Le dépotoirium, Chapitre 4

Chapitre 4

7 septembre

« Un aryen vaut mieux que deux tu l’auras » ( Adolf) 

Carl

« Je ne lis pas d’auteurs qui se sont assis sur une pile de livres pour écrire »

Maggie

« Celui qui donne à un mendiant et qui lui demande ce qu’il veut acheter avec son don est déjà un dictateur ».

Maude

« C’est la souris qui a permis l’invention de la chaise »

Théo

« Tant qu’on ne pourra au moins ralentir le cyclone débile de l’autodestruction on ne pourra jamais parler de victoire. S’il y avait un marathon de la défaite « circulaire », nous serions gagnants! »

Jason

 

On  voulait le site  un peu fou,  chamailleur, dérangeant,  mais également  sérieux. Mais qu’a donc changé ce cher ( et très cher sérieux, au prix qu’il nous coûte) en ce monde?

Ils sont en train de préparer le G7. Ils sont 7 et sept fois 777 hommes armés pour protéger des vendeurs de pays. On ne sait plus qui sont les ILS. Probablement des îles perdus au fond d’un palais sis dans une île des Açores, là où les riches vivent avec les riches. On se croirait à Londres, à la fin du 19ième siècle quand les bourgeois, l’été, fuyaient la ville nauséabonde de par les effluves du crottin de cheval.

Alors? Que dire des dirigeants de la grande faux, ou faucarde, dirions-nous? Ce sont eux qui fauchent la Terre jusque dans ses entrailles y compris les nôtres. Des singes. Nous sommes de la chair à guenons.

Il n’y a pas plus sérieux que la belle folie qui se moque de tout! Tenter de bâtir un monde avec des épouvantails n’aide pas un beau jardin comme la Terre. Ça fait fuir les oiseaux, Oh! Oh! ( Tiens, une vieille chanson qui me revient).

Tel   que convenu, chacun écrirait un article et chacun aurait la tâche de lire les articles d’auteurs qui participeraient. Si auteurs se pointaient le pif…

Il fallait trouver des idées. Des idées, tous les sites, surtout les plus « sérieux », ceux qui sortaient Marx de leur poche pour faire jaillir l’énormité et le poison du capitalisme « globalisé » en avaient à la tonne. Et tonnaient les canons!  Certes. Comme aurait dit Proust, nous en lûmes maints, pour constater que la tour de Babel poussait chaque jour davantage. De plus, ils champignonnaient.  Quels beaux styles : tous propres, raffinés, comme si les cerveaux se tordaient chaque jour, telle  une éponge gorgée de ce qu’ils nommaient culture.  À partir de là, je pris conscience que tous ces boxeurs tapaient sur des sacs au fond d’un gymnase poisseux pour devenir des champions du monde des trouvailles et des combats sans adversaires dans le même ring.  Les adversaires se terraient et torpillaient l’économie des pays les plus riches. On nous avait laissé les mots. Rien que les mots. Le dictionnaire au complet, même le mot le plus inusité, jamais utilisé, que l’on  cherche à arrimer à un autre plus connu.  Nous nous  étions engagés dans une croisade délirante contre  de moulins à vent qui ne produisaient que du blé. Élucubrations! Mais il était trop tard pour faire arrière marche. Il fallait avancer. Avancer et se montrer plus malin. Plus malins que les docteurs en économie qui sortaient leurs formules en éprouvettes et auxquelles tout le monde adhérait. Même si on attaquait les vendeurs de Burgers, les burgers se vendaient autant comme si chacun était une pub bipède. Des tracts pour détraqués qui craquent en souliers ruminés.

« Nous dirons que les américains sont tellement obèses qu’en calculant la masse corporelle moyenne nous en conclurons qu’il y a plus de gras dans ces 325 millions d’américains que dans les élevages de porcs aux États-Unis. »

On est restés coi. Carl avait des idées, mais elles n’étaient pas réalistes.

— Vous attendez quoi? Qu’on fasse une analyse des ventes de Big Pharma à l’armée américaine et qu’on compte les morts par overdoses de médicaments? C’est déjà dit. Et dans une semaine, tout le monde aura oublié.

Silence.

— Alors, lançons-nous dans une campagne contre Poutine la star Tsar.

Comique Mister Carl. Et plus ingénieux que le jardinier de Kosinski dans Bienvenue Mister Chance.

— Parmi les meilleurs sites ou journaux que nos avons consultés, il y a des profs d’université, des chercheurs défroqués, des génies déguisés. Alors, nous, qu’allons nous apporter de plus que ces Rodin qui sculptent leurs articles d’un ciseau qui sent le jus de cerveau?

— On n’est pas des cerveaux? Réfuta Théo.

— Oui. Mais si on l’est on n’a pas le sceau du grand penseur. Il vaudrait mieux être Oprah Winfrey et faire son petit discours avec un trophée à la main, radotant qu’elle a déjà été pauvre.  L’intelligentsia américaine, imagine, ce sont les stars d’Hollywood. Ceux qui ont joué dans Cowboys& Aliens. Un film écrit avec de la FAF (Farine À Narines). Les cowboys sont vainqueurs des Aliens.  La belle affaire! Avec des pistolets, des chevaux, et des chapeaux. Chapeau! Congratulations! à Horrywoods!

En ouvrant le portail, tout le monde avait la bouche toute  grande.

— Qu’est-ce que c’est que « ça »?

— Un blague. Tous les journaux ont un blagueur qui écrit une phrase drôle.

— Drôle? C’est drôle? « C’est la souris qui a permis l’invention de la chaise ».

— Tu penses que ce sont des génies les journalistes ?

— On devrait aller dans le normal de temps en temps, je veux dire … le peuple. Si on ne change pas le peuple, on ne change rien. Regarde, aujourd’hui, dans la section mode : «  L’art d’un soutien-gorge bien ajusté ». Le monde est  moribond.  Vous pensez que même si on est 5, en soufflant tous dessus, il va reprendre vie? Il est inutile de jouer les Marx 21ième siècle… Il   faut être des scaphandriers dans un océan de folies.  Chacun est seul dans cette mer de fous. Soyons foutraques et bizarres, ou simplement humains.   Alors, réveillez-vous, réveillez-fous, c’est une entreprise à faire de l’argent. On s’est dit qu’après on prendrait une retraite dorée quelque part en Argentine. Je ne sais où… Hitler y aurait fini ses jours. Il y est arrivé en sous-marins. Un boat-people… En vérité, le  de l’Allemagne est mort brûlé, imbibé d’essence, noyé d’essence, brûlé-fatigué. Il n’aurait même pas survécu au voyage. Il  avait déjà été empoisonné par son médecin.

— On ne voit pas à quoi tu veux en venir.

— Je ne sais pas non plus à  quoi je veux en venir. Si on restait humains, rien que humains? Au moins on couperait le cordon de la grande mise au monde d’une machine.

— Je n’y comprends rien, dit Théo.

— Ah! C’est justement le but… Le but que personne n’a vu venir. Une fois tous lobotomisés par notre culture d’individualistes, on nous écarte les uns les autres, on nous tue à petits vœux, veux, veux pas… Les moutons sont encagés. Ils se sont fait rouler dans la laine chaude dudit progrès.   Ou alors ils broutent dans les îles Shetland.  Ils ne pensent plus, ils dépensent. Et c’est le but. Nous distancer, nous réduire à  un à un pour n’avoir plus de pouvoir. Pour ça, chacun a son tournevis, sa tondeuse, son garage, son studio, son petit site internet et pour le reste ce bon vieux Facebook. C’est pas pour rien que le type est devenu milliardaire : il a trouvé le moyen de faire croire aux gens qu’ils sont ensemble quelque part dans un grand party d’échanges. Les révolutionnaires armés de souris et de clics.  Les révolutionnaires en clics.  Jamais une souris n’a servi autant d’éléphants.  Pas trois clics!  C’est trop demander. Se demander…  C’est pour ça qu’il faut être ensemble physiquement. Je n’aime pas que tu pues de la gueule, mais j’aime bien t’embrasser…

— Tu me parles?

— Non, mais d’une phrase en général…

— C’est une bonne idée ça. Pourquoi pas amener les gens quelque part faire un grand party annuel?

Maude pétillait des yeux, excitée.  Elle faisait ses « Yes » en hurlant quasiment, les poings en l’air.

C’est Maggie qui fut la gagnante de l’article du jour : une série de photos prises dans un centre de distribution de nourriture pour les gens qui n’arrivent pas à boucler leur budget.

Maude, elle,  avait placé une photo représentant une dame voilée, assise dans le métro à côté d’un transgenre coquet, les jambes écartées, avec un sac ouvert à ses pieds. Il y avait déjà un commentaire :

«  Ils s’en vont faire un vol de banque? » LOL.

Tiens! On rit déjà tous en anglais. C’est bon sigle.. La nouvelle version aura le son. Le son même de votre voix pré enregistrée.

Le fil de l’Homme

La situation planétaire ressemble aux fils de Carl, derrière son amplificateur. Il y a de gros fils constitués de petits fils, et ils sont tous enchevêtrés, tordus, emmêlés. Dans les petits fils se cachent d’autres petits fils. Et dans les gros fils se cachent des petits fils qui cachent de minis fils. Ils sont tous noirs. De sorte qu’il est impossible de démêler cet amas de fils, si possible de savoir à quoi ils sont liés.

Si chaque fil infime est représenté par une thèse dans un domaine et un autre fil une

multitude de thèses concernant l’avenir du monde, sa naissance, un moment figé. Quand Carl a trop bu, il est incapable de connecter ses fils pour faire fonctionner son appareil. Alors, il prend sa guitare sèche.

C’est ainsi que nous sommes devenus des êtres qui rendons les choses simples de plus en plus compliquées. Et dans la vie, nos enchevêtrements sont nommés « progrès ». Tous les érudits sont de fin fils cachés dans de gros fils. Ils disent la vérité des grands fils car ils sont dépendants de ceux-ci. Ils disent la vérité des fils parce qu’ils habitent le grand fil. C’est le grand fil qui les conduit vers le son que l’on veut entendre. Ainsi, ils existent, ainsi que leurs théories du cosmos, de la Vie, du marché, des indices boursiers. En piochant un peu, il peuvent devenir de gros fils porteurs de petits fils. Et les petits fils porteront le son. Puis un jour, tous  les fils disparaîtront. On les invisibilera. La monnaie est devenue invisible. Elle est contrôlée par les invisibles qui manipulent l’invisible. Des sorciers de l’ère moderne. Petit magicien ira loin… Le chapeau sortira de la colombe.

Et ravis nous serons. Tout en Oh! La bouche grande comme une bouche d’égout prête à avaler les mouches qui se présenteront pour pondre leurs œufs.

Mon grand-père était conducteur de camions. Mes fils ou filles conduiront une palette de boutons pressoirs ou bien de robots obéissant aux ordres vocaux.

Ah! J’oubliais : le fil disparaîtra. Il deviendra wi-fi. Nous sommes déjà des fils en perdition obéissant au grand WI-FI camouflé nommés…

Serveurs. 

Jason

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le dépotoirium, Chapitre 2

Le dépotoirium, Chapitre 1

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.