Archives quotidiennes : 31-octobre-2014

La moitié du monde est un œil

J’ai toujours vu des cieux dans des yeux… Parfois des enfers. C’est probablement la plus belle empreinte que nous  a laissé la Vie. Cette Vie dans laquelle on « cherche » dieu.

La plupart des enfants ont les plus beaux yeux du monde. C’est comme si la lumière, comme l’énergie, ils en avaient trop. C’est comme si en arrivant de quelque part ils ont un bagage lumineux que l’on perd en vieillissant.

C’est probablement le plus beau livre que l’on peut lire dans sa vie: l’histoire d’un moment… La petite planète-bille insérée dans son orbite. La palette irisée d’un peintre invisible parce qu’il en nous et que nous sommes des aveugles aux yeux de feu, éteints parfois par ladite culture des masses dans ces leitmotivs écrasants.

Des yeux Cendrillon

Quand ils s’endorment, ils se glissent une couverture de paupière toute légère. Ça les emmène dans des voyages fous, le cerveau part en voyage dans des rêves qui semblent désembrayés , délirants.  Au fond, ce doit être pour suppléer à ce cartésianisme quotidien, sorte de Sibérie de vie pour ceux-là qui ne sont pas fait pour l’engelure des quotidiens, mais bien simplement pour l’amour.

La poésie est une façon de rêver éveillé, de retracer, de sculpter la richesse et la créativité. C’est faire divaguer la beauté du monde pour remettre à l’endroit cette rectitude esclavagiste.

Le dortoir 

C’est bête à dire et à creuser: trop de ce régime soumis et cultivé au « bonheur » de l’avoir, à cette ère qui n’a qu’un seul mot pour vous rendre heureux – économie-, la vie devient un dortoir dans lequel la moitié du monde dort debout, ou ne sait plus rêver.

À voir la richesse de la Vie, des êtres, des océans, de l’immensitude de l’Univers, nous sommes maintenant amputés d’un côté, monovisionnaires, hachés du cerveau, et désâmés. 

C’est comme si nous étions dans un déluge quotidien de soucis cultivés quand tout va bien. L’occidental est soumis à toutes les pilules du »monde » pour se guérir de son anxiété de vivre ajoutée à celle de son destin fragile de naître sans vouloir mourir.

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Nous nous dirigeons vers un réchauffement de la planète mais dans une ère glaciaire d’humanisme. On est frigides… En racket (sic) sur une glace qui ne nous satisfait pas. En « neigés »… Flocons de chair apeurés de fondre un jour…

Je me dis que parfois on ressemble à ces animaux embarqués dans des barques de Noé: plus l’eau monte, plus on nous dit que le bateau est meilleur et plus grand. On dit que c’est le progrès.

La moitié du monde y croit. L’autre moitié croit y croître…

Il y a sans doute trop de yeux à l’intérieur de nous qui sont empoisonnés par notre cher mode de vie. Les riches et tout leur bataclan trompeur font de nous des cyclopes.  On peut bien donner la moitié de nos revenus à l’État. Mais l’État, pour l’avoir, est un sacré bon « crève-œil ». Il vous pirate la moitié de votre visage et la moitié du cerveau.

Gardez un œil, mais le bon…

Gaëtan Pellletier

2014

 

The Ronettes – Be My Baby – Stereo

Le chapelet du ciel

Aujourd’hui c’était triste. Comme si la Vie avait des larmes… Comme nous. Le ciel avait les yeux plissés, noirs, comme de gros sourcils sur le soleil. Comme nous, quand nous sommes fermés des yeux.

Après la pluie, j’ai fait la cueillette des framboises. Humides, avec des gouttelettes qui pendaient. Trop d’eau, un peu de pourritures sur les fruits. Comme nous, dans nos âmes, quand on cultive le noir et que l’humidité des yeux descend en vous.

Les gouttes?

Il faut être attentif. J’ai eu l’impression que c’était de minuscules soleils accrochés aux branchettes.

Quand les nuages sont là, qu’il cesse de pleuvoir, on a l’impression d’avoir les yeux fermés.

L’eau est une prière qui descend du ciel.

Et ces gouttelettes, des milliers de grains de chapelet.

Ce n’est pas de la tristesse… C’est le besoin de clore un peu cette exubérance des jours trop chauds qui assèchent le sol.

Pareil à nos corps…

Je l’ai pris comme un moment de replis. Un agenouillement de la lumière. Elle qui a tendance à darder, à brûler, à exciter.

Le temps est parfois un lit d’eau.

Un tout petit dormir. Une sieste dans la fureur de la luminosité éclatée.

***

On a les pieds mouillés, la tête mouillée, l’esprit flottant.

C’est la pluie.

C’est le temps de vous arroser un peu des étourderies et de la sécheresse.

En quoi sommes-nous différents de la terre?

En quoi sommes-nous différents du ciel?

Blâmer une goutte d’eau…

On a des universités dans l’âme, mais on ne sait plus étudier.

***

Oui, les framboises étaient bonnes… Et de temps en temps j’aime bien l’herbe mouillée et tout ces fluides éclatés sur le garage, les objets, la maison, les outils.

On dirait des micas mouvants…

Les yeux, c’est bien. Mais ceux de l’âme c’est encore mieux.

Celui ou celle qui choisit la beauté ne comprend pas trop la réelle et la nécessaire.

Comme l’eau et le sable.

L’homme et la femme.

L’air et la terre.

La pierre et le vent.

Il ne faut pas comprendre, il faut se laisser enseigner.

Le corps est un apprenant abruti.

Ouais!

Apprendre, ce serait « chercher »…

Faire l’amour à la Vie, c’est aussi se laisser trouver. Personne ne trouve. La révélation et dans le lien et l’écoute.

On ne fait pas l’amour à un…

© Gaëtan Pelletier

4 août 2011