Le sauvage central

C’est amusant comme l’homme tend toujours à vouloir s’éloigner et se distinguer du règne animal… Alors qu’en réalité il n’y a pas plus animal que l’homme, et, que plus les temps évoluent et s’écoulent, plus son comportement rappelle ses origines… Ce qui n’est guère flatteur d’ailleurs pour les autres animaux, aux agissements autrement plus nobles, qui ne méritent assurément pas qu’on leur rappelle cette trop proche et peu glorieuse parenté !…

L’homme est la seule engeance qui s’autodétruit… Les massacres perpétrés par ce dernier n’ont pas d’exemple dans le règne vivant… Il signe cette originalité absolue… Une seule espèce, sur le milliard de celles que la vie a inventées depuis ses origines sur la terre, est capable de perpétrer des exterminations systématiques contre elle-même : Homo sapiens !…

Quelle manie de vouloir continuellement nier notre animalité alors qu’on devrait plutôt s’en inspirer pour retrouver un peu de la noblesse et de la magnificence originelle de notre évolution au lieu de tendre méthodiquement et en permanence vers l’ethnocide… Conscients que nous devrions être toujours de l’état crucial et cruel de notre extrême fragilité… Notre différence avec les animaux tient dans l’épaisseur de la matière grise (cortex et néocortex) que l’évolution a ajoutée à notre cerveau reptilien…

Nous ne sommes en fait qu’un simple incident de parcours dans le cycle de l’évolution… Nous ne servons strictement à rien et ne sommes d’aucune utilité dans cet univers en expansion… Donc il est certain que si nous nous obstinons un peu trop longtemps encore à malmener la nature et l’univers… Eux ne tarderont pas à rectifier le tir concernant l’aberration que nous représentons urbi et orbi… Ce mythe du progrès qu’évoque Stephen Jay Gould dans « l’Éventail du vivant« , où il s’efforce de proposer une interprétation définissant le statut de l’humain dans l’histoire de l’univers pour constater qu’en fait l’être humain ne bénéficie d’aucun statut privilégié et ne constitue en rien l’apogée de l’évolution !… Surtout lorsque l’on sait que de tout temps les bactéries ont été la forme dominante de la vie !…

Nous vivons simplement une aventure merveilleuse au sein de l’histoire de la diversité organique de notre planète…

Même le regretté Théodore Monod, pourtant tellement enclin par excès de compassion à absoudre le pire, déplorait sans cesse l’absurdité et l’égoïsme des comportements si caractéristiques de notre espèce… « – Quand deux bandes de chimpanzés s’affrontent », disait-il,« on dénombre tout au plus un ou deux morts alors que la Seconde Guerre mondiale et le Goulag ont fait des dizaines de millions de morts ! »… Voulez-vous posément ensuite, à l’aune de ce constat et de bien d’autres si l’on s’y attarde et multiplie les exemples, m’expliquer à nouveau, l’avantage, la primauté, la prééminence de l’esprit et de la conscience de notre espèce sur le règne animal ?… Si ce n’est la domination, l’ascendant, l’omnipotence, l’orgueil, l’arrogance, mais assurément pas l’excellence ni le mérite !…

François Terrasson va encore plus loin en intitulant carrément l’un de ses ouvrages « La civilisation anti-nature » pour parler de notre espèce !… Et j’hésite à vous nommer exhaustivement Yves Paccalet et son récent pamphlet « L’humanité disparaîtra, bon débarras !« … Tant il y a d’auteurs, de philosophes, de sociologues et autres réflexifs qui se sont penchés sur l’état de la conscience du pire prédateur que la planète ait porté et réchauffé en son sein…

En cet incertain début de vingt et unième siècle la barbarie se perpétue et s’épanouit déjà au-delà des limites du siècle précédent pourtant particulièrement bien abondé en cette redondante spécificité humaine… Décidément les mystères de l’acide désoxyribonucléique demeureront à jamais impénétrables… Voici l’Homme, Prince de la Terre, Monarque régnant sur la création, Roi de la prédation et surtout… Empereur des cons…

Véritable fantasme de l’espace temps, débarqué par hasard dans un rêve universel qu’il s’est plu à transformer aussitôt en cauchemar éphémère plutôt que de vivre éveillé les splendeurs étincelantes de sa très fugace et fulgurante durée…

Michel Berthelot le 15 septembre 06

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3 réponses à “Le sauvage central

  1. A reblogué ceci sur raimanetet a ajouté:
    chez les humains rien ne change vraiment … les animaux eux s’ adaptent !

    • Et ils trouvent les bêtes …bêtes! Je pense qu’ils se dénaturent à coups de miroirs technologiques – ou d’organisations « mondiales » – qui leur fait croire qu’ils sont vraiment, mais vraiment « intelligents ».
      C’est la différence entre être bête et stupide 🙂
      On n’en sortira pas…
      Bonne journée!

  2. Bonjour Gaëtan,
    Ça fait très plaisir de se lire chez vous !… 2006, bon sang, ça me rajeunit pas !… C’est vraiment triste de constater à quel point ces élucubrations sont hélas toujours d’actualité… Bonne journée à Vous, Michel Berthelot

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