Hollande en Kanata

Le nom Canada provient du mot iroquois « kanata » (« village », « établissement » ou « terre »

. «Je souhaite que la France puisse continuer à mettre en valeur les immenses richesses du Nord-Ouest canadien, que ce soit dans les techniques d’exploitation, de transformation, d’acheminement des hydrocarbures ou que ce soit dans la construction d’infrastructures», a déclaré le chef de l’État, saluant «les entreprises françaises particulièrement bien placées» dans ce domaine, à l’instar de Total.  Le Figaro

Si ce n’était pas sérieux, on se tordrait de rire. M. Hollande s’en va en chambre délirer un discours au parfum de schizophrénie, fragmenté: il insiste sur le rôle du Canada dans la lutte contre le changement climatique – du réchauffé- et les intérêts économiques des sables bitumineux de l’Alberta. On entend les ovations manuelles – clap! clap!,  des paumes des paumés. (1) .

Beaver Club, (2)  version 21 e siècle: Le temps des bouffons (3) 

On se croirait dans le Beaver Club ( désolé, pas de version française) du club sélect de la bourgeoisie anglo-saxonne qui a épluché le castor du Canada – l’or poilé du temps de la conquête anglaise- pour arracher tout ce qu’on pouvait arracher de richesses au pays et se payer une fois par an un beau banquet.

On est au Québec en 1985. Chaque année, la bourgeoisie coloniale se rassemble au Queen Elizabeth Hotel pour le banquet du Beaver Club. Ici, pas de possédés, juste des possédants. A la table d’honneur, avec leur fausse barbe et leur chapeau en carton, les lieutenants gouverneurs des 10 provinces, des hommes d’affaires, des juges, des Indiens de centre d’achats, des rois nègres à peau blanche qui parlent bilingue. Comme au Ghana, on célèbre le vieux système d’exploitation britanique. Mais ici, c’est à l’endroit. Ici, les maîtres jouent le rôle des maîtres, les esclaves restent des esclaves. Chacun à sa place! Le temps des bouffons   ( Pierre Falardeau)

Le castor: le pétrole  vivant du Canada 

Le castor, on nous l’avait caché,  c’était le pétrole du XVIIIe siècle.

Si c’était encore à la mode, l’Otan viendrait nous protéger des méchants,  et Brigitte Bardot serait sûrement devenue une Jeanne d’Arc, morte, atomisée mystérieusement par la CIA. Bref, on lui aurait fait la peau…

Lorsque les premiers explorateurs européens se rendirent compte que le Canada n’était pas l’Orient regorgeant d’épices qu’ils recherchaient, les millions de castors qui s’y trouvaient devinrent le principal attrait commercial du pays. A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, la mode du jour était aux chapeaux confectionnés à partir de peaux de castor. C’est ainsi que la demande pour les fourrures de castor s’accrut à mesure que ces chapeaux devenaient de plus en plus populaires.

Le roi de France, Henri IV, vit dans la traite des fourrures l’occasion d’aller chercher les revenus dont il avait tant besoin et d’établir une colonie française en Amérique du Nord. Bientôt, les commerçants en fourrures anglais et français vendirent en Europe leurs peaux de castor vingt fois plus cher qu’ils ne les avaient payées.

La traite des fourrures était tellement un commerce lucratif, que la Compagnie de la Baie d’Hudson décida d’honorer le petit animal aux incisives proéminentes en l’incorporant dans ses armoiries en 1678. Sir William Alexander, à qui la Nouvelle-Écosse fut concédée en 1621, fut le premier à inclure le castor dans des armoiries. Patrimoine canadien

Le temps des bouffons, version mondialiste 

Il ne faut surtout pas se méprendre sur la blanchisserie moderne des politiciens serviles toujours représentants du nouveau club des investisseurs qui se régalent de la globalisation. Jadis, les vendeurs d’assurance faisaient du porte à porte. Maintenant, ils font du « pays à pays ». C’est la raison pour laquelle si vous remplacez un politicien par un autre, il n’y a pas de changement. La pauvreté planétaire amènent les migrants par la pauvreté que l’on a créée  en cultivant et étendant un poignée de riches, une poignée de compagnies tentaculaires, invisibles auxquelles nous sommes maintenant à la merci.

Seuls les riches peuvent se payer la démocratie…

Hollande en « passage étroit »  

Demain, je crois, Monsieur Hollande viendra visiter la ville de Québec (  Kébec étant un mot algonquin signifiant « là où le fleuve se rétrécit »). Il entendra – probablement sans trop comprendre- le langage bizarre que  Thierry Ardisson qualifiait de « langage du 17 e siècle » et aux saveurs de Provence d’un certain Duteil…

Et de l’Île d’Orléans jusqu’à la Contrescarpe
En écoutant chanter les gens de ce pays
On dirait que le vent s’est pris dans une harpe
Et qu’il a composé toute une symphonie

Eh! oui! C’est de la poésie… Mais l’Homme ne remplit pas sont réservoir d’auto de poésie. Au diable et aux Zaméricains la chaleur humaine!  Nous sommes aux prises avec des affairistes patentés.

Ce sont les québécois – les voyageurs (4)- , qui ont « développé »  le Canada,  de  force  et de misère,  pour endiguer par « hasard » l’avance des américains qui, vers le Nord, s’avançaient pour avaler l’Ouest Canadien. Bref, c’est ce que la France a abandonné ici, qui se sont débrouillés pour reconstruire une petite forteresse française du Québec jusqu’à la Louisiane. Vendue ensuite aux étasuniens…

La formule serait  de dire que c’est une « autre histoire ». Mais le contexte actuel cimente l’orientation suicidaire des pays appauvris par ses « propres » amis. Nous ne parlons pas de la France, mais des manipulations d’un pays de cowboys pour qui, maintenant, nous sommes les vaches.  En fait, tout pays est une vache à traire. Mais le système est si attrayant et la peur si  bien transmise que quoique nous vendions et ayons à offrir – Plan Nord, pétrole, fromages-, nous sommes tous « utiles » et naïvement fébriles dans les attentes.

Toute l’Histoire est celle de colonisations par avidité. Les territoires à avaler…

Le colonialisme « moderne » est une sorte de culture souterraine de « snipers élus ».

Toute rencontre protocolaire est maintenant une vente et achat.

De sorte que l’avidité rend visite à l’avidité.

Et nous sommes les castors… Tant qu’on sera assez poilus pour faire des chapeaux de  la race des affairistes, on aura de la valeur.   Sous le chapeau se trouve le cerveau….

À se demander si toute cette mascarade « moderne » n’est pas une forme de  cannibalisme-techno?

Évolution et progrès? Nous sommes dans une  « Une société au pas Moonwalk » (5) … Nous avançons à reculons…

Gaëtan Pelletier 

4 novembre 2014

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1- 1394 part. passépaumé «se dit du bois d’un cerf en forme d’une paume de main»

2- Beaver Club

3- Le temps des bouffons:  https://www.youtube.com/watch?v=0STEvvYZtY0 

4-  Les voyageurs étaient engagés par une compagnie de fourrure. Ils travaillaient donc pour cette compagnie. Le voyageur qui travaillait pour la Compagnie du Nord-Ouest (de Montréal) s’appelait le « Canadien ». Quant au voyageur qui travaillait pour la Compagnie de la Baie d’Hudson (de l’Angleterre), il s’appelait « Orkneyman ».

Les voyageurs étaient des canoteurs canadiens français qui passaient entre 14 -16 heures par jour à pagayer à bord de leur canot. Parfois ils devaient faire du portage quand c’était trop difficile de continuer sur la rivière. Pendant un portage, le voyageur devait transporter sur son dos deux ou trois paquets de 40 kilogrammes chacun. Sa journée de travail commençait à trois heures du matin et se terminait à neuf heures le soir. En moyenne, il parcourait 120 kilomètres par jour. Ces hommes étaient forts. Ils étaient d’ailleurs fiers de leur force et de leur endurance. Ils ne pouvaient pas faire ce travail toute leur vie. Vers l’âge de 40 ans, le voyageur prenait sa retraite. Voyageurs

5-  Dans ce mouvement de danse, le danseur se déplace à reculons tout en créant l’illusion par ses mouvements corporels qu’il est en train de marcher vers l’avant. Ce paradoxe visuel (individu marchant vers l’avant, mais se déplaçant en arrière) donne l’impression qu’il flotte. Wiki. ( La Vidure

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2 réponses à “Hollande en Kanata

  1. Cher Gaëtan, si vous permettez, votre texte me touche beaucoup, car il renforce certaines idées que j’avais sur le beau pays de nos « cousins ». Figurez vous que sans être jamais allé au Canada, j’ai entrepris il y a quelques années d’écrire un roman qui se déroule à Quebec, et aux alentours, en 1759, lors du siège qui devait entraîner à terme, la fin du lien qui nous unissait. L’un de mes héros trafique dans le castor…Et il y a une scène où l’on voit ses charmantes bêtes à l’oeuvre. Ce roman n’est pas fini. J’en ai terminé un autre depuis. J’ai beaucoup aimé votre évocation des « voyageurs » et celle de la succulence de votre langue…Peut être un de ces quatre, franchirai-je l’Atlantique. Ce sera par sympathie, pas comme Hollande et quelques sinistres cuistres. Là dessus nous sommes bien d’accord.
    Amitiés. Hervé.

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