposent les autorités ? La réussite de l’expérience burkinabé est centrale pour la stratégie d’implantation de Monsanto en Afrique de l’Ouest, vitrine pour les puissances cotonnières voisines, dont le Mali est au premier rang.

La mainmise des biotechnologies ?

La firme, qui maintient une équipe discrète au Burkina Faso, est ainsi très attentive aux travaux de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Depuis 2006, ce regroupement de huit pays de la sous-région pourrait adopter d’ici à fin 2013 un cadre de régulation des flux d’OGM. La démarche est ambiguë : seul le Burkina Faso est à ce jour concerné, les autres pays (Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) interdisent les transgéniques. Les promoteurs, dont Monsanto, arguent qu’une harmonisation des législations nationales et une mise en commun de moyens de contrôle faciliterait la prévention des intrusions clandestines d’OGM.

Un tel cadre permettrait aussi à une plante OGM d’obtenir, en une demande, un agrément valable pour toute l’Union économique d’Afrique de l’Ouest ! Monsanto, avec son cheval de Troie burkinabé, est très bien placée pour d’alléchantes retombées économiques. Des essais OGM sont en cours pour un haricot local (niébé) et bientôt pour un sorgho. « C’est extrêmement préoccupant, s’alarme Aline Zongo. Il ne s’agit plus d’un pari économique sur une production de rente, mais d’une mainmise des biotechnologies sur des cultures alimentaires de base de millions de personnes… »

Texte et photos : Patrick Piro

Notes[1] L’une des rares ONG panafricaine, qui opère sur dix pays. Soutenue en France par le CCFD-Terre solidaire, elle est à l’origine de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen), réseau de plaidoyer original qui s’oppose à la poussée des transgéniques en Afrique de l’Ouest.

[2] Cahiers de l’agriculture, novembre 2012.

[3] Soit, théoriquement, 35 % supérieur au coton conventionnel.

[4] Co-réalisée avec l’Inera.

 

bastamag.net

L’invasion silencieuse de l’Afrique et les mensonges de Hollywood.

John PILGER

Une invasion à grande échelle est en train de se dérouler en Afrique. Les Etats-Unis sont en train de déployer des troupes dans 35 pays africains, en commençant par la Libye, le Soudan, l’Algérie et le Niger. Signalée par l’agence de presse Associated Press le jour de Noël, cette information était absente de la plupart des médias anglo-américains.

L’invasion n’a pratiquement rien à voir avec « l’Islamisme », et presque tout à voir avec la mainmise sur les ressources, notamment les minerais, et une rivalité croissante avec la Chine. Contrairement à la Chine, les Etats-Unis et leurs alliés sont prêts à employer la violence, comme démontré en Irak, Afghanistan, Pakistan, Yémen et Palestine. Comme lors de la Guerre Froide, une certaine division du travail stipule que c’est au journalisme occidental et à la culture populaire de fournir une justification à la guerre sainte contre « l’arc de menace » islamiste, semblable en tous points à la soi-disant « menace rouge » d’une conspiration communiste mondiale.

A l’instar de la Ruée vers l’Afrique à fin du 19eme siècle, l’African Command (Africom) des Etats-Unis a créé un réseau de partenaires parmi les régimes africains compréhensifs et avides de pots-de-vin et d’armes américains. L’année dernière, Africom a organisé l’opération African Endeavor, commandée par l’armée US, avec la participation des forces armées de 34 pays africains. La doctrine « de soldat à soldat » d’Africom consiste à placer des officiers US à tous les échelons de commandement, du général au sous-officier. Il ne manque plus que les casques coloniaux.

C’est comme si le fier passé historique de libération de l’Afrique, de Patrice Lumumba à Nelson Mandela, était condamné à l’oubli par une nouvelle élite coloniale noire dont la « mission historique », avait averti Franz Fanon il y a un demi-siècle, était de servir de courroie de transmission à « un capitalisme acculé au camouflage ».

Un exemple frappant est celui du Congo occidental, une région stratégique en minerais, contrôlé par un groupe atroce connu sous le nom de M23 et qui est lui-même contrôlé par l’Ouganda et le Rwanda, tous deux à la solde de Washington.

Planifié depuis longtemps comme une « mission » pour l’OTAN, sans parler des zélés Français dont les causes perdues coloniales sont restées à travers de la gorge, la guerre en Afrique est devenue urgente en 2011 lorsque le monde arabe semblait se libérer des Moubaraks et autres serviteurs de Washington et de l’Europe. L’hystérie provoquée dans les capitales impériales ne doit pas être sous-estimée. Des bombardiers de l’OTAN furent expédiés non pas à Tunis ou au Caire mais en Libye, où Kadhafi régnait sur les plus grandes réserves de pétrole en Afrique. Une fois la ville de Sirte réduite en poussière, les commandos d’élite britanniques ont dirigé les milices « rebelles » dans une opération qui depuis a été révélée et qualifiée de « bain de sang raciste ».

Le peuple indigène du Sahara, les Touaregs, dont les combattants berbères étaient protégés par Kadhafi, se sont enfuis à travers l’Algérie vers le Mali, où les Touaregs réclament depuis les années 60 un état indépendant. Comme l’a fait remarquer Patrick Cockburn, toujours attentif, c’est ce contentieux local, et pas al-Qaeda, que l’Occident craint le plus dans cette région de l’Afrique… « bien que pauvres, les Touaregs sont souvent assis sur d’immenses réserves de pétrole, de gaz, d’uranium et d’autres minerais précieux ».

Comme conséquence de l’attaque France/US contre le Mali le 13 janvier, une attaque contre un site gazier en Algérie s’est terminée dans un bain de sang, provoquant chez (le premier ministre britannique) David Cameron des réactions aux relents de 11 Septembre. L’ancien chargé des relations publiques de la chaîne de télévision Carlton s’est emporté sur une « menace globale » qui requiert « des décennies » de violences occidentales – c’est-à-dire la mise en place du modèle économique prévu par l’Occident pour l’Afrique, ainsi que le viol d’une Syrie multi-ethnique et la conquête d’un Iran indépendant.

Cameron a envoyé des troupes britanniques au Mali, et un drone, tandis que son chef des armées, l’expansif Général Sir David Richards, adressait « un message très clair aux djihadistes du monde entier : ne venez pas nous chercher des noises. Nous riposterons avec vigueur. » – exactement ce que les djihadistes avaient envie d’entendre. La trainée sanglante laissée par les victimes (toutes musulmanes) du terrorisme de l’armée britannique, et les affaires de torture « institutionnalisée » qui sont portées devant les tribunaux, apportent la touche d’ironie qui manquait aux propos du général. J’ai eu un jour à subir la « vigueur » de Sir David lorsque je lui ai demandé s’il avait lu la description faite par la courageuse féministe afghane Malalaï Joya du comportement barbare dans son pays des occidentaux et leurs alliés. « Vous êtes un défenseur des Taliban » fut sa réponse. (Il s’en excusa plus tard)

Ces sordides personnages sortent tout droit d’un roman d’Evelyn Waugh et nous font ressentir tout le souffle de l’histoire et l’hypocrisie. Le « terrorisme islamique » qui est leur excuse pour perpétuer le vol des richesses africaines est une de leurs propres inventions. Il n’y a plus aucune excuse pour avaler les histoires débitées par BBC/CNN et ne pas connaître la vérité. Lisez le livre de Mark Curtis, Secret Affairs : Britain’s Collusion with Radical Islam (Serpent’s Tail) [affaires secrètes : la collusion de la Grande-Bretagne avec l’islam radical – NdT] ou celui de John Cooley Unholy Wars : Afghanistan, America and International Terrorism (Pluto Press) [guerres impies : afghanistan, amérique et le terrorisme international – NdT] ou The Grand Chessboard [en français « le grand échiquier », chez hachette – NdT] par Zbigniew Brzezinski (HarperCollins) qui joua le rôle de sage-femme dans la naissance du terrorisme fondamentaliste moderne. En effet, les moudjahidin d’Al-Qaeda et des Talibans ont été créés par la CIA, son équivalent Pakistanais l’ISI, et le MI6 britannique.

Brzezinski, qui fut le Conseiller à la Sécurité Nationale du Président Jimmy Carter, décrit une directive présidentielle secrète de 1979 qui devint le point de départ de ce qui est aujourd’hui présenté comme une « guerre contre le terrorisme ». Pendant 17 ans, les Etats-Unis ont délibérément formé, financé, armé et lavé le cerveau de djihadistes qui « entrainèrent toute une génération dans la violence ». Le nom de code de l’opération était Operation Cyclone, et faisait partie du « grand jeu » destiné à faire tomber l’Union Soviétique mais qui a fait tomber les tours jumelles.

Depuis, l’information que des gens intelligents et éduqués ingurgitent et régurgitent est devenue une sorte de journalisme de parc d’attraction, épaulée comme jamais par Hollywood et son permis de mentir, et de mentir encore. Il y a le film en préparation sur Wikileaks de Dreamworks, un tissu de mensonges inspiré par le livre perfide de deux journalistes du Guardian devenus riches ; et il y a le film Zero Dark Thirty, qui promeut la torture et l’assassinat, dirigé par l’Oscarisée Kathryn Bigelow, la Leni Riefenstahl des temps modernes, qui diffuse la voix de son maître comme le faisait jadis le metteur en scène chéri du Führer. Tel est le miroir sans tain qui donne à peine un aperçu de tout ce que le pouvoir commet en notre nom.

John Pilger

johnpilger.com

traduction « à découvert » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

legrandsoir.info

Mali : comment s’enrichir grâce à la guerre

Ramzy Baroud

La firme britannique de sécurité G4S va engranger d’énormes profits grâce aux crises au Mali, en Libye et en Algérie. Reconnue comme l’entreprise de sécurité la plus importante au monde, le groupe s’était dévalorisé lors des Jeux Olympiques de Londres l’an dernier, en raison de son incapacité à satisfaire aux conditions d’un contrat gouvernemental. Mais avec l’instabilité croissante en Afrique du nord et de l’ouest, on s’attend à un prompt rétablissement de la firme.

Non seulement l’armée française ramène dans ses fourgons l’armée malienne pour que celle-ci réoccupe le nord irrédentiste, mais elle a aussi pour mission d’ouvrir la voie aux multinationales avides de profits juteux, aisés et rapides

La crise des otages du 16 janvier dernier dans l’usine de production de gaz d’Ain Amenas en Algérie, où 38 otages ont été tués, a marqué le retour d’Al-Qaïda, non pas comme de simples extrémistes en mal d’action, mais comme des militants bien entraînés ayant la capacité de frapper profondément dans les territoires ennemis et de provoquer de graves dommages.

Pour les entreprises de sécurité du type G4S, cela se traduit par une demande croissante. « Le groupe britannique (..), voit une augmentation de ses tâches allant de la surveillance électronique à la protection des voyageurs », a déclaré à l’agence Reuters le président de la compagnie pour l’Afrique. « La demande a été très forte dans toute l’Afrique », a confirmé Andy Baker. « La nature de nos activités fait que dans des environnements à haut risque, la demande de nos services augmente. »

Si les affrontements mortels entre l’Algérie et Al-Qaïda étaient suffisants pour que les pays d’Afrique du nord fassent appel à des sociétés de sécurité privées, la Libye doit être pour celles-ci un véritable paradis… Suite au renversement par l’OTAN du régime du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi suivi de son assassinat brutal à Syrte le 20 octobre 2011, de nombreuses milices ont vu le jour à travers toute la Libye, certaines étant équipées d’armes lourdes grâce aux pays occidentaux. Au départ, ces scènes plutôt dérangeantes de milices armées installant des points de contrôle à chaque coin de rue étaient considérées comme une conséquence inévitable d’une réalité post-révolutionnaire. Mais lorsque les Occidentaux eux-mêmes sont devenus des cibles, la « sécurité » en Libye est alors devenue une priorité…

Beaucoup de sociétés de sécurité privées opèrent déjà en Libye, et certaines étaient même présentes dans le pays avant que l’ancien gouvernement libyen ne soit renversé. Certaines de ces entreprises étaient pratiquement inconnues avant la guerre, comme c’est le cas d’une petite entreprise britannique privée, la Blue Mountain Group. Cette dernière était responsable de la garde de la mission diplomatique américaine à Benghazi, qui a été incendiée le 11 septembre dernier. Il est apparu plus tard que l’attaque contre l’ambassade, qui entraîna la mort de quatre Américains, dont l’ambassadeur Christopher J. Stevens, avait été planifiée et bien coordonnée. On ne sait pas pourquoi le Département d’État a choisi d’embaucher cette petite société britannique, au lieu d’une entreprise de sécurité plus importante comme c’est habituellement le cas pour les autres ambassades occidentales et les grandes entreprises qui se disputent la reconstruction d’un pays que leurs gouvernements respectifs se sont acharnés à détruire.

L’activité lucrative de détruire, puis de reconstruire et de sécuriser a été constatée dans d’autres guerres et conflits provoqués par des ‘interventions occidentales. Les entreprises privées de sécurité sont les intermédiaires dont le rôle est d’empêcher les natifs considérés trop turbulents de se mettre en travers de la « diplomatie » et des géants du businessd’après-guerre.

Quand un pays finit par s’effondrer sous la pression des bombes anti-bunker et autres armes de pointe, les entreprises de sécurité se mettent en branle pour venir sécuriser les lieux tandis que des diplomates occidentaux commencent, avec leurs nouveaux relais locaux, leurs négociations sur l’avenir des richesses du pays. En Libye, ceux qui ont le plus contribué à la guerre sont ceux qui ont gagné les plus gros contrats. Bien évidemment, tout le pays est détruit et mis en coupe réglée, et c’est la population locale qui subit les conséquences de la présence de brutes étrangères et armées qui fliquent leurs quartiers au nom de la sécurité.

Il faut dire que le nouveau gouvernement libyen a expressément refusé la présence de sociétés armées du style de Blackwater – alors qu’elles ont déjà une certaine présence sur le terrain – craignant des provocations semblables à celles qui se sont produites dans les meurtres du Square Nisour à Bagdad et de même à travers tout l’Afghanistan. L’objectif en Libye est de permettre des transactions commerciales sans problèmes, sans protestations impromptues provoquées par des étrangers à la gâchette trop facile. Mais compte tenu de la détérioration de la sécurité en Libye, provoquée par la destruction systématique du gouvernement central et de son appareil militaire, trouver une solution à l’absence de sécurité demeure l’objet d’intenses discussions.

Les sociétés de sécurité privées sont essentiellement composées de mercenaires qui offrent leurs services afin d’épargner aux gouvernements occidentaux un coût politique trop élevé au cas où il y ait trop de victimes militaires. Même si leurs sièges sociaux sont souvent basés dans des villes occidentales, nombre de leurs employés viennent de pays dits du Tiers-Monde. Pour tous les intéressés, procéder ainsi est beaucoup plus sûr, car lorsque des employés de sécurité asiatiques, africains ou arabes sont blessés ou tués en service, ce sera mentionné, si jamais c’est le cas, comme une simple dépêche d’agence avec très peu de conséquences politiques dans les audiences du Sénat ou les enquêtes du gouvernement.

Le Mali, ce pays d’Afrique occidentale qui souffre de multiples crises – un coup d’État militaires, la guerre civile, la famine et enfin une invasion guerrière dirigée par les Français – est la prochaine victime probable ou opportunité pour cette combinaison infernale : des gouvernements occidentaux, des grandes entreprises et bien sûr, des entreprises de sécurité privées.

En effet, le Mali est le terrain idéal pour ces cliques d’opportunistes qui ne ménagent aucun effort pour exploiter ses énormes ressources potentielles et sa position stratégique. Depuis des années, ce pays ouest-africain est tombé sous l’influence politique et militaire occidentale. L’année 2012 a vu l’application d’un parfait scénario qui a finalement et de façon prévisible conduit à une intervention militaire extérieure, laquelle a eu lieu le 11 janvier lorsque la France a lancé une opération militaire visant, officiellement, à évincer des extrémistes islamistes armés. Les opérations militaires dureront « aussi longtemps que nécessaire », a déclaré Hollande, le président français, singeant littéralement George Bush quand celui-ci déclara sa « guerre contre le terrorisme ».

Mais pour autant que l’on puisse en juger, la situation parait autant complexe qu’imprévisible. Aucune chronologie simple ne peut réellement rendre compte du déroulement de la crise. Mais tous les indicateurs pointent vers d’importantes caches d’armes qui ont fait leur chemin à partir de la Libye jusqu’au Mali après la guerre de l’OTAN. Un nouvel équilibre des pouvoirs s’est alors installé, renforçant la position des Touaregs toujours opprimés et inondant la partie désertique du pays de militants endurcis appartenant à divers groupes islamiques. Deux lignes symétriques de bouleversements se sont développées en même temps au nord et au sud du pays. D’un côté, le Mouvement National Touareg pour la libération de l’Azawad (MNLA) a déclaré son indépendance dans le nord et a rapidement été rejoint par Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’Unité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MOJWA). De l’autre côté, Amadou Haya Sanogo, capitaine de l’armée malienne et formé aux États-Unis, procéda à un coup d’État en mars dernier dans la partie sud du pays, renversant le président Amadou Toumani Touré.

L’histoire récente du Mali évolue donc rapidement, donnant l’impression qu’il n’y avait pas d’autre possibilité qu’une confrontation imminente entre le sud et le nord. La France, ancien maître colonial du Mali, n’a pas tardé à brandir la carte militaire et s’est activée avec diligence pour impliquer les pays d’Afrique de l’ouest dans ses projets guerriers. Il était souhaité que l’intervention apparaisse comme s’il s’agissait d’une initiative purement africaine, bénéficiant juste d’un appui logistique et politique des supposés bienfaiteurs occidentaux. En effet, le 21 décembre, le Conseil de sécurité a approuvé l’envoi d’une force dirigée par des Africains (de 3000 soldats) et venue de la Communauté économique des États d’Afrique occidentale (CEDEAO), afin de lancer la chasse aux militants du nord dans le vaste désert malien.

Cette guerre était prévue pour septembre 2013, afin de laisser un peu de temps à la France pour former un front uni occidental et remettre sur pied des forces maliennes pour l’instant en lambeaux. Mais la capture par les militants islamiques de la ville de Konna, sur la route de la capitale Bamako, aurait obligé la France à intervenir plus tôt sans le consentement des Nations Unies. La guerre qui a été menée, soit-disant au nom des droits de l’homme et de l’intégrité territoriale du Mali, a déjà suscité des protestations d’importantes organisations des droits de l’homme, contre les crimes commis par les forces étrangères et leurs partenaires de l’armée malienne. Toutefois, ce qui pour l’instant a des allures de conquête française facile, fait que d’autres puissances occidentales se lèchent déjà les babines sur les richesses potentielles du Mali, lequel ne risque pas d’avoir de sitôt un véritable gouvernement central.

Le 25 janvier, la page de l’Agence de presse africaine [APA] sur le Mali était remplie d’articles de presse sur une implication occidentale désireuse de manifester sa solidarité avec l’initiative de guerre français. Cela allait de « l’Italie va envoyer des avions pour aider les transports de troupes au Mali » à « l’Allemagne s’engage à aider l’intervention au Mali. » Tous les appels pour un dialogue politique, d’autant plus que les conflits ethniques sont susceptibles de dévaster le pays pour les années à venir, semblent tomber dans l’oreille d’un sourd. De plus, selon l’APA, le Royaume-Uni propose d’aider le Mali à trouver une « feuille de route politique » visant à garantir « l’avenir politique de ce pays ouest-africain. »

Alors que la France, les États-Unis et les pays de l’Union Européenne décident de l’avenir du Mali via des actions militaires et des feuilles de route politiques, le pays lui-même est trop affaibli et politiquement déstabilisé pour imaginer n’importe quelle possibilité de s’opposer à ces interventions extérieures. Pour les entreprises de sécurité G4S et autres, le Mali est aujourd’hui en tête de la liste dans le marché émergent de la sécurité en Afrique. Le Nigeria et au Kenya suivent de près, avec des possibilités qui apparaissent encore ailleurs.

De la Libye au Mali, une histoire typique est en train de se dérouler sous nos yeux, avec de juteux contrats et d’énormes possibilités de toutes sortes. Lorsque les entreprises de sécurité privées parlent d’un marché émergent en Afrique, on est amené à supposer que ce continent va une fois de plus tomber sous la coupe d’interventions militaires et de pratiques commerciales déloyales. Alors que G4S est susceptible de refaire briller son blason un peu ternie, des centaines de milliers de réfugiés africains (800 000 pour le seul Mali) continueront leur voyage sans fin vers des frontières inconnues à travers d’impitoyables déserts. Leur sécurité n’intéresse personne, et les entreprises privées de sécurité n’ont que faire de réfugiés sans le sou.

Ramzy Baroud (ramzybaroud) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Fnac.com

Du même auteur :

Le factionnalisme et les Palestiniens oubliés – 27 janvier 2013
L’Intifada des prisonniers palestiniens 22 janvier 2013
La Palestine : un récit qui doit encore s’imposer… – 19 janvier 2013
Obama s’invente une nouvelle « guerre froide » en Amérique latine – 11 janvier 2013
La tragédie des Palestiniens en Syrie, et la centralité du Droit au retour – 4 janvier 2013
La stabilité de l’Afrique de l’ouest mise à l’épreuve – 23 décembre 2012
Mieux comprendre le mouvement Hamas – 15 décembre 2012
Fausses victoires et vraie défaites – 12 décembre 2012
Le jeu risqué de Netanyahou à Gaza : même moment, même endroit – 3 décembre 2012
Palestine occupée : donations et pressions politiques – 14 novembre 2012
Égypte : la question non résolue de l’économie – 10 novembre 2012
Les différentes faces de la « résistance populaire » en Palestine – 30 octobre 2012
Rhétorique électorale : les États-Unis et le Moyen-Orient – 26 octobre 2012
Turquie : du « zéro-problème » au maximum d’ennuis – 15 octobre 2012
L’Empire pris au piège – 7 octobre 2012
Le boycott d’Israël commence à faire son chemin au niveau des gouvernements – 27 septembre 2012
Soumission politique, économie de charité : pourquoi il faut en finir avec Oslo ! – 21 septembre 2012
La petite fille au blouson vert… – 16 septembre 2012

info-palestine.net

Des drones Us au Niger pour les guerres d’Afrique

Antonio Mazzeo
Translated by Fausto Giudice

L’Afrique sera le nouveau terrain de chasse des avions sans pilote de l’armée US. Le gouvernement du Niger a autorisé le déploiement de drones du ministère de la Défense et de la CIA pour les opérations de surveillance et de renseignement contre les diverses milices pro-Al Qaïda actives dans la région nord-ouest du continent. La demande de création d’une base d’opérations au Niger a été officialisé il ya une dizaine de jours par l’ambassadeur US Bisa Williams lors d’une rencontre avec le président Mahamadou Issoufou.

Comme l’ont révélé les principaux quotidiens US, les drones ne seront pas armés, mais on n’exclut pas la possibilité que, dans l’avenir, ils puissent être utilisés pour effectuer des frappes de missiles « contre la menace croissante du terrorisme. » Les missions d’espionnage et destrike (frappe) pourront être coordonnées avec les forces armées françaises qui opèrent depuis le 11 janvier 2013 dans le conflit au Mali et seront dirigées par l’US Africom, le commandement US des opérations militaires en Afrique basé à Stuttgart (Allemagne). Les avions sans pilote seront probablement stationnés sur une base aérienne de la région désertique d’Agadez, près de la frontière avec le Mali et l’Algérie.

Des négociations en vue de développer le partenariat Niger-USA et de définir le statut juridique et les fonctions des militaires US appelés à intervenir dans ce pays d’Afrique ont été engagées l’an dernier. Il y a quelques mois, le commandant de l’US AFRICOM, le général Carter Ham, avait visité le Niger et rencontré les plus hautes autorités civiles et militaires. Après le début des combats dans le nord du Mali et de l’intervention française contre les milices islamiques radicales d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), les autorités gouvernementales nigériennes ont décidé de mettre noir sur blanc le texte d’accord bilatéral proposé par Washington.

«Ils ont exprimé le désir de nouer des relations plus solides avec nous et nous avons été heureux de les nouer avec eux», a déclaré le porte-parole du Pentagone George Little. En plus de déployer des drones, l’armée US pourra utiliser les principaux aérodromes pour stationner les avions-espions pilotés et quelques unités spéciales d’intervention d’urgence qui appuieront les forces armées nigériennes pour le contrôle des frontières et la formation à l' »anti-terrorisme ». Le Pentagone n’a pas révélé le nombre de soldats US autorisés à résider au Niger; jusqu’à présent, ils ont été environ cinquante, mais ils pourraient bientôt atteindre 300 hommes. Rien que pour garder en orbite une batterie de drones (quatre avions en vol pendant 24 heures consécutives), sont en effet nécessaires pas moins de 170 militaires en appui au sol.

Hillary Clinton avec l’un des drones US utilisés par l’armée ougandaise en Somalie

Le Niger est l’un des pays les plus pauvres du continent africain : l’espérance de vie est de 54,7 ans, le taux de mortalité infantile de 160,3 ‰, tandis que seulement 28,7% des adultes sont alphabétisés. Néanmoins, le gouvernement consacre une grande partie des ressources financières à l’achat de moyens de guerre et aider l’allié politico-militaire US dans la «lutte contre le terrorisme mondial» déclenchée après le 11 septembre 2001. Plusieurs officiers du Niger ont été invités aux USA pour suivre des cours sur « la lutte contre le terrorisme », la logistique et les télécommunications. En collaboration avec les forces armées du Mali, du Tchad et de la Mauritanie, sous le commandement de l’ US Africom, l’armée nigérienne a pris part à des exercices dans le désert, avec l’utilisation de nouvelles méthodes de guerre. Avec l’aide de «conseillers» du Pentagone, en décembre 2004, les forces armées ont également lancé un raid sur une grande échelle dans la région du Sahel – à plus de 600 km de la capitale Niamey – contre un groupe de miliciens islamistes radicaux avec basé en Algérie. Comme l’a déclaré le commandant adjoint des forces US en Europe, le général Charles F. Wald, plus de 750 officiers du Niger, du Mali, du Tchad et de la Mauritanie ont déjà été formés et spécialisés, pour un coût de 7,75 millions de dollars.

Salle de télécommande de drones sans pilote

En 2009, le Corps d’ingénierie de l’US Army a lancé un programme d’intervention dans les communautés les plus pauvres et les plus isolées de l’ouest du Sahara par le biais d’un fonds d’ «aide humanitaire» géré par le commandement Africom à Stuttgart. Localisé dans les zones frontalières entre le Mali et le Niger, le programme vise à réaliser des «puits d’eau, des écoles, des points de santé et des banques de céréales» pour un coût total de 1,7 millions de dollars. Évidemment l’«humanitaire» vise à accroître le consensus local au plan de pénétration militaire et économique US dans la région. « Notre espoir est de soutenir les objectifs de sécurité de l’Africom et d’acquérir de l’expérience sur le continent et d’être plus efficaces à l’avenir », a admis Diana Putman, responsable du plan d ‘«aide humanitaire» du Commandement stratégique des troupes sur le continent africain.

En 2010, un coup d’État fomenté par l’armée pour empêcher la réélection de l’ancien président Mamadou Tandja a refroidi les relations entre le Niger et les USA. La décision de la junte militaire d’organiser une élection présidentielle en mars 2011 pour restituer le pouvoir aux civils, a cependant convaincu Washington de pousser l’accélérateur pour obtenir la permission de déployer ses fameux avions sans pilote au Niger.

Le ministère de la Défense et la CIA ont déjà stationnés des drones d’attaque espions dans plusieurs pays africains. La base principale d’opérations est certainement celle de Camp Lemonnier à Djibouti, qui abrite plus de 2.000 militaires US engagés dans des conflits qui déchirent la Corne de l’Afrique, le Yémen et le nord-est du continent. D’après le Washington Post, le centre de drones qui coordonne tout le système de renseignement en Afrique serait au Burkina Faso. Sous le couvert d’un programme top secret au nom de code Sand Creek, une douzaine de militaires et de sous-traitants US opèreraient de manière stable dans la zone militaire de l’aéroport de Ouagadougou. Les avions espions décolleraient aussi du Mali, de Mauritanie, d’Éthiopie, du Kenya, d’Ouganda et de l’archipel des Seychelles (océan Indien). Une autre base pourrait être activée prochainement au Sud-Soudan et – comme l’ont admis certains responsables US – l’Algérie serait sur le point d’autoriser les atterrissages et les décollages de drones pour combattre les milices d’AQMI en échange de sessions d’entraînement, d’équipement et de systèmes d’armement US.


Courtesy of Tlaxcala
Source: antoniomazzeoblog.blogspot.com
Publication date of original article: 01/02/2013
URL of this page: tlaxcala-int.org

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La Charia ou La Pax Occidentalis: quel choix pour les négro-africains?

Que répondre à celles et ceux qui, se définissant comme des REALISTES, (et pourquoi pas COURT-TERMISTES!) jugent que s’opposer à la guerre française au Mali équivaut à souhaiter que les criminels coupent les mains et les pieds aux africains qu’ils ont pris en otage?

Entre la Charia et La Paix Française – plus largement, La Pax Occidentalis -, que choisir? En laissant volontairement de côté les origines de ce qu’on doit appeler la catastrophe malienne ainsi que les tenants et les aboutissants de l’entrée en guerre de la France (Lire utilement sur ces différents aspects: Le Mali et l’Azawad: l’espace sahélo-saharien en remodelage http://lajuda.blogspot.ch/2012/06/le-mali-et-lazawad-lespace-sahelo.html, Guerre au Mali : Les dessous d’une « intervention contre le terrorisme » http://lajuda.blogspot.ch/2013/01/guerre-au-mali-les-dessous-dune.html, Et si nous n’étions pas des colonies?http://lajuda.blogspot.ch/2013/01/et-si-nous-netions-pas-des-colonies.html et pour aller plus loin sur les guerres humanitaires, 

http://www.youtube.com/watch?v=t9nwdcDgX7Q )

disons simplement qu’il n’y a pas pour notre peuple à choisir entre des Seigneurs coupeurs de bras et de pieds le Coran à la main et des Maîtres maniant le bâton, le fouet, les armes et qui exploitent, la Bible à la main, jusqu’à ce que mort s’en suive. Cette fatalité piégeuse doit être absolument rejetée. Car, aussi bien les premiers que les deuxièmes, de par l’histoire et sous nos yeux, ont démontré et démontre quotidiennement l’affection qu’ils ont pour le peuple Noir. La seule voie pour être libre est donc d’accepter de payer nous-mêmes le prix de cette liberté. Aussi insupportables, aussi durables que les atrocités des uns ou des autres puissent sembler, il n’y a pas de libération lorsqu’on quitte un Maître pour un Autre. Car, un peuple qui invite une « Civilisation Supérieure » à le libérer n’a comme libération qu’une nouvelle servitude. Les peuples qui se sont affranchis de leurs chaînes d’où qu’elles viennent sont ceux qui se sont sacrifiés pour se les ôter. Ceux, en revanche, qui ont confié cette mission, soit par ignorance, soit par désorganisation, soit même par la peur de s’assumer, à d’autres se sont érigés des Maîtres encore plus terribles étant entendu que le nouveau régime de servitude que ces libérateurs établissent se révèle encore plus terrible quoique apparemment plus doux que le précédent. Si bien qu’à terme, l’échéance retardée consistant au peuple victime à déléguer sa défense aux autres, lui revient et là c’est à lui de jouer ou jamais. Quiconque contracte donc une dette de libération se vend et vend tous ses biens pour la payer. Telle est La Loi de l’Histoire.

Les africains ne peuvent pas continuer, en dernier ressort, à se contenter de dresser la mine défaite la liste de leurs faiblesses et n’en pas tirer les conclusions nécessaires. Aujourd’hui, on se limite une fois encore à parer au plus pressant en sautillant de joie de voir la France faire le « job » pour nous. Lorsque La Paix Française installée depuis au moins 05 siècles maintenant sur les terres africaines sera sera renforcée et que la facture de cette libération sera présentée (car il faut bien payer les bombes, l’Etat français les ayant achetées auprès des industriels en armement, payer des honoraires aux soldats vivants ou morts après la libération, payer le kérosène alimentant les avions, le blanchissement et la nourriture à tout le personnel civilo-militaire ayant contribué à cette « libération humanitaire »….) on peut imaginer que les africains, à ce moment là, n’iraient pas solliciter l’aide de La Charia à son tour, étant donné que le « pour le moment africain » n’a que trop tendance à devenir « définitivement, on n’y peut rien, car on est trop faible ».

14 janvier 2013

KPOGLI Komla

Source: MOLTRA

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