Archives d’Auteur: Gaëtan Pelletier

Tout bascule

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« La recherche d’informations et le traitement de celle-ci ne sont pas humains, en ce sens que nous ne pouvons pas comprendre la mesure de que nous avons créé, et c’est peut-être pour cette raison que nous sommes en train d’en perdre le contrôle », plaide l’auteur.

ALEXANDRE MOTULSKY

Candidat au doctorat sur mesure en rhétorique, langage et argumentation, Université Laval, Québec

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Tout bascule, depuis quelques semaines (économie, planète, guerre, mort). La révolution numérique est rendue omniprésente, continuant sa course folle, et nous garde forcément prisonniers. Prisonniers du temps. Alors que je devrais être libéré grâce à cette technologie, je n’en suis que plus asservi. Et je ne comprends toujours pas que nous soyons encore en train de travailler alors que tous les outils de transmission de connaissance ont connu une évolution exponentielle, pour ne pas dire intersidérale, depuis les 15 dernières années.

Ce qui prenait des jours et des jours, avant, ne prend plus aujourd’hui que des fractions de fraction de seconde. Je ne sais pas si vous vous rendez vraiment compte de ce qui est en train de se passer, mais ça n’a juste pas de bon sens. C’est hallucinant, la recherche d’informations et le traitement de celle-ci ne sont pas humains, en ce sens que nous ne pouvons pas comprendre la mesure de que nous avons créé, et c’est peut-être pour cette raison que nous sommes en train d’en perdre le contrôle. Tout le monde parle à tout monde tout le temps. Ce vacarme assourdissant est tellement humain.

Quand j’étais jeune, pour envoyer de l’information à Montréal ou Paris, il fallait une éternité, comparativement à aujourd’hui. Je comprends que les légumes ne poussent pas plus vite maintenant qu’auparavant (quoique…), mais ce n’est pas une raison pour ne pas utiliser le temps qu’il fallait prendre pour livrer et rechercher les connaissances pour faire autre chose que de travailler.

Ça fait bien longtemps que l’ensemble des citoyens occidentaux n’a plus besoin de travailler pour subvenir à leurs besoins. Mais nous continuons notre soif de connaissance, parce que c’est dans notre nature profonde. Nous aimons rechercher, nous aimons comprendre, jouer, nous divertir, nous mouvoir. Le mouvement. Nous ne pouvons rester immobiles. Et pourtant, nous inventons des outils pour pouvoir rester immobiles. Des transports plus rapides, des autoroutes informatiques plus performantes. C’est fou. Notre désir de mouvement inextinguible n’est plus qu’une illusion. Notre immobilisme est roi.

Et pourtant, contradiction suprême, il va falloir que nous nous arrêtions un jour. C’est ridicule. Parce qu’il y a trop de complexité liée à cette nouvelle orgie d’information.

L’ordinateur est notre nouveau dieu : il est là, devant nous, tous les jours. Il a réponse à tout et tout est possible.

Je regarde régulièrement les offres d’emploi dans différents domaines, et je constate que les compétences que les employeurs recherchent n’existent pas. Ils sont comme l’homme que cherche Diogène, il n’existe pas, il n’est que chimère. Personne ne peut comprendre. Le monde est rendu fou (en a-t-il jamais été autrement ? me direz-vous), mais la différence avec le passé, c’est qu’à présent, la folie n’est plus seulement dans notre esprit, elle s’est enfuie dans les méandres du nuage.

Je n’ai pas de solution. J’aimerais que la folie revienne dans le monde physique, qu’on laisse l’univers virtuel sombrer seul dans la psychose, afin qu’il ne contrôle pas nos vies et que nous arrêtions d’avoir la prétention de penser pouvoir le contrôler. Au lieu d’y voir le moyen de nourrir notre besoin de transmission d’information, calmons-nous, prenons une grande respiration et fermons tous les objets numériques, regardons le ciel et acceptons que nous avons dépassé la limite de ce qu’il est raisonnable de demander à un cerveau humain.

Le foie de John Nash

Vieux

Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux.  ( Erik Satie) 

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Dans un grand supermarché, une vieille dame,  poursuivant sa vie sur une cane,  ouvrit les yeux sur un emballage de veau: 72.99 $ le kilo. Elle écarquilla ses yeux ridées mais toujours foudroyants de lueurs et demanda au boucher si sa vache n’était pas à vendre.

Puis elle ajouta:

 » À ce prix-là, monsieur, si vous l’avez debout, je vous dirais qu’elle vaut plus que le prix de ma maison. En 1956, on l’a payée 5,999$. »

Comme disait San-Antonio : « La Fontaine était un homme affable ». Mais pas le boucher… Avec ses moustaches garnies, il regarda la dame comme si elle était déjà morte.

 » Ça se voit que vous êtes boucher, vous avez du sang dans les yeux. Mais bon! Tous les bouchers que j’ai connus avaient le teint comme des couchers de soleils…

– Vous savez, Madame, les prix grimpent…

– Sauf les télévisions… Le dernier, un écran plat de 55 pouces que mon mari m’a acheté, ne fait qu’une chose: grossir la bêtise humaine. Avant, on entendait les gens qui parlent, maintenant on les voit comme si on était parmi eux. Ils parlent tous les jours comme s’ils avaient quelque chose à dire. Ils disent que ce sont des « idées ». Et ce sont des spécialistes. Heureusement que je ne me suis pas spécialisée en rien. Sinon je serais la conne que vous voyez dans vos yeux…  Et cette télévision, vous savez quoi? Il l’a payée  moins cher cet appareil  qu’un jarret de veau. Vous trouvez ça normal? Vous savez, Madame, nous ne sommes plus en 1956…

–  La viande n’était pas emballée dans le plastique… Ni les gens qui commentent à la télé.

–  Il a été gentil votre mari… Un bel appareil, vous ne trouvez pas?

–  Ouais! Il me l’a achetée  juste avant de mourir. Et ça m’a coûté 8,000$ pour l’enterrer. C’est moins cher enterrer une maison qu’un mari… Et le coffre coûtent les yeux de votre tête.  Vous allez me dire que c’est le progrès, mais en fait c’est qu’avant personne n’investissait dans les veaux: on le prenait dans le champ, on le tuait, et on engageait des bouchers à gages pour le dépecer…

Le boucher, exaspéré:

– Vous en voulez ou pas?

Elle esquissa un sourire tout doux et …

– Je vais jouer à la théorie de Nash. Vous savez, quand  4 gars veulent séduire la plus belle  des 5 filles, ils perdent au jeu parce qu’ils trichent. Ils trichent sans dire aux autres qu’ils trichent. Alors je vais prendre du foi de porc… C’est laid, noir, visqueux, mais c’est là qu’est entreposé ce qu’il y a de plus riche dans l’animal. Et personne n’en veut…  C’est peut-être aussi ce qu’il y a de pire si on a traité l’animal par injections de produits de toutes sortes pour le garder en santé ou l’engraisser.

 » Bonne journée, Monsieur »

Gaëtan Pelletier

Merci à John Nas

The End

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Vieux

Le cure-dents de Dali

 

Marcher, c’est frémir un peu… Il n’y a de poésie que dans l’œil ouvert, le pas lent, et toute la beauté du monde. Même celle qui fait un peu douleur. Entre l’automne et l’hiver, quand la pluie a peur de mourir pour devenir neige, que les arbres souffrent, on reste béat.

Je ne sais pas ce qu’est « Dieu« . Je ne connais rien de toute cette beauté que personne ne pourra jamais analyser. Les universitaires ne font pas de doctorat au sujet du grésil, ni des pas des petites bêtes qui traversent les sentiers. Les mots sont parfois comme des dessins d’enfants pour tenter de traduire. Le grand langage est celui des émotions. Intraduisible. Trop grand pour être enfermé. Comme les nuages dans une cage d’oiseaux. Comme le vent à saisir dans une main. Comme une vie dans toutes les vies. Là, dans le silence, parfois traversé par un chant d’oiseaux, là où personne ne voit le spectacle, là où la pensée est étranglée – cette pensée toujours en action, torrentielle, brûlante par ses peurs, ses craintes de manquer de tout, du grand vide intérieur sculpté par les sociétés – là, il se passe tout dans ces lampions de glace.

Mourir ? On vend des paysages, des photos, des écrits, de la poésie, des chants… Mais dans ce tout lié, le sauvage aux dents d’or vous vendra bientôt les larmes des arbres. Qui donc a peur de mourir dans ce mouroir de craintes, de terroristes falsifiés par les petits Satan. Ne pas vivre décemment, ne pas avoir un toit, ne pas avoir cette aventure de l’esprit, ne pas avoir cette simplicité, mais seulement un « conte » en banque, c’est être mort depuis longtemps. Alors la mort, ou la peur de « disparaître » en ego a depuis longtemps cessé de me hanter. Et le premier amour est celui de soi. On ne peut aimer les autres sans s’aimer. Si la « culture » est livresque ou numérique, sans âme, c’est une faucheuse pire que la grande.

On rejoint la Vie à travers les autres, et les autres à travers la Vie. Les choses, les animaux, les plantes, la moindre et infime brindille. L’ultime point de rencontre n’est pas de comprendre au sens intellectuel, c’est qu’à un certain moment, il y a comme une illumination soudaine et incompréhensible avec une partie du cerveau. Il faut plus que des diplômes pour y arriver. Il faut plus que de la « littérature« . Il faut simplement être. S’accomplir et une lutte perpétuelle contre l’orgueil et la haine. C’est ainsi… Les arbres n’ont pas d’orgueil. Ils se couchent, meurent, subissent tous les sévices de la nature comme nous subissons tous ceux des sociétés qui nous ont fait accroire que nous serions à l’abri de tout.

Nous payons cher pour les armes qui font sauter les abris. Il n’y a jamais eu, dans toute l’Histoire de l’humanité, homme plus démunis, plus nu, ayant plus froid, plus peur, être plus craintif et déchiré dans son âme. Le « progrès » est une arnaque à laquelle nous participons tous. Le faux. Celui qui vous apprend qu’il y a plus d’ennemis que d’amis.

Je ne sais si dans 50 ans, il y aura encore des arbres. Ni même une abeille… Comprenez qu’en détruisant ce qui est et nous nourrit nous nous détruisons. Marchandiser la Nature à outrance est nous marchandiser. Nous en faisons partie. Et qui sait si le réel savoir ne vient pas d’elle ?

Gaëtan Pelletier
(texte et photos)
5 décembre 2013

Quand le travail ne peut plus faire mourir personne

« Les travailleurs eux-mêmes, en coopérant à l’accumulation des capitaux productifs, contribuent à l’événement qui, tôt ou tard, doit les priver d’une partie de leur salaire.» LAFARGUE, Le droit à la paresse. (1)

« Regardez les oiseaux, ils ne sèment ni ne moissonnent, mais ils sont …abattus à coups de fusil » GP.

***

L’Humanité s’engouffre  dans une sorte de trou noir   d’une galaxie somme toute  petite   et  disparaîtra sans même s’en  rendre compte comme les mammouths . La destruction de la « qualité du travail » est tout simplement en train de le priver de ce qu’il possédait : le travail et le droit de vivre en accédant aux richesses qui sont siennes. Tout est dans la magie de numériser les vaches, les champs, et les arbres… Et le travail.

En Occident, tout le travail effectué – et on en redemande –  a réussi à créer quelques riches et à appauvrir et endetter les  citoyens « .  Les dieux poussent partout:  Crésus-Facebook, Crésus-Netflix, etc.  Un monsieur cravaté jusqu’aux sourcils ,vêtu d’un complet à la coupe impeccable et  muni de  4 diplômes,  disait que Netflix était une innovation géniale. Facebook également, ajoutait-il. Mais Facebook ne met pas de brocoli dans nos assiettes. C’est un .07 virtuel… On ne meure que deux fois… Au travail et au tombeau.

« L’infiniment » crise 

On a sorti le vieux mythe de la reprise économique  sans se soucier d’analyser vraiment qu’en épluchant cette orange bleue qu’est la Terre,  elle était vraiment plate: un jardin qui semblait infini, mais qui ne l’est plus . Avec la bêtise suivante: si personne n’a d’argent pour se faire flouer, on pourra continuer de  flouer quand même. La crise de 2008 semble avoir mis fin au réservoir planétaire. Au Moyen-Âge, les navigateurs craignaient de tomber au bout des océans. Maintenant, nous sommes en train de tomber au bout de nos ressources.

Dans cet immense et indéchiffrable brasier des  affaires débilitantes ,   il faudrait cesser de respirer pour donner tout l’air de ses poumons au travail. Souvent pour l’inutile…   Le travailleur est tordu comme une guenille   et implore au travail. Il y a des millénaires,  on courait les mammouths pour bouffer,  mais voilà que l’on court les colossales compagnies qui elles, également,  ont de sérieux problèmes. Et quand elles tombent , ces mammouths mondialistes écrasent  pays et  travailleurs.

Lorsque Bombardier a lancé le projet CSeries, le 11 juillet 2008, l’action de la multinationale québécoise valait 7,11 $. La capitalisation boursière de Bombardier s’élevait à 12,5 milliards de dollars.

Sept ans et demi plus tard, l’homologation de la CSeries est maintenant chose faite… Mais le titre de Bombardier a toute la misère du monde à se maintenir au-dessus de la barre de 1 $. L’action se négocie comme un titre de pacotille. Elle a fermé mardi à 1,01 $. La valeur de Bombardier en bourse? À peine 2,4 milliards. Michel Girard (3)

Les visionnaires « aveugles » 

Les hommes d’affaires sont-il des dysfonctionnels de la VIE réelle, des psychotiques aveugles ?  Un endoctriné avec un sang glacial liquide qui lui coule dans les artères et un cœur qui bat de par la conquête d’une armée d’esclaves?  Et parmi les nouveaux revenus  il a eu la charmante idée d’ inclure les réserves d’actifs naturels.    (2).La dernière trouvaille en matière d’exploitation. 

Non, le travail n’a jamais tué personne, mais il en a fait mourir plusieurs. Mais voilà qu’à en faisant mourir beaucoup, on aura davantage de « plusieurs ». Jusqu’à ce que cette culture de mammouths économique finisse par disparaître. Alors, on reviendra au  jardinage et aux petites bêtes à bouffer…. jusqu’aux insectes.

Gaëtan Pelletier

1- http://classiques.uqac.ca/classiques/lafargue_paul/droit_paresse/le_droit_a_la_paresse.pdf 

2- Avec les « réserves d’actifs naturels », la loi sur la biodiversité facilite la marchandisation de la nature(  Reporterre)

3- Bombardier au plancher, Journal de Montréal 

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Manège

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