Nous sommes des imbéciles instruits

 

LE PERROQUET

C’est un autre.

Un marin bègue l’avait donné à la vieille femme qui l’a vendu. Il est sur le palier près de la lucarne, là où s’emmêle au noir la brume sale du jour couleur de venelles.

D’un double cri, il te salue, Crusoé, quand, remontant des fosses de la cour, tu pousses la porte du couloir et élèves devant toi l’astre précaire de ta lampe… Source: images et citations

 

Les autres font ce qu’ils veulent de tes mots, tandis que tes silences les affolent. Tiens ta langue et ils se mettront en huit pour essayer de piger ce que tu ne dis pas.

San Antonio

***

Le quidam, cet être le plus souvent pur, fait confiance à tout le monde. C’est dans sa nature d’être bon. Il est naïf comme un porc vivant dans un abattoir de luxe. Avec ses gadgets électroniques, ses jouets, le corps trempé dans une masse d’ondes inconnues, supposément sans danger.

Notre nature –même si nous ne pouvons en désigner les effets, avec nos « puissant cerveaux » – est dans les arbres, les feuilles, le vent, la pluie, la chaleur, le froid, les émanations des fleurs, le bruit des abeilles, les rivières qui mangent les bords de rivières pour aller à la mer,   les grillon – ces somnifères des soirées d’été – , les effluves du bord des océans, les perles de pluies qui lèchent les feuilles , la pierre qui affûte les couteaux , l’aridité des déserts, les engelures des pôles, les crevasses, les craquelures de toutes les ères passées, les toiles déroutants  de l’Univers – ses coloris ramassés, fondus, éclaboussés, ses galaxies. Tout, de l’insecte microscopique jusqu’aux fin fonds de cet infini cachotier, tout nous a construit.

Nous sommes le vivant de toutes les morts passées, de tout le présent qui s’agite et qui nous nourrit d’ondes séantes à nos êtres…

Nous vivons maintenant dans une ère de cimetière.

La montée exponentielle de l’écriture, la naïveté de la « connaissance » mise-en-boîte nous a cloués sur une croix.

Et quand l’Homme a créé l’école, avec tout ce qu’elle a de trop stagnante, enchaînée dans des administrations pulvérulentes, elle a stoppé la connaissance réelle, la Vie, troquée pour une masse de savoirs confondue au savoir qui imbibe. Le savoir  coule sur les peaux des humains.

Surface.

On a enfermé les humains dans des camps de concentration : écoles, universités, livres.

Ces livres qui n’étaient qu’un moyen sont devenus que trop souvent une fin.

Dans la vente de savoirs contrôlés, figés, on a fini par contrôler la masse de « vivants » pour en construire une de morte qui sert de nourriture à une élite dont les buts sont abscons.

Satan n’est pas un personnage, c’est une porte fermée sur l’entièreté du miracle qui nous est envoyé en miettes, de façon invisible.

C’est ainsi que le savoir – dit spécialité – s’est encagé.

Et de là le grand zoo des sociétés.

De livres en livres, de cagettes en cagettes, toute l’instrumentation infernale et divisée nous a menés à la fermeture de la totalité de la connaissance nourrissante.

Le but inavoué et caché est la chamaille continuelle et « assassinante ».

Guerres des masses.

Guerres des différences.

Guerres des « vérités ».

Guerres des unités que nous sommes.

On a nourri l’égo, ce lion affamé de l’âme, pour faire de ce « nous » des divisibles qui avalent du savoir et s’en servent pour allaiter un  nombril.

Oui, tout ce laqué dont on nous barbouille fait de nous des miroirs parfois tristes.

Étrangement, cette apparente réussite des sociétés par l’émoustillement et l’exacerbation des ego aurait dû conduire à une prospérité réelle des êtres humains.

Or, la prospérité matérielle, elle aussi apercevable est en train de disparaître.

Il ne reste que le décor qui alimente ceux qui ont les moyens de faire du monde une pièce de théâtre avec des acteurs en souffrance.

Reste qu’ils peuvent de moins en moins sortir de leur rôle…

On leur a appris à jouer pour construire un monde meilleur.

Un esclave instruit n’en sait pas plus qu’un sauvage prétendument ignorant.

Au moins, il est libre…

 

 

LE LIVRE

… alors, ouvrant le Livre,

tu promenais un doigt usé entre les prophéties, puis le regard fixé au large, tu attendais l’instant du départ, le lever du grand vent qui te descellerait d’un coup, comme un typhon, divisant les nuées devant l’attente de tes yeux.

Quo vadis, Robinson ?

 

 

 

 

Gaëtan Pelletier

11 mars 2012

 

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