Le Dépotoirium, Chapitre 27

27

On est devenus fleurs de lumière
Dans ce jardin rond de la Terre
Deux miroirs se mirant
Polis des ans et des ans

Ton œil est une lettre d’amour
Que je lis et relis, à fleur d’iris
Tu écris en bleu, moi en vers
Les tendres bouquets de nos délices

Jason

***

Quelqu’un a dit un jour que la beauté allait sauver le monde. On attend la beauté comme on attend Jésus ou Jéhovah. La beauté s’est tapie dans  les petites gens qui l’ont en eux.  Il y a des sourires et des rires qui sauvent le monde. C’est tout beau à voir. On voudrait s’acheter une autre paire d’yeux sur Ebay.  On en voudrait encore,  comme  si nous souffrions d’une faim immense de couper l’artère du mal en chacun de nous.  On cultive la laideur exponentielle, la destruction exponentielle, de par ces  portails organiques au pouvoir qui se prennent pour les nouveaux rois de ce monde. Des statuettes d’idoles concepteurs de jouets électroniques, ou de rejetons de Greenspan Le Fourbe.  On dirait que plus les dirigeants s’exercent à la stupidité, meilleurs ils deviennent.  Et voilà le  monde se  tord et grimace sous la douleur semée des  affairistes  barbouilleurs. Des nains de la Vie. Ils savent tout. Alors, ce sont des ignorants.  Il y a de grands jardins de laideur que plantent et engraissent, sèment et récoltent ces  gens d’un pays qui n’existent plus.  Le pays est devenu une fiction. La notion de pays est une hallucination participative.  La crapulerie des barbares à cravate décime  cette toile multidimensionnelle qu’est la création  pour la transformer en monnaie plate et insensée, puisqu’elle n’a rien de la vie. Elle n’a rien de nous. Rien du lièvre, de la tortue, mais seulement de la torture. Cette crapulerie nous écorche, nous moule à grandes douleurs pour nous formater, nous créer ou, plutôt, nous recréer.   Alors, on s’accrochait à son petit radeau Terre, en attendant que le fiel passe, que la lie prenne le train pour nulle part, les nerfs en boule, tendus  par le travail et la pagaye. Le gagne-pain étant  un salariat détroussant le minus habens machiné par la globalisation et les râpes incessantes qui nous brûlaient  la chair jusqu’à l’âme. Heureux, ceux qui communient à l’hôtel des pilules, des gélules, des nouvelles molécules!

Tous les mots lancés atterrissaient à nos pieds. Des articles boomerang. Zip! Ça vole dans le ciel du Net et ça revient. Du moins, nous en avions l’impression. Il a suffit de faire pousser des Dépotoirium ici et là pour récolter un peu de vérité. Alors,  un jour,  les gens se mirent tout de même à écrire sur des pancartes, à se vêtir de jaune, à râler, à vociférer, à marcher en rond. La démocratie avait des coliques. La démocratie engagea alors des milliers de types sortis tout droit de la Guerre des étoiles, et le prince – avec l’argent du peuple- mit fin à toute révolte. Car ce que l’on nommait mouvement, était une révolte. Ah! Les révoltes n’existeraient plus?  Ces milliers de soldats, carapacés ,   avec une physionomie de sauterelles géantes, caoutchoutées et testéronées,  lançant leurs balles de caoutchouc, accomplissaient leur devoir,  étaient devenus des néo-kapos.   On allait donner une leçon aux citoyens.  Celui qui casse une vitre, casse un pays. La violence des riches n’a rien à cirer du minet trimeur  qui rame et qui rame pour maintenir la vitesse de croisière de la monnaie virtuelle des riches qui ont  le pouvoir de la changer en avoirs réels. Les États créent des morales, les engraissent pour écraser le petit garnement qui ne comprend rien à la grandeur des pays. Petit homme, écrase-toi! Marmonne dans les rues. Fais tes petits feu-feux au coin des ruelles au nom de poètes. Be proud! Be Elvis et son désert de Vegas. Demande justice, exige ton pain blanc que tu achèteras bientôt sur le Net,   mais n’embête pas le système. On te livrera ta baguette. Elle sera codée. Nous créons de la richesse… Un mouton sans laine est encore vivant. Davaï! Davaï! Travaille.

Ce jour-là, Ariane perdit un œil, et Frédéric, une main.  La Terre n’était plus qu’un radeau sur lequel les gens s’agrippaient. Gelés, fourbus, tremblotant de l’âme. Une belle et longue bactérie couraient dans les entrailles des terriens. Une bactérie bien installée : celle de la somme de toutes les frayeurs .Peur de mourir de faim  dans une ville sans potagers, l’asphalte ayant tout bouffé. Peur de tout, même de la peur. Pas de bouffe? L’usine à cure-dents allait disparaître.

Un jour, les autos intelligentes, se promèneront dans les villes réclamant un pont, une route, un traversier. Les autos se fabriqueront elles-mêmes. Elles coucheront dans tous les lits de tous les pays. Les pauvres  auront la tâche de coudre les cuirettes des sièges, et le volant sera là où siège la compagnie. Les doubles freins seront enfreints.

***

De la fonte des neiges jusqu’à la grande orgie des vendeurs du Temple qui s’en donnaient à cœur joie en barbouillant toute la surface du globe, on ne savait où donner du cerveau. L’Alapi à dos roux, l’Engoulevent coré, le Ninoxe hirsute n’intéressent pas les investisseurs. Les oiseaux ne sèment ni ne moissonnent. Donc nous ne sommes pas intéressés par les investisseurs. À leurs yeux nous ne valons pas plus que ces oiseaux. Nous sommes des plumeaux en devenir. Les « Ils » et les « Elles ».  Car, creusant cet univers,  tout nous liant, nous sommes l’Alapi, le singe, le furet, la marmotte et le rosier sauvage ainsi que  le perce-oreille.   La liberté n’intéresse pas les thésaurisateurs.  Les arbres se laissent faire, parce qu’ils sont à cueillir, mais ne sont pas armés pour se faire faucher  irrespectueusement.  C’est la négritude de la matière, de l’eau, des sous-sols, de tout ce qui vit à l’air libre ou sous l’eau.  Cette eau  servait maintenant à fabriquer de l’essence  dans les immondes  carrières de  sables bitumineux.  Tout pour le petit poney d’acier qu’est la voiture.  Tout.  Dans les rivières naissent des poissons difformes. Comment  pouvons-nous échapper à ces difformités?  Nous sommes poissons. Nous sommes arbres. Nous sommes eaux.  Même les banquiers respirent de par les  arbres. Mais ils l’ignorent. Ce sont des ignorandères. Un animal en voix d’extinction. En voies de parler en menteries.    C’est la naissance des néo-Jourdain, ce monsieur,  qui, en parlant, faisait de la prose. On ne fait pas de poésie, ni nourrissons la vie avec un homme-slogan.   Dans les grandes cités du monde, les ciels avaient pratiquement disparus   sous le smog et les lumières nerveuses des soirées trop longues. Les avions parcouraient le ciel en volées d’oiseaux enchevêtrés, toujours plus nombreux, toujours plus chargés de juilletistes à longueur d’année, d’affairistes, d’acheteurs de paysages avalés par les téléphones. On dirait que la planète, tranquille, attendait le départ de ce voyageur venu il y a seulement quelques milliers d’années, pour se refaire.   Tout se mourait, tout s’éteignait. Le ravissement de la vie avait fait place à l’extase des miroirs qui parlent.

***

Maggie avait  un nouvel ami. Mais le nouvel ami de Maggie semblait cloqué de souffrances,  tout barbouillé de la vie, avec ses grands yeux noirs dessinés au fusain de l’enfer. Quand il nous a fait visiter sa demeure, un trou de solitude, une tanière qui refusait la lumière, une  baraque  plantée au milieu d’un bois avec toute la tristesse de l’automne, ça nous a remués.  Il pleuvait. Mais Monsieur  Bruno portait toute la sécheresse du monde sur son visage gélifié. Un visage de terre cuite.   On aurait voulu éteindre sa peine, le prendre dans nos bras, le serrer, le chatouiller comme un bébé pour le faire  rire. Le langer. Il ne riait jamais ni se boyautait. Du moins jusqu’à notre petite visite.  Bruno était un chat  noir ramassé par Maggie. Un chat noir qui habitait une maisonnette  sans plancher, avec une seule pièce et deux fenêtres.   Une grotte. Une grotesque.

Il a allumé le poêle  au centre de ce petit rectangle glauque. Le rhum était bon et ça l’a déridé.

Quand il s’est mis à rire, il parut délivré des carcans qui l’oppressaient.   Maggie m’a regardé du coin de l’œil.  On s’est compris comme des jumeaux en foire. Seigneur ! Il riait faux. Il riait comme les grincements de violon du film Psychose,  de Hitchcock.  On voyait et revoyait la scène sous la douche. L’alcool semblait déchirer le placenta dans lequel il était menotté. Ainsi libre, il se mit à parler, lui, d’habitude si muet.

***

En revenant à la maison, Maggie et moi  restions silencieux.  Le désarroi nous arrachait  les mots de la bouche. Bruno le chat n’était pas tout à fait équilibré. Un brin sublunaire. Alors, on ne savait que se dire. On pensait tout bas.  Il y a des bons et des mauvais silences. Et celui-là n’était pas du bon côté de la lune… On n’arrivait pas à dégivrer de la langue. Alors, on s’est endormis entre les pages d’un livre.

On n’a  jamais revu Bruno. Bruno a vécu le temps d’un logis provisoire : maison et corps.  Bruno s’est pendu.   Personne n’a su qu’il s’était suicidé. Personne. Personne sauf la police et  l’entrepreneur des pompes funèbres. Comme dans tous les villages, tout le monde le savait, mais personne ne l’a su. C’était un petit étranger bizarre. Qui s’occupe vraiment des étrangers bizarres?

On a oublié, ou presque. On a oublié parce que le lendemain  Carl a téléphoné pour dire qu’il venait nous visiter. On était enchanté. De vraies flûtes de Mozart. De la musique à nos yeux.

***

Peu avant, pendant que nous étions avachis sur notre couche, à lire, Maggie m’a regardé. La chambre était chaude. Le silence ne disait rien. On pensait à Bruno et à sa courte vie. On pensait qu’on allait  tresser une belle amitié et, surtout, le déstresser. La guerre fauche les jambes des enfants qui dansent.  La guerre économique fauche la joie des gens qui s’arrêtent de danser.  Avec le blé on fabrique du pain. Avec les gens, on fabrique de la richesse.  Au travail, il y a des vieillards qui ont des étoiles dans les yeux. Ils ont appris à vivre. C’était au temps des artisans de la vie. Aujourd’hui, c’est la machine de la vie. Ce n’est pas un marteau ou un tournevis, c’est une bête supposément intelligente qui remplace la douceur de construire, de bâtir, d’être le petit artisan de sa courte vie. Il n’y a pas d’école pour apprendre le « bonheur ». Hélas ! Il y en est pour apprendre à tromper  son voisin. Pour la Vie, il n’y a plus rien. Pour la machine, il y a tout.

J’ai éteint la lumière. Il y a comme une grande paupière qui s’est refermée sur la maison.

***

Le lendemain, Carl est arrivé avec un autre amour : une belle brunette avec un galbe de jambe  bellement musclé. C’était une athlète au teint cuivré. Une panthère.    Elle  s’amusait à tenter  de  guérir notre Carl  à coups de brocoli, de céleri, et de bouillons de légumes. On était aussi dubitatif que perdus, se grattouillant les tempes.

— Je vais le refaire de A à X.  Je ne me fais pas d’illusions sur le Z…  As-tu pris tes vitamines?

On  voyait Carl rigoler dans le coin-coin avec son air de canard et ses plumes. Il devait l’aimer pour se laisser dorloter vert comme dans converti.  Ça semblait l’amuser. Il se bidonne et s’abandonne, tout ébloui et ravi.

Le temps était doux. On est allés s’asseoir derrière la maison. Un bel octobre. Un lambeau de nuage léchait la lune ballonnant le ciel. Et puis, lentement, montèrent les cri-cri des grillons. Carl parut subjugué.

— Des grillons en octobre?

— Eh! Oui. C’est la campagne et le réchauffement climatique.

— Le réchauffement climatique! Il n’y a plus de feuilles dans les arbres, ou du moins elles sont déjà tournées à l’orange et au rouge vif. Il y a quelque chose qui cloche.

Maggie arrivait mal à cacher son sourire. Et la belle Annie, avec sa moue inquisitrice, avait l’air de se demander si elle ne rêvait pas.

— Beau soir pour essayer la cuvée de marijuana Made In Canada, dit Carl.

La belle Anne a soupiré.

— Mon amour! Tu devrais peut-être attendre un peu… T’entends les grillons?

— Ah! Je croyais à être le seul à les entendre.

Maggie se dirigea vers la lampe jaunâtre et activa un petit bouton. Le chant monta d’un cran. Il sembla en avoir des milliers qui stridulaient en frottant leurs élytres.

— Je vois. Produit de Chine. Il n’y a que les chinois pour créer une telle invention. Je me suis acheté un briquet électronique qui se recharge par une prise USB. On n’arrête pas le progrès, ni l’absence de moralité…. Pour changer de sujet…   Anne est une athlète. Elle fait des poids et haltères, coure, danse. Ça lui fait de belles épaules.

Jason regarda Carl avec son sourire le plus galopin  et se pencha vers lui. Il lui murmura  à l’oreille : « De belles épaules? Tu as une belle phrase pour éluder… ton penchant pour l’ensemble de son anatomie. Tu as trouvé une houri avant le paradis ».

Carl pouffa de rire. Puis il reprit :

— C’est bien d’avoir quelqu’un pour prendre soin de toi, Carl.    Vous vous connaissez depuis longtemps?

— Huit jours et deux heures…

— Tu as cessé de prendre… Des amphétamines, et le reste? On n’abordera pas le sujet…

— Huit jours et deux heures…

— Ça a dû être long…

— Pas besoin de te moquer…

— On se connaît depuis longtemps… Je pense qu’on avait seize ans. Tu m’avais prêté un DVD… Kurt Cobain. Tu voulais avoir des trous aux genoux…

— Tu vois. Anne en a…  Moi, c’est dans la tête.

— C’est la mode… rétorqua Maggie

— C’est la preuve que l’on peut vendre n’importe quoi au nom de la mode.

Les deux filles se sont dirigées vers la cuisine pour préparer le goûter. On les entendait rigoler. Maggie l’a aimée tout de suite.  Pendant qu’elle n’était pas là… Entre gars…

— Où l’as-tu dénichée?

— C’est elle qui m’a trouvé. Elle fait une maîtrise en sociologie sur les youtubeurs. Elle a pensé que j’étais le sujet idéal.

— Et tu as couché avec elle?

— À condition de me mettre au céleri et cacahuètes. Et marcher pendant une heure chaque jour…

— Ça alors! Et tu le fais…

— D’une certaine manière. J’apporte mon ukulélé… Et je triche en m’arrêtant près d’un gros érable.

— C’est …passager.

— Je n’ai jamais autant aimé quelqu’un. C’est difficile à croire… Même si elle a l’air compliquée, elle est simple. Elle est franche, surtout.  Je suis certain qu’elle sait que je triche mais elle trouve ça drôle. Alors, elle me fait faire des pompes en se bidonnant. Quand je rechigne, elle me dit que c’est bon pour mon… Enfin! Pour faire l’amour…

— Elle a dû accrocher à tes chansons.

— C’est ce que j’ai pensé. Sauf qu’elle ne me connaissait pas. Ça ne l’intéressait pas. Elle enseigne le yoga et c’est un de ses élèves qui lui a parlé de moi.

— En bien…

— justement, non… Ça a dû la rendre curieuse.

Les filles sont revenues. On a passé une belle soirée. On ne s’est pas compliqué la vie. On n’a pas cherché le bout du monde. Je ne sais pas si Anne est aussi géniale qu’elle semble l’être,  mais il y a des femmes qui mettent au monde des hommes.

Deux jours plus tard, j’ai trouvé un texte de Carl sur le Dépotoirium.

Je me suis dit que les pompes, c’est sûrement efficace pour l’ensemble de l’anatomie.

L’Antiprophète

 

Carlil Jibran 

Puis un maître dit, Parle-nous  du travail.

Et il répondit :

Que les écoles soient une usine à diplômes. Fabriquez et ne demandez vous pas ce que vous fabriquez. Le marteau et le clou s’interrogent-ils sur leur fonction?

     Et vous êtes les fourmis de l’État. Vous devez être construit pour le bien de L’État. Fourmi rouge ou fourmi noire, fourmi blanche,  peut importe. La sueur est acolore. Il faut qu’elle ruisselle et se propage jusqu’à l’intérieur de vos êtres. L’humain s’aiguise par le faire.

On fera de Jean  un cuisinier ou de Paul  un technicien  capable de  créer un grille-pain  qui terminera sa vie à la millième journée.   Et vous jetterez le grille-pain.  Et quand tout le monde jettera son grille-pain il y aura quelqu’un pour l’enfouir. Ne vous demandez pas où est passé le grille-pain, demandez-vous ce que le grille-pain a fait pour vous.

Ainsi, ils créeront des emplois. Bénissez le lave-vaisselle, le frigo et la cuisinière. Ils vous permettront de travailler jusqu’à 70 ans, mourant si vite ils aimeraient tant  avoir de votre vie, votre temps.

Ne vous acharnez pas à penser.  Et quand on ornera vos bureaux d’un titre, vous vous direz : j’ai raison, je suis bien, je vis  dans un château, je conduis une voiture construite là où j’aimerais aller, mais c’est si loin que je dois prendre l’avion. Ils tisseront le jour vos rêves des lendemains. Il n’y a pas d’accomplissement sans douleur. Tout travail accouche d’une grande patrie.

Et comme disait Santa Tatcher : « Il n’y a pas d’alternative ».

Apprenez que   dans le sommeil des  cerveaux endormis personne ne peut  distinguer savoir et sagesse. Le travail est votre liberté. Il vous épargnera la prison de la faim, de la soif. L’eau d’une bouteille sait-elle qu’elle est emprisonnée?

Qui a besoin de sagesse? Ne cherchez vous pas le pain, les sushis, les burgers et les bons riz?

La vache sait-elle qu’elle appartient à un troupeau?  Du lait qu’on lui prend, la vache s’en plaint-elle?

Garder une vache pour se nourrir est bien, mais engager quelqu’un pour traire mille vaches est mieux. Soyez quelqu’un. Soyez l’un qui pense pour tous et que les « tous » oublient les « uns ».

 Vous dormez mal? Vos draps sont-ils inadéquats? L’État a tout du diazépam,  et du sommeil les pannes.

En vérité, celui qui  sait combien de vaches, de dindes et d’avocats, de cuisiniers, de vendeurs d’assurance et de comptables sont nécessaires à L’État, est celui que vous avez élu.

C’est l’élu. Et, le matin, en lisant le journal, rassurés, vous direz : « Je sais, je l’ai lu ».

On vous fera suer comme les fleurs aux matins de rosée. Et c’est bien ainsi. La lavette tordue est celle qui lave le mieux pour faire à croire à la beauté et au lustre de ce monde.

Et quand vous serez vide de vos nerfs, vous apprendrez à haïr ou à être indifférents aux autres. La gélule qui gèle vous redonnera un peu de zèle.

Vous irez aux guerres nécessaires. On fournira logis et repas, armes et tombeaux et on vous reléguera. Ne vous demandez pas qui vous tuez, mais « quoi ». Et si la réponse ne vient pas, la médaille suivra. Et vos enfants, et vos petits enfants de l’admirer, diront : « Papa était un héros ».

Vous serez plongés dans la misère pour manger. Il faudra apprendre par vous-même à apprendre d’où vient votre Ketchup, vis fromages, et les feuilles saladières de Californie, afin de les copier et les réusiner en un nom parent à ceux de vos pays.

Peuple d’Or-falaise, il vous faudra vous vêtir des tissus du bout du monde, remerciez les travailleurs de moins de 12 ans pour les belles coutures de vos vêtements, car ils servent à larder vos bouches et vos rires en paonnant.

L’auto électrique sauvera le monde. Ce sera le Jésus mécanique électrico-électronique de l’ère nouvelle. Vous irez, en toute quiétude, aller chasser les l’élan et la gazelle, sans masques, le toupet au vent, avaler de vos caméras   les paysages les bucoliques paysages.

La misère est le repos du travailleur.

Le labeur en est  le beurre.

Carl

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© Gaëtan Pelletier

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2 réponses à “Le Dépotoirium, Chapitre 27

  1. Ce Dépotoirium contient lui aussi la beauté du monde et tout l’amour qu’il faut pour la voir. Merci de les faire vivre:)

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