Le Dépotoirium, Chapitre 12

Chapitre 12

La fièvre des copy cats  

La Terre est devenue un immense magasin rond, une succursale de l’Univers,  depuis que les affairistes – remplaçants de la vieille aristocratie – se sont emparé du pouvoir.

Mais il y a plus profond que les petits sauts lunatiques, il y le symptôme Charles Carson, majordome de l’aristocratie anglaise d’une série télévisée, si fier de servir l’aristocratie au point de devenir plus aristocrate que le comte. Il se fond à cette aristocratie comme une guimauve qui aurait vu une chandelle, de ses yeux vus. Aujourd’hui , la servitude, va à la sophistication des Google, des Apple, ou bien  Facebook. Derrière tout ça, une aristocratie mutante, dirigeante, à part de l’humanité.

 Elle s’est fondée depuis des décennies, fondant des dynasties emmêlées au pouvoir.  . Le Grand Pouvoir est anonyme. Le petit, le traceur de X et le porteur de pancartes, le manipulé réduit en poudre. La plèbe est la granule, la farine humaine, dont se nourrissent  et s’enrichissent  ces dynasties. La sueur du pauvre fait un excellent pain…

Le monde est rempli de majordomes et il s’en créé chaque jour. Des copy catd de riches :

– Un yacht de 30 mètres?  Un petit bateau gonflé à deux places de chez Canadian-Tire

– Une maison? Copy cat, Niveau 4 : une demeure à 600,000$, imitation château, avec candélabres et puits de lumière. C’est l’extase.

– Un jet privé? Copycat Niveau .5 : Un modèle d’avion réduit, commandé à distance.

– Un appartement à Paris en résidence secondaire? Copy cat, Niveau 01 : une tente roulotte.

– Un cinéma maison? Copy cat Niveau 1 : un cinéma maison avec une série sur les tueurs en série dont le personnage principal est un copy cat. Piraté en streaming…

Ce que la gente néo aristocratique déteste, c’est la concurrence et les humains : trop difficiles à gérer, paresseux, sentimentaux, tendres, doux, affables, niais.

En attendant la robotisation, on s’y fait. Ils se heurtent à un problème pratique : comment garder le client? (1)

Heureusement, ils ont les salariés  qui sont en même temps les clients du Ketchup Heinz,  des téléphones intelligents, et des comptes en souffrance dans le rouge. C’est la carte de crédit qui rendra les pauvres de meilleurs copy cats.

Le salariat, c’est l’ère  du « plier bagage ». Le  déménaging forcé. Avant, on disait la main-d’œuvre. Maintenant, c’est le cerveau-d’œuvre.  L’importance que l’a a accordé au cerveau et non au cœur éteint peu à peu  les grandes âmes.  Ce n’est pas l’ignorance telle que conçue par ces gens qui voient les gens en paliers, dans un rang social qui détruit la Terre Non. C’est le « génie ». Le « génie » de passer notre humain dans la friteuse d’huile bouillante : il faut aller vite pour créer du capital qui servira à créer du capital. Pour  Le néo aristocrate, le sport extrême est : achat-vente. Ou achat-ventre creux. Sur un bateau, quand un bout est troué, ceux qui se situent à l’autre bout crient victoire.

 — Nous sommes chanceux, c’est l’autre bout du bateau qui est troué.

L’une des expressions devenue réelle dans le contexte actuel est celle-ci : « J’ai affaire à vous. » C’est charmant, et d’une couleur tout à fait conforme aux rapports « économiques » qu’entretiennent les créatures soi-disant les plus intelligentes de Gaïa.

Le nombril est devenu le troisième œil de l’homo sapiens qui ne trouve plus le bon sens dans le fin fond de son cerveau. C’est un nul obnubilé. Un techno visionnaire à canne blanche.

Un siècle plus tard, alors que le monstrueux château des Crawley risque d’échapper aux mains de la famille Crawley, nous voilà rendus à la case départ. Cette fois, le château, c’est la Terre.

Une nouvelle aristocratie est née en ce début de siècle. Elle  ont géré la Terre et ses habitants aussi mal que le château le fut. Et nous avions à simplement entretenir une mère porteuse de la race humaine.

La vie est déménagée dans un coffre-fort. Un sandwiche au coffre-fort, c’est mortel pour les dents et l’estomac. Parole d’amérindien…

***

  • Lors d’un rapport mis à jour par un membre de cette nouvelle aristocratie, on y trouve une solution conforme à des projets d’avenir qui résoudra ce « problème » : créer une usine à Montréal, envoyer les produits au Mexiques. Démontées au Mexiques et remontés à Montréal. Bref, le travailleur ne sait pas ce qu’il fait, qu’il travaille en tournant en rond le même produit, mais il faut qu’il ait un salaire pour acheter ce qui est nécessaire ou considéré tel, ou martelé par la propagande des pubs harcelantes.

Jason

***

Pas de nouvelles de Théo et de sa compagne. Ils (elle) nous (a)  ont laissé un chien parfumé à l’entrée de l’appartement pour deux semaines. Deux semaines de garde. Deux semaines de garde pour un chien qui jappe comme une télévision.  Avec Ordinaire ( nom du chien en l’honneur de la chanson de Charlebois), est arrivé un sac de nourriture en grains et quelques boîtes de conserves : des pâtés de foie. On en a compté douze : mes doigts plus mon nez et ma bouche.   Théo n’est  pas un chiche à chiens.  Il est généreux. Plus encore : munificent. Il donne tout, sauf de lui-même.

Mais au bout du compte, on se rend compte qu’il n’y  avait que huit boîte de conserve.  On en a déduit que Carl devait en donner  aux SDF du métro. Du nickel de pâté. Ouah! Bientôt, Ordinaire, se nourrira du saumon sauvage de l’Alaska. On peut vider les océans pour nourrir un chien à condition qu’il remplisse un compte en banque. C’est la loi de Morphée : plus on dort,  moins on veille aux sources du produit et aux arnaqueurs aux odeurs de poisson pourri.

Il faut une dizaine d’humains pour égaler un caniche de snobinards.

***

Théo nous a envoyé un MSN. ( Sans aucun référence à Monstre Sans Nom, non…)  Il est en croisière avec la comtesse de Maude. Deux semaines, sept pays sur un bateau-merveille, dans une cabine avec vue sur mer. Ils voulaient voir du pays?  Ils doivent avoir des yeux véloces. Ils ont des jumelles à 2000$. Avec ça, on voit loin… Tellement loin qu’on ne voit plus personne. Ils étudient le piano et achètent des Rembrandt à l’oreille.

Ils ne diront mot à personne. Ils seront muets devant les ruines du Colisée de Rome. Ils verront si la Tour Eiffel existe vraiment et ils tiennent mordicus à visiter la petite maison de Paul McCartney. Ils se muniront d’un grattoir et prendront un échantillon du mur de Sir Paul qu’ils camoufleront ensuite  au fond de leur poche.  Ah! J’oubliais : Les musées!  Ou encore les châteaux. Là où les portes sont tellement hautes qu’on pourrait y entrer avec des échasses. Les puissants en ont parce qu’ils ont le cerveau plus haut que celui des gens dits ordinaires. Un psy déluré devrait s’attarder aux portes. Une porte en dit long sur le locataire des chants élisez (sic), d’Ottawa, ou de la maison blanchie à la chaux, dans une vile DC, tracée  selon les plans d’Hippodamos, un architecte Grec. Les portes parlent et les mûrs ont des oreilles.

***

De retour, quelque quinze  jours plus tard. Quinze jours de manège touristique et de tics aristocratiques,  d’aventures éclectiques.

Carl tenait à leur offrir un party et un petit dîner. Il  avait préparé lui-même – avec l’aide d’un cuisinier en chômage- le petit repas avec présentation digne : La fête des saveurs.

Maggie :

— Puis? Vous avez fait un beau voyage?

— Extraordinaire. On s’est fait un couple d’amis. Ils vivent au Colorado. Ils nous ont appris que Colorado voulait signifiait « couleur rouge ».

— C’est en espagnol, ajouta Maude.

— C’est une partie de la Louisiane vendue aux américains au début de 1800… Ils ont dû voler une partie du Mexique.

— Évitons ce genre de débats, veux-tu?, Jason.

— O.K.! Et les craquelins?

— C’est délicieux. Où as-tu trouvé cette recette?  Sur Google?

— Non, Goût-Gueule… C’est une blague. Non,  d’un  chef SDF. Il n’a rien à manger, mais qui sait cuisiner et créer. Dommage qu’il fut licencié… Comme nous le seront tous… C’est du Hudekuchen, servi sur canapé.

— Pas nous… Pas nous… Insista Théo. Les avocats sont des combattants nécessaires   pour la justice. Carl, sautant du coq à l’âme : — Ils faut féliciter mon chef licencié deux fois en un an… — Te connaissant,  il doit y avoir un peu de drogue dans ta recette… — Coquin, va! En effet, je suis en avance, puisque la marijuana sera légale à partir du 17 octobre, même date que le Manifeste d’octobre signé par Nicolas II en Russie. Ce cher menteur s’engageait à des libertés civiques aux peuples : la liberté de culte, de parole, etc. Nous, on sera libres de consommer à des fins récréatives. On se récréera un univers mental … à jour. Le progrès c’est aussi  mettre à jour le cerveau humain. Il lui faut maintenant des cellules grises plus grises. Un gris qui frise le noir. Car tous les noirs sont frisés.  ( Je tentais de le choquer pour qu’ils se réveille de sa mission merveille).   — Toujours complotiste… —  De temps en temps… En amateur…

Carl, qui avait déjà fait l’amour avec Maude , dans une encoignure  de l’appartement,   se promenait torse nu avec un nœud papillon autour  cou. Doué pour la moquerie et le cynisme, mais d’une humeur un peu bipolaire. La bipolarité semble à la mode Les changements d’humeurs sont maintenant bipolaires.

Maude avait maintenant deux yeux : un sur les fessiers de Carl et l’autre sur le torse basané de Carl. Elle était clairement victime d’un mésaise que trop apparent. Le haschich aidant, ce cruel moyen, comme disait Balzac à propos du café,  Maude avait quasiment quatre lèvres au bord du gouffre. À croire qu’elle regrettait son ancien et passager amant.

Maggie ne comprenait pas trop cet engouement,  lui qui s’habillait comme s’il avait voulu tuer la mode. Plus il s’habillait mal, plus la mode le rattrapait. Il avait son Jean déchiré aux genoux bien avant les autres. Et il en avait honte… Ou presque…

Il servait champagne et petits gueuletons après avoir pris soin d’égrener les  particules de haschichs sur ses petits gâteaux.

Quand, vers deux heures du matin, nos invités commencèrent à bailler au point d’avaler une bonne poignée de noir volée à la nuit, on les embrassa sur la joue deux ou trois fois.

— Seigneur! Votre peau a un petit goût salin…

— On a l’air de te rendre heureux, Carl.

— Si vous saviez à quel point… Je m’étais ennuyé de vous. Oui, de vous, ennuyé…

Le lendemain, vers 10 heures, Maggie avait commencé à laver  la vaisselle. En mettant le pied sur la pédale de la poubelle, elle  retrouva les quatre boîtes de pâté manquantes, vides, bien nettoyées.

— Seigneur! Ils ont gobé le pâté du chien!

— Je vous ai épargnés  avec du pâté pour humain. Du pâté de foie de chez Armand.

— T’es sûr que c’est mieux…

— Certain… Mais pas sûr. Mais au prix qu’ils coûtent…

— Aujourd’hui, les gens traitent de mieux en mieux les animaux de compagnies.

— Ah! Oui. Hier, à la radio, j’entendais un projet étrange : une journée de congé payé pour les gens qui perdent un animal de compagnie.

Maggie faillit échapper sa lavette.

— Pardon?

— Oui, un congé si vous perdez un chat ou un chien. Pour un mari, c’est trois, je crois… Alors, en perdant Ordinaire, les parents du chien auront une journée pour pleurer la bête. J’imagine que l’on fera des enquêtes pour savoir si le chien ou le chat est mort de sa belle mort…

— C’est quoi du Hudekuchen ?

— Du pâté pour chien, fabriqué aux États-Unis. C’est plus cher, donc c’est meilleur.

Le jour où l’abeille tua la fleur

Toute notre mode de vie est basée sur la frénésie du « développement » infini. En quoi un Bill Gates est-il supérieur? En quoi quelqu’un est-il supérieur? L’un crée une machine, l’autre prend soin d’une carotte ou de son prochain, ce qui, à long terme est bien plus intelligent. Mais qu’est-ce donc que l’intelligence? Demandez à Krishnamurti ou à Albert Jacquard.

 Tout ces « techno-people » ne comprennent rien à la Vie. La création du monde a été une chose, mais son maintien a été dans les mains des gens simples, âmés jusqu’au filet de l’intuition, amoureux de la vie, des fraises sauvages, des arbres, des chiens errants, des pissenlits.   Ils n’ont pas de conte en banque… Ils ont des contes en banque pour nous parler du passé, de la misère, de la vie, de Robert, de Mélanie,  des mouffettes, des jardinets de fleurs, de la misère que l’on rencontre sur les trottoirs. Des enfants indiens qui ramassent du mica pour en faire des produits de beauté.  

On se pincera le nez sur un mendiant au coin d’une rue, sur un petit travailleur d’usine. Mais chacun d’entre eux est le petit couteau qui vous a sculpté.

Pauvre vous de Vous, de Grand Vous de fous! Vous n’avez même pas inventé de lunettes pour l’imbécillité et le bon sens. Ni n’avez pu voir tous ces fragments de miroirs qui forment votre personnalité.

Vous êtes unique? Ah! Vous ne savez pas compter. Vous êtes pareils à vos semblables, et pas tout à fait, puisque chacun des êtres « inférieurs » ont été un don pour celui que vous pensez être.

C’est bien ce que je disais : Vous ne comprenez rien à la Vie.

C’est la raison pour laquelle il ne reste qu’un  siècle, tout au plus, pour que disparaisse la vie qui a pris des millions d’années à se construire.

Je crois que les singes sont empathiques. Du moins à ce que Jean connais.  C’est étonnant de constater que le descendant  a réussi à  faire fi  de son empathie. Ce n’est plus une « valeur ». C’est de valeur.  

Carl

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© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

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