Archives quotidiennes : 18-janvier-2015

Silence

Silêncio!
Ouve apenas tua voz interior.
Recorda o primeiro instante:
estamos além das palavras.

Rumi

Silence !
Il suffit d’écouter votre voix intérieure.
Rappelle le premier instant : nous sommes au-delà des mots.

Rumi

Le dernier voyage en taxi

Grand-Mere

Un chauffeur de taxi new yorkais raconte :

Je suis arrivé à l’adresse et j’ai klaxonné. Après avoir attendu quelques minutes, je klaxonne à nouveau. Comme il s’agissait de ma dernière course de la journée, je pensais partir, mais finalement je me suis stationné et puis je me suis dirigé vers la porte et j’ai toqué.

« Juste une minute », a répondu une voix de personne âgée. Je pouvais entendre quelque chose qui traînait sur le plancher.

Après une longue pause, la porte s’ouvrit. Une petite femme de 90 ans se tenait devant moi. Elle portait une robe imprimée et un chapeau à voilette, ressemblant à un personnage de film des années 1940.

À côté d’elle il y avait une petite valise en nylon. L’appartement semblait comme si personne n’avait vécu dedans depuis des années. Tout le mobilier était recouvert de draps.

Il n’y avait pas d’horloge sur les murs, pas de bibelot ni aucun ustensile sur les comptoirs. Dans un coin il y avait une boîte en carton remplie de photos et de verrerie.

« Pourriez-vous porter mon bagage jusqu’à la voiture? » dit-elle. J’ai porté la valise jusqu’à mon véhicule, puis suis retourné aider la femme.

Elle prit mon bras et nous avons marché lentement vers le bord du trottoir.

Elle n’arrêtait pas de me remercier pour ma gentillesse. « Ce n’est rien », je lui ai dit « J’essaie simplement de traiter mes passagers de la façon dont je voudrais que ma mère soit traitée. »

« Oh, tu es un bon garçon », dit-elle. Quand nous sommes arrivés dans la voiture, elle m’a donné une adresse, puis demanda: « Pouvez-vous passer par le centre-ville? »,

« Ce n’est pas le plus court chemin », répondis-je.

« Oh, cela ne me dérange pas », dit-elle. « Je ne suis pas pressé. Je me rends au centre de soins palliatifs. »

J’ai regardé dans le rétroviseur. Ses yeux scintillaient. « Je n’ai pas de famille » reprit-elle d’une voix douce. « Le docteur dit que je n’en ai plus pour très longtemps. » J’ai discrètement arrêté le compteur.
« Quelle route voudriez-vous que je prenne? » Demandai-je.

Pendant les deux heures qui ont suivi, nous avons roulé à travers la ville. Elle m’a montré le bâtiment où elle avait travaillé comme opérateur d’ascenseur.

Nous avons traversé le quartier où elle et son mari avaient vécu quand ils étaient jeunes mariés. Elle m’a fait arrêter devant d’un entrepôt de meubles qui était à l’époque une salle de bal où elle était allée danser lorsqu’elle était jeune fille.

Parfois, elle me demandait de ralentir en face d’un bâtiment particulier ou dans un coin et s’asseyait le regard perdu dans l’obscurité, sans rien dire.

Lorsque le soleil commença à rejoindre l’horizon, elle dit soudain: « Je suis fatiguée j’aimerai que nous y allions maintenant ».

Nous avons roulé en silence à l’adresse qu’elle m’avait donnée. C’était un petit édifice, comme une petite maison de convalescence, avec un portique pour rentrer dans une allée.

Deux infirmiers sont sortis et se sont dirigés vers le taxi. Ils étaient très attentionnés et surveillaient tous les mouvements de la vieille dame. Visiblement ils attendaient son arrivée.

J’ai ouvert le coffre et porté la petite valise jusqu’à la porte. La femme était déjà assise dans un fauteuil roulant.

« Combien vous dois-je? » M’a-t-elle demandé, en ouvrant son sac.

« Rien » lui dis-je.

« Vous devez gagner votre vie », répondit-elle.

« Il y aura d’autres passagers, » ai-je répondu.

Presque sans y penser, je me suis penché et lui ai donné une accolade. Elle me serra fort.

« Vous avez donné un petit moment de joie à une vieille dame », dit-elle. « Je vous remercie. »

Je lui serrai la main, et me retournai. Derrière moi, une porte a claqué, c’était le bruit d’une vie qui se termine.

Je n’ai pris aucun passager le reste de ma course. J’ai conduit sans but perdu dans mes pensées.

Je n’ai pratiquement pas parlé le reste de la soirée. Que se serait-il passé si cette femme avait eu à faire à un chauffeur en colère, ou à quelqu’un d’impatient et pressé ? Et si j’avais refusé de prendre la course, ou avais klaxonné plusieurs fois, puis parti sans attendre ?

Après réflexion, je ne pense pas avoir fait quelque chose de plus important dans ma vie.

Nous sommes conditionnés à penser que nos vies tournent autour de grands moments. Mais les grands moments sont souvent des jolis petits instants auxquels nous ne prêtons pas assez attention.»

Auteur inconnu

Trouvé ici

Fabriquer un poisson goutte à goutte

Poisson clown

saccadé : 9 synonymes. Synonymes brusque, convulsif, discontinu, entrecoupé, haché, haletant, intermittent, irrégulier,trépidant.

C’est en regardant la télévision que j’ai…allumé. Une vieille émission des années 80, qui traînait encore le vieux monde des gens tranquilles, tous calmes, avec des problèmes qu’ils réglaient lentement.

Lentement.

La vitesse tue dit le Ministère des transports. La quelle?

Celle que nous vivons. On a les neurones enflammés mais le coeur gelé. La patience est depuis longtemps partie.

Et la patience, c’est la prière de ceux qui ne prient pas. Quelle différence y-a-t-il entre égrener un chapelet, faire des incantations, des OM et se laisser bercer par un pique-nique au bord d’une rivière? L’illusion que c’est différent.

La vie a ses propres prières en nous. Mais nous les avons tuées puisque nous ne savons plus vivre selon l’harmonie et liens qui sont ceux de la Vie qui nous a donné naissance. Notre mode de vie est une grosse pilule électronique. Notre façon d’élever nos enfants est un totalitarisme déguisé en un système qui devrait les conduire au bonheur. Car, au fond, c’est ce à quoi aspirent les parents.

Ils se fient au « système ».

Tresser des tapis 

Ma mère tressait des tapis. Tapis qu’elle vendait pour quelques dollars. Le soir, tard, avec son crochet. C’était répétitif.

Ah! Mais nos êtres sont-ils faits de tout ce que l’on vend pour être excités à longueur de journée, bombardés par des publicités, étranglés par des calmants, abreuvés aux seins des compagnies pharmaceutiques, des transformations plastiques, des Tweeters et des téléphones cellulaires?

Nous voilà dans un monde qui fabrique des tapis à la machine. C’est bien… Mais ce monde fabrique aussi des humains à la machine. Comme on programme un billet sur un site…

Et il y a 100 méthodes – pour lesquelles il faut débourser – pour se calmer un peu : le yoga, le Pilate, la méditation, les calmants, les tisanes, la gérance du stress, et faites votre propre liste. Même le futur est vendu pour vous calmer.

Les voitures roulent avec douceur, les jobs sont votre vie, et la paresse est une tare, une flétrissure.

Les citoyens sont des roues dentelées dans une machine qu’ils ne comprennent pas. Quand ils la comprennent, ils en sont fiers, parce qu’on leur dit qu’ils peuvent la comprendre. Et comprendre est une recette vendue par les vendeurs de compréhension.

On vous fabrique des modèles à tous les jours. Et selon vos espoirs amaigris. On va vous engraisser en formules.

Homme convulsif 

Regardez les ados, on les sexualise à 13 ans, on en fait des stars à 14, et des pseudos adultes à 16. Ils ne deviennent pas des adultes au sens « adulte », ils deviennent des adultes au sens de la consommation.

L’école a ses buts trafiqués, avec ses prêcheurs qui sont des gens biens, descendants de gens biens, qui ne font que reproduire le système qui fabrique des gens biens.

Au fond, quelqu’un a-t-il remarqué que pour faire un adulte au sens cosmique et vivant, il faut de plus en plus de temps?

C’est que la culture de la recette et l’apprentissage de vendre le produit qu’il est pour un job est un apprentissage qui prend énormément de temps.

Rien n’est centré sur sa personnalité. Non. Mais sur la réussite sociale qui est en fin de compte une réussite du monde des affaires.

Ils sont là tremblotants, fébriles, agités, bien habillés, entourés d’ondes dont on ne sait pas encore les effets néfastes, ils boivent, mangent, se nourrissent de tous ces artéfacts qui les transforment au profit des vendeurs.

L’éternité n’existe plus : c’est le temps qui compte.

Le poisson

Bien beau nier, se lancer dans analyses « profondes », à long terme, le produit est le produit sculpté et vivant selon la qualité de l’eau dans laquelle il baigne. Et la qualité de l’eau dépend de ceux que nous avons élus pour « garder » nos valeurs.

Nous n’en avons plus.

Alors, pas de problème.

Inutile de s’inquiéter du réchauffement de la planète, le monde est devenu un bloc de glace volontairement et élégamment électrocuté.

Je pense qu’il a même réussi à vous scinder et à vous faire suer entre vous…

Comme ça, le pêcheur, celui qui a tressé le filet, se réjouit de prendre plusieurs poissons à la fois.

Ma mère, elle, avec ses tapis, ne pensait pas aux poissons.

Son tapis, c’était un chapelet. Elle dessinait ses propres plans, achetait de vieux tissus et passait des soirées à faire un tapis.

Mais il y en a peu qui comprennent c’est qu’il y a une différence entre faire un tapis qui vous grandit et fabriquer une usine à tapis qui vous écrase.

P.S. : Les poissons avalent l’eau goutte à goutte. C’est ainsi qu’ils restent vivant et vivaces.

Le progrès est d’avoir vu la rivière et de vouloir l’avaler d’un coup.

Et de croire aux grandes gueules qui l’ont apparemment réussi, de vous vendre la recette de leur réussite.

Ne reste qu’à les noyer avant qu’on le soit…