Aimer en noir et blanc

La nuit, toutes les lumières du corps sont éteintes. Voilà celles de l’âme qui s’allument. Ah! Comme on voit « clair »!…  Quand tout est sombre.

Plus les ans grignotent ma chair, plus mon être s’aiguise. Je ne sais plus rien… J’ai compris que ne rien savoir est bien. Les enfants ne savent rien. Moi aussi.

J’ai jeté des idées aux feux.

Il ne me reste plus que le brut de la Vie. Pas d’idées, pas de théories, pas de projets. Rien que des pique-niques au bord d’un lac ou d’une rivière.

Prendre le chaud, le froid, les tiédeurs au moment où ils passent.

Comme prendre ta main quand elle passera.

On écrira bien des mots, mais les mots ne disent finalement rien. C’est de la beauté qui tente d’expliquer la beauté. Mais elle ne vaut pas, sans doute, le regard posé sur tes gestes, tes moues, et les sons délicieux de ta voix.

C’est mon repas d’oreille.

Ce soir, c’est fou, j’aurais envie d’écouter les lueurs de ton œil. Les vibrances de tes odeurs…

Il n’y a pas de silences chez les humains. Il n’y a que des poèmes cachés. Il y a aussi des discours bien lourds qui cherchent des raisons. C’est pourquoi l’amour est aveugle : il cherche la raison de l’amour. La raison est toute menue dans l’amour. Elle est là bien petite comme s’il fallait découvrir le mot aimer par autre chose. Cette autre chose que nous avons perdue.

Les sans amours sont des sans-abris. C’est ce qui fait la pauvreté de ce monde. Et la pauvreté de chacun.

On a peur de tout parce qu’on nous a divisé par l’avoir. Le monde a été « recréé » pour nous contrôler par la peur.

L’amour est une aventure au pays de l’autre.

Le refus d’aimer dans les contraintes illusoires est né de ces peurs. Là où il y a contraintes, il n’y  pas d’amour.

Homme, femme, enfant, peu importe… Le miroir est le pire ennemi de l’Homme.

La peur de perdre son identité, la peur de perdre ses petites habitudes, la peur de ne pas arriver « à temps ».

Les occidentaux vivent de par une calculette.

On ne sait pas vivre la beauté de la fleur, on sait seulement compter combien nous rapportera le bouquet.

La laideur du monde est née de la crainte. D’une sorte d’obsession de l’avoir sans doute issu des racines de la nature humaine en famine.

Le singe a livré son manque de bananes….

Sa frustration de territoire a créé la haine , la guerre, les combats, le sang qui coule…

Le reste est idée.

Voilà un mot qui résume bien le petit monde enfermé dans un échiquier.

Voilà un mot qui a été gonflé jusqu’aux simples amoureux.

Ceux qui rêvent d’un dimanche, d’un jour de repos, d’une nappe et quelques amis.

Quand on n’a pas droit à cela, c’est que la société a raté, et bien raté son rôle.

C’est une hache camouflée sous bien des formes…

Alors, ce soir…

Comme au soir de ma vie.

Comme après un long repas de la vie d’ici, je n’ai plus peur.

Si j’avais compris avant, je n’aurais jamais eu peur.

Si j’avais compris qu’il faut moins chercher à comprendre, mais bien plus à parfaire notre manière d’aborder l’amour.

Si on avait investi autant dans l’amour que la guerre, je pense que notre « art de vivre », notre bonheur,  nous aurait rendus riches à un coût moindre.

Le diable est dans la division.

Et plus nous nous jetterons sur les « grands projets », plus nous creuserons notre tombe .

Car tout ce qui est « grand » finit par diviser.

On finit par la peur de ne pas être heureux…

C’est bien la pire, car en s’y attardant, le bonheur est un silence qui n’a plus les mots – ou quoique ce soit de langage – pour nourrir le vide de nos « communications »…

© Gaëtan Pelletier, 26 mars 2011

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Une réponse à “Aimer en noir et blanc

  1. Ahhhhhh… Quel musicien !!
    Je me berce :O)

    Il y a des bouts où la tête parle
    Il y a des bouts où l’âme chante
    il y a deux poèmes ici…

    Ahhhhh…
    « On écrira bien des mots, mais les mots ne disent finalement rien. C’est de la beauté qui tente d’expliquer la beauté. Mais elle ne vaut pas, sans doute, le regard posé sur tes gestes, tes moues, et les sons délicieux de ta voix.
    C’est mon repas d’oreille. »

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