L’industrie de la vieillesse

Ne rien faire est le bonheur des enfants et le malheur des vieux.

Victor Hugo

 Maintenant que je suis vieux, lorsque je parcours un cimetière, j’ai l’impression de visiter des appartements.

Edouard Herriot

Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit
Et s’ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil l’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide
Et le temps d’un sanglot, oublier toute une heure la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, et puis qui les attendBrel, Les Vieux

 

***

 

J’ai dit à quelqu’un un jour que je ne voulais pas mourir dans un « centre pour personnes du troisième âge »,   à manger des macaronis au jus de tomate, bavant de la bouche, ridé comme un crocodile.

C’est en regardant la belle-fille parler à sa famille sur Skype que j’ai compris que nous étions devenus un « peuple » de vieux. Sa famille était là, de 3 à 45 ans, en dizaines. Ils s’amusaient comme des fous.

Ici, on vend des trottinettes électriques parce les « vieilllissants »  ne peuvent plus marcher. Les maisons de retraites poussent comme des courges. Tous les petits villages ont leur « industrie » du cheveu blanc. Ça rapporte à l’industrie de la construction.

Ils sont en train  d’agrandir la pharmacie. Les vieux, on le sait, sont nourris de pilules autant que de nourriture. Alors, c’est la fête à la pharmacie. Ils ont desSmarties  qui guérissent ou allègent les maux. Tant et tellement qu’ils sont embaumés avant d’arrêter de respirer. Et quand ils se remettent à respirer, ils sont deux ou trois pour les réanimer.

***

On ne sait pas trop ce qu’on espère des vieux. Qu’ils nous racontent leurs vieilles histoires? Pourtant intéressantes? Non.  Qu’ils survivent à la mort qui était due à un certain moment dans leur vie, mais que l’on veut stopper. C’est à se demander si nous n’avons pas peur de notre propre mort en les regardant.  Je ne parle pas des actifs, je parle des passifs. Ceux-là qui attendent, figés, l’esprit éteint comme ces ampoules que l’on met dans les passages, la nuit, pour aller faire pipi sans tomber dans l’escalier.

Pour l’investisseur, les passifs deviennent des actifs.

Qu’est-ce que vivre?

C’est être vivant, mais vivant comme les rivières, les volcans, le vent, les tempêtes, la pluie, le soleil. Aller à bicyclette, rêver de sauter en parachute, et avoir assez d’énergie pour se lever la nuit et penser à Sarkozy.

Lire un bon livre, caresser son chat,  admirer,   au printemps,  les toits qui font des stalactites de glace qui pleurent. Et vous les scrutez, et vous vous dites, comme Ferrat – qui est presque mort deux fois – que c’est beau la vie.

On ne sait pas pourquoi. Parce que deux ans plus tard, on perd quelqu’un et on pleure, on a des crampes aux peines, on se tord, on s’accroupit.

Puis on se relève…

Puis voilà votre crétin qui vous dira que vous êtes maniaco-dépressif.

Si les rivières dormaient, arrêtées, ce ne seraient pas des rivières, mais des étangs.

Les improductifs

Les vieux ne produisent rien. Ils sont des clients. On les trouve lourds, difficiles à supporter pour les sociétés, mais pour les retombées économiques, ils sont champions : ils créent de l’emploi :

–          Pharmacie

–          Aidants

–          Médecins

–          Construction

–          Industries

–          Églises

–          Marchettes

–          Vélos électriques

–          Aides ménagères

–          Infirmiers, infirmières

–          Industries pharmaceutiques

–          Recherches médicales

–          Etc,

Quand on songe à M. Harper qui vante les retombées économiques de l’achat des F-35, il lui faudrait comprendre qu’un vieux fait vivre bien des gens. Un F-35, lui, ne risque que de tuer plus d’enfants ailleurs…

Un vieux assis, Alzheimer, est finalement plus utile qu’un dirigeant de pays.

C’est que le F-35, ce n’est pas nous, canadiens, qui le produisons.

Mais les vieux, oui.

Il est produit ici, a travaillé ici, et dépense ici.

C’est un productif qui a transformé sa vieillesse en retombées économiques.

Non?

Alors, qu’on tente d’exporter des vieux à l’étranger.

Gaëtan Pelletier

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6 réponses à “L’industrie de la vieillesse

  1. Accueillir quelque vétéran québécois m’irait très bien ! A son âge, il ne risquerait pas de revenir du Djihad ! c’est une grande idée. Je ne veux pas non plus finir dans une maison de retraite. Le mieux serait que, comme mon chien, quand il s’est senti mourir, il a voulu sortir pour attendre le grand passage sous un buisson. Et si j’écris ceci, c’est que je me sens encore bien vivant, avec encore quelques rêves de devenir. Desserrer les cordons de ma bourse pour faire tourner l’économie ? Après tout, je n’emporterai pas mes sous avec moi ! Comme toi, je suis ni riche, ni pauvre…et je ne suis pas vieux, juste un peu âgé…
    Bien amicalement, Hervé.

    • Ça fait un peu cliché… Mais je ne sais pas si tous se sentent comme ça. C’est mon âge qui me dit que je suis « vieux ». Pour le reste, je suis comme toi en continuels « projets » et je pense être davantage capable d’apprécier ce qui est simple. Vivre est un art auquel peu savent s’adonner…
      Bonne journée! Hervé.

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