MARIE-LUEUR

L’OEIL DE DIEU

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En ouvrant le journal ce matin, j’ai aperçu la photo de Marie-Ève. Je la vois encore à mes côtés, dans la classe, elle avec ses grands yeux fatigués, me dire qu’elle avait besoin d’aller aux toilettes.

– J’ai un cancer…

Je n’ai rien dit. J’ai dû faire une moue étrange. Elle a ajouté :

– Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas morte.

Non, mais je le sentais, je le savais, sans savoir pourquoi. 29 ans. Un beau brin de fille. Courageuse. Une belle âme. 21 grammes? On traîne du plomb quand on vit. On ne sait que dire à ceux qui vivent, que dire à ceux qui sont près de mourir. J’espérais pour elle…

La vie est faite de lumière qui arrivent et qui repartent.

Elle s’enferme dans des miroirs d’âmes, et vient un moment où les miroirs partent en voyage.

***

Je me suis levé ce matin et me suis précipité dans le potager.  Pour arracher les mauvaises herbes. C’est comme si on faisait ça toute sa vie : arracher les mauvaises herbes de son âme. À coups de pioche. En creusant, creusant… Mais rien n’est assez profond… Ou bien ça l’est trop.

Ce qui nourrit est parfois caché, enfoui.

J’ai fini par comprendre que posséder nous rendait esclave. Tous ces objets, ces gadgets que je possède sont des choses que je traîne. Je suis comme une voiture de jeunes mariés avec sa panoplie de canettes qui sonnent quand ils partent, qui s’entrechoquent sur l’asphalte.

Chère Marie-Ève, je vois encore tes yeux creux et noirs. Les yeux de quelqu’un dont la lumière s’en va peu à peu, grain à grain, couleur à couleur. Des yeux denses mais noyés dans la douleur. Des yeux entre ici et un «quelque part» inconnu…

Des iris, des fleurs, des beautés que l’univers sème ici et là et auxquelles nous nous attardons peu souvent.

C’est peut-être par toi que j’ai compris que s’il n’y avait pas la lumière des autres, la nôtre ne verrait rien.

Quand j’y pense, Marie et Ève… C’est comme le commencement d’un tout.

Il n’y a pas que les mères qui mettent les enfants au monde. Les enfants accouchent aussi d’adultes.

Et dans la douleur. Sauf qu’il faut des yeux pour le voir.

C’est comme ça que chaque être humains, même sans le savoir, met au monde l’Humanité entière.

Car tes yeux m’habitent encore.

Gaëtan Pelletier , 2011 

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7 réponses à “MARIE-LUEUR

  1. Toucahte cette histoire !

    J’y suis revenu, après un drôle de hasard. J’y ai ici, la première fois, cette photo de l’oeil de Dieu. Et ce matin,je me lève avec cette envie de parler des beaux yeux bleus d’une femme que j’avais en tête. J’écris mon article.

    Et après, je tombe sur un article qui parle d’athéisme. Je me retire. J’ai le goût de prier. Je cherche une image représentant Dieu dans Google, je tombe sur cette photo, avec une impression de déjà vu.

    Et ma foi, c’est beau et votre texte parle des yeux. Hum… cela fait ma journée.

  2. Mon Dieu excusez mes oublis. Je dois faire un début d’Alzheimer.

    J’y ai vu ici pour la première fois, cette image de l’oeil de Dieu.

  3. Bonjour Daniel,
    Il y a sur internet quelques sites de la Nasa et des images de l’Univers. Superbes! On se sent petits en regardant ça.
    C’est vrai que ça fait deux fois que j’utilise cette photo.
    Bonne journée.

    http://www.nasa.gov/topics/universe/index.html

  4. Quel beau texte c’est vrai que parfois de belles âmes s’en vont et l’on s’en aperçoit que trop tardivement .
    l’œil de Dieu, que la NASA appelle ainsi est ce une galaxie ou une super nova; Très bonne soirée Amitié

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