Archives quotidiennes : 24-janvier-2014

Nuls en écriture, nuls en sciences, nuls en maths… Nos enfants sont-ils des cancres ?

Carlos Perez

Dans le cadre scolaire actuel, la santé d’un enfant n’est prise en compte qu’au seul regard de sa capacité infinie de production et plus particulièrement de sa production écrite. Le bien-être de cet enfant n’est jamais pris en compte et l’être social est entièrement occulté. Seule la ressource humaine a de l’intérêt pour notre système. L’école est menacée par la mise en place d’outils d’évaluation, de classement et de hiérarchisation internationaux de plus en plus intrusifs comme par exemple l’outil d’évaluation « Pisa » : véritable baromètre de la compétitivité des pays de l’OCDE en matière scolaire. L’École est de plus en plus soumise à une obligation de résultats et de performance depuis une vingtaine d’années comme le précise l’ouvrage récent, édité chez Debouck, « L’école a l’épreuve de la performance ».

La rentrée est l’occasion, comme depuis plusieurs années, d’une vaste offensive médiatique martelant la nullité des élèves en occident dans tous les domaines scolaires… confirmée depuis par l’OCDE et le baromètre de la compétitivité internationale PISA.

Ce genre de propos revient en boucle chaque année depuis le lancement d’une campagne très médiatique en 1983 basée sur un rapport (NATION AT RISK, la nation en danger) aux USA qui devait frapper les consciences et commotionner l’Amérique, avec l’aide des médias et des multinationales.

Ce rapport étalait les échecs du système éducatif américain, non pas pour améliorer l’éducation des enfants, mais bien pour souligner les dangers pour la compétitivité future du pays d’une telle dérive. Le ton était donné. On connaît la suite : une compétition acharnée s’ensuivit au sein de l’OCDE avec la mise en place d’une batterie de tests Pisa et de pédagogies par objectifs et compétences pour améliorer le rendement et la compétitivité entre pays, entre écoles, entre profs et entre élèves.

Le management et les évaluations multiformes visant à mesurer à la loupe le QI de nos enfants ont depuis lors été introduits dans le modèle éducatif et ceci pour augmenter un niveau considéré comme le plus bas dans l’histoire de l’éducation.

Dans pratiquement tous les pays de l’OCDE, cette tendance à vouloir transformer l’école en compétition au service de l’économie a pris de l’ampleur avec l’aide de fonctionnaires, de techniciens du monde, d’entreprises et de spécialistes du QI, tous unanimement d’accord pour nous crier haut et fort que nos enfants sont des cancres.

Pas un jour ne passe sans que nous n’entendions la même litanie : le niveau de nos enfants est perpétuellement en baisse. Attention, le tiers monde nous rejoint. Nous sommes nuls en écriture, nuls en sciences, nuls en maths.

Bref nos bambins sont-ils bons quelque part ?

Plus personne ne le croit au sein des professionnels du QI et des spécialistes du rendement. La France, la Belgique, l’Espagne, l’Italie… Chacun son tour. Toujours un refrain identique, partout le même credo catastrophique : le niveau est en chute libre.

Pourtant jamais auparavant nos enfants n’ont été aussi préparés qu’aujourd’hui et n’ont eu autant de difficultés à trouver du travail. On leur demande toujours plus, pour leur offrir toujours moins et toujours plus précaire. Il n’y a qu’à regarder du côté de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie ou du Portugal où tous ces jeunes diplômés doivent s’expatrier.

Herve Hamont, Christian Baudelot et Roger Establet, qui ont étudié profondément cette question, pensent que ce point de vue est subjectif, ce qui induit une approche polémique du problème.C’est tout le contraire qui se produit, et il paraît peu contestable que le niveau global de connaissance de la population ait constamment augmenté depuis plusieurs décennies et que nos enfants soient plutôt victimes, comme le précise Marie Duru-Bellat, d’une dévalorisation du diplôme et du déclassement plus que d’une baisse de niveau.

Le déclassement est net dans la fonction publique, où 64 % des jeunes recrutés possèdent des diplômes supérieurs à ceux que le concours requiert normalement. Tous les jeunes sont donc touchés, tous doivent revoir à la baisse leurs espérances et leurs ambitions.

Là où le père était ouvrier sans diplôme, le fils devra avoir obtenu au moins un baccalauréat professionnel pour égaler son père, alors que leurs propres enfants, et bientôt leurs petits-enfants, devront posséder beaucoup plus de diplômes pour espérer retrouver la position de leurs aînés, comme l’a montré Louis Chauvel (Le Destin des générations, PUF, 1998).

Cela vaut pour les plus qualifiés comme pour les moins qualifiés, car les emplois qualifiés ayant crû beaucoup moins rapidement que les diplômes, de plus en plus de jeunes scolairement qualifiés n’accèdent pas aux emplois auxquels ils pensaient pouvoir prétendre.

À qui sert cette campagne de dénigrement ? À quelle vision de l’école ? Au service de quelle idéologie ?

Massacre pédagogique, pourquoi avoir peur des mots ?

Cette tendance lourde se vérifie notamment dans le cadre scolaire par le fait que jamais nos enfants n’auront été si jeunes à l’école ni aussi longtemps : trois ans de plus que leurs propres parents d’après les sociologues. Tous les temps sociaux de l’enfant sont cannibalisés par l’école et pour l’école. Bien plus que ce que l’on demande aux ouvriers. Le marché de l’après scolaire n’a jamais été aussi florissant ni les cartables aussi lourds, d’après le pédagogue et sociologue Emanuelle Davidenkof.

Les manuels scolaires persistent dans l’enflure comme s’il fallait que les élèves apprennent tout ce qu’il est possible de savoir et d’absorber, tout ce qu’il n’est pas concevable d’ignorer.

Mais tout cela n’est visiblement pas suffisant : compétition mondiale oblige, nos enfants doivent également produire plus vite et mieux. « L’école doit être rentable », nous dit Viviane Reding, commissaire européenne chargée de l’éducation. Du côté de la FEB et de l’OCDE, même son de cloche : il faut un retour sur investissement, la cadence et la production éducatives doivent augmenter chez nos ados.

Tout ce beau monde s’accorde à dire que la clé de la compétitivité internationale est l’éducation. Donc, plus de temps à perdre, nous devons rehausser le niveau de nos apprenants le plus tôt possible et le plus longtemps possible depuis la maternelle si possible et tout au long de leur vie. Gestion, management, ressource humaine, capital éducatif et compétences sont les nouveaux credos du modèle de production éducatif, le rendement et la compétition sont les clés du succès futur de l’école.

Bref, le modèle industriel est devenu la référence pour l’enseignement. Ce modèle a fait des ravages sur la santé des ouvriers (360 millions de dépressifs dans l’industrie selon l’OCDE) : il s’apprête à faire les mêmes ravages sur la santé de nos ados, les conséquences sont déjà visibles.

« Moi, quant je lis le stress au travail et que je compare avec les déclarations des enfants de primaire qui sont dans mon cabinet, je peux vous dire que c’est pareil dans les deux cas, on parle de rythme de travail, de patronat, de pression, d’enjeu, etc…. » Gisèle Georges, pédopsychiatre

Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez nos jeunes. Les cabinets de pédopsychiatres font le plein avec six mois d’attente pour une consultation, la psychiatrie infantile est en pleine expansion (20% des enfants ont un problème psychiatrique, le double d’il y a dix ans) et la vente de Rilatin (médicament utilisé dans le cadre scolaire pour les enfants dits hyperactifs) a explosé, passant de 1 200 000 à 2 700 000 doses en un an (une croissance de 34 % de 2005 à 2006).

La quantité des « smart drugs » vendus a également explosé l’année dernière d’après l’agence Belga qui a diffusé l’information le 20-01-2009. Les spécialistes pointent du doigt l’utilisation déviante du methylphénidate Ritalin surtout par les étudiants qui la consomment pour améliorer leur concentration.

Le dopage est définitivement une pratique acceptée, généralisée et banalisée en Occident dans l’enceinte scolaire. Les victimes principales sont nos ados. Dès qu’une aptitude ou une attitude, c’est-à-dire un « trouble », vient perturber le rendement et la production de l’apprenant, il se verra automatiquement prescrire un médicament « dopant » pour améliorer sa capacité de concentration, ce qui influera, pense-t-on, positivement sur sa production écrite.

Prés d’un million de petits Américains en maternelle sont diagnostiqués à tort comme ayant un déficit de l’attention avec hyperactivité (TDHA) et se voient prescrire des médicaments alors qu’ils sont souvent simplement plus jeunes et plus dissipés, selon une étude.

L’auteur de l’étude affirme que ces prescriptions non justifiées représentent des dépenses de 320 millions à 500 millions de dollars par an, dont 80 à 90 millions payés par l’assurance Medicaid pour les plus démunis.

Pour contrôler ces troubles déficitaires de l’attention, le médicament le plus souvent prescrit est la Ritalin (methylphénidate), un psycho stimulant dont les effets à long terme ne sont pas bien connus, affirme Todd Elder, auteur de l’étude et professeur d’économie à Michigan Stat University.

Des enquêtes au Canada et en Europe prouvent que l’école devient le moteur de la médicalisation des enfants. En Belgique, la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx, a annoncé au Sénat qu’elle prépare un plan de lutte contre la surconsommation de Ritalin et d’autres psychotropes prescrits aux enfants souffrant de troubles de l’attention.

La ministre veut aussi dénoncer certaines pratiques consistant à encourager, via l’école, la consommation de Ritalin. Elle a souligné que la consommation importante de telles substances chez les jeunes posait question.

Nos enfants sont considérés comme de plus en plus troublés et ne s’adaptent plus suffisamment vite aux normes établies et au formatage scolaire. La pression subie par les enfants est élevée, comme le montre le taux d’abandon scolaire dans la tranche des 15-17 ans (redoublement 16% ; réorientation : 8,6 % – ce qui représente dans certaines classes près de 40% des élèves en situation d’échec – ; 25% de situation d’échec en général et 30% d’abandons scolaires des 15-17 ans).

Quand le train s’emballe, il laisse beaucoup de monde sur le quai. En d’autres termes, la seule chose qui est prise en compte aujourd’hui dans les analyses de l’école, et cela même chez les progressistes, est la question de la productivité, de la rentabilité des élèves, de leur niveau et de la médiocrité de ce niveau qu’il faut sans cesse augmenter.

Jamais la santé et le bien-être de ces enfants n’entrent en considération. In fine, dans le modèle scolaire actuel, ce qui empêche la production, ce n’est pas la surcharge de travail, mais l’individu lui-même.Il peut produire toujours plus, si l’on parvient à le formater de façon précoce et féroce, en l’obligeant insidieusement à s’adapter en permanence, pour son bien, quitte à détruire sa santé. Dans le cadre scolaire actuel, la santé d’un enfant n’est prise en compte qu’au seul regard de sa production écrite. Production écrite qui n’est d’ailleurs plus le symbole de la formation, mais de la destruction, de la sélection, du tri, de la relégation et in fine de l’exclusion d’une partie importante de notre jeunesse.

Pour Vincent Troger, dans les alternatives économiques n°198 2001, les multiples rapports font émerger un critère dominant d’évaluation du niveau scolaire : l’orthographe.

Le nombre et la fréquence des fautes sont les symptômes les plus régulièrement invoqués pour dénoncer la baisse de niveau. L’orthographe est ainsi devenue pour les instituteurs le principal symbole de leur autorité. L’encyclopédisme des manuels scolaires vise à coller au plus près à l’évolution technique et sociétale quels qu’en soient les soubresauts et accès fébriles.

De l’école primaire à l’université, la communication écrite renforce sa prédominance sur toutes les autres formes de langages et leurs richesses respectives (verbales, corporelles, artistiques). Le formatage écrit est privilégié pour sa facilité à être quantifiable, mesurable et donc pour le confort qu’il offre à évaluer la production immatérielle, la capacité intellectuelle de chaque élève.La surcharge des programmes et les classes surpeuplées ont réduit, voire interdit aux profs toute velléité de consacrer temps et efforts pédagogiques adéquats vers les élèves plus lents. Ce manque de temps pour les interactions individuelles a fini par écarter de notre enseignement, au profit exclusif de l’écrit, toutes les autres formes d’expressions et leurs disciplines associées telles que sport, arts plastiques, expression corporelle, théâtre, musique, apprentissage manuel. Toutes trop peu à normaliser dans leur évaluation et donc bouffeuses de temps.

L’enfant s’exprime d’abord par le corps puis par le verbe et in fine par l’écrit et aujourd’hui seul l’écrit est la valeur de référence pour l’école.

L’être complexe qu’est l’enfant, c’est-à-dire l’être social, est entièrement occulté, et cela a des conséquences physiques motrices et cognitives sur nos enfants dont malheureusement nous ignorons tout. Le niveau baisse nous dit-on… Mais de quel niveau s’agit-il, et comment le mesurer avec un mètre et une feuille de papier ?

Ce qui est certain et ne souffre d’aucune contestation, c’est que le niveau de nos enfants est en parfaite adéquation avec la société dans laquelle ils vivent.

Nos bambins savent parfaitement se servir de tous les outils qui sont mis à leur disposition. Par contre, sur le plan de la santé mentale et physique tous les analyses et baromètres sont dans le rouge et leur santé laisse à désirer.

Carlos Perez

Carlos Perez est le cofondateur de l’ASBL « Parents luttant contre l’échec et le décrochage scolaires » visant à améliorer le contact entre parents, professeurs et élèves et de promouvoir le bien-être des enfants dans le cadre scolaire. Il est l’auteur du livre « L’enfance sous pression. Quand l’école rend malade » aux éditions Aden

Facebook : l’enfance sous pression

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http://www.facebook.com/ LenfanceSousPression http://www.facebook.com/LenfanceSousPression

L’enfance sous pression « Quand l’école rend malade »

Source : Investig’Action

mondialisation.ca

VIA: http://w41k.com/86383

 

https://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/01/06/les-bob-binette-turbo/

https://gaetanpelletier.wordpress.com/2012/11/07/lapprentiometre/

https://gaetanpelletier.wordpress.com/2012/09/14/education-le-genie-pedagogique-des-hells-angels/

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Le saint bus

Le plus beau rêve….

Le plus beau rêve c’est celui de cesser d’en avoir. Et le cauchemar, c’est d’en avoir trop…

Gaëtan Pelletier

La route vers soi (19): le robot glacé

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Cerveau robot. 

Cerveau et savoir complexe. 

Retrouver l’intuition par arrêt « d’image ». 

***

En chacun de nous sommeille un robot: une partie du cerveau  nécessaire aux tâches répétitives… Sinon, nous devrions tout recommencer, tout réapprendre. Mais ce robot risque de faire de nous ce…robot.

Les enfants n’ont pas de « bagages » du futur, ou notre conceptualisation de celui-ci. Il y a le peu de vie qui est derrière eux, et c’est ainsi qu’ils sont concentrés sur le présent, sur ce qu’ils perçoivent, et non dans un enchevêtrement tordu de passé, de présent d’avenir  … Ce que nous avons perdu.

En chacun de nous s’active un cerveau agité. Et le monde actuel, avec ses préoccupations, ses peurs, ses sociétés de plus en plus envahissantes,  ses  vies difficiles, implexes   sont devenues une sorte de « norme » dans laquelle nous sommes piégés. Nous ajoutons au chaos au lieu de décompliquer.

Il faut simplifier. On ne peut comprendre si on ne simplifie pas. On ne peut saisir ce qui bouge constamment dans toutes les formes de contradictions auxquelles nos vies sont attaquées.  Alors, qu’actuellement, on vous dira de saisir des masses d’information pour « comprendre ». Vous ne faites que faire suffoquer votre cerveau, votre équilibre, votre système nerveux. Et vous voilà dans une vie chambardée, un corps malade, dans un  esprit embrouillé où se déroule une tempête qui en fait chavirer plusieurs.

Nous vivons – principalement dans ce monde de « progrès » occidental- un mode de vie, un mode de connaissances où chacun est compartimenté. C’est la somme qui compte et non le « savoir être ». On déterminera la « valeur  » d’un humain selon sa somme de connaissances. Ce jeux-là des analyses disparates et semblables à la fois, est un concours de cerveau auquel chacun est appelé à participer. Plus encore: À y ajouter sa participation. L’intensité et exacerbation ne font qu’aggraver une unité de perception à laquelle nous devrions nous lier.

Mais non. La foi soulève des montagnes mais rase des êtres.

Nous voilà face à une nouvelle jungle pire que celle de nos ancêtres d’il y a 10,000 ans. Nous sommes persuadés que notre culture livresque, les informations livrées ( la plupart du temps corrompues par le mal du « contrôle ») nous permettra de combattre ce mal et  nous délivrer du cerveau robot ( nommé à tort « mouton »).   C’est ainsi qu’est né le contrôle total auquel nous sommes confrontés.

Nous servons seulement à nourrir un dictateur « globaliste-mondialiste ». C’est « lui » qui dicte les idées à travers les écoles, les théories fumeuses des économistes  « paralysés » pour nous dire ce que nous devons avoir pour être.

La globalisation (1)   c’est la dictature totale. Présentée dans un format humaniste, elle n’est en fait qu’un gabarit monstrueux pour les échanges de ceux qui esclavent les humains pour en faire de l’avoir matériel en format « compressé ». Banques. Fortunes. Pouvoir.

Le « robot glacé » n’oeuvre plus pour lui, mais pour quelques spécialistes prêtres de cette nouvelle religion. Penser, savoir construire avec son esprit, savoir agir, savoir contrôler.  Il y a les petits robots et les « grands » robots. Nous leurs vouons un culte démesuré.   Mais le savoir qu’ils livrent, qu’ils vendre – c’est encore mieux- est celui qui leur servira un jour.

L’asservissement continu 

Comme le développement…. Celui de la richesse. Rien d’autre. Et on vous sculpte à « ça », que personne ne s’en rendre réellement compte.

Mais voilà que nous sommes parfois naïvement « délivrés » par de grands penseurs qui écrivent, habiles, géniaux, mais surtout bien articulés. Si bien articulés que nous rêvons de l’être autant qu’eux. Un peu comme les avocats….

Mais voilà que nous sommes parfois liés à des êtres sensibles, sans attache  à ce monde frigorifié, sans lien, qui parviennent à une certaine compréhension de la complexité et de la réalité du formatage auquel nous sommes tous statufiés. Il y a certes un changement de par certains dans leur « curriculum » de vie.

Les révoltés.

Les révoltés empathiques, humanistes, qui finissent par participer eux aussi à cette guerre des mots, des concepts. Le changement en soi peut provenir de la somme de ceux que nous fréquentons.  Mais le véritable changement provient également de ne pas se noyer dans les analyses « cervicales ».

Créer n’est pas « refaire » de par ses connaissances. C’est plutôt s’en délivrer. L’aptitude à s’éloigner de tout ce qui bouge pour parfois s’arrêter. Et c’est cela redevenir enfant.  Ne jamais « fixer »une idée ou un modèle. Ni même le changer. C’est en le fixant, sans préjugé, sans « vision » d’avenir, que l’on peut agir en ne faisant rien.  On ne peut agir que sur soi…

Si le « monde » va si mal, c’est que la dictature et la culture du « robot glacé » a toujours régné. Non seulement elle a régné toujours, mais elle s’est de tous les temps fondue aux modes en se transformant comme ce « lapin des neiges » de Sibérie quand vient l’hiver.

Le drame de la nature humaine est que l’enfant est demeuré figé dans sa manière de voir ( pourtant correcte) mais en avalant toutes ces  connaissances trafiquées. Il a « été intégré » à un faux progrès. Au lieu de « regarder », il s’est interrogé. Mais dans ce jeu, il a cru qu’il devait y avoir une « fixitude », une finale, un arrêt.

C’est ce qu’il avait, enfant, dans sa perception dénuée de « systèmes ». Une fois la dictature du système enfoncée dans le crâne, notre enfant devenu « adulte » se perd totalement entre ce qui bouge et ce qui est stable.

 Bien étrangement, il a été converti au mouvement et aux complexités.

Il fallait décider de ce qui est « vrai » ou « faux ». En le faisant, il devient le partisan d’une lutte qui n’a pas d’autre résultat qu’un monde apocalyptique.

L’ Apocalypse au ralenti, c’est ce que nous vivons. Et c’est celle à laquelle plupart des gens participent. Elle a été annoncée… Elle arrivera.

Le « démon », c’est notre être devenu mécanique.

Nous n’avons pas grandi. Notre corps a grandi…

Gaëtan Pelletier

(1) globalisation: Le terme de mondialisation (aussi appelée globalisation) désigne le processus d’intégration des marchés et de rapprochement des hommes qui résulte notamment de la libéralisation des échanges (de biens, de main-d’œuvre et de connaissances), de l’expansion de la concurrence et des retombées des technologies de l’information et de la communication à l’échelle planétaire1. Elle se manifeste par, outre l’interdépendance croissante des économies (mondialisation économique), l’expansion des échanges et des interactions humaines2.

Le voyage de la balançoire

On peut vivre en rêvant, désirant,  ou prétendre  calmer la mer… Essayer d’en faire une sorte d’étang. La vie a ses facettes, ses montagnes, ses plaines. Et quand, dans la marche du temps, nous pensons, avec notre intellect, briser la nature de la nature, c’est une erreur  que de se soustraire à cet alliage dont le but nous est toujours invisible.

S’il existe, et il existe,    il faut alors faire de la vie tout simplement ce qu’elle est, ici, dans ses douleurs, ses peines, ses joies.

L’acceptation.

L’existence d’un tel mélange est nécessaire. Elle a sa raison d’être secrète, cryptique.

Il  ne reste qu’à s’abandonner aux descentes, aux moments tranquilles, à l’effervescence.

On a beau fouiller tous les livres et  essayer de s’éclairer à la pureté tant recherchée des provenances de « l’autre monde ». Nous vivons ici. Dans un mélange d’âme et de chair. Nous n’avons que le choix de composer avec cet état de fait et en tirer le meilleur.

La richesse ne passe pas par une forme d’ascétisme qui rend famélique la grandeur des émotions.

Tuer les émotions, en prendre retraite, c’est s’amputer de cette vie. Il faut au contraire, les laisser couler en nous, regarder d’un œil froid de l’âme ce qui se déroule dans cet intérieur actif, animé. Les plus belles rivières sont celles aux courants extravagants. Les plus mornes sont les marais sans vie, enfermés en eux, étouffants. D’où sa puanteur et ses algues qui poussent pour compenser la pureté absente.

La richesse qui sculpte l’entièreté de l’âme ne passe pas par la dénégation par une quelconque destruction d’une partie. La richesse dont nous pouvons tirer de l’existence passe par l’acceptation de ces extrêmes.

On se blesse aux pointes des montagnes. On se calme dans les vallées. On grimpe pour voir le ciel à travers les livres, les écrits, les sages.

On croit. Le doute réveille, la foi endort.

Les « sages »  n’échappent pas  aux illusions moins que ceux qui s’adonnent à l’exacerbation des plaisirs charnels.

Souhaiter le calme plat. Le cultiver. Se faire un moine de son être. Ce n’est là une certitude d’une vie scindée. Il est bien de chercher les racines, mais ce sont les feuilles des arbres, leurs bruissements, leurs couleurs, leur vie, leur mort qui sont en ce monde.

Les racines sont dissimulées et agissent avec l’eau, la terre, l’air : tout le mélange que nous avons.

Un arbre n’est pas que racines.

La beauté de sa vie est dans le bouillonnement, l’agitation, et l’excitation.

Qui nous dit que le calme des étangs nous apporte plus que cet apparent trouble un peu affolant?

Nous craignons la vie. S’il existe un temple intérieur, ce n’est pas pour y passer sa vie. C’est pour aller s’y ressourcer de temps en temps.

Une prière n’est pas une vie.

Une tempête des sens non plus.

Il faut trouver l’équilibre, mais l’équilibre n’est qu’une affaire qui, livrée à la raison, risque d’étouffer le mouvement.

Car le tout est dans le plaisir, tel celui de l’enfant, de se bercer, de se balancer.

Nous vivons tous sur une balançoire. Nous somme également lié, invisiblement, à cette balançoire. Elle fait partie de nous.

Une balançoire arrêtée n’amuse pas les enfants. Une balançoire trop mouvementée fait naître une certaine peur. En même temps qu’une certaine joie de pousser l’expérience de vivre.

L’expérience du risque. La beauté de la peur ressentie. La grandeur de la victoire de rester en selle sur cette agitation constante. D’en accepter les chutes… D’avoir l’humilité de ses chutes, et la fierté de ses redressements.

On finit par découvrir le plaisir de l’échec quand on sait s’y instruire. Le savoir ne provient pas de réussites en files, il est le résultat de l’éveil aux échecs, et au contentement de l’être.

Les sages ont fait leur voyage vers eux-mêmes, et le racontent.

Mais chacun devrait cultiver ses propres itinéraires.

Il suffit d’écouter et ne jamais s’amputer de toute la Vie qui circule en nous.

Chacun est un voyage. En achetant les tickets des autres, on ne va que là où vont les autres.

Nôtre être peut inventer toutes les routes possibles.

La beauté de la Vie réside dans la découverte de son unicité.

© Gaëtan Pelletier

10 décembre 2010

Petit castor à banques

Ils ont les frissons accrochés
À des cordes à linge étirées
Finement  séchés, de menteries barbouillées
C’est le temps des fleurs de plastique
Et des chefs qui s’astiquent
Du soulier jusqu’au cerveau
Pour les semailles de  la carotte élastique
 
 
Ils mettent les truites en bouteille
Pour nous  électriser
La shoah de la merveille
Des rivières dérivées
 
Petit castor à banques
Ne te laisse pas voler
Ton barrage, ta maison
Ne les laisse pas bouffer
Tes arbres et ton eau
Pour une banque, un caveau
 
On fera tout pour  t’encoffrer
Dans des cages de glaçons
Le grillage manufacturé
Aux chants des chiffres ronds
 
Ne te laisse pas mourir!
Ne te laisse pas mourir! 
Réveille tes enfants
Cette mine de robots
De cuivre éclectique
Par où passe leur courant
 
 
 
 
Gaëtan Pelletier
Mai 2012