Archives quotidiennes : 7-décembre-2021

La fin est proche

Alors ça va se passer à peu près comme ceci. Autour de l’an 2030, des événements météo catastrophiques vont s’abattre sur une partie importante de la population mondiale. Un incendie ravagera la forêt boréale scandinave et sibérienne, canadienne et québécoise, jetant un nuage de fumée sur tout l’hémisphère nord, nous privant de soleil pour une ou deux saisons. Ou alors le quart de la production céréalière mondiale s’effondrera, provoquant rareté et cherté des aliments, puis des émeutes de la faim. Ou alors la mousson sautera trois années consécutives dans le Sud-Est asiatique, poussant des centaines de millions de personnes à migrer pour se nourrir. Probablement un mélange des trois scénarios.

(Avis aux amateurs de bonnes nouvelles : cette chronique n’est pas pour vous.)

C’est ici que des experts en sciences sociales prennent le relais des climatologues. L’ampleur des catastrophes provoquera un déclic mental mondial. Nous, Terriens, comprendrons simultanément trois choses : d’abord, que notre situation est désormais effrayante ; ensuite, que tout ce qui nous est cher est sérieusement à risque ; finalement, qu’il est trop tard pour éviter des calamités plus grandes encore. À ce point de bascule, « l’ordre institutionnel et social commence à se désintégrer alors que les gens de partout en viennent à une conclusion inéluctable : seuls ceux qui sont prêts à se battre vont survivre ». On entre alors, à des vitesses plus ou moins grandes selon les continents et les régions, dans l’ère de Mad Max.

J’avoue. En prévision de la COP26 de Glasgow, j’ai parlé à Cassandre. Je l’ai lu, aussi. Cassandre, c’est Thomas Homer-Dixon, un des plus grands intellectuels au pays, spécialiste des systèmes et des crises. Je lis ses travaux depuis qu’il a publié en 2002 son Défi de l’imagination, un chef-d’œuvre d’érudition. L’an dernier, dans Commanding Hope, il tente d’imaginer une voie de sortie (scoop : il n’en trouve pas vraiment).

 

Frappé par le caractère lugubre de ses prédictions, j’ai essayé en entrevue de lui soutirer quelques raisons, au moins locales, d’alimenter l’espoir. Par exemple : l’impact du réchauffement sur le courant-jet a fait subir à l’ouest de notre continent l’été dernier une chaleur accablante. Mais l’est, dont le Québec, va rester l’endroit cool du continent pour longtemps, non ? « Je ne bâtirais pas mon plan de vie sur cette présomption », répond-il. Le dôme de chaleur qui s’est abattu sur l’Ouest résulte d’un dérèglement provisoire provoqué par le réchauffement de l’Arctique, dérèglement dont la configuration peut basculer très rapidement, frappant demain ce qu’il a épargné hier. Oui, mais, dans cette détérioration de l’ordre social, notre démocratie est robuste, davantage qu’en plusieurs endroits au monde, non ? Peut-être. Mais la ruée vers le papier de toilette et la farine en début de pandémie est un signe avant-coureur du chacun-pour-soi qui se généraliserait lorsque la bise climatique sera venue. Puis, Homer-Dixon s’excuse d’être si glauque, mais selon lui, « le principal problème politique du Canada d’ici dix ans sera l’émergence aux États-Unis d’une autocratie de droite ».

Le Moyen-Orient, premier touché

Ailleurs dans le monde, « on peut imaginer l’émergence d’une série de régimes autoritaires, insulaires et cruels qui dominent leurs propres territoires et qui se disputent le contrôle — parfois par la guerre — de zones assez vastes où un mélange de crises, d’États faibles, de conflits ethniques et de désintégration économique et sociale n’a laissé derrière que barbarie et anarchisme ».

Science-fiction ? Cet été, plusieurs villes du Moyen-Orient ont enregistré des températures de plus de 50 degrés. Ce fut le cas aussi en Inde et aux États-Unis. Si l’humidité est élevée, le corps humain ne peut tolérer cette chaleur plus de quelques heures. Foreign Policy rapporte que l’augmentation constante de la chaleur, le manque d’eau et donc parfois d’hydroélectricité sont les facteurs clés ayant provoqué des émeutes en Irak et au Liban l’été dernier. Le Moyen-Orient se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Un récent rapport de la CIA ajoute ces pays à la liste des premières victimes du désastre : Afghanistan, Colombie, Guatemala, Haïti, Honduras, Inde, Myanmar, Corée du Nord, Nicaragua et Pakistan.

« Je ne suis pas prêt à jeter l’éponge », dit Homer-Dixon. Avec l’énergie du désespoir, il travaille avec ses collègues du Cascade Institute, en Colombie-Britannique, à des solutions qui auraient des effets d’entraînement majeurs positifs. Mais des découvertes, même géniales et immédiates, ne feraient rien pour éviter l’évolution pessimiste qu’il décrit pour les toutes prochaines décennies. Ces tendances sont déjà selon lui inévitables, conséquences d’émissions de CO2 du passé, pas de celles du présent ou de l’avenir.

J’ai oublié de lui demander s’il était un lecteur d’Asimov et de son œuvre phare Fondation et Empire, dont AppleTV offre en ce moment une adaptation. On y rencontre des scientifiques (appelés psychohistoriens) convaincus que la civilisation est sur le point de s’effondrer et qu’il faut donc planter de toute urgence les graines de sa future renaissance. À trop se pencher sur les tendances lourdes qui assombrissent le futur proche, on peut être conduit à conclure que, sauf d’œuvrer rapidement à notre souveraineté alimentaire et énergétique et de se doter d’une réserve nationale de papier de toilette et de farine, c’est essentiellement ce qui nous reste à faire.

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 jflisee.org

 

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La solution du pyromane

Le lièvre et la torture

Dialogues d'acariens | LA VIDURE

Au fond, Maggie et moi  on est heureux dans notre casemate à l’orée de nulle part. Hier, samedi,  on a décidé d’aller passer une journée en forêt. Il y a une rivière qui bruite un chant doux en papillonnant des sons qui ressemblent souvent à ceux des oiseaux.  En aval, on peut apercevoir  des courants fous qui se tortillent,  entraînant des arbres déracinés. Les feuilles frétillent et des centaines d’oiseaux s’on font maison. Ici, il y a encore de l’air neuf. Ici tous les livres sont encore debout. Les lièvres aussi qui passent de temps en temps en nous zieutant.  Bientôt, ils passeront à la tonte  blanche pour se fondre à la neige, échapper au renard.  Bientôt nos passerons à Windows 12,13,14.  pour nous fondre à la cohorte.   C’est frisquet, mais on marche jusqu’à ce que les pas deviennent des grains de chapelet. On prie de par les petits rais lumineux qui flashent à travers les arbres.  La beauté n’est pas  seulement dans nos vues mais dans ce dont  est aveugles. La vie est agité et mouvante de milliers d’auras aux couleurs qui dansent. Nous ne savons pas réellement qui nous sommes.  Et ce que nous sommes dépend de toutes les sources de la nature, et de la qualité de la nature humaine qui nous a formé et élevée.  Et c’est là le grand voile et l’immense mystère de la création. L’invisible nous taille davantage que le visible.     Peut-être que la joie est une perle qui se cultive? Un petit sourire de Bouddha. La forêt, la terre humide avec ses  champignons bizarroïdes,   ses arbrisseaux enserrés, parfois étouffés, tentent de se tailler une place. Le petit plant a des plans pour son futur. Personne ne connaît les grands plans du petit plant.   Il faut continuer de marcher pour se retremper dans  le baume, briser la cassure de nos êtres. Ce n’est pas seulement la matière  qui est polluée : c’est  notre être, jusqu’aux chakras, sans doute. Jusqu’à déstabiliser un corps subtil.   Un psychanalyste y trouverait une mécanique défectueuse,  mais les taoïstes, eux, y découvrent  un système complexe, subtil. Alors, Maggie et moi  on se douche, loin des étourderies, loin des petits pièges tendus par les prédateurs voraces qui, un jour, viendront jusqu’ici « développer ». Ils planteront de l’asphalte et des voitures ou cultiveront des arbres sans connaître la vie cachée des arbres.

Déjà qu’ils ne se doutent pas de celle cachée des humains…

*

  La grande guerre qui approche sera la guerre contre ceux qui s’emparent de nos travaux, de nos bras, de notre monde, qui emplissent leurs tirelires de nos sueurs, de nos malheurs. Nous sommes tous des migrants d’un monde rempli de beauté qui va cesser d’exister.  En soudant toutes les larmes des peuples miséreux,  on se retrouve devant  un océan salin que se plaisent à parcourir les affairistes comme on parcourait les mers, jadis. La misère éparpillée sur les continents est la nouvelle négritude dématérialisée.

On refuse d’acheter de l’air, d’acheter de l’eau. On a beau refuser, l’air et l’eau sont à vendre. On voudrait bien ne  pas acheter de qui nous appartient déjà, mais on  ne peut pas acheter ce qui nous a été volé. Pourtant, on l’achète. De force ou de force.   Qui donc a pissé  sur l’Amérique pour dire que toute cette terre leur  appartient? Ce sont des humains. Ils se sont donné le droit d’uriner  partout pour posséder.   Ils ont quadrillé la Terre comme un cahier de géométrie : « C’est mon carré à moi. Ce rectangle est mien. Ma femme m’appartient. La feuille du huit cents quatrième arbre, branche du nord, positon, quatrième branche est à moi. Les papillons sont miens. Les lombrics de mon jardin sont mes lombrics. Personne ne touche à mes lombrics. Même pas les pêcheurs. Hier, je me suis acheté un nuage. Demain, j’achèterai un perroquet. Je l’enfermerai dans sa cage. Un perroquet est une peinture versicolore qui parle. Je veux un perroquet pour qu’il me parle. Un perroquet qui ne parle pas est un perroquet mort : Il ne remplit la fonction que je veux qu’il remplisse ses fonctions. Sinon …  Les banquiers et leurs descendants voraces et cupides, leurs représentants  de commerce et de libre-échange gentillets ont lancé une énorme bactérie sur le globe. Plus rien ne va! Faites de gros yeux!   Ils ont la même méthode que les vendeurs de drogue : une première dose gratuite. L’endettement fera le reste…

Nous ne sommes pas une révolution, nous fuyons une révolution qui ne se fait pas. Nous fuyons les sourds. Nous fuyons la bactérie mangeuse de nos chers humains,  et très chers produits qui voyagent. Brocoli de Californie : 6392 Km. Leur fantasia, leurs petits miroirs girouettant, ne nous atteint plus. Ils ont de grandes oreilles, mais c’est pour mieux ne pas entendre, mon enfant!

Extraits de 56, 6 décembre 21

Gaëtan Pelletier