Archives quotidiennes : 10-mai-2020

La fable du quai et du con

Photo: Gaëtan Pelletier, Quai de Kamouraska 
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Il était une fois un bureaucrate assis sur sa chaise qui avait pour tâche de créer de la richesse. Il était vêtu comme les lys des champs et une auto rutilante au soleil l’attendait pendant que son chauffeur bavardait avec une vieille dame.

– Elle ne tombe pas du ciel, lui dit le cultivateur.

– Non. Je suis boulanger, il me faut le grain mais pas l’appât du gain.

– Voyons messieurs, leur dit le bureaucrate. Imaginez 1000 touristes  venus passer trois jours et trois nuits dans votre beau village. Il suffit de d’ouvrir une fenêtre sur la mer et d’y placer un bateau. Tous les restaurants et les petites boutiques seront pleins à craquer. Et l’argent ne tombera pas du ciel mais entrera dans vos coffres. Créer de a richesse est aisé…

Quelques mois passèrent et une seconde réunion eut lieu dans un petit resto du centre ville. Il n’y avait pas âme qui vive, sauf le cultivateur, le boulanger, ainsi  que le maire.

– Où est passée toute cette manne de touristes qui ont dépensé en juillet?

Le bureaucrate évita de dire qu’il avait fait le même discours dans l’autre village quelques mois auparavant.

– C’est simple, répondit le bureaucrate: vous n’avez pas suffisamment d’infrastructures attirantes. Il vous faudrait une fête, un festival, ou je ne sais quoi.

La vieille dame qui entra dans le restaurant débarquait d’un bus de voyageurs.

– J’arrive d’un voyage merveilleux: il y avait au moins 1300 touristes. Il y avait trois bateaux et une fête de cerfs-volants. J’ai dépensé au moins 600$ à la foire. Ils ont dû faire fortune.

– Je n’y comprends rien dit le cultivateur. C’est comme si je semais une partie de mon terrain et que je semais l’autre partie l’année suivante. Ce serait la même récolte. Le boulanger n’aurait pas plus de blé.

Les autres restèrent silencieux, pendant que le bureaucrate, diplômé, leur dit en sortant du restaurant.

– Vous ne comprendrez jamais rien à la création de la richesse de par l’industrie touristique.

Gaëtan Pelletier