Archives quotidiennes : 2-octobre-2014

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Émerveillement

acidafi:

nya-kin:

then & now

Her name is Safa Idriss Nour

I’m here for this

L’anecdotariat 2

casabet64:</p><br /><br /><br />
<p>Piero Fornasetti<br /><br /><br /><br />

CHAPITRE DE CRASSE INVISIBLE

Je travaillais les fins de semaine. Du vendredi soir au dimanche, alors que je quittais vers 1 heure du matin mon travail . Dans un resto…   Et le patron m’aimait. Je ne parlais jamais : je décrassais des chaudrons. Il aimait mon silence, mon sourire, mes rires à ses blagues grivoises,  et mon déguisement d’esclave. À travers la propreté des chaudrons. On ne peut pas faire de révolution en lavant des chaudrons. C’est ce que tout le monde pensait. Mais je savais que ce n’était pas le chaudron qui m’aiderait à faire une révolution. Mais le patron savait peu de choses de moi : il ignorait que je m’étais pratiqué à avoir des mouvements mécaniques, robotiques, que je décortiquais au ralenti comme dans les postures de yoga , au point de savoir nager de par l’esprit dans d’autres mondes tout en étant physiquement « rentable » pour la boîte. Il faut cesser d’attendre, de se laisser aller aux gestes répétitifs. On regarde ses doigts frotter, on écoute  l’eau du robinet couler puis, à force de pratique, on passe deux jours à sculpter son esprit rien qu’en dégraissant les chaudrons.  C’était un oncle qui m’avait appris la longueur du temps, sa qualité et, surtout, à ne pas se laisser infiltrer par tout ce qui saccade et rend nerveux.  Au bout de trois ans, je maniais l’art de décrasser les chaudrons avec une acuité surprenante : je voyais les bulles gonfler, les gouttes se projeter dans l’air, éclabousser le comptoir. J’ai fait des bruits environnants bien des musiques, des odeurs de petites symphonies nasales. J’ai fini par aimer ce travail et même à m’y reposer pendant  le grand chahut des cuisines, des autres travailleurs en train de crever de stress qui sortaient du restaurant comme après une bonne guerre.

Le reste de la semaine, je me promenais en bus à travers le  Québec. Parfois en stop.  Un sac à dos, rien qu’un sac à dos rempli de livres, de fruits secs et de quelques bouteilles d’eau.  J’ai vu les champs de blé, les champs jaunes, des champs fauchés comme moi,  et j’ai goûté à tous les vents comme si c’était les dernières bouffées d’air que « dieu » m’envoyait. J’aimais les bouffées d’air comme si la vie emballait ses cadeaux et me les giflait  ensuite. J’étais giflé de cadeaux. Noël! Sans attentes, on reçoit tout. Je me disais que j’avais un jour devant moi. Et je m’arrangeais qu’il soit une éternité dans une sorte de contemplation que j’avais appris en marchant, en comptant chaque pas, en laissant mes yeux traîner sur les nuages et sur les gens. Mon cerveau n’avait rien de différent des chaudrons du restaurant: Pendant longtemps, la crasse de la propagande, des pubs, des vendeurs d’autos, des Ipadophiles, m’avait collé au fond de l’esprit. Je suis sorti de cinq ans de travail dans une école pour me rendre compte que l’école était devenue une machine à tricoter des citoyens dociles. Dociles, mais surtout bien sculptés à toutes les petites religions qui traînent. Surtout celle de l’avoir.  Mon numéro d’assurance sociale était le 254-619-876. Les nazis marquaient les juifs. Avec mon NAS, j’étais marqué à jamais du contrat avec l’État canadien. Ce qui fait un peu bétail. Mais bon, on ne peut pas être à la fois le chef du cheptel et la vache à lait monétaire. Nous finissons presque tous par n’être que le chiffre des mégalomanes aveugles.

 © Gaëtan Pelletier, 2014

BOUQUET D’IRIS

On est devenus fleurs de lumière
Dans ce jardin rond de la Terre
Deux miroirs se mirant
Polis des ans et des ans

Ton oeil est une lettre d’amour
Que je lis et relis, à fleur d’iris
Tu écris en bleu, moi en vers
Les tendres bouquets de nos délices

Tous les sons au bout de mes doigts
Jouent les airs de blandices
Au chant du chœur de nos voix
Nous frissonnent et toujours nous ravissent

Ton œil est une lettre d’amour
Que je lis et relis, à fleur d’iris
Tu écris en bleu, moi en vers
Les tendres bouquets de nos délices

On se rêve la nuit, corps et âmes alanguis
Nos respirs enlacés continuent de tresser
Le tissu des amours qui nous a grandis
Au fil des jours, linon d’ éternité

Ton œil est une lettre d’amour
Comme le mystère des fleurs

Gaëtan Pelletier
Septembre 2002

La merde des Einstein

Image: source

Je suis en sécurité…

J’ai trois hôpitaux dans ma région, mais beaucoup de ceux qui y travaillent sont en burn-out. Bref, ils sont malades.

J’ai 42,000$ en banque, mais je n’ai pas un lopin de terre au cas où le système flancherait. J’ai pas de quoi faire pousser une tomate, même en bac.

J’ai une pharmacie qui me vend 300 sortes de pilules pour me guérir de celles qui me rendent malade.

Je suis en sécurité…

L’avenir est prometteur, c’est un politicien qui me l’a affirmé.

Les légumes que je mange  font en moyenne 2500 km pour arriver ici. Si les trains flanquent, ou les avions, je meure de faim, mon terrain n’étant pas assez grand pour y planter une fleur. Je mangerais toutefois des tomates….

Je suis en sécurité…

Je peux voter x et y sera élu. Si 300 y valent mieux que 30 millions de x, les y  botoxés à l’argent me font craindre le pire.

Mais je suis en sécurité…

Car si je veux faire une marche contre la sécurité qui me trouille, il y a 3000 policiers pour 300 manifestants.

Au moins, je suis en sécurité…

Je suis en sécurité car la planète est gérée par le FMI, l’OTAN, L’ONU avec comme dirigeants des gens qui fument le calumet de la paix avec des pipes.

Je suis en sécurité parce que l’usine qui fabriquait de « de la fourniture pour nos hôpitaux » est déménagée dans un pays où on risque de faire un printemps avant l’hiver en vendant des seringues et leur contenu à tous les coins de rue.

Je suis en sécurité…

Dans un pays où les gens sont tellement riches qu’ils réussissent à fabriquer plus de pauvres à la minute que le FMI.

Je suis en sécurité parce que mes vrais amis sont tellement loin, et parfois sur Facebook, que je ne sais si un jour je pourrai les embrasser et les aimer dans le réel.

Je suis en sécurité parce que Fukushima c’est tellement loin que mes champignons ne seront jamais atomiques.

Je suis en sécurité, car c’est la presse qui me le dit.

Je suis en sécurité depuis que Ben Laden est mort. Ouf! Avant, je ne savais pas que j’étais en sécurité.

Je suis en sécurité parce que la Grèce est en faillite, mais pas le Canada.

Je suis en sécurité parce qu’il y a un poste d’essence pas loin de chez moi. Pour m’y rendre, ça me coûte le prix d’un voyage entre Saint-Louis-du-Ha!Ha! et Cabano dans les années cinquante.

50 mètres.

Je suis en sécurité parce que les abeilles travaillent pour nous : elles  butinent 2 millions de fleurs pour fabriquer un demi-kilo de miel.

Je suis en sécurité parce que je pense qu’il doit y avoir quelqu’un dans le monde qui a compris que si je n’ai pas l’espace pour planter une fleur, les abeilles ne pourront pas produire de miel. À moins que – comme l’usine – ils décident d’aller produire ailleurs.

Je suis en sécurité parce qu’il y a autant d’administrateurs dans le système de santé que de travailleurs.

Je suis en sécurité parce que plus il y a de diplômés plus on est en sécurité.

C’est un post-doctorisé qui me l’a dit.

Je suis en sécurité parce que je vis dans un système démocratique : tu as le droit d’être riche à condition d’avoir la recette pour utiliser 2 millions de pauvre pour en faire un demi-kilo d’argent.

Je suis en sécurité parce que 25 millions de sites WordPress sont intéressants, même si je ne vais pas tous les lire… J’ai pas le temps.

Je suis  en sécurité quand je passe en campagne en me plaignant du parfum horrible  de la merde qu’on étend. Je me dis qu’il y a encore des abeilles qui travaillent pour nous.

Je me sens moins en sécurité quand je vois des PHD et administrateurs ne pas comprendre le sens et l’utilité de la merde dans les champs, ni des abeilles.

J’ai commencé à me sentir moins en sécurité quand j’ai vu qu’une mouche à cravate dans une tour de luxe pouvait décider ce qu’est une abeille et un cultivateur.

C’est pour ça que j’écris sur WordPress. Je me dis que 25 millions de crétins doivent bien finir par faire un demi-kilo de bon sens.

Mais il y a le tueur de fleurs dans sa tour à bureau qui me fatigue. Il fabrique son purin avec des feuilles glacées.

Si un jour lui venait l’idée de faire pousser une marguerite pour alimenter ou  pour faire travailler les abeilles au lieu de signer des documents, peut-être qu’il comprendrait.

Mange tes feuilles!

Je me suis gouré moi aussi : j’ai longtemps pensé qu’en cultivant des Einstein on finirait par avoir un monde qui ne dérape pas trop dans le temps.

Mais non, c’est dans l’espace que ça se passe…

Gaëtan Pelletier