Archives quotidiennes : 7-mai-2015

1912, Bayer: Des publicités en faveur de l’héroïne dans des journaux espagnols

Au printemps 1912 Bayer a lancé dans la presse espagnole une campagne publicitaire en faveur de l’héroïne. On a retrouvé plusieurs de ces publicités. En 1898 la firme avait mis sur le marché en même temps que l’aspirine un « antitussif bien toléré ».

Les publicités redécouvertes sont intéressantes à plusieurs titres. Peu de temps après la mise en vente du nouveau remède les médecins avaient mis en garde contre un danger d’addiction. Durant la campagne publicitaire (1912) les spécialistes en avaient abondamment débattu. Cela n’avait pas empêché Bayer d’utiliser des publicités montrant de préférence des enfants et recommandant la prise d’héroïne en présence de symptômes sans gravité, tels qu’irritation (irritación) ou toux (tos).
En 1900 Bayer avait lancé une campagne publicitaire sans précédent. Dans le monde entier des annonces publicitaires faisaient haut et fort les bienfaits du médicament. Il était bon pour à peu près tout : sclérose en plaques, asthme, cancer de l’estomac, épilepsie, schizophrénie. L’héroïne guérissait même la colique du nourrisson. Et l’on commença par envoyer des échantillons gratuits aux médecins.
Lorsque des voix critiques mirent en doute l’innocuité de cette panacée, Carl Duisberg, alors fondé de pouvoir de la firme, ordonna de « bâillonner » les contestataires.« Nous ne pouvons tolérer que l’on nous accuse dans le monde entier d’avoir mis sur le marché des produits qui n’auraient pas été soigneusement testés auparavant » poursuivait le futur PDG de Bayer. Le succès commercial de l’aspirine et de l’héroïne devait assurer l’ascension de Bayer, propulsé du rang de fabricant de peinture à celui de firme de rang mondial.
Jan Pehrke, du Bureau de la Coordination contre les méfaits de BAYER, commente : « La campagne en faveur de l’héroïne montre que l’habitude qu’ont les multinationales pharmaceutiques de mettre en vente sciemment et en dépit de toutes les mises en garde des produits dangereux dans le seul but de faire du profit ne date pas d’hier. »

Une société ritalinée

Image: YGRECK

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Certains se demandent si le gouvernement ne drogue  pas nos enfants.  Dans un reportage, il y a quelques jours, on signalait que la consommation de ritalin avait augmenté de 30% en 3 ans.

Cause : le temps d’évaluation des médecins qui prescrivent plus vite que leur ombre. De sorte que le ritalin est devenue une drogue courante dans un monde où on …défend la consommation de drogues.

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Les Québécois sont plus que jamais les champions du Ritalin, a appris le Journal. En 2010, ils ont consommé près de 32 millions de pilules de cette famille de médicaments, ce qui constitue un nouveau record.

«C’est alarmant de savoir qu’autant d’enfants consomment ce médicament. On ne devrait pas être contents, ni fiers de ça», lance la psychologue Suzanne Vallières, qui est aussi chroniqueuse au Journal.

Le phénomène inquiète aussi le docteur en neurosciences Joël Monzée, qui a publié cette année un livre dans lequel il dénonce cette situation, qu’il assimile à du «dopage scolaire.»

Au cours de la période de 12 mois qui a pris fin le 30 novembre dernier, les Québécois ont consommé 31 864 061 comprimés de méthylphénidate, la famille de médicaments regroupant le Ritalin et ses génériques, selon des données obtenues auprès d’IMS-Brogan. Cela représente une hausse d’environ 10 % par rapport au record atteint en 2009.

Le nombre de prescriptions pour obtenir ces comprimés, qui sont remises surtout aux enfants agités à l’école chez qui on diagnostique un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), est aussi en hausse.

Comme c’est le cas depuis plusieurs années, la consommation de ces médicaments est beaucoup plus importante au Québec qu’ailleurs au Canada. Alors qu’elle compte pour moins du quart de la population, la province accapare désormais 35,3 % de l’ensemble des pilules et 44 % des ordonnances distribuées au pays. Canoë

Prescriptions de Ritalin : une hausse de 3500 % en 20 ans!

Le nombre de prescriptions de Ritalin a considérablement augmenté en quelques années. Au Québec, on est passé de 30 000 prescriptions de méthylphénidate en 1990 à plus d’un million en 2010. Une hausse de plus de 3500 % en 20 ans! Aujourd’hui, on estime que 5 % des écoliers québécois prennent ces psychotropes tous les jours. Principalement des garçons. À noter aussi qu’on prescrit deux à trois fois plus de Ritalin aux garçons issus de milieux pauvres. Par contre, en Europe, cette quasi-amphétamine est très peu prescrite.

Cette abondance de prescriptions de méthylphénidate, observée seulement de ce côté-ci de l’Atlantique, explique sans doute pourquoi les Européens ne débattent pas de la chose alors que nous (médecins inclus) le faisons régulièrement par médias interposés. Au cours de ces débats, on ne questionne pas tant l’efficacité thérapeutique du méthyphénidate, mais plutôt son emploi pour calmer des enfants qui bougent trop, qui sont impulsifs et inattentifs. Cette controverse autour du Ritalin semble avoir cristallisé les positions de part et d’autre. D’un côté, il y a ceux qui favorisent cette approche parce qu’elle améliore effectivement le rendement scolaire de l’enfant hyperactif. De l’autre, il y a ceux qui s’inquiètent du recours de plus en plus répandu à la médication pour traiter des comportements chez les enfants. À lire à ce sujet l’excellent dossier paru au mois d’août 2010 dans le magazine Protégez-vous.

Le Ritalin augmente la dopamine. L’exercice aussi!

Par ailleurs, les enseignants en éducation physique ont maintes fois observé l’effet calmant de l’exercice. Par exemple, il est souvent arrivé qu’un élève verbomoteur et hyperkinésique au début du cours d’éducation physique devienne un élève calme et nettement moins hyperkinésique à la fin du cours. Des milliers de fois sans aucun doute. Empiriquement, l’activité physique semble donc atténuer certains des symptômes qu’on observe chez les enfants hyperactifs, notamment l’hyperkinésie, le manque d’attention et l’impulsivité. Ces dernières années, des études semblent confirmer ces observations, à savoir que l’exercice peut être bénéfique pour les enfants hyperactifs sous médication. Ces études rapportent que chez les jeunes athlètes hyperactifs (il y en a), il n’est pas rare de constater que plusieurs se passent de médication en période d’entraînement intensif1.  Une étude2 menée cette fois auprès d’enfants hyperactifs sous médication qui avaient suivi un programme d’exercice vigoureux pendant 6 semaines à raison de 50 minutes par jour a démontré une nette amélioration de leurs symptômes. Dans une autre étude3, on a démontré qu’un exercice vigoureux de quelques minutes diminuait substantiellement certains symptômes chez de jeunes garçons hyperactifs, notamment l’hypermotricité.  Kenesanté: exercice et les enfants hyperactifs

Du ritalin pour mieux réussir… à l’université

Des étudiants en médecine de l’Université de Sherbrooke n’hésitent pas à prendre des médicaments, dont du Ritalin, pour obtenir de meilleurs résultats scolaires.

Selon des étudiants rencontrés par Radio-Canada, la prise de Ritalin améliore la concentration, ce qui aide à mieux performer lors des examens.

Même si le Ritalin n’est vendu que sous ordonnance, Sylvie Godbout, qui est psychiatre à l’Université de Sherbrooke, croit qu’il est possible d’en trouver assez facilement à l’université. « Les gens, comme ils ont des mentors, des tuteurs, il y a toujours des professeurs qui sont près des étudiants, j’imagine que c’est comme ça que ça passe. Ou encore, c’est leur médecin de famille, mais ils ne vont sûrement pas chercher ça sur le marché noir », dit-elle.  Radio-Canada