La prière des framboises

Ce matin, dans le jardin, en buvant mon café, dansaient déjà les abeilles qui butinaient comme des dieux de fleur à en fleur. Un petit vent frais rythmait les feuilles dansantes…

et là… Ma compagne de Vie, en train de cueillir des framboises. Elle est venue vers moi, portant la moitié d’un panier de framboises.

– Tu cueilles des framboises?

– Oui, Tu vas trouver ça dingue… J’ai l’impression de prier.

Henriette  aussi avait son chapelet noir, qu’elle égrenait de temps en temps… Mais voilà que ma compagne avait trouvé ces petits grains de  chapelets pourpres, pleins de vie, que l’on égrène en les cueillant.

Ce qu’il faut aux humains pour comprendre, c’est tout simplement d’être émerveillé. On a ça dans l’âme en naissant… On a ça dans la débonnaireté à la souche de son être. Qui donc sait les vies antérieures? Qui donc connaît la petite part de lumière en nous capable de s’associer à tous les lumignons des sols, des abeilles, des plantes dites indésirables? Personne ne se vante d’être en amour avec ce qui EST l’amour. Puisque tout est lié, notre « séparation » avec la Vie est déliée de par la pauvreté de nos chairs.

« Comprendre » ne peut pas être lié à des analyses. Comprendre ne peut jamais être une dissection du vivant. Comprendre est ne pas avoir à exprimer ce que l’on est puis que nous sommes TOUT ce qui est.

Il m’est venu un vieux souvenir de mes études: disséquer des crapauds dans le laboratoire… J’ai compris plus tard que la dissection des crapauds permettait de comprendre la mécanique du vivant des crapauds, mais elle n’a jamais permis de comprendre la vie des crapauds ni, surtout, tout l’environnement et rapports des crapauds avec le tigre de Sibérie ou la libellule qui volait au dessus de l’étang. 

Le soleil se levait lentement à l’Est, sur une montagne, puis éclaboussait tout le vivant, plantes, animaux, moustiques, eau, arbres, humains.

Ce qui unissait tout cela, c’était la lumière. Le soleil ne juge pas le ver de terre qui travaille les sols, les enrichit, se nourrit – indirectement- de la lumière du soleil, de la chaleur, des pluies.

Un petit air doux passa, tout doux, passa, effleurant une joue, une feuille, une abeille…

Quand tu jettes un peu d’eau sur un feuillage, personne ne l’entend dire « merci ». Il vous parle en vous nourrissant. Les Homme, eux, pensent qu’en parlant on nourrit.

Aimer, dans toutes les formes de différences, est sans doute le plus bel acte que puisse accomplir l’être humain.

Si l’on peut prier avec un petit panier de framboises, nous avons un énorme problème: celui de ne pas prier avec cette  multitude de fruits que sont les humains, eux aussi, soumis à l’eau, à l’air, au soleil, à la terre. Eux aussi… Oui.. Et les « eux » sont les autres.

Nous vivons comme si le grain du chapelet ne faisait pas partie du chapelet.

Et plus nous nous éloignons du vivant, plus nous nous éloignons les uns les autres.

On dirait que le progrès, dans son format techno, nous assassine et nous défibre.

Oui, il nous défibre dans ce qu’on a de vivant et de vrai. De réel également…

Nous sommes égarés les uns des autres. Certains disent que c’est de la haine. En fait, c’est une ignorance cultivée que de vivre dans un format éteignoir…

La société est ce petit chapeau que l’on met sur les chandelles pour les éteindre…

Chapeau!

Gaëtan Pelletier

19 juillet, 2014, à l’apparition des premières framboises…

 

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