RITA


C’est la faute à la vie si nous mourrons.

C’est comme une fenêtre : la lumière y entre, mais en cas de feu, c’est pour sortir. C’est pour ça que de temps en soir, je m’étends sur une plage blanche : j’ai le feu, mais je ne veux pas sortir. J’écris des plages et des plages… Rien que pour voir si un jour poussera un océan.

J’ai toujours trouvé injuste que «Dieu» ne nous ait pas permis de nous pratiquer un peu à mourir avant que ça ne se produise… Et si le temps existe, ce n’est que pour voir l’éternité passer…

Comme une fille trop belle…

Et Rita était belle. Si belle! Elle était simple comme une candeur qui jouait du rire.
S’il y avait une musique plus belle que celle de Rita, comme disait mon oncle, Dieu l’a gardée pour lui.

J’aimais faire l’amour à Rita dans une auto. On s’enroulait sans rouler. On ouvrait la fenêtre et les grillons avaient des orgasmes à nous écouter gémir.

C’était une auto grise figée au bout d’un champ.

La vie est un toujours «en cas de feu». Et tout est une fenêtre. Quand je faisais l’amour à Rita, j’avais le feu sans la douleur du feu. Elle faisait tellement de bruit avec son rire, que le feu fuyait. … Alors on était toujours deux braises sans que nos maisons brûlent.

Ce doit être ça l’amour : tout flamme mais rien ne brûle.

La pensée sans émotion, c’est comme un chat empaillé.

Et Rita, elle, ne pensait pas trop. Un vrai chat… Rita était dévotion. Elle ne vous prenait pas pour vous garder. Elle se gardait de vous prendre. Elle ne demandait pas la lune, elle l’était. Je ne lui ai jamais donnée de fleurs… Lui en donner ça aurait été la prendre et la prendre et tout lui redonner.

Qui donc dans ce monde offre des fleurs à une fleur?

C’est la faute de la vie si nous vivons.

J’évite d’être un chat empaillé, et je ronronne sur le matelas blanc dans le noir. Des feuillets. Comme des autos qui me mènent à cette auto au bout d’un champ.
J’écris pour entendre le rire de Rita.
On dit que l’Univers est né il y a de milliards d’années… Certes, une grande explosion. On l’a dit. Et c’est savant. Je me suis dit que Dieu a eu un orgasme et que nous vivions sur le cadavre d’un spermatozoïde qui a perdu la queue. Et ceux allumés dans l’Univers cherchent encore un vagin… Qui sait?

Et pour la question de fleurs, je vois bien que nous ne sommes que des annuelles. Il faut se replanter à chaque année.

Une auto au fond des bois. Une banquette pour le festin…

Rita-bobo. Rita becquer bobo. Rita la tendresse. Rita la délicatesse.

C’est pour ça que j’arrive à dormir. Si la journée n’a pas été bonne, je me fais un bon matelas dans une auto au fond d’un champ. Car Rita n’est plus là. Je sais qu’elle me cherche dans un trou noir quelque part. Sans auto, sans rien.

Je pense que Rita avait raison. Pourtant sans feuillets…. Et sans mots…

Aimer vraiment n’a pas de mots.

Aimer est un rire qu’on écoute.

Gaëtan Pelletier

Publicités

4 réponses à “RITA

  1. Quel voyage d’images et de musiques…j’aime ! (en riant sans mots:O)

  2. j ai pas entendu et j ai aimé aussi!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s