Sables bitumineux: une opération militaire contre la terre

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Les installations de Syncrude génèrent une perte de conscience géographique, une mise en néant écologique soigneusement planifiée, croit l’auteur.

Quiconque visite les aires d’opération de Syncrude et Suncor à Fort McMurray en ressort avec l’étrange malaise de vivre un mensonge consenti où les mots eux-mêmes sont pervertis. Sous le prétexte de prouesses techniques et de réalisations d’ingénierie offertes à l’admiration crédule, on se retrouve sur un terrain de guerre et de champs minés s’apparentant à une opération militaire perpétrée contre la terre — et contre les Nations premières qui en ont été chassées par la mise en sédentarité forcée. On se demande alors si ce n’est pas par autodérision et pour se moquer d’elle-même qu’une société se désigne sous le nom de Suncor, « corporation solaire » ? Alors que ses activités empêchent toute lumière naturelle et tout soleil de pénétrer ses quartiers d’exploitation. Tant les fumures blafardes et les vapeurs nauséeuses qui s’en dégagent entretiennent une brume gluante et gélatineuse à faire pâlir de jalousie tous les fabricants d’enfer de la planète.

Non seulement il s’agit d’un front militaire où les combats se poursuivent jour et nuit sans le moindre répit, mais le lieu des opérations bitumineuses et l’architecture de ses paysages bituminés imposent chez les travailleurs un habitus ravageant peu à peu toute sensibilité. Tel un prisonnier libéré se sentant perdu hors de sa geôle, les installations de Syncrude génèrent une perte de conscience géographique, une mise en néant écologique soigneusement planifiée. Plus encore, Fort McMurray et ses rues sans piétons, ses sous-cités-dortoirs, ses espaces bétonnés de partout apparaissent comme autant de camps de concentration acceptés et dont toute mémoire est bannie comme élément indésirable. Et où quiconque est pris en flagrant délit de flânerie risque de recevoir une contravention.

Ce n’est pas qu’on soit in the middle of nowhere, c’est qu’il n’y a même plus de middleni de nowhere, le lieu étant devenu un hors-lieu fonctionnel. Comme si l’espace lui-même était assujetti à un génocide permanent.

Jean Morrisset – Poète, écrivain et professeur honoraire au Département de géographie de l’UQAM

Une réponse à “Sables bitumineux: une opération militaire contre la terre

  1. Je relaie aujourd’hui.

    Amitiés
    Gene

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