La beauté

Il était une fois  plusieurs fois…

Au début, ce n’était rien… Rien parce que les yeux ne pouvaient la voir.

Elle était là, au bout d’une tige verte. Un point. Un point au bout d’une phrase qu’est l’éternité.

Une tige voyante et gonflée  la cachait.

Puis elle a grossit un peu.

Certains yeux l’ont aperçue, mais ils ont détourné leur regard.

Elle est ensuite devenue une sorte de bulbe d’une seule et unique couleur.

Avec le temps, la chaleur, l’eau et une énergie dont on ignore la provenance, elle s’est mise à se développer. Un peu rachitique… Comme un cocon qui n’arrivait pas à s’exprimer.

Les yeux impatients n’en furent pas émerveillés.

Les jours passèrent et elle grandit en une mosaïque  de couleurs étourdissantes.  Comme si elle n’existait que pour dessiner un tableau d’une tige-pinceau.

Il lui poussa  de grands bras. Des pétales ouverts, comme pour saisir la pluie et la lumière,  pour inhaler en grands respirs,  la beauté du ciel, les couleurs, et les bancs d’oiseaux qui picotaient   le ciel.

Et de temps en temps, l’eau y perlait. De temps en temps elle voyait se pointer des nez… Des gens qui la humaient. Des gens qui se pâmaient. Des gens qui parlaient

Quand elle fut rendue à maturité, tous les yeux se tournèrent vers elle.

On s’approchait,  ébahis! Murmurant  sa beauté en petites syllabes garrottées.

Il y avait des bourdons, de dizaines d’insectes qui venaient la chatouiller, d’autres venus se nourrir de  son nectar.  Et quand le soleil dardait, elle ouvrait un grand regard, pareils à ceux qui ont soif dans un repas de lumière.

Puis elle dormait le soir s’enveloppant de ses pétales, recroquevillée.

Elle se prit d’amour pour une jeune dame qui l’arrosait, lui parlait, lui souriait. Une dame charmante, entourée d’amants, d’amour, désirée comme les fleurs au printemps.

À chaque fois que la fleur dormait et se réveillait de la terre, la dame revenait.

Été. Automne.  Hiver. Printemps.

Ans.

À  chaque fois, la dame se fanait. Les saisons culbutant, les années passant, la dame qui revenait, perdait ses couleurs. Ses cheveux étaient devenus blancs, son teint rose terreux, sec, fendillé et ses mots d’amour un peu embrouillés.

Seule. Isolée. Trop de yeux s’étaient lassés.

Mais elle portait toujours ses gants de velours. Ses doigts habillés d’amour. Et le charme fou d’une voix douce, à peine audible…

Puis un jour, la dame au teint pourpre, passa,  toute courbée, tremblante, et pinça le nez… Pour mieux voir la fleur, la respirer…

Elle prit une grande inspiration , leva les yeux vers les nuages , puis s’affaissa sur la fleur.

La fleur étranglée, écrasée, se fondit au dernier respir de la dame.

En entendant le dernier soupir de celle-ci , la fleur eut le temps de penser que pour la première fois, l’amour l’avait fait aller en terre avant le froid des saisons.

Habituée, elle se laissant fondre au sol pour se protéger, se disant que les humains ne sont que des fleurs bien ignorantes des saisons.

Elle avait passé des années à lui parler. En silence, dans ses couleurs sonores, sa vie éphémère, et toutes ses morts qu’elle n’avait pas remarquée.

La beauté est un chant frileux où les silences permettent aux notes de vibrer.

***

Et la dame qui aimait les fleurs  se retrouva un jour sous terre.

Sur sa tombe, on répandit une symphonie de couleurs.

Sans savoir, sans trop  savoir, que ce qu’on sait vraiment est trop bien caché.

Gaëtan Pelletier

6 octobre 10

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