Le poète

Jardin_de_la_vallée_suisse_-_Le_Rêve_du_Poète_Alfred de Musset-CP

Monument à Alfred de Musset

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Poésie urbaine capitaliste
Regard sur l’économie de maux
Dis se sert-on de la société
Essai de tir à la cible
Recueil format empoche
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Quand il est mort le poète
On a fumé son coeur,
Distribué sa pensée
Un peu de monnaie aux infidèles
Vêtus de regrets rentables,
Qui portent aux lèvres les mots précieux
Et qui de leur langue parfumée
Lèchent sans pudeur le sang qui les a fait naître
Puis le cul du roi des poètes disparus
Qui édite heure après heure les mots abandonnés
Mea maxima profita de la langue belle de l’oubli
Et des largesses qu’elle procure
Aux jours sans péchés, privés de grâce
Meat maxima coula la seule tristesse du roi:
Les excès de liquidités
Lui servant de larmes

Quand il est mort le poète
Le roi publia ses os
@registred
Et il fit de ses mots le matin du magicien
Qu’il remplaça par l’an nuit
Vie sans vie
Mots sans maux
Mot dit nous
Par rime ou valeur
Par frime ou par ailleurs
Que rapportent les mots sans os
Vent les emporte et les sème
Au pays des mots trahis
Et des portes blindées
Dont l’accès se compte en chiffres
Que les mots ont fait naître
Pour l’intrus venu récolter
Les livres calculés
Auxquels il appose le sceau de réserve
Achetant la plume et le coeur d’une même mesure
Ainsi soit dit
Ainsi soit fait
Code barre en épilogue

Quand il est mort le poète
On a vidé ses entrailles
Volé ses secrets
Tué ses soupirs
Puisé ses phrases
Tamisé ses mots
Reconstruit son univers
Pour qu’il vive malgré tout
Et produise sur tablette
Les escomptés bénéfices de sa légende
On a joint des hommages
Qu’il ne lira pas
Car un poète disparu n’a que faire de la faim des vivants
Les lettres mortes servant d’inspiration
Aux affamés infertiles
Que la valeur des mots embrase plus que le sens

Quand il est mort le poète
Il avait distribué sa vie à coup de mots
Auxquels il donna passé, présent, futur
Conditionnels à chaque battement de coeur
Ligne après ligne
Un camé de l’âme
Il s’était payé un vol plané
Par-dessus les puantes heures
Des programmés du temps
Il emporta son pays
Sa ville, ses amis, ses amours
Distribuant aux amants éternels
La nourriture de son âme
Il donna sa chair à cultiver
Un rang de chair, un rang de culture
dépecée, autopsiée
Livrée par livre
Cent mots par écu
Sang mots pour le cul du roi
Qui flatte depuis sa signature
Telle une corne d’abondance
Qui augmente la valeur des mots

Quand il est mort le poète
Il avait violé les coeurs
Abusant des lèvres qui le murmuraient
Comme d’autres abusent des silences coupables
Son linceuil était sa vie
Exposée sur papier
Des centaines d’irrévérentes fois
Mariant pudeur et débauche aux pensées interdites
Qui traçaient la route des rêves
Sur ce papier stagnant
Où chaque mot devait sauter les pages
Pour trouver refuge ailleurs
Loin des pensée qui n’ont pas d’ailes et périssent

On ne pouvait dire au poète quand paraître
Ni quand disparaître
Des semaines et des nuits veillaient ses mots
Et le faisaient renaître au gré des étoiles
Dont il voilait l’éclat à ceux qui dormaient

Il avait bâti des maisons
Dressé des tables pour les amants
Défait leur lit
Payé l’amour sans prix
Tandis que son coeur et ses yeux voyageaient seuls
Il peignait l’espoir des invisibles nomades
traçant les routes de nulle part
Un livre à la Foi
Détaillant les splendeurs et les misères
Offrant le ciel s’il le fallait
Et l’océan si le ciel croulait
Mais lui seul quittait chaque fois le port
D’où son navire s’éloignait
Sans un regard vers la rive
Forçant les amants qu’il laissait derrière lui
A quitter le rivage
Sans bouée, sans repère,
Avec unique envie
De maîtriser le flot de ses mots
Pluie de diamants qui brillent sur de l’eau

Se prit dans les flots
Toute la poésie qui n’était pas écrite
Celle que les amants découvraient
Et dont ils n’osaient pas saisir le sens
De crainte qu’elle leur échappe
Au milieu de vagues redevenues muettes
Dont ils n’entendaient plus le gémissement
Des eaux qui grondent puis se soumettent
Emportant ce qu’on y a laissé
Tourments immobiles qui coulent à pic
Passions qui jaillissent et disparaissent

Puis son navire revenait du large
Poète au vent
Se grisant de toutes ces vagues
Qui avaient porté le trésor des amants
Qui ont pour maison l’amour
Y puisant les mots gardés secrets
Qui sans lui allaient mourir

Quand il est mort le poète
Il était si grand qu’on n’a pu l’enterrer
On enterra plutôt son étoile
Dans un grand champs de blé

ELYAN

Hommages particuliers à Gilbert Bécaud, Claude Léveillée, Emile Nelligan, Jacques Brel

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