La résurrection de Rosaire

Image illustrative de l'article Le Prince et le Pauvre

À Londres, vers le milieu du xvie siècle, le jeune Édouard, Prince de Galles et fils d’Henry VIII, âgé d’une douzaine d’années, aimerait échapper à l’étiquette de la Cour et s’amuser au-dehors avec des enfants de son âge. Dans le même temps, Tom Canty, gamin pauvre des rues, rêve d’échapper à sa condition. Le destin fait se rencontrer les deux enfants qui, profitant d’une ressemblance frappante, s’échangent leurs « rôles » respectifs, non sans risques, car le Comte d’Hertford complote contre le Trône : il tente de faire assassiner le Prince à la faveur de son escapade et de prendre Tom, devenu Édouard, sous sa coupe. L’intervention d’un mercenaire, Miles Hendon, permet de faire échouer cette conspiration. The Prince and the Pauper Mark Twain 

C’est une belle histoire que cette histoire du Prince et du pauvre! Je devais avoir 15 ans quand un prof d’anglais nous faisait lire ce livre pour apprendre l’anglais. J’ai compris l’anglais, mais je n’ai pas compris le livre…

Les peintres écaillés 

Je voulais faire peinturer la maisons, car quelques murs extérieurs étaient légèrement écaillés après huit ou neuf ans. Mais voilà qu’après des négociations tendues j’ai eu affaire à deux sortes de vampires à dollars: l’un étant un artisan voulant devenir riche et l’autre un semi menteur qui jetaient ses petits cailloux de discours et de promesses ici et là pour finalement arriver à une entente incompréhensible. Dire qu’il y a quelques décennies le dernier des artisans de la paroisse avait réparé la fenêtre, l’avait remplacée, et ce pour quelques dollars… canadiens. Et dire qu’un autre l’avait repeinte pour le quart du prix. Et tout seul…

Mais là, oups! Ils veulent tous devenir riches. Ils veulent tous être prince, même s’ils sont nés de la première pluie. C’est comme Facebook, mais en format spermatozoïde: ils entrent dans ta maison et pour eux c’est comme un ventre qui va faire engrosser leur conte en banque. Ils veulent devenir gros à la place du petit, parce qu’ils sont petits et qu’il ne devraient plus y avoir de petits en ce monde de riches parvenus. Ils ont trop regardé les « news ». ( North East West South).

Il n’y a plus d’artisans… Il n’y a plus que des businessmen socio-vampiromanes. Les rapports avec les humains sont coupés. Tu fais des affaires. Point. Tu ne parles plus à un humain, tu parle d’argent à un humain. Ils parlent « écaillé ». Comme la peinture le bois en discours fendus et boursouflés par le temps. Des craques dans la langue et dans le discours. C’est fiévreux. Ils ont tous la même maladie. La fendillite!  Et chauffés au mode contemporain, la folie des grandeurs. Toute petite, mais malveillante. Une sourdinette….

Rosaire 

Rosaire était vieux comme son nom. Mais quand il travaillait on ne l’entendait pas taper du marteau. Il faisait ça comme on fait un gâteau pour un anniversaire. C’est perdu les anniversaires. Rosaire travaillait comme un chapelet. Grain à grain. Il ne travaillait pas, il priait. Parce que prier c’est simplement prendre soin des autres comme si on était de la même famille.  On ne passe pas par Allah ou Jésus pour de grandes causes. La grande cause, c’est le voisin. Et Rosaire avait été élevé ainsi: le travail bien fait pas pour devenir riche et prétentieux mais pour faire vraiment bien ce qu’il avait  à faire. Il ne parlait pas beaucoup et savait à peine écrire un texte de quelques lignes.

Puis un jour Rosaire est parti. Il a laissé une maison qu’il avait construite de ses « propres » mains. Et pas de compte en banque. On a cherché partout un autre Rosaire. On en n’a pas trouvé. Le monde avait changé. Les sociétés avaient inventé le « ventilographe », sorte de discoureur à la longue langue mais vide comme un tirelire pleine à craquer.   Un minus d’homme d’affaires…  Un répliquant . Un formulaire rose…

Je pense que la dernière fois que Rosaire est venu faire des réparations à la maison, il devait avoir 72 ans. Après, il s’est mis à marcher. On le rencontrait et le saluait dans les rues du village. Il a tellement marché qu’au bout de quelques années les genoux se sont enfoncés dans l’asphalte. Jusqu’au cimetière.

Finale

Maintenant, je sais que Rosaire était le vrai prince. On a finalement assassiné tous les artisans qui travaillaient tranquillement et qui connaissaient la valeur de la vie au lieu de la valeur des choses, la valeur de la patience au lieu de la course effrénée. La valeur du silence au lieu des grands discours et des papiers.

Alors, demain, au lieu de laisser les faux princes entrer dans la maison, je vais aller m’acheter une échelle. Une échelle pour grimper là où Rosaire grimpait. Et essayer de faire d’un simple fenêtre ou d’un pan de mur ce que doit être un pan de mur. J’en ai bricolé une et je commence à comprendre Rosaire… C’est déjà un bon départ. On se rend compte que chaque petite tache de peinture échappée du pinceau est une sorte de pixel qui brise la beauté du travail bien fait.

Il y a trop de Rosaire enterrés… Il faut ressusciter Rosaire…

Gaëtan Pelletier

Juillet 2015

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