Le Dépotoirium, Chapitre 26

26

 

Les hordes  sauvages
Vêtus d’émeraude

D’or et de capitaux
Sculptent le lent  chaos
Avec leur mine qui rôde

Les élus kapos sans repos
Écrabouillant toute vie

Et vaquent à leur fou rodéo

Maggie

  Quand une société a la profondeur d’une flaque d’eau, et que l’on vous la présente comme un océan, ne soyons pas surpris. Il y a voleurs en la demeure : voleurs de temps, voleurs de paysages, voleurs de silences.   À voir les grands des G7 et G20,  trop petits pour ce monde, il faudrait avoir quatre narines pour bien respirer. Ils nous coupent l’air sous le pied et sous le nez. Le sol n’est plus un sol, mais une mine ou du carburant à venir.  Et nous voilà trop pauvres pour fulminer tels des taureaux  cette corrida-spectacle?  Les institutions sont devenues des pièges à souris. Des pièges létaux . Des pièges avaleurs d’âmes, de gens simples, de Robert, de Janis, de Jasmin, d’Ariane ou d’Alain.  Nous sommes la nourriture de tous les rongeurs élus et de leur filière nocturne, vêtu de grands draps  d’ombre.  Il vaut mieux être aveugle. Il vaut mieux faire semblant de croire.  La fabrique des citoyens ouvre dès l’âge de quatre ans. Après, c’est le monde affolé, les réseaux sociaux.  Ainsi que l’argent et la petite gloire éphémère.  L’école, cher Ministre de… est sur l’internet. Le local est rond et vasé de toute la boue du monde occidental et de son épandage. Il faut raser la différence humaine jusqu’à la monoculture.  

    En arrivant sur cette Terre, par la route  d’une mère, nous empruntons tout. Et tout nous sculpte. Les autres, ( la nature, c’était il y a longtemps), les pubs, les idéologies en franges. Mais tout nous est enlevé en arrivant : l’eau, la lumière, la terre. Tout, normalement, appartient à tous.  Mais certains veulent le Tout. Et même quand on arrive, ils auront déjà pris ce dont vous aurez besoin.

Vous devez de l’argent en sortant du ventre de maman… Une naissance est une dette et un consommateur déjà muni d’une carte de crédit dans le rouge.  

   L’état de la planète ressemble à un immense gâteau, garni de crème, truffé de poisons, chosifiée, sans vie. Et ce que nous mangeons? Nous  avons le sang qui finit par se vicier et puer, se gangrener,   ’l’esprit se torturer de par une énorme et exponentielle  machine colorée de rose par les gentes violeurs de pays.  Ils se multiplient de manière exponentielle. Ils se collent aux banques, aux rivages des îles,  telles des sangsues groupies. Ils répandent  et s’échangent poignées de main et pots- de- vin. Leur drogue, c’est le pouvoir. Ils ne changent pas l’eau en vain, mais en dollars et en bouteilles. Après ils nous accusent de répandre le plastique.

   L’État, c’est lui. L’État c’est « eux ». C’Est le pavané aux ongles propres et à l’âme d’un ramoneur de cheminée.  Ils montent des bateaux et fournissent les rames. Ils investissent au point de faire travailler des enfants de l’autre côté  bout du monde. Vous êtes parfois chaussés d’une petite main d’enfants. « Vivre et laisser voler ». Petit politicien a des mains pour donner des médailles aux pilleurs. Prenez-en tous, car ceci est ma médaille.  La face cachée de la une… Les journaux-omerta n’en disent rien, ou si peu. On aimerait les tuer, mais on n’a pas le droit. Ils ont « le Droit », bodyguards-avocats avec, en sus,  accords de l’État.  Ils jouent au golf avec des têtes de pauvres. La balle pensante roulante   à coups de fer.  La Terre sera brune et brumée que les terrains de golfs resteront verts.

Carl

***

Au travail on marche ou bien on court  à travers les yeux perdus de quelques vieillards entre deux pays : celui de la chair et de l’âme. Ils arpentent les couloirs avec leurs vieilles chaussettes troués. Certains, bien en forme, s’amusent à des jeux vidéo ou aux jeux de cartes. Puis il y a la paperasse, ce poux d’aujourd’hui : on se gratte la tête jusqu’au sang pour tenter de remplir les conditions du ministère. Les vieux ont peur de l’enfer et les fonctionnaires ont peur du feu. Alors, ils veulent des gicleurs dans toutes les chambres. Et les gicleurs, ça coûte les yeux de la fête.

On marche fouettés de bouts de papiers, de futurs magiques, de promesses à venir.  Nous sommes dans une révolution immobile, sorte de pas Moonwalk, assis  et rassis, trouillards de perdre tout.  Peureux et pas heureux. Ravinés en dedans.  Rivés à des drogues  électroniques et techniques . Nous sommes robotisés et fabricants de ces  robots qui vont remplacer les travailleurs. La réalité surpasse la friction. Pauvres petits nous devant les méga machines, les méga-monsieur que nous louons, servons! Et pourtant nous voilà des statues de sel, dépouillés de nos pays, nos biens, condamnés au salariat. Nous allons passer un mauvais quart d’heure de siècle.  On est cuits et embrochés tels des poulets à la peau carbonisée sur les tisons semés à chaque pas de nos vies.  Et le soir, dans notre petite révolution, nous allons sur Facebook – cette pancarte de millions de kilomètres –  nous défouler. Marcelle est de ceux-là. Marcelle soigne les vieux avec des histoires comiques  trouvées sur la toile.  C’Est une grande fille dodue, toute  bouffie d’émotions, bonne comme un gâteau au fromage.  Elle est révoltée. Révolté contre toute la crasse qui se glisse en ce bas-monde, ses conditions de travail, le gouvernement et son chef de carton. Elle pense que le chef peut tout changer. Elle ne sait pas que le chef du pays est un représentant de commerce mondialiste. On nous ment à tour de bouche! Il y a quelque chose qui cloche au pays des « faits »! Des baguettes magiques se perdent.  On raconte des contes de fées aux enfants pour les endormir pendant que les  adultes se font truffer de séries Netflix. On y apprend que pour échapper à la potence, on doit congeler un cadavre et le dépecer. Ensuite, on place chaque « pièce » dans un endroit perdu et on les arrose d’acide.  Il faut des histoires complexes qui n’ont rien à voir avec la réalité des jours du petit villageois. Superman est un héros qui vole. Personne ne vole en ce monde sauf celui qui  prend l’avion ou la tête d’une grande compagnie à numéros.

***

Quand Wouf  est arrivé avec son maître, c’était  le chien le plus   astiqué du pays,  portant un foulard rouge au cou. Il était propre comme un soulier de sénateur.  Le maître, sorte de clochard au bedon « baril-de-bière », les yeux éteints, baignant dans une huile lacrymale,  avait l’air perdu. Il ne s’était pas lavé depuis au moins une lune.    On s’est mis à deux décrasseurs pour lui donner un peu de lustre. Et il s’est laissé faire à condition qu’on lui laisse prendre sa bière à 8,5% d’alcool. Wouf s’est couché sur le tapis en attendant son maître. Gino – le sauveteur des chiens et chats errants – l’avait savonné dans la rivière jusqu’à  désenfouir la crasse logée dans son poil. On savait le nom du chien mais pas  le nom du maître. On l’a nommé  Bozo. Et ça lui est resté. Bozo est locataire. Bozo est locataire entre le zist et le zest. Il ne sait pas où il vit. Il vit à l’étranger de son petit appartement et ses brimborions désordonnés. Avant, c’était son appartement. On a rasé la vieille maison.

Quelques jours plus tard, quand Bozo n’arrivait pas à s’habituer à la propreté de son logis, il passait son temps dehors et revenait se coucher par terre. Son chien le suivait comme on suit Jésus, Allah, ou Donald Trump.  Bozo avait perdu ses repères. Bozo était démaisonné. On l’avait délocalisé de sa maison comme on délocalise les usines.  Alors je me suis mis en tête de lui construire une petite demeure  près de la rivière qui longeait la maison de retraite. Les jours s’écourtaient. Le matin, en me levant tôt, j’ai trouvé de vieilles palettes de bois et simplement mis une tente sur celles-ci. Je me disais que plus tard je bâtirais un petit coin plus solide.  En fait, j’espérais qu’il rentrerait dans sa chambre avec la venue des neiges.

Quelques jours plus tard, Bozo et le chien avaient trois ou quatre amoureux de la nature pêchant  le long de la rivière, taquinant la truite et le directeur de la maison.

J’ai mené Bozo à son petit chalet branlant. Ce fut la première fois que je vis sourire Bozo.  Et quand Bozo souriait, le chien branlait de la queue. La « création » avait bizarrement fait un lien entre le bonheur de Bozo et la queue du chien. Le chien aimait Bozo, même si Bozo ne faisait pas partie de l’élite de la planète et n’avait pas étudié à Harvard.

***

Au fond, Maggie et moi  on est heureux dans notre casemate à l’orée de nulle part. Hier, samedi,  on a décidé d’aller passer une journée en forêt. Il y a une rivière qui chante et qui bruite  avec des courants fous qui se tortillent,  entraînant des arbres déracinés. Ici, il y a encore de l’air neuf. Ici tous les livres sont encore debout. Les lièvres aussi. Bientôt, ils passeront à la forêt blanche pour se fondre à la neige. Bientôt nos passerons à Windows 11.  C’est frisquet, mais on marche jusqu’à ce que les pas deviennent des grains de chapelets. On prie de par les petits rais lumineux qui flashent à travers les arbres.  La beauté n’est pas  seulement dans ce qu’il y a, ce dont on est aveugles,  mais dans ce que nous sommes. Et ce que nous sommes dépend de toutes les sources de la nature. Et c’est là le grand voile et l’immense mystère de la création. L’invisible nous taille davantage que le visible.  L’esprit tranquille, sans être à genoux sur un matelas dans un gymnase de ville en train d’essayer de lessiver sa journée folle avec ses millions de pubs et de d’enseignes au néon, existe ici. L’esprit qui cesse de radoter. L’esprit qui s’émerveille.  Peut-être que la joie est une perle qui se cultive?  Pourquoi endurer ces heures d’automobiles pour aller se rendre au travail, se faire coincer dans des bouchons de circulation? La forêt, la terre humide avec ses  champignons bizarroïdes,   ses arbrisseaux enserrés, parfois étouffés, tentent de se tailler une place. Le petit plant a des plans pour son futur. Personne ne connaît les grands plans du petit plant.   Il faut continuer de marcher pour se retremper dans  le baume, briser la cassure de nos êtres. Ce n’est pas seulement la matière  qui est polluée :  c’est  notre être, jusqu’au chakras, sans doute. Jusqu’à déstabiliser un corps subtil.   Un psychanalyste y trouverait du cambouis,  Et on se douche, loin des étourderies, loin des petits pièges tendus par les prédateurs voraces qui, un jour, viendront jusqu’ici « développer ».

Il s’est mis à pleuvoir en fin de journée. Il pleut des flics et des flacs. Ça tambourine sur les feuilles.  L’inconfort nous fait oublier les grands projets d’aller coloniser Mars, la planète rouge. On veut retrouver notre maison.  L’inconfort, c’est le retour vers soi. C’est cesser de voyager à travers les débris du monde qui nous encerclent et nous enclavent. C’est  d’entendre à journée longue le cerveau qui voyage entre le passé et le futur. Tous les présents dont des cadeaux.  Nous vivons  maintenant dans un vaste marché aux puces planétaires, prisonnier d’un bric-à-brac informe ou difforme, arachnéen, bavard, échevelé,  un bazar d’idées usagées pour un monde qui se prétend nouveau. L’homme ne cherche qu’à expliquer ses déboires en délaissant la Vie. C’est la parade des représentants certifiés et estampillés, fournisseurs de marchandises intellectuelles filtrées par les besogneux qui pellettent du capital pour  alimenter du capital.  Ce qui est simple doit être rendu complexe pour pouvoir contrôler les gens simples et délicats. Nous cherchons des solutions à la vie, alors que la solution EST  la VIE. Nous nous entêtons à chercher « autre chose« , têtus,  de par une religieuse technocratie, une difformité de ce qui existe. Nous sommes les moulus encagés et rebelles iconoclastes. On se bat comme des moulins à vent en lutte contre les Don Quichotte.

« Avec leurs dépouilles nous commencerons à nous enrichir ; car c’est prise de bonne guerre, et c’est grandement servir Dieu que de faire disparaître si mauvaise engeance de la face de la terre. »

Nous allons jouer vice-versa. Ce sera la guerre contre ceux qui s’emparent de nos travaux, de nos bras, de notre monde, qui emplissent leurs tirelires de nos sueurs.

On refuse d’acheter de l’air, d’acheter de l’eau. On a beau refuser, l’air et l’eau sont à vendre. Ils l’empoisonnent pour qu’on l’achète. On voudrait bien ne  pas acheter de qui nous appartient déjà, mais on  ne peut pas acheter ce qui nous a été volé. Pourtant, on achète. On respire de l’ère néo-industrielle pas trop fiable. Qui donc a pissé  sur l’Amérique pour dire que toute cette terre nous appartient ? Ce n’est pas le Wouf de Bozo. Ce sont des humains. Ils se sont donné le droit d’uriner  partout pour posséder.   Ils ont quadrillé la Terre comme un cahier de mathématique : « C’est mon carré à moi. Ce rectangle est mien. Ma femme m’appartient. La feuille du huit-cent-quatrième arbre, branche du Nord, positon, quatrième branche est à moi. Les papillons sont miens. Les lombrics de mon jardin sont mes lombrics. Personne ne touche à mes lombrics. Même pas les pêcheurs. Hier, je me suis acheté un nuage. Demain, j’achèterai un perroquet. Je l’enfermerai dans sa cage. Un perroquet est une peinture versicolore qui parle. Je veux un perroquet pour qu’il me parle. Un perroquet qui ne parle pas est un perroquet mort : Il ne remplit la fonction que je veux qu’il remplisse ».  Les banquiers et leurs descendants voraces et cupides, leurs représentants  de commerce et de libre-échange gentillets ont lancée une énorme bactérie sur le globe. Plus rien ne va! Faites de gros yeux!   Ils ont la même méthode que les vendeurs de drogue : une première dose gratuite. L’endettement fera le reste…

Nous ne sommes pas une révolution, nous fuyons une révolution qui ne se fait pas. Nous fuyons les sourds. Nous fuyons la bactérie mangeuse de nos chers humains,  et très chers produits qui voyagent. Brocoli de Californie : 6392 Km. Leur fantasia, leur petit miroirs girouettant, ne nos atteint plus. Ils ont de grandes oreilles, mais c’est pour mieux ne pas entendre, mon enfant!

Que Dieu ait leurs ânes!

***

Hier, on a jeté un œil au Dépotoirium. Les lecteurs ne nous suivent plus vraiment. La Terre est tellement éclopée que ça saigne de partout. On coure les plaies pour tenter d’éviter que la patiente meure. Il y a maintenant trop de chirurgiens avec leur beau scalpel habile. Alors, on a décidé de transformer le site en quelque chose d’autre. On ne parlera plus de politique ou d’économie. On ne sait pas de quoi on parlera. On fera des « Pensées du jour ».

Pour avoir des clients, il faudrait insérer les vidéos de Maude.

Maggie est entrée avec un nouvel ami. J’ai un bizarre de pressentiment en le regardant.

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 25

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

6 réponses à “Le Dépotoirium, Chapitre 26

  1. Pingback: Le Dépotoirium, Chapitre 27 | LA VIDURE

  2. Pingback: Le Dépotoirium, Chapitre 28 | LA VIDURE

  3. Pingback: Le Dépotoirium, Chapitre 29 | LA VIDURE

  4. Pingback: Le Dépotoirium, Chapitre 30 | LA VIDURE

  5. Pingback: Le Dépotoirium, Chapitre 32 | LA VIDURE

  6. Pingback: Le Dépotoirium, Chapitre 33 | LA VIDURE

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.