La route vers soi (23): le boulon emprisonné dans la machine

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Sans liberté totale, l’amour ne peut exister, et tout homme sérieux se consacre uniquement à ces deux choses-là et à rien d’autre. La liberté sous-entend que l’esprit se libère totalement de tout conditionnement, n’est-ce pas ? Krishnamurti 

Voilà deux misérables, deux serfs, mais différemment serfs. L’un de l’éternelle fixité des vœux absurdes qu’il lui faut faire demain, l’autre des hasards, des arrêts subits d’un métier de luxe, toujours menacé du chômage et de la faim. Michelet, Journal,1854, p. 252.

La subtilité que trop bien aboutée  de nos chaînes nous échappe. Non seulement nous vivons dans une organisation qui tresse les barreaux de nos esprits, nous vivons dans des  files t invisible alliant l’individu et la masse. L’individu aminci  afin de  s’intégrer à un ensemble qui pourtant cultive  l’ individualisme. Il est né pour « l’ensemble » mais est taillé par ce que nous nommons « dirigeants ». Pourtant, ils n’ont parfois ni nom, ni identité vérifiable et ne peuvent parfois n’être que des idées. Le « progrès » et l’augmentation des masses, maintenant planétaires, ne font que rapetisser les mailles du filet que nous sommes.

Plus   les structures sont affinées, plus nous nous enlisons dans cette masse. Plus beau et lustré est le vernis, plus nous sommes aveuglés. Moins le poisson voit le bocal dans son eau brouillée.

Nous vivons maintenant de l’alliage de « l’intelligence mécanique du cerveau » et de l’âme « perdue ».  De gigantesques organisations frauduleuses, monstrueuses. Nous sommes la nourriture du monstre, et nous devrions nous comporter à la manière des « machines », et  peu à peu,   touchés  par les petites semailles qui s’infiltrent en nous  sans que nous en soyons réellement  conscients.

L’avenir – s’il en existe un – consistera à démailler ce savant montage de rouages et de rouages pour rendre un peu notre part d’humain délaissée au profit du profit. Cet avenir est davantage individuel que sociologique. À moins que l’humain recule vers les clans contrôlés pour parvenir à vivre dans une société viable.

Sortir de la machine à broyer.  S’évader du « monstre ». Aspirés par ce que Adler nommait « le complexe d’infériorité ». L’Homme prêche l’égalité alors qu’il entretient chaque boulon de la machine en leur assumant un rôle qui est… la machine.

La perdition et la chute… La destruction par participation devient alors obligatoirement une autodestruction… Y participer, de gré ou de force, de par le désir de « grandir », de s’élever, revient au même que celui de l’esclave d’un mouvement boursouflé, sans cesse nourri de par la pollution « intellectuelle » qui souille l’eau.

Nous y sommes… Sans vraiment cultiver notre être. Au contraire, nous l’enterrons sous les  gravats  de cette déchéance. Nous considérons notre état nécessaire.

Nous avons perdu tout pouvoir de participer ou pas. C’est le règne des nouveaux conquérants. C’est le désarroi des nouveaux captifs. Le mensonge étant inscrit dans la « lignée des rois » remplacés par la lignée des conquistadors du « nouvel âge ». Un âge tristement matérialiste.

Jadis, c’étaient des pays, des continents. Maintenant, c’est un à un…  C’est ainsi qu’on a tressé les empires. C’est  ainsi qu’on tresse le monde actuel. Le serf sera toujours le boulon, ou transformé, sculpté pour les besoins d’un serf soi-disant élevé….  Il  n’y a rien de changé, mais il y a quelqu’un  qui réussit à changer.

Plus il y a de « chômage », plus il y a de boulons disponibles…

Gaëtan Pelletier

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