Un dernier train pour Auschwitz

train-auswitch

Il y a ceux qui parlent tout le temps et ceux qui écoutent tout le temps. GP

***

On part pour un petit voyage planétaire. En train. Ils disent qu’on va prendre un bon repas de richesses et se doucher.

La vie est un long voyage qui a commencé il y a des milliers d’années. Le train roule toujours, et pour la première fois de l’Histoire, après les chapelets de mensonges, on commence à douter de la destination. Chacun d’entre nous n’était qu’un infime amas de cellules: ça a donné Mozart et  Donald Trump. Puis une pléiade de « penseurs allumés », qui hurlent des livres, des articles dans une sorte de prière parallèle: cessez de croire qu’on a trois planètes à consommer, etc. Il y a ceux qui parlent vraiment, avec de la beauté dans les dires et personne n’écoute. Il faut un certificat de « communication ». Estampillé par l’État.

C’est l’abrutissement continu. Le carnage planétaire est sans limite. Carnage du psychisme autant que celui des corps brisés et des esprits enveloppées dans des pilules pour palier au stress d’un modernisme clinquant.

Le petit frisquet automnal 

Au petit matin, je m’enfonce dans les bois, passe près des quatre ou cinq pommiers sauvages, et je marche avec un sac à dos lourd. Je marche une heure, enlève des têtes d’arbres cassées par le vent pour me tracer un sentier pour le ski de fond. Les corbeaux croassent et les quelques perdrix qui restent s’enfuient comme des poules à travers les bois. À part ça, c’est le silence total. Le progrès devait nous rendre heureux. Curieusement, c’est la marche dans cette petite jungle qui me rend heureux. C’est une potion magique de tranquillité, de curiosité enfantine, d’un voyage vers soi et vers les autres. Le quotidien des gens libres et qui savent l’être a quelque chose d’excitant. Comme dans les amours, ce sont les petits gestes qui gardent vivant cet amour. Le progrès à l’hélium est en train de nous vendre des merveilles qui n’existent pas, qui n’existeront pas puisqu’il n’a pas pour but de faire vivre la beauté dans les humains au lieu de les esclavager pour le profit.

Puis, de temps en temps je m’assois pour écouter un livre. J’ai le goût de comprendre, le goût d’apprendre. Mais de plus en plus, j’aime les livres simples, comme ceux de Rick Bass: Winter 

27 octobre

Je commence à me dissocier de la race humaine. Je ne voudrais pas passer pour un malotru – mais ça me plaît. Ça me plaît même tellement que ça me fait un petit peu peur. C’est un peu comme si en baissant les yeux vers ma main, j’y voyais pousser un début de fourrure. Je ne suis pas aussi atteint qu’on pourrait le croire. Winter, Rick Bass, 

Et d’autres, plus compliqués, mais Ô combien ouverts dans une vue d’ensemble de ce monde en une image:

« C’est à propos de ce monde que je veux chercher à cerner ce qu’il convient d’entendre par la responsabilité des intellectuels. Pour bien faire comprendre ce que cette question engage à mes yeux, je reprendrai une image à Michael Albert. Imaginons qu’un dieu, lassé de la folie des hommes, fasse en sorte que dans tout cas de mort qui ne soit pas naturelle, tout cas de mort qui résulte de décisions humaines contingentes, le cadavre de ce mort ne soit pas enterré et qu’il ne se décompose jamais mais qu’il soit mis à bord d’un train qui circulera indéfiniment autour de la planète. Un par un, les corps s’empileraient dans les wagons, à raison de mille par wagon; un nouveau wagon serait rempli à toutes les cinq minutes. Corps de gens tués dans des guerres; corps d’enfants non soignées et morts faute de médicaments qu’il coûterait quelques sous de leur fournir; corps de gens battus, de femmes violées, d’hommes morts de peur, d’épuisement, de faim, de soif, morts d’avoir du travail, mort de n’en pas avoir, morts d’en avoir herché, morts sous des balles de flic, de soldats, de mercenaires, morts au travail, morts d’injustice. L’expérience, commencée le 1er janvier 2000, nous donnerait un train de 3 200 kilomètres de long dix ans plus tard. Sa locomotive serait à New York pendant que son wagon de queue serait à San Francisco. Quelle est la responsabilité des intellectuels devant ce train-là ? »  Normand Baillargeon, TRAHIR , 2000.

Il apparaît alors que nous vivons dans un nazisme planétaire dirigeant notre monde vers l’éradication simple de notre nature humaine. En cela, le mot progrès – malheureusement confondu à celui des sciences ou se proclamant sciences – est devenu tellement incompris et brouillé  que les soudards continuent de construire le plus long  rail du monde. On ne sait où on va, mais on voyage . Il suffit de lire les journaux, d’écouter les politiciens, les économistes, les journalistes mous pour comprendre que la destination est trafiquée. On vend des billets sans noms.

Gaëtan Pelletier

6 réponses à “Un dernier train pour Auschwitz

  1. Encore un article que je vais peut-être relayer. Lorsque tu parles de train, il y a un excellent livre de Jean-Michel Truong : « Eternity express ». Mais t’en ai-je déjà parlé ?

    Amicalement
    Gene
    PS : il y a déjà de la neige à Québec ???

    • Non. Je viens de le trouver en format epup. J’ai une liseuse.
      Il y a longtemps que je n’ai pas lu de SF. Mais j’aime la SF qui justement a un rapport avec les humains.
      J’ai vu le résumé du livre.
      Neige. Il y en a dans certaines parties du Québec. J’habite la partie sud du Saint-Laurent.
      https://www.google.ca/maps/place/Saint-Pascal,+QC/@46.8240821,-70.729805,8z/data=!4m5!3m4!1s0x4cbef6773399abbb:0x457a01be927a9b56!8m2!3d47.5258442!4d-69.8045791

      • C’est pas tellement de la SF, mais plutôt de l’émancipation… je préfère😉
        Je vais cliquer sur le lien pour regarder où tu te situes.

        Amitiés
        Gene

        PS: ton article https://lesazas.org/2016/10/30/encore-un-excellent-article-de-gaetan-pelletier-souvrager/ a fait un carton sur les AZAs !

      • Oui. Je préfère également. Je ne retrouve plus mes mots ces temps-ci.

      • Perso, je n’ai plus de mots non plus. C’est pourquoi je me réfugie dans les livres… Et encore, vous avez de la chance au Québec ! Il semblerait que vous ne soyez pas touchéEs par la vague brune qui déferle sur le reste du monde.

        À part ça, ça m’a l’air d’être rudement beau là où tu vis. C’est proche du Maine, ce qui est étonnant, car tu manies la langue française de façon irréprochable et sans mots anglicisés ?!

        Chaleureusement
        Gene

      • J’étais surtout « écrivailleur » avant de devenir une sorte d’activiste🙂 . On m’a recruté sur un site du Québec qui fonctionnait bien à l’époque. J’y ai écrit pendant quelques années. En ce moment, je suis à écrire un roman, un peu las des « analyses ». Il y en a qui sont meilleurs que moi dans le domaine…
        Je suis né à Pohénégamook que j’ai quitté à l’âge de 14 ans.
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Poh%C3%A9n%C3%A9gamook

        https://www.google.ca/maps/place/Poh%C3%A9n%C3%A9gamook,+QC/@47.5025378,-69.5408313,10z/data=!4m5!3m4!1s0x4cbe7e99927cc28d:0x22d8d1cb3cb746bd!8m2!3d47.460897!4d-69.224318

        C’est tellement collé sur les USA qu’en traversant la rivière pour nous baigner, on se baignait aux États-Unis. Mais il n’y a que de la forêt en centaines de kilomètres et des ours et des bleuets.
        Mon père – et beaucoup de mes oncles travaillaient aux USA. Il m’y emmenait de temps en temps, il était cuisinier dans des camps de bûcherons. La ligne de la frontière traverse même quelques maisons dans le secteur… Bizarre, mais vrai. La cuisine aux États-Unis et le salon au Canada.
        Il n’y a pas d’anglophones ici, ni à Pohénégamook. Il faut aller vers le Nouveau-Brunswick qui est une province bilingue, mais très anglophone.
        Quant au Kamouraska où je vis, les premiers villages sont apparus vers la fin du 17 ième siècle. Kamouraska: 1674. Les terres, très fertiles ont été octroyées aux colons français venus s’installer ici. C’est 100% français. Un vieux parler de France en provenance de Normandie, POitu et le vieux Paris Eh! Oui, assez bizarre. . Montréal a été fondé en 1642 et Québec 1608. Toute les régions d’ici à Montréal sont françaises, sauf Les Cantons de l’Est ( Eastern Towhships) en bordure de la ligne des États-Unis près de Montréal.
        J’ai étudié la littérature française à Ottawa. L’université comptait alors 40% de français et 60% d’anglais. Mais c’était encore la guerre… Dans les rues.
        J’y ai demeuré 4 ans. Études et travail à l’université. Puis j’ai enseigné l’anglais langue seconde à des élèves qui n’en voulaient pas…
        ***
        C’est en effet très beau ici…Sauf l’hiver à -15. Mais là, encore, je fais du ski de fond dans des sentiers sauvages.
        Voici un panorama de la région par la Sebka. Le type qui dirigne l’organisme est mon voisin d’en face.
        https://sebka.ca/wp/
        Bonne journée!
        Amitiés!
        C’est un petit camp pas trop loin d’ici que j’ai bâti avec des toiles ramassées, que l’on jette, bref, tout ce que l’on peut recycler. Même le matelas du lit que j’ai fabriqué est de matériaux que l’on jette.
        https://gaetanpelletier.wordpress.com/2014/12/29/les-matins-comme-les-autres/

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