Archives quotidiennes : 14-juin-2014

L’impossibilité de la croissance, par @georgemonbiot

Les trois grandes pyramides de Gizeh sont les nécropoles des pharaons Khéops, Khéphren et Mykérinos. Le fils de Mykérinos a déserté les lieux, probablement en raison de l'exposition de la ville administrative aux déluges. © Ricardo Liberato, cc by sa 2.0

C’est simple. Si nous ne parvenons pas à changer de système économique, nous sommes foutus.

Par George Monbiot, publié dans le Guardian le 28 mai 2014

Billet poliment emprunté et gracieusement traduit de l’anglais par @sknob

Imaginons qu’en 3030 avant J.-C, le total des richesses du peuple d’Égypte tenait dans un mètre cube. Et imaginons que ces richesses aient augmenté de 4,5 % par an. Quelle serait la taille du pactole arrivé à la bataille d’Actium en 30 av. J.-C ? Voici le calcul effectué par le banquier d’affaires Jeremy Grantham.

Allez-y, devinez. Dix fois la taille des pyramides ? Tout le sable du Sahara ? L’Océan Atlantique ? Le volume de la planète ? Un peu plus ? C’est 2,5 milliards de milliards de systèmes solaires. Il ne faut pas contempler ce résultat bien longtemps pour parvenir à la conclusion paradoxale que notre salut dépend de notre effondrement.

Réussir est l’assurance de notre destruction. Échouer est l’assurance de notre destruction. Voici le piège que nous nous sommes tendu. Ignorez si ça vous chante le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’épuisement de l’eau, des sols, des minéraux, du pétrole ; même si ces problèmes s’évanouissaient d’un coup de baguette magique, l’arithmétique de la croissance composée prouve qu’il est impossible de continuer comme ça.

La croissance économique est une émanation de l’exploitation des combustibles fossiles. Avant que l’on se mette à extraire de vastes quantités de charbon, chaque pic de production industrielle était compensé par une chute de la production agricole, car la puissance en charbon de bois ou en chevaux exigée par l’industrie réduisait les terres cultivables disponibles. Chacune de ces anciennes révolutions industrielles s’est effondrée, car leur croissance n’était pas soutenable. Mais le charbon a brisé ce cycle en permettant – pour quelques centaines d’années – le phénomène que nous appelons aujourd’hui la croissance soutenue.

Ce n’est ni le capitalisme, ni le communisme qui ont rendu possible les progrès et les pathologies (guerres mondiales, concentration sans précédent des richesses, destruction de la planète) de l’ère moderne. C’est le charbon, suivi du pétrole et du gaz. La méta-tendance, le récit principal, c’est l’expansion dopée au carbone. Nos idéologies ne sont que de simples péripéties secondaires. Mais maintenant que les réserves les plus accessibles sont épuisées, nous devons ravager les coins plus reculés de la planète pour préserver notre proposition intenable.

Vendredi dernier, quelques jours après que des scientifiques aient annoncé que l’effondrement de la calotte glacière de l’Antarctique de l’Ouest était désormais inéluctable, le gouvernement de l’Équateur a donné son feu vert aux forages pétroliers dans le parc national de Yasuni. Il avait fait une proposition aux autres gouvernements : s’ils contribuaient la moitié de la valeur du gisement dans cette partie du parc, on le laisserait reposer sous terre. On peut voir ça comme du chantage, ou comme du commerce équitable. L’Équateur est un pays pauvre, riche en gisements pétroliers : pourquoi les laisser inexploités sans compensation, a fait valoir son gouvernement, alors que tout le monde creuse jusqu’au premier cercle de l’enfer ? Il a demandé $3,6 milliards, et il a obtenu $13 millions. Le résultat, c’est quePetroamazonas, une société avec de drôles d’antécédents en matière de destruction et de marées noires, va pouvoir pénétrer l’une des zones les plus riches en biodiversité de la planète, où selon certains, chaque hectare de forêt vierge contient plus d’espèces que toute l’Amérique du Nord.

La société pétrolière britannique Soco espère pour sa part pénétrer le plus ancien parc national d’Afrique, Virunga, en République démocratique du Congo ; l’un des derniers bastions du gorille des montagnes et de l’okapi, des chimpanzés et des éléphants des forêts. En Angleterre, où 4,4 milliards de barils de gaz de schiste potentiels viennent d’être identifiés dans le sud-est, le gouvernement rêve de transformer les banlieues arborées en un nouveau delta du Niger. Pour y parvenir, il modifie le droit régissant la violation de propriétépour permettre les forages sans consentement préalable, et il graisse généreusement la patte des résidents. Ces nouvelles réserves ne règlent rien. Elles ne réduisent pas notre appétit pour ces ressources, elles l’exacerbent.

La trajectoire du taux de croissance indique que le saccage de la planète ne fait que commencer. Avec l’expansion de l’économie mondiale, chaque endroit qui abrite des éléments concentrés, inhabituels ou précieux sera débusqué et exploité, ses ressources extraites et dispersées, réduisant les merveilles du monde si diverses et variées en un tapis de gravats uniformément gris.

Certains essaient de résoudre cette équation impossible en invoquant le mythe de la dématérialisation : l’affirmation selon laquelle l’optimisation des processus et la miniaturisation des gadgets feraient qu’au total, nous utiliserions moins de matériaux. Il n’y a aucune indication que ça soit le cas.La production de minerai de fer a augmenté de 180 % en dix ans. L’organisation professionnelle Forest Industries nous dit que « la consommation mondiale de papier a atteint un niveau record et va continuer à croître ». Si nous ne parvenons pas à réduire notre consommation de papier à l’ère du numérique, quel espoir y a-t-il pour d’autres produits de base ?

Observez le train de vie des super-riches, qui donnent le la de la consommation mondiale. Leurs yachts rétrécissent-ils ? Leurs demeures ? Leurs œuvres d’art ? Leurs achats de bois précieux, de poissons ou de pierres rares ? Ceux qui en ont les moyens achètent des maisons de plus en plus grandes pour y stocker des quantités croissantes de possessions dont ils n’auront jamais le loisir de profiter avant leur mort. Imperceptiblement, une proportion croissante de la surface du globe sert à extraire, fabriquer et stocker des choses dont nous n’avons pas besoin. Ce n’est peut-être pas si surprenant que les rêves de colonisation de l’espace — qui nous permettrait d’exporter nos problèmes au lieu de les résoudre — refont surface.

Comme le souligne le philosophe Michael Rowan, les conséquences inévitables de la croissance composée signifient qu’en projetant la prévision de taux de croissance mondial de 2014 (3,1 %), même si nous parvenions à réduire notre consommation de matières premières de 90 %, nous ne repousserions l’inévitable que de 75 ans. L’efficacité ne résout rien tant que la croissance se poursuit.

L’échec incontournable d’une société bâtie sur la croissance et sa destruction des organismes vivants de la Terre sont les fondements accablants de notre existence. Dès lors, ils ne sont mentionnés pratiquement nulle part. Ils constituent le grand tabou du XXIe siècle, les sujets qui n’ont de cesse d’agacer vos amis et vos voisins. Nous vivons comme si nous étions prisonniers du supplément dominical de nos journaux : obsédés par la célébrité, la mode et par les trois pénibles piliers des conversations des classes moyennes : les recettes, les travaux de décoration et les lieux de villégiature. Tout sauf le sujet qui exige notre attention.

Le défonçage de portes ouvertes, le résultat de calculs élémentaires sont traités comme autant de distractions aussi ésotériques que déplacées, tandis que la proposition intenable qui régit nos vies paraît si rationnelle, normale et banale à nos yeux qu’elle n’est même pas digne d’être mentionnée. C’est d’ailleurs à cela que l’on mesure la gravité du problème : à notre incapacité ne serait-ce que d’en débattre.

http://babordages.fr/limpossibilite-de-la-croissance-par-georgemonbiot/

Chat-bière

 

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Pouvoir, profit et esclavage

Estimated four million migrants work in Thailand. Many are vulnerable to forced labour. Burmese fisherman ©Brian Harris Anti-Slavery International 

Le coût de la chair de crevettes… en chair humaine 

The Guardian a fait un hit la semaine dernière – bravo pour la dénonciation! Voyez la vidéo et décidez si vous achèterez quand même des «couronnes de crevettes». Si cela ne vous convainc pas, voyez de quoi sont nourries ces crevettes d’élevage.

Slaves forced to work for no pay for years at a time under threat of extreme violence are being used in Asia in the production of seafood sold by major US, British and other European retailers, the Guardian can reveal.
       A six-month investigation has established that large numbers of men bought and sold like animals and held against their will on fishing boats off Thailand are integral to the production of prawns (commonly called shrimp in the US) sold in leading supermarkets around the world, including the top four global retailers: Walmart, Carrefour, Costco and Tesco. 

http://www.theguardian.com/global-development/2014/jun/10/supermarket-prawns-thailand-produced-slave-labour

 

Ce que vous pouvez faire si vous êtes incapable de vous en priver :

http://www.theguardian.com/global-development/2014/jun/10/how-buy-slavery-free-prawns

Bien sûr, ce n’est pas la seule industrie qui s’adonne au trafic d’esclaves. Tout ce que nous consommons (en particulier ce qui provient des pays émergeants) est produit sur le dos d’esclaves (enfants/adultes), et c’est loin d’être un euphémisme. 

L’ESCLAVAGE, UN FLÉAU AUX MILLE VISAGES 

Ils ne sont plus entassés au fond d’une cale pour être vendus sur un autre continent. Mais ils n’ont pas disparu. Au contraire, il y a aujourd’hui 30 millions d’esclaves dans le monde. Comment cette pratique officiellement abolie depuis des lustres peut-elle être toujours aussi répandue? La réponse n’est pas simple. Nous l’avons cherchée en Inde, en Mauritanie et au Népal, «trois pays qui se classent aux premiers rangs des nations esclavagistes de la planète».

Un homme réduit à l’esclavage pour rembourser ses dettes en Asie. Un enfant né pour servir son maître en Afrique. Une adolescente forcée de se prostituer dans un condo près de chez vous. L’esclavage moderne prend différentes formes selon les régions du monde. …

La servitude pour dettes 

Un recruteur débarque en camion dans un village pauvre et offre une somme d’argent aux habitants. En échange, ces derniers devront travailler dans une mine, une usine, un atelier. Pour ces villageois pauvres, l’offre est difficile à refuser. Alors, ils s’embarquent à l’arrière du camion, et partent pour une vie d’esclavage. Trompés, mal payés, ils n’arriveront pas à éponger leurs dettes, même en s’éreintant pendant des années. C’est la forme d’esclavage la plus commune, qui touche au moins 20 millions de personnes, surtout en Asie.

L’esclavage héréditaire 

Ils sont nés esclaves et mourront esclaves, comme leurs parents. L’esclavage héréditaire semble tout droit sorti d’un autre âge. Pourtant, il subsiste dans de rares pays: la Mauritanie, le Niger, le Soudan. Là-bas, les esclaves n’ont aucun droit: ni sur leurs propres enfants, ni sur la propriété, ni sur l’héritage. Au contraire, les esclaves font eux-mêmes partie de l’héritage de leur maître. À la mort de ce dernier, ils seront répartis entre les membres de sa famille, au même titre que ses têtes de bétail.

La traite de personnes 

Des Roumaines forcées de se prostituer à Montréal. Des enfants enlevés ou achetés par des réseaux criminels en Asie du Sud-Est. La traite de personnes, c’est le lucratif commerce d’êtres humains, souvent à des fins d’exploitation sexuelle. Au Québec, on s’imagine des migrants enchaînés au fond d’une cale de navire. La réalité, c’est que neuf victimes de traite sur dix sont québécoises. C’est la fille d’à côté, piégée, puis asservie par un profiteur sans scrupules.

Le travail forcé 

On les trouve partout, des champs de cacao d’Afrique jusqu’aux champs de courses de chameau des pays du Golfe. Recrutés illégalement, ils sont forcés à accomplir de pénibles corvées dans des conditions dangereuses. On les prive d’identité, on les enferme, on les menace et on les maltraite. Ils forment ainsi une main-d’oeuvre docile, malléable à souhait. D’autant plus qu’ils sont, pour la plupart, des enfants.

Le mariage forcé 

Partout dans le monde, des femmes et des jeunes filles se soumettent à leur mariage sans y consentir. Elles vivent ensuite dans un état de servitude permanente, forcées d’accomplir les travaux domestiques à la maison ou les corvées agricoles aux champs. La plupart des victimes habitent des pays conservateurs, comme le Pakistan ou l’Afghanistan. Mais le phénomène s’observe dans les communautés immigrantes au Canada. Dans un bungalow près de chez vous.

Source:
Anti-Slavery Internationalhttp://www.antislavery.org/english/what_we_do/programme_and_advocacy_work/thailand_project_issara/default.aspx

via Isabelle Hachey, dossier esclaves (La Presse)
http://www.lapresse.ca/international/dossiers/esclaves-des-temps-modernes/?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_175ba3articleIsInDossier_ba3_4730506_article_POS1

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Citaquote du jour : 

Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l’esprit humain en morceaux. 
~ George Orwell, 1984

Tout pouvoir est un pouvoir de vie ou de mort. 
~ Michel Foucault

Les pires tyrans sont ceux qui savent se faire aimer. 
~ Spinoza

Les limites de la tyrannie sont celles que tolère la patience de ceux qu’elle opprime. 
~ F. Douglass

Un tyran dont on n’a plus peur est un tyran vaincu.

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