Archives quotidiennes : 4-octobre-2017

Parlez-moi d’un bon train qui parle comme un paon!

Les Don Quichotte du clavier et de la babine 

À lire les journaux, à écouter les longues analyses des postes de radio ou de télévision par des flopées de « spécialistes », on se demande à quoi sert tout ce grand débit de lettres, de mots, de sons, quand, au fond rien ne change. Alors, oui, on n’a jamais autant écrit, autant parlé, autant pensé que l’on peut changer ce monde par les idées. Même si elles passent en boucle.

Le monde est en apparence rempli de libertés: liberté de dire ce que l’on pense, et de crucifier deux ou trois politiciens le matin, ils ressuscitent trois jours plus tard ou sont remplacé par un robot du même acabit.

Il nous reste cette illusion d’avoir un certain effet sur le cours  de l’histoire. Les analyses ou prises de conscience ont beau être musclées, elles finissent par s’enterrer elles-mêmes. La rivière tumultueuse ne nous donne pas le temps de nous arrêter. C’est une descente de rapides, pas une balade sur une rivière tranquille.

Le temps…

Jadis, il n’y avait qu’un cadran solaire dans les villages, puis, plus tard, une horloge accrochée au mur. Maintenant, on a l’heure à la seconde au poignet, sur les appareils ménagers, à la télévision, bref, chaque pièce a ce rappel insidieux de courir après le bonheur, car le temps presse. Personne n’a envie de se tailler une cuillère en bois pendant des heures comme passe-temps. On l’achète de Chine. La cuillère à trois cents, se vendra cinquante cents une fois qu’elle aura traversé l’océan et aura enrichi de quelques cents les actionnaires d’une multinationale.

Les chevaliers 

Ils sont légion. Il y a autant de chevaliers de la parole ( question-réponse-entrevue) que le nombre d’habitants que le New-York des États-Unis. On avale de menues idées – voilà qui fait de nous, au moins, des intellectuels – autant qu’un oiseau qui picore les graines d’un jardin. Alors qu’en faisons-nous? Nous les écoutons. Et en sommes- nous éclairés?

Le train et la réponse du cerveau 

Un jour, nous avons acheté une maison près d’une voie ferrée. Les premiers matins, vers 5 heures, le train passait. On se réveillait épouvantés, surtout l’été, quand les fenêtres étaient ouvertes. Au bout de quelques mois, le train passa, mais nous sommes devenus sourds. Pourtant, à cette époque, il en passait peu. Aujourd’hui, le trafic s’est multiplié par dix ou par vingt. Mais nous ne les entendons plus. En fait, nous avons oublié complètement qu’il y a une voie ferrée qui passe à 30 ou 40 mètres de la maison.

La culture 

Dans quelques décennies, ou avant, ou aujourd’hui, on ne saura plus ce qu’est la « culture ». Puisque chacun a le droit de s’exprimer, de faire du bruit un jour sur une chaîne de télé, de citer Nietzsche ou Sartre, de beurrer son pain quotidien d’un savantisme  bien énoncé, il n’est plus réellement entendu. Le cerveau a cette capacité de devenir incapable de faire un synopsis d’une cacophonie pénible. Il fuit, comme dirait Laboritt. Et en avant…

En fait, nous sommes piégés par le syndrome de la queue du paon: le plumage est bien plus attirant que la cervelle de l’oiseau. Et malgré tous les changements de nos sociétés, nous tenons fermement à croire que le politicien pourra changer quoi que ce soit. Après tout, nous, instruits, savants, cultivés, nous sommes là pour le guider!  Cela pourrait se résumer en une formule: « Je suis un train ».

Gaëtan Pelletier