Un ticket pour la Terre…

songnsilence:</p><br /><br /><br /><br /><br />
<p>Photographer unknown<br /><br /><br /><br /><br /><br />

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Quand t’arrives ici, sur cette Terre, t’es une sorte de créature fragile, mais frétillante à la beauté des arbres, de l’eau, des odeurs, des autres, et du foisonnement des étoiles dans le ciel. T’es la chair, mais tu sais qu’il y a plus: les étoiles sont comme des pointillés lumineux qui te disent que tout est grand, que tu es petit. T’es un visiteur… Tout simplement.

Alors, quand je suis arrivé, j’étais fébrile et dans une sorte d’émerveillure qui n’en finissait pas. Je me suis dit:  » C’est le paradis: il y  de l’eau, de quoi manger, et je pourrai rester à simplement regarder  les milliards de poissons dans l’eau, de fleurs sur Terre, la rosée des matins, les pomme enrobées d’automne et je savais que je n’aurais jamais assez d’une vie pour tout voir. Surtout pour tout comprendre… Mais je n’étais pas venu pour comprendre, mais pour contempler. Comme si chaque découverte était un cadeau de « dieu », ou de je ne sais qui…

Quand j’ai grandi, on m’a dit que j’avais besoin des adultes pour poursuivre ma route. J’ai eu foi en eux. La nuit, je rêvais qu’il y avait des monstres sous mon lit: on me consolait. J’avais froid, on me langeais. J’avais soif, on m’apportait de l’eau. Je me suis dit que je devais devenir adulte et apprendre à donner tout ça aux nouveaux voyageurs qui arrivaient ici.

Mais au bout d’un certain temps, c’est comme si l’école et les adultes qui se pensent important, m’avaient arraché les yeux, l’âme. J’ai alors compris que la bête hideuse qui sommeillait sous mon lit était un monstre: il vendait de l’eau, vendait des biscuits, vendait des nouilles. Il voulait tout avoir, tout posséder. Mais pour tout posséder, il faut posséder quelqu’un. En fait, il faut tous les posséder car il travailleront à les faire posséder davantage. Et une fois qu’ils ont possédé quelque chose, ils se dépêchent « d’investir » dans d’autres possessions.

Il fallait que je grandisse non seulement pour « quelqu’un » mais pour un système étrange qui consistait à faire la guerre de l’avoir même en tuant les voyageurs.

Alors, chacun devient une sorte d’orphelin abandonné par ses parents et soumis à des principes bien étranges. J’ai été enlevé par un pays, élevé par un pays, et tout ce qui jadis m’emballait finissait par me tuer lentement. J’étais entré dans une galerie d’art ronde mais quelqu’un avait acheté la galerie. Morceau par morceau, toiles par toiles… Les poissons, les arbres, les fleurs, la chaleur, le froid… Je devais payer pour avoir tout ça alors que cela existait à l’état « nature ».

Une fois que quelqu’un eut ramassé toutes les poules, je devais payer les œufs. Une fois que quelqu’un eut ramassé les poulaillers, je devais payer encore plus cher les œufs.

J’étais entré dans une galerie d’art, et je me voyais soudainement en train de parcourir les égouts, comme un rat, pour survivre.

Je me suis souvenu qu’avec mon grand-père, j’étais allé à la pêche par un bel après-midi de juillet. Nous étions en bas d’un barrage et la truite était capricieuse. L’eau était trop chaude. Mais, au moins, ce soir-là, nous avons capturé 13 truites… On a passé des heures à regarder les eaux couler, les arbres trembloter, et à humer les odeurs des fleurs sauvages de la berge.  Grand-père m’avait dit que c’était de la patience. Mais moi, toujours, je me suis dit que c’était la vie.

Plus tard, dans la vie, lentement, j’ai appris à devenir un adulte: une sorte de personne soumise à un « dieu terrestre » qui possède tout. Bref, à être un esclave des idées, du travail, des misères. De sorte que j’ai fini par oublier le petit bonhomme venu en voyage sur Terre. Le diable avait son combustible noir, – le pétrole-, et cela changea grandement nos vies. Je me suis rappelé que grand-papa passait l’hiver dans la maison à ne rien faire. Il passait son temps à visiter les autres, à se chamailler avec les voisins, puis à rire de ses chamailles. C’était comme ça. Il les invitait, le soir, à jouer aux cartes à la chandelle. On voyait des poings se dessiner sur les murs quand le jeu était trop dur. Mais, lentement, avec la flamme de la chandelle vacillante, comme si elle avait un effet hypnotique, il commençait à plier des yeux.

Au matin, il y avait un cadran-coq qui chantait bizarrement, pendant que les ombres s’enfonçaient lentement dans le sol. Bues, on dirait. Vraiment bues.

Certains m’ont dit que ce n’était pas mieux « avant »… Avant quoi? On avait la chance d’être loin du « progrès », le faux. Celui qui dépasse trop les besoins à satisfaire… On aurait tout simplement pu se débarrasser de la misère… Mais non, on en a crée une autre, bien emballée…

Si la Terre avait des pattes, je me dis qu’elle est en train de se faire décapiter.  Mais elle flotte dans l’Univers, comme une pomme offerte à l’être humain, toute  colorée, bleue, tendre, miraculeuse.

C’est seulement une visite….

J’avais pris mon ticket aller-retour. C’était un bon choix.

Gaëtan Pelletier

décembre 2014

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Une réponse à “Un ticket pour la Terre…

  1. Merci pour ce texte et pour les autres aussi. C’est comme ouvrir un cadeau.

    A bientôt,
    Elyan

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